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FLEUVE ADONIS

Par sa célébrité historique, ainsi que par les aspects étranges qu'elle

présente, la vallée du Nahr-Ibrahim (fleuve Adonis) est la région la plus

remarquable du Liban. Je l'ai étudiée à diverses reprises et dans presque

toutes ses parties. Je ne rappellerai pas ici les nombreux passages des

auteurs anciens qui établissent l'importance de cet ancien centre religieux".

Les traces du culte d'Adonis s'y retrouvent encore. On va voir que la

1 Voir Movers, Die Phœn. 1, 191 et suiv. Bourquenoud, Mémoire sur les monuments du culte d Adonis dans le territoire de Palue-Byblos, extrait du numéro de juillet-août 1861 des Études de théol. de phil. et

d'hist. publiées par les Pères de la Soc. de Jésus. — Plus tard (même recueil, septembre-octobre 1863), le P. Bourquenoud m'a accusé de lui avoir dérobé les résultats que j'ai exposés dans mon troisième rapport sur les monuments du fleuve Adonis. Ces accusations s'étaient déjà produites dès le mois de juillet 1863, dans un journal burlesque, qui y est revenu depuis, — Les ques ions d'amour-propre littéraire m'importent peu. Je pourrais cependant prouver par mes carnets de voyage, où chaque page est datée, puisque ces carnets sont de petits registres reliés et où nulle intercalalion n'a pu être faite après

coup, je pourrais prouver, -je, qu'à partir du mois

de juin 1861 (date où je vis Ghineh), j'étais arrivé aux opinions exposées dans mon troisième rapport. Si la publication de ce troisième rapport n'a eu lieu

qu'en février 186», cela tient à l'état de faiblesse et d'abattement où je me trouvai à partir de sep-

tembre 1861. Les vues exposées dans ce rapport sont

d'accord avec celles du P. Bourquenoud, parce qu'à

vrai dire, après avoir vu Maschnaka et Ghineh, on ne peut se former à cet égard deux opinions. Si dans mon premier rapport j'étais moins explicite, cest

que, à l'époque où je l'écrivis, je n'avais encore vu

que Maschnaka. — Quant à l'accusation de plagiat, il est de mon devoir de la repousser formellement. J'ai cité, dans mon troisième rapport, le mémoire imprimé du P. Bourquenoud, reconnaissant par là sa priorité. I a été question, en outre, d’un manuscrit du P. Bourquenoud déposé à l’Institut. C’est là une erreur; aucun dépôt de ce genre n'a été fait; le procès-verbal de la séance de Académie du 12 février 1864 le constate. Il est aussi de mon devoir de déclarer, 1° qu'une prétendue lettre «d'un de mes amis les plus fidèles» insérée dans le Figaro, lettre citée par le P. Bourquenoud, et que par des insinuations on voudrait faire croire être de moi, est une mystification fabriquée dans les bureaux de cette feuille; 2° que des faits ridicules alléoués dans les articles précités, comme ayant eu lieu à des séances de l'Institut, ont été déclarés, dans un rapport adopté à l'unanimité par l'Académie et inséré audit procès-verbal, rinventés de toute

pièce.»

CAMPAGNE DE BYBLOS. 283 plupart des monuments qui remplissent le bassin du Nahr-Ibrahim se raltachent à ce culte.

Le fait d'un fleuve portant le nom d'une divinité ne doit pas surprendre. La même chose a lieu pour le fleuve Belus près de Saint-Jeand'Acre. Le nom actuel Nakr-lbrahim n'est peut-être pas sans connexion avec le nom antique. On sait que, par un syncrétisme bizarre, Abraham fut identifié avec Bel, comme Israël avec El'. La tradition des Maronites sur un émir merdaïte nommé Jbrakim, qui aurait construit le pont situé près de l'embouchure et donné son nom au fleuve ?, parait empreinte de ce goût évhémériste qui est en général le caractère des traditions syriennes*, et dont les meilleurs esprits parmi les Maronites, les Assémani par exemple, n'ont pas su se défendre. C’est ainsi que le nom de Kabélias (pour Kabr-Elias) est maintenant considéré par les hommes un peu instruits du pays, qui ne peuvent y voir le tombeau du prophète Élie, comme désignant le tombeau d’un prince maronite nommé Élias. L'application du nom de Nahr-lbrahim au fleuve Adonis, est du reste, assez ancienne ‘.

L’embouchure du fleuve Adonis est un endroit charmant, et l'on s'explique plemement les mythes dont il fut l'objet dans lantiquité®. De la hauteur d'Amschit, au commencement du mois de février, je vis S'y produire le phénomène du sang d'Adonis®. À la suite de pluies très-fortes et subites, tous les torrents versaient dans la mer des flots d’eau rougeâtre, qui par suite de la direction du vent, perpendiculaire au rivage, ne se mêlaient que très-lentement à l’eau de la mer, et formaient, sur-

tout vus obliquement, une bande rouge le long des côtes.

! Movers, 1, p. 86 et suiv. 131, 396 et suivr. 1706) l'appelle Zbrahim-Buassa, ce qui confirme un

433 et suiv. peu la version des Maronites.

? Thomson, Bibliotheca sacra, N, p. 5. 5 Cf. Movers, I, 191, 199; Ritter, XVIT, 553- 3 Voir mon Mémoire sur Sanchoniathon, Mém. .. 55.

de l’Acad. des Inser. t. XXII, 2° partie. 5 De Dea Syria, 8. Maundrell fut témoin du phé- “ Mehren, Syrien og Palestina, p. 28 (Copen- nomène, le 17 mars. (Voyage, p. 57-58.) Voir Ro-

hague, 1862). Maundrell (Voyage, p. 57, Paris, binson, Physical geography of the Holy Land, p. 398.

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