ETH
Aux environs d'Eddé, les emplacements de temples se multiplient de plus en plus. Les chapelles ie1 se présentent presque loules accouplées, soit qu'une seule chapelle soit dédiée à deux saints qu'on veut mettre en rapport lun avec l’autre, soit que les deux chapelles soient très-voisines, soit qu'elles se touchent et ne forment qu’un seul bâtiment. Mar-Theodoros el Mar-louhanna sont très-près d'Eddé. À Mar-Theodoros, 1 y a un petit cippe engagé dans le mur, qui a peut-être une inseription cachée. À Marlouhanna, 1 y a une très-jolie pierre moulurée, présentant une couronne el les traces d'une tête sculptée. À Mar-Ama, il y a un autel d'une forme
très-commune dans la révion de Gébeïl.
Mar-Elisha a de même succédé à un vieux temple; on y voit de grosses pierres, un beau mur, de belles cavernes sépulcrales ; au-dessous, un escalier creusé dans le roc et de nombreuses pierres couvertes de chaux.
Gharfin, dont le nom moderne cache sans doute un nom grec terminé par rov', fut certainement le site d’un établissement considérable dans l'antiquité. I offre l'aspect ordinaire des anciennes localités sacrées du Liban : pressoirs, bois sacré, belles pierres éparses, tombeaux, vues admirables sur le ravin. Une pierre, qui élail engagée dans le mur de l'élise, représente un naos en bas-relief, avec acrotères lisses et urœus
£ € (planche XXXIT, n° 5). On y voit une divinité ailée, montée sur un
! Peut-être Kap@or, diminutif de xdp@os.
char formé de serpents, comme le char de Triptolème et de Démèter. Dans le champ du bas-relief on remarque le croissant; c'est done trèsprobablement une Vénus-Uranie. Dans une chapelle située au-dessus du ravin, est une énorme pierre entallée en forme de siége à sa partie supérieure. Cest une pierre à offrande, analogue à celle que nous avons trouvée, avec inscription phénicienne, à Oum el-Awamid. Une pierre du mème genre, beaucoup plus petite, se voit près de là. Quant aux tombeaux de Gharfin, ils ont un aspect des plus grandioses. Ge sont des auges trèslongues et très-profondes, taillées dans le roc, avec rebord intérieur, souvent accouplées el rappelant les belles tombes de Bélat. Les couvereles sont souvent prismaliques, triangulaires, comme à Maschnaka. L'ajustement du couvercle et de lauge est tout à fait précis. Un ou deux couvereles (pl. XXXT) offrent une sorte d’épine dorsale plate et deux tambours à lune des extrémités. On y remarque déjà une tendance vers ces formes bizarres dont nous trouverons les plus curieux exemples à Naous, près Scheptin, et que nous avons déjà rencontrées à Naous, près Kisbé. L'un des couvercles dont je viens de parler offre, à sa partie inférieure, des rainures singulières. Près du ravin, il y a un pressoir qui, s'il n'est pas antique, rappelle au moins les pressoirs de l'antiquité. Sur le rocher lisse a élé disposée et scellée une ligne de petites pierres formant un champ limité et une rigole pour le liquide, lequel est reçu au-dessous dans un trou où lon met un vase. Beaucoup de niches et de travaux dans le roc se voient de toutes parts. L'inscription suivante, très-bien gravée sur une brique, a été trouvée à Ghartin :
EE
| pet
EKTUN | EMOALC TONN
Oise | émonc|e|
Ex T@v [idéwy] | Ton vladr|.
CAMPAGNE DE BYBLOS. 231 Amsehit (exgies) a plusieurs mscriptions; mais je doute qu'une seule
soit sortie du sol à cet endroit. La splendeur d'Amschit date seulement
de la fortune que fit, il y a vingt ou trente ans, le Maronite Michel Tobia.
C'est alors que furent bâties ces belles maisons, dont les matériaux, comme
je lai dit, viennent de Gébeil et surtout d'Assouba. J'ai déjà donné deux
inscriptions qui sont sorties de ce dernier endroit. En voici trois autres
dont la provenance est incertaine :
3YXI1HZH
NONEYTPOTION
NC . ZOIAOC(O À €
OAMTAIAAE=ANAPOY
PIAOCYIOC
ZHCACETH Z MHNAC E=
RTE vyin €n...voy eÜTpomor ...s Zwikos wôe.[ré|danlar, AAeËdydpou Gidos vids. Znoas ërn €, umvas 8Ë.
L'inscription était métrique, comme cela avait souvent lieu, surtout pour les enfants. La notation des mois est smgulière. Le £ paraît de trop. Cependant, je le vois très-clairement sur la photographie que j'ai rapportée de inscription.
M. Egger propose pour le premier vers :
te ee OR RO Me pese [Mexpor ëv noluyéy” Cilous yp6|vor eürpomor [aürwls.
Au-dessus d’une fenêtre : XPHCIMOC
Xpnowos, simple nom propre.
Au-dessus d'une autre fenêtre, sur un cippe arrondi par le haut, comme les cippes de Gébeil :
EIPHNAI O Y ZA
! Ou œaÿpor. — ? Ou evruy/n.
Il n'est pas impossible que le Z, qui est plus pelit que les autres lettres, soit un x, qui aurait perdu sa barre horizontale du dessus. Ma copie, prise sur le monument, ne suppose rien d'effacé ni de coupé. Îl est possible cependant qu'il faille lire :
Eipyvatfos. ......
ou [énlaals tn...
La vraie localité antique d'Amschit est Mar-Giorgious, à dix minutes du village, au nord-ouest. On sait que le culte de saint Georges a presque toujours remplacé celui d’un dieu païen. Les débris du temple ancien se voient iei de tous côtés, ainsi que des travaux considérables dans le roc. La pierre de lantel de la chapelle de saint Georges porte linseription suivante :
OEWAII EEE BOHOGIWNOC
MA*CEKOYNAOC TON BUMON
ODA TETE Zexodvdos BonÜiwvos [dvéOnua| Tor Goudr.
Bonblw» est un dérivé, de forme patronymique, de Bonbuos, qui manque même à la dernière édition du Lexique de Pape. La forme @e At est musitée. On voudrait que AIT fût le commencement d'un nom de divinité locale, An... ; Mais on n'arrive par cette hypothèse à rien de satisfaisant. Ma copie et mon estampage, d'ailleurs, portent clairement AI. On peut dire qu'une formule comme @e& Aë émouparls n'est pas aussi anomale que le serait 0e A tout court. Or ce qui parait manquer dans la ligne
supérieure, c’est l'épithète de Zeÿs. Peut-être faut-il lire : M. At]p#fauos] Xexodvdos.
À côté de la chapelle de saint Georges existe un caveau sépulcral, devenu chapelle et dédié à Mar-Sofia? et à ses filles. On y vient pour la fièvre intermittente*. Les linteaux de la porte ont été fabriqués avec de jolis débris anciens. Le caveau contenait trois sarcophages surmontés d’un arco-
sohum. Le grand sarcophage du fond est devenu l'autel. Le devant de ce
1 V. Thomson, dans {a Bibliotheca sacra, V, p. 8; habitude constante des Maronites. —# M. Lockroy Porter, Syria and Palestine, 586. a donné (Tour du monde, 1863, p. 33) un dessin 2? La grammaire voudrait Mart Sofia, Mart Taala , qui rend fort bien le caractère pittoresque de cel
etc. Mais je me conforme, pour tous ces noms, à endroit.
sarcophage est divisé en quatre panneaux sculptés; on ny peut rien voir
de distinct. Sur lun des panneaux, on lit l'inscription suivante :
eu CEKOY#
On peut restituer par conjecture $
Sexoÿ[vdos| Enloas rm...
C'est sans doute le même personnage qui avait posé l'autel qui sert à Mar-Giorgious, L'inscription est très-effacée et les lettres de la bordure se voient à peine.
Dans le mur de clôture devant Mar-Giorgious, se voit une inscription arabe très-fruste. Entre Mar-Giorgious et Amschit, il y à plusieurs chapelles et de orandes entailles dans le roc, en particulier à Bir-Beth-Schehin; à Deïr-Sayyidet-Naïa (ab ÿoaw), au milieu d'un bois sacré, de nombreuses excavations dans le roc, un escalier et de vieilles constructions; au pied de Mar-Giorgious, près de la mer, une construction ancienne. Le couvent ruiné de Mar-Zakhia, près de là, à été bâti sur une sorle de petite nécropole taillée dans le roc. Tout ce promontoire eut évidemment autrefois une certaine importance, surtout religieuse.
Montons dans la région moyenne du Liban, au-dessus d'Amschit. Ici encore les ruines de temples se voient de toutes parts. Les chapelles qui ont succédé à ces temples se rencontrent de dix en dix minutes. On se dirait au lendemain du Jour où la réaction religieuse s'est faite en ces parapes. Les débris épars portent la trace des coups de marteaux. Ce sont des ruines par bris, non par vétusté ni par enlèvement de matériaux.
L'église double de Schämät (&LL&), à une heure un quart d'Amschit, formée de deux chapelles conjointes et consacrées, lune à Mar-Thecla, l'autre à Mar-Istefan, est formée des débris d’un temple ionique, dont on voit les colonnes à l'intérieur. Au-dessus des deux portes, sont placés de petits frontons, formés d’un côté par un sarcophage sans ornements, de l'autre par un bout de sarcophage offrant deux têtes de génisses enguirlandées, d’un travail grossier.
Un peu après l'église de Mar-Thecla et Mar-lstefan, on trouve une
autre chapelle dédiée à Mar-Edna (ba) et à Mar-Mèma (Lsskss), bâtie encore de débris antiques. Alentour se voient des fragments de colonnes et de statues, et un débris fort maltraité, où j'ai cru reconnaître le reste d'un siége votif. Dans les pierres entassées près de l'angle nord-est des murs de Gébeïl, on remarque une pierre analogue, mais encore plus informe.
A Abédat (Lille ou Llss, &islie), au-dessus de la porte de l'église de Mar-Eusebios, se lit Pinseription suivante :
ATAOGHITYXHI
ETOYCIZKAICAPOCANTWUNEINOYTOYKYPIOY
MHNOCAWOYAIIOYPANIWYYICTHCAAPNAIWENHKOUW FHAAOYIOC##ADYPOCEKTUYUNIAIWUNTONBUMONANEOHKA
À ‘pe F Ayalÿ TÜyn Érous & Kaloapos Avraveirou Toù XUDIOU , \ ! 4 > 1 . 4 \ / 2 !
unvos Awou, Ai oùpario, dico, Zaapvaiw, ÉTAO , T. Didouos [TAJd@upos x Tor din Tor Baouor dvébnra.
Parmi les souverains qui portent sur les inscriptions le nom d'Antonin, deux peuvent convenir à notre texte, Antonin le Pieux et Marc-Aurèle, lous deux ayant régné plus de dix-sept ans. Notre inscription est donc de l'an 15/-155 ou de l'an 177-170: La première date me parait préférable, car je ne sais si Mare-Aurèle, en Syrie, aurai été appelé Kaïoap ÂvTuveivos lout court.
Cette inscription, comparée aux autres textes que nous a fournis Loue cette région du Liban, est d’un grand intérêt pour l'histoire religieuse. Le dieu auquel elle rend hommage est Zeds oùpdmos, üduicos, Eaapyaïios, èmyxoos. Eaapraïos me paraît renfermer le nom du village autrefois situé au lieu où est maintenant Abédat. C’est un nom comme
« Jupiter Bétocécien, » et tant d’autres noms désignant des cultes locaux. Les autres épithètes sont remarquables; car, bien que chacune puisse se trouver isolément dans presque tous les pays où s'établit Ja langue grecque, elles forment, par leur groupement, un fait caractéristique de la Syrie et en particulier du Liban. Nous avons déjà rencontré, à Sahin, &eos Üdtolos oùpdnios Mérpas!; à Bélat, Zeds péyiolos: à Mar-Giorgious, un Zeÿs dont l'épithète a peut-être disparu; à Hannousch, Zeÿs tout court; à Eddé, par conjecture, il est vrai, 6 Seds. Nous trouverons bientôt à Maad deux fois Seos Zarpdmns; à Kalaat-Fakra, d uéyioos Seds; à Sarba, Leds émoupdmios. La plupart de ces mots correspondaient sans doute à des termes sacramentels de la langue phénicienne. Dans mx00s, par exemple, il y a probablement la traduction de la racine 3», que nous découvrons dans le nom de ëxsy (celui que Dieu exauce”), roi de Byblos. Quoi qu'il en soit, ce n’est pas par hasard que le nom du Dieu suprême se représente à chaque pas dans le pays de Byblos. On se rappelle lYVouparos, répondant à Samemroum, dans Sanchoniathon?. Quand on songe que ce phénomène épigraphique se produit dans le pays du culte d’Adonis et qu'on remarque un autre fait singulier, savoir qu'Adonis n’est pas nommé une seule fois dans les inscriptions du pays de Byblos, on est amené à supposer que ce « Dieu suprême, » que nous présentent toutes les inscri}üons du pays, n'est autre qu'Adonis lui-même. Le nom d’Adonis appuie cette conjecture, ce nom signifiant simplement +le Seigneur, » et étant identique à l’Adonaï des Hébreux. Sol vocatur Byblius Adon, dit Martien Capella®. Philon de Byblos la confirme également. Parmi les anciens rois ou dieux de Byblos, il place Ékoür (5%) ou Tiolos, et un peu plus loin, il ajoute : Ô iolos ëx ouu6olÿs Snplwry Teheu- Tioas àQiepwôn°. On sait que dans Philon de Byblos, pas plus que dans nos inscriptions, on ne rencontre le nom d’Adonis. Il est donc très-vraisemblable que l'Ehioun ou «Très-Haut» de Byblos, dont parle Philon, et le «Jupiter très-haut» de nos inscriplions, sont Adonis, non pas l'Adonis-Tammuz, le dieu des cultes bizarres’, mais l'Adonis dieu suprême, l'antique dieu (El) de Byblos, établissant un lien intime entre Byblos et Jérusalem®. Comment se fit l'association du culte du Très-Haut avec le culte de Tammuz. Ge culte fut-il une forme organique et mystérieuse de la religion du Dieu suprême? Ou bien y eut-il là un de ces amalgames si fréquents dans l'histoire des cultes antiques? On l'ignore. En tout cas, nos inscriphions confirment la parfaite exactitude des renseignements fournis par Philon de Byblos sur la Phénicie de son temps.
Je ne veux certes pas dire que ce culte de Jupiter avec les épithètes de ÿoTos et
! Voir ci-dessus, p. 103-104. 5 Il, $ 192.
? Comparez l'hébreu n°35. 5 Philon de Byblos, p. 24 ;Mém. cité, p. 269-270.
% Philon de Byblos, édit. d'Orelli, p. 16 et suiv. 7 M. Chwolshon est arrivé, par une autre voie, à (CE, Mém. de lAcad. des inscrip. et belles-lettres, nouv. distinguer Adonis de Tammuz. (Die Ssabier, IL, 210.) série, t. XXII, 2° part. p. 269.) 5 Voirci-dessus, p. 215-216, (Comp. Movers, Die
* M. V. Guérin atrouvé son nom en Afrique. (Voy. Phœn. 1, p. 191 et suiv. Il, 1% part. p. 107-109;
archéol. dans la rég. de Tunis, U, p. 27.) ütter, Erdk. XNIT, p. 55 etsuiv.)
d'oÿpdmos, surtout de uéysolos, soit propre à la Phénicie'. On en trouverait des exemples dans l'épigraphie de presque tous les pays où l'on a parlé grec. Nulle part, cependant, on n’en rencontre autant de monuments qu’en Syrie. Je citerai, en particulier, Âros odpdmos Les, à Batocece (Corpus, n° hh7h, ligne 60); Zeus Üioos zai émuoos, Leds néyiolos xepatmos, Leds diolos uéyiolos nai Empxoos, à Palmvre (Corpus, n° 4500, 4501, hbo», 4503°). En général, l'épigraphie de la Syrie porte à supposer, derrière les cultes de ce pays, un certain fond de monothéisme, très-oblitéré, mais reconnaissable encore”. Aux exemples déjà cités j'ajouterai : AË peyloîes KavaÜnvär (Wetzstein, n° 185); Aë ueylolo (ibid. n° 128, 188, 189, 199): Aù xvpo (ibid. n° 179, 198); Aë Mapvd r@ xuplo (ibid. n° 183). 1 faut se rappeler que tous les noms des dieux phéniciens, £l, Elion, Samemroum, Baalsamin, Adonis, Àyods (sv), sont des synonymes de « Dieu suprême. »
Je sortirais trop de mon sujet en prolongeant cette digression. J'ai voulu montrer seulement que l'épigraphie, qui a renouvelé l'histoire politique, aura de non moins graves conséquences quand on l’appliquera à l'histoire religieuse. Une statistique générale des cultes anciens, province par province, amènerait des résultats du plus haut intérêt. Pour la Phénicie, en particulier, il faut renoncer à l'idée d'une religion phénicienne unique, commune à tout le pays. Chaque ville, chaque canton, avait son culte, qui souvent ne différait des cultes voisins que par les mots. Mais ces mots avaient leur importance; nulle part il ne fut plus nécessaire qu'ici de redire l'axiome : Nonuna numine.
Quelques indications m'avaient fat croire qu'il y avait une ins- ANENO | À criplion dans l'église du village de Maham ral-Bjié (us 5,6). Les indicalions étaient, je crois, erronées.
Le villase de B-hadidat, au contraire, a un aspect monumental qui O ? | | frappe au premier coup d'œil. Il Sy trouve beaucoup de restes antiques, et en particulier des citernes, comme à côté de tous les anciens temples. L'éolise est digne d'attention. Elle est ancienne, et les peintures dont (e] 0 1 Ï elle est ornée à l'intérieur peuvent passer pour un des spécimens les plus précieux de l’art syrien. On y distingue surtout des chérubins por-
tant le trisapion en beau caractère estranghélo. L’autel actuel est un an-
1 Sur le culte de Zeds ÿe010s à Athènes, voyez ? Comparez, pour l'Égypte, Corpus, n°° 1683, Beulé, L’Acrop. d'Ath. T, p. 17; I, p. 234, 930. 1683, et les Addenda, au n° 4699. Mais dans ces Mais il est remarquable que ce culte est censé avoir textes la nuance du sens religieux est différente. été apporté d'Orient par Cécrops. Pour Rome, voyez 3 Voir les vues que j'ai développées sur ce point Corpus, n° 5929 et n° suiv. Plusieurs de ces inscrip- dans le Journal asiatique, février-mai, 1859.
lions, surtout la première, peuvent être de Syriens.
CAMPAGNE DE BYBLOS. 237 cien autel semblable à celui dont nous avons déjà donné le fac-simile (p. 229). porte inscription suivante :
MICTOCHAIDAWPOY
Nous avons trouvé l’épitaphe de ce personnage à Gébeïl. (Voir ci-dessus, p. 172.
— Comparez Corpus inscr. gr. n° 592 9.)
Outre celle-e1, deux autres inscriptions, très-frustes, sont encore encas-
trées près de la porte ou dans le mur de la vieille éolise de B-hadidat.
WANHE EYKOAW MA STATE) NAOECTHE KGYPEIAC
La coupe de la pierre empêche de supposer qu'il manque rien sur la droite.
Les quatre dernières lignes se lisent : EÜXOÏMUNTN vads Ts Koupelas, pour mxoddunTa à vaos Ths Kuplus. L'étrangeté de l'orthographe ne doit plus nous surprendre. Le dialecte grec de Syrie resta fidèle à la prononciation lourde des dialectes introduits par la conquête macédonienne! et fut toujours très-mal orthographié. Dans eÿx00dUMT1, 9 pour æ serait un éolisme de Béotie. Cela vaut mieux que de proposer xodopÿ0n. Quant aux trois premières lignes, elles sont fort douteuses: dans les deux premières, il n°y a de certain que les deux A; dans la troisième, GANHE est certain.
On ne peut guère douter que Kovpela ne soit ici pour Kupia, comme à Hosn el- Sefiri nous avons trouvé Koupéx (voir ci-dessus, p. 133, 13/4; comp. Corpus, n° >94»:
sur Koüpy et Képos. désignant Adonis, voir Movers, Die Phœn. I, p. 233-234).
L'autre inscriplion, insérée dans le mur de la vieille église, est encore
plus fruste :
ETOYEC HTAMON à C
Voir ines Observations tirées des langues sémiliques sur quelques points de la prononciation grecque ( Paris, 1849).
Gela parait être le fragment de l'épitaphe d'une femme. On y parlait, ce semble, de son mariage ou accompli, ou empêché par la mort. L'Anthologie, au chapitre des Érirüu@a, offre beaucoup de pièces de ce genre.
On montre une autre inscription derrière l’église; mais elle est tout à fait effacée, et je doute même qu’elle ait jamais existé.
Le nom même de B-hadidat semble indiquer quelque reste de paganisme. Le B initial est sans doute le reste de Beth, conservé dans Bziza =
Beth-Aziz, Beschtoudar = Beth-Aschtar, Derbaschtar— Deir Beth-Aschtar.
Hadidat représente probablement quelque vieux nom de divinité phénicienne ou syrienne.
L'endroit nommé Jrapta (ls =), gorge étroite, près de B-hadidat, possède la plus remarquable sculpture sur le roc de toute la Phénicie (von pl. XXXT). La Perse même, qui a excellé en ce genre d'ouvrages, en a peu d'aussi belles que la nôtre. Gette sculpture représente un sacrifice !. Le médaillon de la divinité a seul été martelé. Le reste est bien conservé. La beauté des attitudes, la noble simplicité des draperies, donnent à ce curieux morceau une vraie valeur comme objet d'art, indépendamment de l'intérêt qu'il offre pour Phistoire des cultes et des mœurs de la Phénicie. La forme des costumes des anciennes populations du Liban y est clairement indiquée. Près du médaillon, sont des grottes sépulerales. 5. Ém. le palriarche des Maronites m'a fait observer, avec une parfaite justesse, que le mot Jrapta vient de xovrîn, crypta. À Tirza et à Tannourin, 11 y à d’autres exemples de sculptures sur le roc, voisines de grottes funèbres. À Ghineh, à Maschnaka et à Semar-Gébeil, les rochers sculptés sont aussi percés de tom-
1 Comparez ce que M. Guys nous apprend du bas-relief appelé ELKassis wal-Kassissié, près de Furzul (Relation, H, p. 23).
CAMPAGNE DE BYBLOS. 239 beaux; mais on peut douter, dans ces trois derniers endroits, que les sculptures soient des accessoires des tombeaux.
À Djoula, au-dessus de Jrapta, on m'avait parlé d'une inscription; je n'ai rien trouvé.
Mischmisch ((ÿ.müe) a des inscriptions sur les rochers, outre celles d'Adrien, dont il sera parlé plus tard : MG, près de l'église; sur une autre pierre, près de là : 3R. On m'y montra une pierre gravée, portant en légende AITOY, suivi d’une lettre que je lus n.
L'endroit appelé Diradjet-Mikhal a un escalier dans le roc (sans parler des inscriptions d'Adrien). Au-dessus est Komet-Afroun, colline au sommet de laquelle 1 y a des constructions. Selon une de mes notes, ce lieu serait identique à Kalaat-Nimroud, localité de ces parages sur laquelle je n'ai pu avoir de donnée bien précise.
Fercha, ou mieux Kferscha ( AS )', entre Tannourin et Mischmisch, outre les inscriptions d’Adrien, a une inscription syriaque très-frusle, quoique moderne, sur une pierre renversée près de la source ; de nombreuses ruines dans les arbres; beaucoup de tombeaux à auge taillés dans le roc, avec couvercles triangulaires et acrotères.
Haras-erram, au-dessus de Mischmisch, a des restes de vieilles constructions. J'y trouvai une moulure qui me parut romaine et une statue de Déesse de Syrie, assise sur un siége, orné de deux lions, que je rapportai (pl. XX, n°3). On découvre à cet endroit beaucoup de monnaies ; il y eut à sans doute un sanctuaire. Le point est très-élevé et couvert de neige une partie de l'année.
Reportons-nous maintenant au ouadi Hallaoueh (le ouadi qui est au pied d'Amschit, au nord), et explorons le massif de montagnes qui est entre ce ouadi et le ouadi Behaschta. Ce massif forme une chaîne presque détachée du reste du Liban. Les prètres maroniles qui parlent italien
l'appellent ele Liban maritime. »
2 Kferscha a eu de l'importance dans l’histoire ecclésiastique des Syriens.
Près du khan qui est à l'embouchure du ouadi Hallaoueh, 1 y a une petite chapelle assez bien construite. En montant le sentier qui mène au plateau du Liban maritime, on trouve un rocher, percé de tombeaux dans tous les sens, une véritable ruche de tombeaux. Les caveaux des flancs sont à arceaux: les tombeaux du sommèt sont des auges. Le village de Giddel, qu'on rencontre ensuite, a des sépultures et des pressoirs dans le roc. Schihan ((,Lsvé ) a une église du rite orthodoxe en ruines ; On y voit un chapiteau dorique assez pur; sur la porte, un lambeau d'inscription, ce semblé syriaque. On prétendait qu'il y avait une inscription grecque dans le mur; c’est une erreur.
À Gharzouz (555,6), je n'ai rien vu de remarquable. On a voulu idenüifier cet endroit avec Gigartus'; mais cette hypothèse ne peut plus être maintenue?. Maad (5lxs), au contraire, est un centre important d'antiquités. I y eut là sûrement une forteresse au moyen âge. Quoiqu’elle soit détruite, on s'en souvient encore; on veut qu'elle ait fait le pendant de celle de Semar-Gébeïl. L'église de Maad est très-remarquable. Elle renferme des sépultures du moyen âge, des chapiteaux ioniques et doriques, plusieurs cippes, qui ont peut-être des inscriptions sur leur face retournée. La chapelle, derrière l'église, contient les peintures syriennes les mieux conservées que j'aie vues. Elles sont du même genre que celles que nous avons déjà signalées à B-hadidat et que celles que nous trouverons à Kfar- Schleiman, et à Naous où Hurmul, près Scheptin. Bien que l'art syrien
ne soit pas destiné à occuper une grande place dans l'histoire de Part,
il y aura de l'intérêt à relever un jour ces peintures. Îl en résultera une.
annexe intéressante à l’histoire de l'art byzantin. À côté d’un des saints, on lit, en bel estranghélo : ...... 4% mms, Les inscriptions des autres saints sont illisibles. L'éplise de Maad renfermait, en outre, deux
inscriptions ; j'ai rapporté l'original de la première.
1 C. Müller, Padex ad Strabonem, p. 843. — ? Noir ci-dessus, p. 149-150.
CAMPAGNE DE BYBLOS. 2/4] Sur un cippe cylindrique :
CMPORYACAIARAN IKNCKAICAPOC CEBACTOY AKTIAKHCOAHO CABAOYCIBOYA NEOHKE NCATPATT HIEEWIEKTUN
IAIWN
À la première inspection de l'inscription, on se convainc qu'elle a été gravée par un lapicide qui ne savait pas le grec, et qui imitait les caractères dont on lui avait donné le patron. Nous trouverons encore un autre exemple du même fait à Douma, plus haut, dans la montagne. La troisième lettre de la deuxième ligne doit être un H, que le lapicide a fait comme un N. La troisième lettre de l'avant-dernière ligne doit aussi certainement être un ©, que l’ouvrier a cru identique à la lettre qui suit. Une faute du même genre doit être admise à l’avant-dernière lettre de là quatrième ligne. Oanos n'est pas un nom propre satisfaisant. Je suppose qu'il faut lire GAMOC, nom qui à une forme bien sémitique, et qui peut être identique au Gps, Teym, qui re-
vient si fréquemment sur les inscripuons du Hauran. H faut donc lire:
Érous x) =
luns Kaicapos Se6aolot
Âxriands, Oau0-
s ÂSouot6ou à-
vébnuen Sarpdr-
Le nom d'ÂSSoŸoiécs, renfermant évidemment le composant 125, «serviteur, 7 sernble supposer un dieu s'appelant Oùoréés, Usib. Serait-ce lOdowos, Usov. de Sanchodiathon , frère d'Hypsuranius!, qu'on à rapproché d'Ésaü ? (Voir Mém. de l'Acad. des inscriphons et belles-lettres, nouv. série, XXII, 2° part. p. 265.)
Qu'est-ce que ce Oeos Sarpdrns? Voilà sûrement une singularité des cultes de la Phénicie que nous réservaient les inscriptions de Maad. Ge dieu est totalement inconnu. Je pense que c'est une forme du dieu suprême ou d'Adonis. Notre inscription est datée de l'an vin avant l'ère chrétienne. On ne peut s'empêcher de songer que ce bizarre hommage à un dieu inconnu fut fait peut-être l’année même de la naissance de Jésus- Christ.
! Philon de Byblos, édit. d'Orelli, p. 16 el suiv,,
L'autre inscription, que je n'ai pu emporter, parce qu'elle sert d’autel, est très-fruste et placée d’une façon qui la rend difficile à ire et à estamper. Elle est sur un cippe, en forme de pilastre, surmonté d'une corniche. Les restes de deux lignes d'écriture, au moins, se voient sur les moulures
de la corniche; elles sont absolument illisibles. Sur la partie plane on lit:
TOUKYPI W ATIKEKY
1EOEOC ETIOIHCE
I ne manque rien à droite, ni au bas, je pense. Sur la gauche, on voit, par la largeur de la corniche, qu'il ne peut manquer qu'une ou deux lettres. La lacune vient de quelques coups de marteau par lesquels on à diminué la largeur de la pierre au dessous de la corniche.
Le caractère est d'une très-basse époque et analogue à celui de l'inscription de Douma, dont nous parlerons bientôt. Les A et les A ont la même forme, analogue à l'A des écritures latines onciales. (Par exemple, De Waiïlly, Paléogr. pl. I, IV. Coms parez Wetzstein, /nschriflen, p. 297, ete.) Cela parait du 1v° siècle.
Dans cette inscription, comme dans la précédente et dans celle de Douma, il est difficile de ne pas admettre que le lapicide copiait un patron qu'il ne comprenail pas: CATPA#1EO€OC, à la cinquième el sixième ligne, rappelle tellement CATPATTHIE: EWI de la précédente inscription, qu'on est bien tenté de croire que ce second monument, séparé du premier par trois ou quatre siècles, est encore dédié au « dieu Sa= trape.» Mais il est difficile , avec cela, de composer une restitution plausible. 1E8€OC semble la fin du nom de celui qui a érigé le monument. S'il fallait absolument former
une hypothèse, je proposerais :
YI Age PAM
Té xupiw Ai xE xv- [pélc Oaoù [BéAleuxos [Oe]où Sarpa [æoul| iepeds
êToince.
Voir Movers, Die Phœn. 1, p. 539 et suiv. Mais je me hâte de dire que cette lecture est une pure supposition destinée à faire comprendre comment la phrase pourrait être construite. L'inscription de Douma, tracée dans les mêmes conditions que celle-cr, nous offrira de telles omissions et de si singulières bizarreries, que parfois je pense que la fin doit se lire ainsi :
Zarod- Ty Oeo ÊTOiMOE
Les lettres *#OYKOC
érigé l'autel. En présence du monument, je lisais EMOY à la fin de la troisième ligne:
AOY offriraient alors des débris du nom de celui qui à
mais Je ne puis maintenir cette lecture quand je revois mes estampages. Cela n’est pas d'ailleurs bien satisfaisant.
La côte répondant au Liban maritime n'offre rien de remarquable au point de vue de l'antiquité, si ce n’est, en deux endroits, des bornes millaires, oroupées par deux ou trois et semblables à celle de la baie de Djouni. M. W. Krafft a lu sur ces bornes deux restes d'inscriptions, lune grecque, l'autre latine’. Je n'ai pas vu ces inscriptions. C’est, je pense, dans ces parages qu'il faut chercher rà êmi r5s &axdrins ompaua de Strabon?, lesquelles servaient de forteresses aux brigands qui occupaient le Liban lors de la conquête romaine. Le sol est en effet très-caverneux*; la côte est éboulée sur plusieurs points, en particulier près d’une petite ile et du pont Medfoun.
* Au pied de Maad est Aïin-Kéfa (ER +). L'église de ce village est posée sur la base d’une tour qui à dû beaucoup ressembler à celle de Gébeil. Les pierres en sont très-grosses; le bossage est le même qu'à Gébeil ; Les vides sont remplis, comme à Gébeil, par des pierres plus petites, à crosselte. Sur un fragment de corniche, qui se voit dans l'église, on Hit
un débris d'inscription latine :
TIB ‘IV 1 Topographie Jerusalew’s, p. 268; pl. n® 26 et néral de Beaufort.) —? XVI, 11, 18. —5 Thomson, 27. L'indication topographique de Krafft est du reste dans la Biblioth. sacra, V, p. 8.
inexacte, (Comparez Ritter, p. 584, et la carte du gé- F 8
Près de là, sont les endroits appelés Jrapla, Ouadi-Sgar et Toula, où les inseriptions d'Adrien se présentent sous leur forme la plus caractéristique. Nous reviendrons bientôt sur ces inscriptions.
Semar-Gébeil (Ku> leu), de l'autre côté du ouadi', estun point d'un haut intérêt (voir le plan, pl. XXXIIT). C'est un beau village mardaïte et l'un des centres de la lutte énergique que les maronites soutinrent, au moyen âge, contre les empereurs de Constantinople et les musulmans? Ce qui frappe tout d'abord les regards, c’est le château situé au sommet de la colline (pl. XXXVIP. Les sutures de la construction avec le roc appellent exactement ce qu'on voit à Anelé. Aucune partie des murs aujourd'hui existants ne remonte au delà du moyen âge. Les pierres sont de médiocre dimension; le bossage ressemble à celui de la «Tour des lions,» près de Tripoli, laquelle est de construction sarrasine. Mais, sans aucun doute, les substruclions du château, taillées dans le roc, sont bien plus anciennes, et il est possible qu'un château du moyen âge (mardaïte ou croisé) se soit ici, comme à Gébeïl, enté sur une vieille forteresse g1blite. Semar-Gébeil, comme l'avaient conjecturé M. Movers* et M. Ritter’, à pu être ainsi une de ces constructions salurniennes qui faisaient le sujet des légendes du pays. Les bases des tours et les fossés taillés dans le roc sont d’un aspect extraordinaire”. Le seuil de la porte d'entrée, avec ses deux marches ménagées dans le roc, se distingue nettement. Un escalier tournant se dessine à l’est du château. Les puits et les citernes (pl. XXXVI) sont plus frappants encore; cependant la légende du pays, qui veut qu'il y en ait plus de cent dans Pintérieur du château, renferme une grande exagération. Quoique de tels travaux soient dénués de ces particularités de style qui impliquent une date, je regarde comme tout à fait improbable
0e . PEN rare ; A Ma: A 1 A :
qu ils aient été exécutés au moyen àge. Mais ce qui, certainement, ne date
! Avant la carte du général de Beaufort, ce point 5 Die Phœn. W, 1, p. 108-1009. ne figurait que sur la carte de M. Kiepert, et encore * Erdkunde, XNIT, p. 11, 6o et 61. y était-il placé d’une manière très-approximative. 5 Voir ce que dit Strabon des murs de Jérusalem,
> Voir Naironi, Ævoplia, p. 61. XVI, 0, ho.
CAMPAGNE DE BYBLOS. 245 pas de cette époque, ce sont les sculptures qu'on voit au nord du grand soubassement de rochers taillés à pie, sur lesquels s'élève le château. Le moyen âge n'a pas sculpté en Syrie. Chrétiens, indigènes et musulmans étaient également hostiles à la sculpture. Quant aux croisés, 1l n'y à pas une seule raison de supposer qu'ils aient amené avec eux des lailleurs d'images. L'habitude, tout orientale, de sculpter sur le roc vif, était d’ailleurs trop en dehors des méthodes des imagiers latins. Nous avons donc ie de vrais médaillons antiques. Malheureusement ces sculptures sont si frustes qu'il est fort difiicile d'en déterminer le sujet et d'en caractériser le style. Les images que nous en pourrions offrir seraient tellement vagues que nous renonçons à les publier.
Les sculptures forment deux groupes distincts. C'est d'abord un grand ihédallon carré, dont les figures avaient beaucoup de saillie. Notre impression la plus persistante fut d'y voir un personnage assis et un autre agenouillé devant lui. Par moment, cependant, nous crûmes distinguer des formes plus semblables aux bas-reliefs de Ghineh et de Maschnaka. Un caveau funèbre, selon la loi constante, s'ouvre à côté. Vis-à-vis de ce médaillon, se voit une autre série de médaillons cintrés, offrant des fipures d’un moindre relief et debout. Nous ne les remarquâmes qu'à notre lroisième visite, au moment de partir et quand ils étaient éclairés par les derniers rayons du soleil. H y a trois médaillons, dont deux à deux personnages el un à un personnage. Le style de ces sculptures parait diflérent de celui du médaillon carré. Je serais tenté de voir dans ce dernier quelque chose d'assyrien.
Une belle monnaie d'Athènes me fut présentée comme ayant élé trouvée au pied du château, près des sculptures. Les folles prétentions du possesseur m'empéchèrent de l'acquérir. C'était un tétradrachme de l’admi- Mistration de Périclès!. On m'offrit aussi des monnaies des croisés, et, en particulier, des comtes de Tripoli.
! Beulé, Les monnaies d'Athènes, p. 39.
Beaucoup d'autres restes de l'antiquité se votent à Semar-Gébeïl. Nous signalerons, en particulier, une grosse pierre de deux mètres dix centimètres de long, bizarrement taillée, encastrée dans le mur d’une rume près de l'église; une très-belle cuve et une sorte de chapiteau ou autel, sur lequel nous n'osons nous prononcer.
\u pied du château, du côté de l'est, il y a des sépultures. Sur un rocher lissé, servant maintenant de fond à une étable, existe un orand cartel à queue d'aronde, portant, en grosses lettres, l'inscription suivante,
très-fruste :
ETOYCFN® ENOAAEKEI TAIAYPHAI AHPAKAEW NE IOSEWNE NTWE W HPAKAEWNOC Y# AYTHEZH
CACAETHPI
ETous 71€.
ÉvOdde xetro AdprAia Hpaxéw»|os yuvnl A ER é To [Tic-| 0) Hpaxhéwros vlioù] adTis. Zn-
Dao ÊTN pt.
C'est donc une mère enterrée dans le tombeau de son fils. Gela ne doit pas suis prendre, puisque la mère avait vécu cent dix ans. Ge chiffre PT pourrait exciter le doute: heureusement les deux dernières lignes sont les plus claires de l'inscription.
L'ère ainsi mdiquée en Syrie est d'ordinaire celle des Séleucides (exemples dans le Corpus, n% 4515, 4518. 4519. etc.). L'an 553 de cette ère répond à l'an 241 de
J. C. date qu'aucune particularité du monument ne vient contrarier.
D’autres sépultures existent au pied nord du château et dans la colline qui fait face au château, du côté du nord.
L'église, ancienne et bien bâtie, est dédiée à Mar-Nouhra ou saint Lueus. Nouhra signifie + lumière» et correspond au nom de Lucius. On invoque ce saint pour les maladies des yeux. On prétend qu'il fut martyrisé à Semar-(Gébeil et lon s'appuie, pour le prouver, de inscription
Syrlaque suivante, qui est encastrée dans le mur de l'église :
La pierre est très-mangée, et, pour beaucoup de traits, il est douteux s'ils font partie des lettres ou s'ils sont des accidents. Je crois l'inscription complète, les lignes se modelant sur les irrégularités de la pierre; cela n'est pas sûr cependant. Je crois aussi que l'inscriplion est à sa place, el qu'elle a été gravée sur la pierre postérieurement
à la construction du mur. Je lis :
! Gébeil a aussi sa chapelle de Mar-Nouhra, dont olss.ss lsS=0 SR SO 89 Wan Jai déjà parlé. Voici la lévende du saint, en kar- “ chouni, que j'ai copiée sur le synaxaire même de la 30 a Fos Fake a NES chapelle : = -HDAARS om] uuisss 15e CRIE
PHAN Oo Je) pas lo uso
“En ce jour, on célèbre encore le combat du L as À martyr Lucius. I était de la ville de Menhour, du pays JOOMSO Ce 0 NO 1201. DLERCES de Perse, et il se mit en route pour prêcher la foi du Christ, et il arriva ainsi à la ville de Batroun , du \bo.Ls j,a.=s Slde “silos >> & pays de Phénicie, et là, ül accomplit son martyre. * C'est lui qui est l’intercesseur pour les maladies des & LEÈSN CE LS DS yeux, et, à cause de cela, les Syriens l’appellent en leur langue Nouhra, c'est-à-dire «lumière.» C'est là
oo obslon pol JoaS 0 AAA > aussi le sens de son nom de Lucius,»
aa +°sl?
No) Los Lo5e mu
Les deux premières lignes sont fort difficiles. À la troisième ligne, peut-être faut-il lire Roi, illustre,» épithète de Los, «prêtre.» Peut-être, à la cinquième ligne,
faut-il lire k155, et l'ensemble de l'inscription doit-il se traduire :
Diese presbyler allustris, mortuus deposilus est luc.
Il est clair que Semar-Gébeil fut une localité ancienne très-importante. [ l Assemani, né en ce pays, et qui probablement l'avait vue, en prononce Ù DANSE REUACIEER [ le nom dans sa Bibliothèque orientale’, et semble l'identifier avec Palæ- {l ) Bvblos. M. Movers et M. Ritter? sont partis de l'indication vague donnée e [l O par le savant maronile pour faire de Semar-Gébeil, dont l'existence et la position leur étaient presque inconnues, la forteresse de Saturne, qui servi d'origine à Byblos. Ce dernier point est sûrement une erreur, Semar- Gébeil étant à quatre heures de Gébeïl. Quant à l'identification de Semar- Gébeil avec Palæ-Bvblos, on peut invoquer, outre l'analogie des noms, } | 5 le témoignage de Ptolémée. Ge géographe, en effet, place Palæ-Byblos parmi les villes de Phénicie situées à l'intérieur des terres (ueodyeus” ). Mais cest là une faible autorité, car au nombre des villes de l'intérieur Ptolémée met Gabala, qui est au bord de la mer. Un ensemble de témoionages, bien autrement concordants, place Palæ-Byblos au sud de Byblos, au delà du fleuve Adonis. I est plus probable que Semar-Gébeil est une dé ces villes ituréennes de la montagne, dont parle Strabon, repaire de
brigands qui furent détruits par Pompée”. Strabon nomme deux de ces
1 1, p. 497, 50. précise, est sans doute XVI, 11, 18, qui ne dit nuls > Endroits cités. Il y a dans le raisonnement de lement ee qu'il lui faut dire. M. Ritter beaucoup de vague et de confusion. Le pas- PAGeopr-UV, XV, 24%
sage de Strabon auquel il se réfère, sans indication * Geopr, XVI, 11, 48.
CAMPAGNE DE BYBLOS. 249 villes : Sinna ou Sinnan et Borrama. Si l'on cherche, avee M. Ritter, Sin-
. nan du côlé du Sannin, il restera Borrama pour notre site. Mais, la désignation de Strabon s'étendant à tout le Liban, on pourrait citer une dizaine de kalaat auxquels une mention si vague pourrait s'appliquer.
Vis-à-vis de Semar-Gébeil, au nord, sur un rocher, se voit un grand K; un peu plus haut un autre signe de convention, sans doute indiquant des limites de propriétés.
Ghouma à une belle inscription d’Adrien. Les habitants du pays croient voir aussi quelques caractères sur une autre pierre, qui a fait partie d’une vieille construction, laquelle a été réduite, il y a peu d'années, en un tas de moellons.
L'église de Ramet (&Lej,) a une inscription en syriaque, dont on m'a
donné la copie suivante :
Ar MUIALAIN LT
Oui rs rxals Es xs
«Dominus Gregorius abbas migravit e mundo, anno
Kefr-Hay (æ ,à9) a une inscription grecque de l'an 158 de notre ère: ETOYCOYMHNOCAYAYNAIOY Érous ou, unvôs Adduyalou.. ...
L'ère est sans doute l'ère séleucide. C'est celle de toutes les inscriptions anciennes de Syrie, quand il n'y a pas d'indication contraire. À Kalaat-Fakra, on en a la preuve ;
car là on a un point de repère certain, je veux dire‘une autre inscription placée sur le même monument et fournissant la date de ce monument par d'autres considérations.
atroun, l'ancienne Botrys, a, quoi qu'en disent Ritter et Thomson, plus d'un débris antique. Au cœur de la ville et formant son principal quarlier, est un vieux château du moyen âge, tout construit de débris anciens!. On y voit des fragments sculptés et moulurés, analogues à ceux
1 Voir Wilbrand d'Oldenbore et Burchard, dans Laurent, Pereprinatores, p. 27 et 168.
97 . Nr Û x 2 l DAS que l'époque romaine a laissés à Gébeil, surtout à la pierre du baptistère. Quelques blocs du gros mur sont à bossage. Sur une pierre bizarrement tailladée par le haut, je trouvai linseription suivante :
RVIVS
ORVANCI ISSPANVS
La forme des lettres rappelle les lettres romaines; mais la forme du monument et les noms qui y sont contenus paraissent du moyen âge. Serait-ce quelque templier
espagnol?
Après mon passage, des démolitions amenèrent la découverte d'un fragment d'inscription, dont on n'apporta un estampage. Elle est en grandes lettres carrées, analogues à celles de l'inscription de Zénodore à Baalbek.
AOUNKAIAHMOY ... OV NO ÔnHOU...
À quelques minutes de la ville est un hameau nommé Mirah esch- Scheickh (4) zh). Ge sont quelques cabanes formées des débris d’un théâtre, dont les gradins sont taillés dans le roc, comme ceux de notre théâtre d'Orange. La frise et les accessoires en marbre indiquent une construction assez mesquine.
Kefr-Hatna a des caveaux et des sarcophages dans le roc. Sur les bords du Nabr el-Djouz, à deux heures et demie à l’est de Batroun, on me dit qu'il y avait un rocher à pic, couvert de bas-reliefs et d'inscriptions. Mais cette indication, vague et douteuse, ne se confirma pas.
Toula!, outre ses inscriptions d'Adrien, a des sarcophages dans le roc, une église ruimée, avec un bel escalier tournant et une voûte très-ana-
looue à celle de l'église de Gébeil. Mesrah (3 où -.»)°, près Toula, O O (STE ee Ï
! Le nom d’Abdilleh donné à cet endroit par la p. 850) me reproche de ne pas transcrire ce nom par carte de la brigade topographique est une erreur. Mezraah! Je ne relève pas les autres critiques qu'il
2? Le P.Bourquenoud (Études ,ete. sept. oct. 1863, adresse à mestranseriptions; ellesnesont pas sérieuses.
CAMPAGNE DE BYBLOS. 251 sur la frontière des districts de Gébeïl et de Batroun, à un groupe de caveaux laillés dans le roc, fort dévastés, mais très-importants. On y remarque un grand sarcophage double, détaché du rocher. H y à sur le roc des restes de sculpture, en particulier une génisse, et lon voit la place de médaillons brisés. I y avait là aussi une inscription, que des gens du pays m'ont dit avoir vue encore. Ge beau monument fut pris pour une caverne à trésor ; on a tout brisé, il y a quelques années.
Scheptin (cabaë) reparaitra aussi quand nous parlerons des inseriptions d'Adrien. Sur la colline de Hurmul, au-dessus de Scheptin, est un endroit nommé En-Naous (le temple'), qui offre des traces antiques de tout genre : beaux sarcophages dans les rochers, rochers planés, cuves dans le roc, ete. I y a surtout un couvercle de sarcophage lout à fait étrange, qui rappelle ceux de Naous près Kisbé, mais qui est bien plus singulier, On dirait que l'artiste a eu Pidée d’'imiter des formes animales. Une sorte d'épine dorsale, bombée, s'étend dans toute la longueur du couvercle. Les deux lignes longitudinales sont renflées vers le milieu; un seul des bouts offre des acrotères saillants; l'autre est caractérisé par la saillie de ce que j'appelle l'épine dorsale. Enfin, sur les deux pans latéraux, non pas au milieu, mais plus près du bout qui n'a pas d’acrotères, se dessinent deux cercles. On voit près de à un tombeau double, avec un couvercle prismalique unique; au-dessus, un gros rocher taillé, offrant un pressoir el une cuve très-bien conservés; au-dessous, un caveau ou cave. Non loin de Rà est un superbe pressoir à huile, ressemblant à une énorme base de statue, évasé et tenant au sol. Une chapelle byzantine complète ce bel ensemble. Elle est dédiée à Mar-Serkhis et elle a des peintures du vu° ou vf siècle, ce me semble, représentant le Christ et ses apôtres. Quelques belles têtes, derrière l'autel, sont bien conservées.
Kfar-Schleiman où Soleiman (Gkakw 27), près Helta (like), ressemble assez à Naous, près Scheptin. On y voit de grands travaux dans le
1 Voir ci-dessus, p. 139.
roc qui se distinguent par leur netteté. Iy a en particulier une ou deux maisons, évidées dans le rocher, dont on détaille tout Paménagement intérieur avec une clarté surprenante. Les murs sont remplis d'innombrables entailles de toutes formes, très-vives et très-fraîches. I y eut là un centre de population peu étendu, mais important, peut-être un grand monastère byzantin. On y voit une urne très-belle, avec une croix sur le côté, en forte saillie; enfin, au milieu des tailles dans le roc, une trèseurieuse chapelle byzantine. Au plafond, au-dessus de l'autel et sur les côtés, il y a des peintures assez bien conservées. Dans l'angle, à côté de la
porte, on dit :