‹ Mission de PhénicieChapitre 36 sur 127 · BE · texte numérisé non relu

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La vallée de lAdonis, en partant de la mer, n’est d'abord qu'un trou profond. Le fleuve coule invisible entre deux murs de rocher; on n'entend que ses mugissements s’élevant d'un abime. Un peu après, la vallée se présente sous l'aspect de deux étages de toits inclinés, où se développent des cultures et des villages. Puis le bassin s’'élargit sur la rive gauche. A droite, se prolongent des pans très-escarpés, toujours à pic au-dessus du fleuve !, mais dont les crêtes, à la hauteur du village de Misschen, s'abaissent un peu. Là, sur une sorte de brèche établissant une dépression entre le bassin du Nabr-Ibrabim et le Ouadi-Fédar, là, dis-je, est l'endroit appelé Maschnaka (&k&it)?, où Schr el-Meidän. Cest comme un petit plateau suspendu au-dessus des précipices; des pentes effroyables s'ouvrent du côté du fleuve; en face est le Djebel-Mousa, dont le côté ouest, extrêmement escarpé, est habité cependant, car le soir il parait tout illuminé.

Maschnaka, l'une des plus curieuses ruines du Liban, a été vue pour la première fois par Seetzen. M. Th. Weber, consul de Prusse à Beyrouth, la visita de nouveau en 1850, accompagné de M. Aug. Lofller, peintre de Munich, qui dessina les sculptures dont nous parlerons bientôt®, Le P. Bourquenoud y vint en 1857, accompagné du P. Roze, qui prit également différents dessins”. Pour moi, je vis Maschnaka la première fois, seul, en janvier 1861%. M. Sacreste et M. Lockroy y travaillèrent en mars de la même année. J'y travaillai de nouveau avec M. Thobois au mois de juillet°.

Dulbeh (xd çyas), qui a été presque détruit dans les derniers événements du Liban.

1 Là se trouve la Muphäret-Ayyoub; voir ci-des- (4 yy

sus, p. 276.

2 Ce nom est arabe et signifie «lieu d'exécution » ou «coupe-gorpe. »

5 Meidän (hippodrome, champ clos) désigne sans doute la cour rectangulaire dont nous parlerons bientôt. Schir signifie «rocher à pic.» Le nom de Schir el-Meidän, sous lequel cet endroit fut désigné à Seetzen et à M. Weber, a été adopté sur la carte de Van de Velde, sur celle de Kiepert et sur celle du gé-

néral. de Beaufort. Le village le plus voisin est Aïn

# Ritter, XVII, p. 566, 568.

> Jd. ibid. p. 568-569 (2° édition, 1854.)

6 Ces dessins n'ont pas été publiés. M. Lœfler a bien voulu me les communiquer. Le paysage y est excellemment rendu.

7 Mémoire sur les monuments du culte d'Adonis, publié en septembre 1861.

$ Premier rapport au Moniteur, 27 février 1861.

2 Troisième rapport, tbid. 26 février 1869.

NE a Las D PRES RIT

Les ruines de Maschnaka produisent d’abord un grand sentiment d’étonnement et admiration. L'aspect romantique de la vallée du fleuve Adonis, si bien faite pour pleurer; les contours étranges des montagnes environnantes, domimées à l'horizon par les sommets neigeux d'Aphaca; la physionomie extraordinaire, grandiose, abrupte de tout le paysage, rendent cet endroit hautement intéressant pour les personnes qui recherchent l'union de la poésie de la nature et de la poésie du passé.

Quatre points attirent principalement attention à Maschnaka ! :

1. Une enceinte rectangulaire, d'environ 95 mètres de long sur 50 de large, avec une porte s’ouvrant du côté est?. Le mur n’est pas dans les conditions d'un mur de défense, et c’est à tort que M. Weber et le P. Bourquenoud * ont songé qu'ils étaient ici en présence d’une forteresse. (est évidemment une cour sacrée, analogue à celle de Kalaat- Fakra. Le mur est mince, de médiocre construction et par son côlé sud appuyé à un rocher, dont les pentes et le sommet dominent l'intérieur de la cour. Je n'ai pu retrouver les signes découverts sur une pierre par M. Weber, et où M. de Vogüé a vu des signes hiéroglyphiques*. Au fond de la cour, à l'extrémité opposée à la porte, il y a un soubassement carré, avec des colonnes naissantes. Ce soubassement rappelle le temple de Kefr-Haouar au pied de l'Hermon, dessiné par M. de Sauley*, ou celui de Deïr el-Aschaïr, près de la route de Damas à Beyrouth°, ou celui de Nahleh, près Baalbek7. Les débris de l'édifice se voient alentour. Beaucoup sont entrés dans la construction d’une masure récemment

élevée par les moines auxquêls appartiennent les’champs voisins.

1 Voir le plan de Maschnaka, dressé par M. Sacreste, dans la planche XXXIIL.

2? Voir planche XXXV.

3 Le P. Bourquenoud (Mém. cité, p. 29, note) semble, en outre, n’avoir pas vu l'unité du monument que nous décrivons en ce moment.

* Fragment d'un journal de voyage en Orient, p. 63-64.

5 Voyage autour de la mer Morte, , p. 566 et suiv.

pl. L. (Comp. Sepp, Jerusalem und das heilige Land, If, 220.)

$ Porter, Syria and Palestine, p. 458; M Harvey, Our cruise in the Claymore (London, 1861), p. 57 et suiv. Deir el-Aschair me parait composé de deir riemple,» et de nnwn. (CI. Gesenius, Thes. s. h. v. Ibn-Khordadbeh, p. 119 du texte, 257 de la traduction; édit. Barbier de Meynard.)

7 Porter, op. cit. p. 575.

En rapprochant tous ces débris, M. Thobois est arrivé à composer la restitution présentée par notre planche XXXV. Elle est en partie hypothétique; mais elle est très-probable dans son ensemble: on se convainera même qu'elle offre peu de données arbitraires, si lon considère, 1° que le soubassement, la naissance des fûts et la base de la cella, dont les murs étaient assez minces, sont en place; 2° que l'entablement et les chapiteaux existent entiers autour du monument; 3° que la base de la pyramide se conclut avec vraisemblance de deux belles pierres, un cavet et un lore qui se voient près de là, surtout si l’on rapproche ce cavet et

ce lore du socle du corps principal.

Tous ces restes présentent un caractère singulier. I est évident que le monument est de basse époque, et qu'il resta inachevé. Certaines parties ne sont qu'épannelées; les chapiteaux corinthiens sont d'un travail médiocre, simplement ébauchés, dissemblables entre eux. Les joints sont mauvais, les petits matériaux qui chaussent la construction attestent beaucoup de négligence. Le tout est mal harmonisé, disparate, au moins quant à l'exécution; on sent des ouvriers qui n’ont pas le sentiment clair de ce qu'ils font, qui sont esclaves d'un type disparu; c'est un manque total d'entente et de savoir.

Ces jugements, qui furent, dès le premier coup d'œil, arrêtés dans l'esprit de M. Thobois, s'éclairent d’un jour singulier par la comparaison des textes. Une chose évidente, c’est que le culte de Maschnaka fut dans un rapport étroit avec celui d’Aphaca. Or nous savons! que le

1 Voir ci-après, p. 297.

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