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CHAPITRE IV

LE KESROUAN.—BEYROUTH.

Reprenons notre description de la côte à l'embouchure du fleuve Adonis. Ce qui frappe sur toute cette côte, ce sont les travaux dans le roc qu'on trouve à chaque pas. Quand ces travaux sont plus serrés, plus groupés, ils sont un signe certain d'emplacement de ville ancienne. Mais on les rencontre un peu partout. La côte de Phénicie offre l'aspect d'une vasle carrière, présentant encore dans toute sa fraicheur la marque de la scie el du ciseau. Presque tous les objets usuels, meules, aires, silos, auges, cilernes, piscines, puits, margelles, etc. viennent également en ce pays de la plus haute antiquité. Ces choses, une fois faites, servent toujours, surtout dans les pays où les pratiques et les usages varient peu. Dans le pays de Tyr, nous arriverons également à ce résultat, que les monuments Industriels constituent les restes les plus nombreux de la vieille Phénicie. Rappelons chez les Hébreux, ces aires monumentales qui donnent leur nom à des localités, «l'aire d’Arevna, l'aire du nerprun,» ete.'

Les arasements au niveau de la mer sont un phénomène non moins frappant de toute la côte de Phénicie. J'entends par là le fait de ces rochers taillés au niveau de la mer comme par un instrument tranchant, qu'on rencontre à chaque pas, par exemple au N. O. du port de Gébeil, à l'embouchure du fleuve du Chien, rive droite, sur la côte ouest de Beyrouth. À la vue de ces arasements, on songe d'abord à un travail artificiel. H n'en est rien. Des faits nombreux que j'ai observés, il résulte pour moi

! Voir Gesenius, Thesaurus, au mot 1.

Lt AR ee fa A A4 ie Es 229 MISSION DE PHÉNICIE.

que la mer exerce sur le calcaire de la côte de Syrie une action COFTOSIVE, que cette action s'exerce non sur la partie du rocher toujours immergée, mais sur la partie qui est à la {ois en contact avec l'air et l'eau, c’est-à-dire au niveau même de la mer. Cette action séculaire tend à tracer autour du rocher qui y est exposé une section horizontale et à isoler la partie supérieure |. Gette partie est ensuite dévorée elle-même et à la fin balayée. Je laisse la question aux minéralogistes ; mais Jose affirmer que la main de l'homme n'est pour rien dans ces arasements.

À l'endroit nommé El-Bauar (,1:41)°, commence un vaste ensemble de travaux dans le roc, qui sont en partie des carrières, en partie des travaux faits avec intention. Des trous d'amorce pour des poutres se voient en plusieurs endroits et prouvent que les coupes verticales du rocher ont servi d'appui à des maisons. Cela rappelle Anelé et l'endroit d'Athènes connu sous le nom de «Prison de Socrate*.» Sur la grève se voit une grande masse isolée (pl. XXXIX) adhérente au sol et ayant dû servir de base à une construction, peut-être à un pelit naos, quoique différentes circonstances semblent révéler une destination industrielle, et qui, en tout cas, ressemble beaucoup à la base du Maubed d'Amrit. Le puits d'Ain-Mahouz, près de là", avec son escalier grandiose et les énormes hy-

dries cassées qui environnent la margelle est plus remarquable encore

(pl. XXXIX). C'est le plus bel ouvrage de ce genre que J aie vu. Toute la route de El-Bauar à Berja continue de montrer des rochers taillés, des portes de grottes ensevelies sous terre, dont on ne voit que le haut, etc. La côte, du fleuve Adonis à la baie de Djouni, est formée par un grand rocher incliné, où il y a beaucoup d'excavations naturelles, qui devaient

engager à y tailler des caveaux, des magasins, des silos.

1 Un fait analogue se remarque dans les parties 2 C'est le premier endroit qu'on rencontre en vedu Sahara qui sont des lits d'anciennes mers. (Voir nant de Gébeil, après Mar-Doumit. H. Duveyrier, Les Touareg du nord, p. 35.) Nous re- 3 Voir Le Bas, Voyage archéol. Hin. pl. IV. Comp. viendrons sur la question de ces arasements à pro- ibid. pl. XLVII.

pos de Sour. : Ritter, XVIL, p. 550.

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CAMPAGNE DE BYBLOS. 323 Le petit port de Berja, dont le vrai nom est Taberja (LL )', est un centre de travaux dans le roc encore plus considérables. Les caves et les grottes sépulcrales sont nombreuses près du petit port des deux côtés de la vallée; mais c’est surtout en montant sur les mamelons qui couronnent le village à droite et à gauche, qu'on trouve un vaste ensemble de tombeaux. Peu de nécropoles phéniciennes offrent une si grande étendue. Un genre de caveaux est propre à cette nécropole; ce sont ceux où l'on entre par le plafond. Je n'ai pas vu cette disposition ailleurs, du moins si caractérisée. Près du village, par exemple, à droite de la route en venant de Djouni, se voient, à très-peu de distance l’une de l'autre, trois ouvertures rectangulaires d'environ o", 70 sur 0", bo, qu'on prendrait d'abord pour des citernes, mais qui sûrement sont des tombeaux. Les eiternes, en effet, ont loujours une forme conique ou sphéroïdale. Les ouvertures dont nous parlons ont, d'ailleurs, un rebord intérieur de quelques centimètres, sur lequel reposait sans doute la saillie de la pierre qui fermat l'entrée.

J’emprunte à une lettre de M. Sacreste la description de quelques

grands caveaux situés près de Berja.

Après avoir dépassé les dernières maisons du village, je remarquai sur la droite, à cent mètres environ, une excavation que j'eus la curiosité d'aller visiter, bien qu'elle me parüt naturelle. Jugez de ma surprise, en trouvant là un superbe caveau, puis tout autour de cette petite éminence une série d’autres tombeaux, tous creusés dans le roc.

A gauche, en entrant, deux chambres à voûte cintrée renferment chacune deux caisses de sarcophages; dans le fond une chambre à dimensions plus grandes, mais aussi à voûte cintrée, renferme trois caisses; tous ces tombeaux sont placés dans le même plan, c'est-à-dire, l’un à côté de l'autre, et présentant le petit côté au spectateur. Ces sept sarcophages sont trés-prands et d’une entaille fortement accentuée dans le roc; en outre, ils ont la tête plus haute que les pieds, et cette singulière disposition, que nous n'avons trouvée nulle part, leur donne un air plus imposant encore.

À droite sont deux chambres de même forme que les autres; mais les sarcophages v

! Le patriarche m'a assuré que celte forme seule est usitée dans les anciens textes. Encore aujourd'hui les personnes qui parlent bien disent Taberja.

hi.

sont au niveau du sol. au lieu d’être sur une estrade ou lit funéraire, comme ceux dont je viens de parler. En outre la première de ces deux chambres est moins profonde que celle qui lui fait face et ne contient qu'un sarcophage présentant le grand cô é. Enfin, le qui lui fait face et ne contient q hage présentant le grand côté. Enf sur le sol, on voit les traces de sarcophages creusés l’un à côté de l’autre, comme cela se remarque à Djébeil, à la nécropole du Sud. Certes, il y avait là de quoi loger bien des morts, et cependant il semble qu'il ny

ait pas eu place pour tous les ayants droit, car dans la deuxième chambre de droite est

percée une ouverture qui donne accès à un tombeau supplémentaire disposé dans le roc parallèlement à ceux du fond. La longueur totale du caveau est d'environ six mètres.

Autour de ce caveau, on remarque extérieurement une entaille demi-cireulaire sur une largeur de o",60 et une hauteur de 2",50. On dirait un couloir servant à séparer le caveau dont je viens de parler d’un autre caveau placé derrière et un peu à droite. La porte de cet autre caveau est basse et presque entièrement bouchée; 1l ne m'a pas été possible d'y entrer. Ce caveau m'a paru considérable.

Un troisième caveau, ayant également la porte assez basse, offre dans l'intérieur trois chambres égales, à voûte cintrée et renfermant chacune deux tombeaux, dont les couvercles ont totalement disparu; une de ces caisses de sarcophage présente au-dessus de la tête une espèce de rebord assez large.

Un quatrième, à porte basse, présente, de la porte au fond du caveau, un couloir de deux mètres de largeur; à droite et à gauche, deux grandes chambres carrées, à voûte cintrée. Du côté gauche, on remarque encore un écran en pierre, haut d'environ 65 centimètres, qui séparait les chambres du couloir. Toutes les voûtes sont taillées dans le roc. Ce caveau est grand, et pourtant il ne renferme qu'un sarcophage dans la première chambre de gauche; encore ce sarcophage est-il tout à fait encastré dans la paroi du mur du côté de la porte. Les quatre chambres sont done entièrement vides.

À mon retour à Taberja, les indigènes me sionalèrent beaucoup d’autres caveaux plus rapprochés du village; il y en a même sous les dernières maisons. Je remarquai, près de la mer, un caveau à deux chambres. Les voûtes cintrées des deux chambres sont plus élevées que la voûte du caveau.

Tous ces tombeaux m'ont paru mériler votre attention à cause de leur originalité: je ne crois pas cependant qu'il soit bien urgent d'organiser des fouilles en cet endroit;

les caveaux ont été dépouillés plus impitoyablement encore que ceux de Gébeil.

Ces tombeaux, qui arrêtent l'attention du voyageur le long de la côte, ne sont pas les seuls que possèdent les environs de Berja. Quand on s’écarte de la côte à Mar Doumit pour prendre la route abrégée qui conduit à Ghazir, on trouve dans une petite vallée, à la hauteur de El-Bauar,

une nouvelle nécropole, composée de pelites salles basses, taillées dans

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CAMPAGNE DE BYBLOS. 220 le roc. L’aire de ces petites chambres est excavée de trous rectangulaires. La disposition des sarcophages offre une particularité tout à fait unique. Ils font corps avec la paroi, si bien que la cuve est évidée en dessous. L'aspect extérieur du rocher où est creusée cette petite nécropole n’est pas moins remarquable. I est de toutes parts taillé artificiellement, et, en parüculier, sillonné d’escaliers qui permettaient de monter sur la paroi inclinée et d'aller d’un caveau à l'autre. Il y a, du reste, aux environs beaucoup d’autres tombeaux. Le P. Bourquenoud et le P. Roze! en ont vu qui ont pu m'échapper. Une note qui me fut remise par les PP. Jésuites du séminaire de Ghazir me signale, «près de Mar Doumit, une nécropole d'environ vingt-cinq ou trente grottes, qui renferment de trois à dix tombeaux chacune. Une ou deux de ces grottes ont une ouverture taillée dans la voûte. Les unes ont la voûte cintrée, d’autres l'ont horizontale, »

Une chose ressort avec évidence de ces détails; c’est qu'il y eut autrefois autour des deux points nommés El-Bauar et Berja, deux localités considérables. Était-ce une seule ville dont les dépendances s’étendaient ainsi sur un espace de trois kilomètres, ou étaient-ce deux villes, dont les dépendances se touchaient presque? C'est ce qu'il est bien difficile de décider ?. Mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il y eut là un centre de population très-considérable. La disparition totale des bâtiments s'explique par le voisinage de Beyrouth. Les moyens de transports par terre étant trèschétifs, en Syrie, tout point voisin de la mer, où il y a des pierres de construction, est bientôt dépouillé.

Quel fut le nom de la ville autrefois sise en ces parages. Brocchi“ et le

P. Bourquenoud ? ont cru que c'était Palæbyblos, opinion sur laquelle

1 Mémoire sur le culte d'Adonis, p. h1 et suiv. y avait deux centres et deux ports. Ce qu'il appelle ? Ritter (XVIT, 551) mentionne une tradition d'a- «la source de l'escalier» est Ain-Mahouz. près laquelle lesruines de Safra (village situé tout à fait 4° Giornale delle osservazioni, ete. IT, 31 4. Cf. Ritter, danslesmêmes parages) auraient servi à bâtir Beyrouth. XVI 550. 3 Le P. Bourquenoud ne suppose qu'un centre 5 Loc. cit. et.dans les Études, etc. sept. oct. 1863,

de population. Mais le P. Roze (/. e.) a bien vu qu'il p. 8b1.

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nous attendons pour nous prononcer, que nous ayons achevé la description de la côte jusqu'au fleuve du Chien. Le nom de Berja, à l'époque byzantine, nous est, au moins, bien connu. Taberja, en effet, qui est la vraie forme du nom de ee village, est le mot grec romapyia" + le chef-lieu de canton , » lequel suppose que le vieux nom de la ville avait disparu avant l'islamisme, et que, sous les empereurs byzantins, il restait seulement à Berja un groupe d'habitations, résidence du toparque ou magistrat du canton. Entre Beyrouth et Saïda, nous trouverons également une localité de Berja, riche en ruines byzantines, près d’une ville antique, qui, de bonne heure, perdit son nom, Porphyreon. Vers le 1v° siècle, le nom vague d'Érapyix ou de Tomapyix, paraît s'être substitué à des noms de ville plus anciens. C’est ainsi qu'Aphrodisias s’appela Étapyix Kaplas, nom dont on retrouve un débris dans celui qu’elle porte encore aujourd'hui (Geira)?. Fatka (Xëx), petit village dans la montagne, à une forte heure à l’est de Berja, avait deux inscriptions grecques, que j'ai rapportées au Louvre. LIANEPOYATPAIANOY KRPNIICYANPIOI CCE BA CON FEPMANIKOYYIOY CEBACTOYAIOTENHC ACTIACIOYTOYAIOTENOYC ETOIHCENTOTEPIBOAON TOYIEPOYKAITOMOAIBOYN

TOYAWMATOCEYCEBIAC XAPIN

L(érous) 1 Nepoud Tpaïdrou Kaloæpos 2e6a0îoù 'eppaviot, vioù De6aoloÿ, Auoyévns Âcmaciou roù Auoyévous émromos» T0 wepiéo)or

sic)

TO iepoÿ ai TÔ uoSodr!

roù duuaros, edoe6las

xp.

1 Je dois cette excellente étymologie à S. Em. le Patriarche des Maronites. —*? Texier, Asie Mineure, 643.

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