SAÏDA ET SES JARDINS
Le dominicain Brocard dit, avec sa justesse ordinaire : « Sidon, magna urbs Phæniciæ, cujus magnitudinem adhuc ruinæ attestantur. . . De ruinis tamen ejus alia est ædificata, parva quidem, sed munita!.» Antonn Martyr nous atteste en effet que, de son temps (vers 570), la ville était en partie en ruines : « Ex parte ruit’.» La moderne Saïda doit donc être considérée, moins comme une continuation directe de l'antique Sidon que comme un petit amas de maisons fortifiées, qui, surtout depuis les croisades, s’est formé autour du port de la vieille ville®. Nous verrons bientôt que les jardins recèlent des débris de monuments qui, autrefois, durent faire partie de la cité, et que le point de départ des bornes milliaires était
situé au point 10 de notre plan (planche LXVD), c’est-à-dire à environ
1 P.96, édit. Laurent. moyen âge, voir Ritter, Erdkunde, XVII, p. 392 et ? Antonin Martyr, S 4. suiv. ou Dietrich, Zwei sidonische Inschriften (Max- 5 Pour l’histoire des vicissitudes de la ville au bourg, 1855), p. 1 et suiv.
AG
730 mètres de la porte actuelle de la ville. Brocard ici encore nous fournit un trait de lumière. « Fuit autem in campo per longum disposita, tendens ab austro in aquilonem, sub monte Antilibano, inter ipsum et mare, speciosa valde. » On s'explique, de la sorte, comment la ville actuelle de Saïda renferme si peu d’antiquités. Cest une ville moderne, faite avec des débris antiques, dont bien peu sont reconnaissables. Si l’on excepte les éternels fûts de colonnes encastrés dans les murs, les blocs gigantesques qui ferment le vieux port, et les entailles dans le roc qui se voient au port et dans l'ile, Saïda, comme Sour, n’a conservé au-dessus du sol presque aucun veslige de son passé phénicien. Jusqu'à la découverte de la grande nécropole située autour de Mughdret Abloun, en 18), on pouvait dire que la vieille Sidon, «mère en Chanaan,» avait totalement disparu.
Comme toutes les villes antiques de la Phénicie (Tyr, Byblos, Botrys, Trière, Acre, Jaffa), Sidon se présente de loin en promontoire. L'idée que ces peuples anciens se faisaient d'un port était tout à fait différente de la nôtre. Les ports phéniciens étaient de préférence situés sur des caps; il semble qu'on cherchait plutôt des reconnaissances, susceptibles d’être vues de loin, que de vrais abris. La navigation d'alors consistait à voguer de cap en cap; le soir, on tirait la barque sur la grève. La Phénicie n’a vraiment qu'un seul mouillage, qui est Ruad. Le nrx de Gen. xux, 13, paraît être lorigme du nom de Khaïpha!; or, la plage de Khaïpha est tout simplement une grève où l'on pouvait tirer les navires à sec. Ce que les Phéniciens recherchaient dans leurs ports, c'était le voisinage d'une île, ainsi qu'on le voit à Aradus, à Tripoli, à Sidon, à Tyr, et jusqu'à un certain point à Byblos.
Notre planche LXVIF et les figures 1, 2, 3 de la planche LXVIIT présentent l'image du port de Saïda et permettent de juger des parties antiques qu'il offre encore. Jaffa, Ruad, et en général les ports de la Phénicie
1 Cf. Land, Disp. de carmine Jacobi, p. 61.
CAMPAGNE DE SIDON. 363 offrent ce même aspect de rochers taillés. Une curieuse inscription latine de basse époque, trouvée en août 1867, dans le port !, nous apprend que le mur qui, de ce côté, protégeait la ville contre les flots, avait été bâti par Antigone. H est probable que cette inscription latine métrique fut gravée en même temps qu'une autre (non retrouvée), qui devait mentionner la réparation du même mur au v° ou vr siècle?. Le Périple du faux Scylax, qui est antérieur à Alexandre, appelle déjà le port de Sidon xur xkeoîds, « port fermé.» Le château de la mer a été bâti au xm° siècle’ avec de belles pierres antiques. Le bossage s'y mêle à des fûts de colonnes brisées. C’est à tort qu'on a vu un trait de haute antiquité dans les signes de maçons qui se voient sur les pierres *.
L'ilot qui forme le mouillage de Saïda® a des travaux dans le roc qu'on peut rapporter à une haute antiquité. La base carrée de rochers qui coupe l'ilot comme une crête, dans le sens de sa longueur, a pu être le soubassement d'un mur, comme les murazzi de Venise. Dans la partie sud de lilot, il y a certainement eu des constructions adossées à la paroi taillée à pic qui regarde l'est; cela est prouvé d’abord par les masses de ciment qui forment le sol et en remplissaient les aspérités, puis par les mortaises creusées dans ce sol ainsi que dans le rocher taillé à pie, mortaises desüinées à recevoir les piliers en bois et les traverses soutenant une terrasse. Au milieu de la crête centrale, se voit une porte; à l'intérieur est un bassin contenant une eau peu profonde, où les femmes de Saïda vont aujourd'hui se baigner, et qui a servi peut-être au même usage autrefois (voir pl. LXVIIL, fig. 4 et 5).
Dans la description qui va suivre, il est de mon devoir de déclarer
1 Communication de M. de Saulcy à l’Académie 3 Brocard, L. c. des inscriptions, le 1* octobre 1869. Revue arch. # Deutsch; voir Bulletin de la Soc. de géogr. janv. oct. 1869, p. 286, et mars 1870, p. 145 et suiv. 1870, p. 55.
? H y eut, vers ce temps, une certaine recrudes- 5 Voir nos planches LXVI et LXVII, les plans cence latine dans les inscriptions de Syrie. (Voir ci- d'Ormsby (1833), et de M. Desmoulins (1862), dessus, p. 37, el surtout Corpus inscr. lat. Syrie, au Dépôt général de la marine.
n® 124 et 188.)
que je dois beaucoup à M. Durighello, agent consulaire de France à Saïda, qui, pendant mon séjour et après mon départ, n’a cessé de rechercher avec zèle et de relever tout ce qui pouvait servir la mission. Jai dit trop de fois, pour qu'il soit nécessaire de le redire encore, ce que je dois pour tout ce livre à M. Gaillardot.
Les débris d’antiquité qui se voient dans l'intérieur de la ville sont insignifiants. Près de la porte par laquelle on entre en arrivant de Beyrouth, on trouve des mosaïques. On a quelquefois regardé comme phénicien un chapiteau en pierre calcaire de 66 centimètres de diamètre, placé près du bassin de la mosquée Djamet el-Khyhyaïa (pl. XLIT, à gauche). C'est un mauvais chapiteau ionique de l’époque romaine, inachevé. Le khan français contient beaucoup d’antiquités, et, par nos soins, est devenu une sorte de musée. Pendant quatre ans, M. Gaillardot et M. Durighello n’ont laissé passer aucune occasion d'acheter, sur les fonds de la mission, toutes les antiquités du pays qu’on leur présentait. Nous rapporterons, autant que possible, ces antiquités aux points où elles ont été trouvées; nous mentionnerons ici, faute d'indications plus précises, deux fragments d’un sarcophage représentant une chasse exécutée par des génies, dont l’un a le bras enveloppé comme pour la chasse au lion (pl. XLIT, bas), trouvé dans les jardins (calcaire compacte jaunâtre), un bon fragment de lion terrassant un taureau (gris calcaire très-orossier), un bas-relief en marbre blanc (pl. XLIV, bas), représentant Apollon’, qui perce de ses flèches les Niobides ; un des Niobides est déjà tué; l'autre est entre les bras de son pédadogue, lequel tient sa verge à la main. L'arbre est un pin; le pin est toujours ainsi figuré sur les monuments de Cybèle et d’Attys. Cet arbre a, dans les deux cas, un sens funèbre; sa présence est ici un symbole de la mort de toutes ces victimes d’Apollon, stérilisées par les cruelles flèches du dieu. (Note de M. de Longpérier.) Le sujet des Niobides n’est pas rare sur les tombeaux.
, ; : ae 1 L'apparence du casque qui couvre la tête du dieu est, en réalité, sa chevelure.
CAMPAGNE DE SIDON. 365 À Saïda appartient également le fragment de sarcophage en marbre blanc représenté par notre planche XLV, n° 1; on y remarquera les pendeloques suspendues aux guirlandes, mouf favori des sépultures du pays de Tyr et de la Palestine, sur lequel nous reviendrons. Nous mentionnerons ici également l’objet représenté dans notre planche XXI, 8 (tête de cheval grotesque en bronze, ayant servi de pommeau); le fragment de bas-relief n° 94 de notre catalogue; une gargouille, d’où l'eau s’échappait par la gueule d’un lion!.
Parmi les pièces de monnaie recueillies à Saïda, nous mentionnerons une grande darique d'argent et de petites dariques à l'archer, très-fines. Nous possédons (au Louvre) un masque de lion en cuivre, trouvé dans les jardins et qui rappelle un objet analogue de la collection de M. Auguste Parent. Un très-curieux petit objet, vraiment phénicien, est le sui-
vant, lequel fut découvert dans un tas de pierres d'une rue de Saïda :
Grandeur d'exécution.
: » : die + : : sh ! M. Gaillardot l'a soigneusement dessinée, comme presque tous les objets antiques de Saïda.
La figure du dieu a été massacrée à coups de couteau. Quant à la forme de la cella, on remarquera son analogie avec celle d'Amrit (pl. IX), surtout en ce qui touche la frise d'urœus. La restitution de la cella d'Amrit était achevée et avait même été exposée (Catalogue, dessins de M. Thobois, n° 3), bien avant que nous eussions connaissance de cette petite pierre, laquelle n’a été découverte qu'en 1869, et qui confirme pleinement la restitution de M. Thobois.
Dans une lettre de M. Gaillardot, datée du 10 septembre 1869, je lis ce qui suit : «J'ai été bien agréablement surpris dernièrement, en trouvant sur une pierre carrée destinée aux constructions, d'environ 35 centimètres en cube, la partie supérieure d’une petite stèle représentant le globe aïlé et les ornements en forme de larmes (les uræus) que nous avons rencontrés ailleurs. C’est le premier globe ailé que nous trou-
vons à Saïda. Cette pièce est au Louvre; en voici le dessin.
Les jardins qui entourent Saïda! sont une mine inépuisable d'antiquités. On y trouve des restes de construction en grand appareil. Chaque année les travaux du labour font sortir de terre des fragments d'architecture et de sculpture, de marbre ou de calcaire, presque tous romains et chrétiens, de ce style qui caractérise la Porte Dorée à Jérusalem et les villes
1 Voir notre planche LXVI. Je ne puis omettre fut toujours pour la mission d'un grand secours. cette occasion de donner un regret à M. le com- M. Gélis a été enlevé à ses nombreux amis comme
mandant Gélis, qui voulut bien se charger de faire il achevait de donner ses soins au plan des environs exécuter à Paris les plans de M. Gaïllardot, et qui de Saïda et à celui de la nécropole.
CAMPAGNE DE SIDON. 367 chrétiennes voisines d'Alep découvertes par M. de Vogüé. Le monument dit tombeau de Zabulon', Véby Seidoun, mériterait d’être fouillé. La colonne parait être debout à sa place; le mur de l'enclos est construit de grosses pierres monumentales. Au sud de la ville, près de la mer, se voit un puits antique. Notre plan (pl. LXVN donne une idée exacte des antiquités éparses dans les jardins du nord-est.
Parmi les grottes sépulcrales, les plus remarquables sont les trois grottes du jardin Médéah ou Mékhédé?. L'une de ces grottes contenait
quatorze fours ou kokim; en voici le plan et les coupes :
Fig. » nb fe NN Fig. 1. Plan de la grotte. — E. Entrée formée aujourd'hui par les deux fours 1 et 14 brisés. — L. Ouverture carrée ainsi que la voûte, de Zen 4. — A. Arc rendant le reste de la voûte courbe jus-
qu’au fond F.
Fig. 2. Coupe de la grotte d’après la ligne AB (fig. 1). Fig. 3. Coupe d’après la ligne CD.
Une autre grotte du jardin Médéah est représentée par notre pl. XLIV. N° 1. Plan de la grotte.
N° ». Coupe suivant la ligne «b.
N° 3. Coupe du four F' suivant la ligne cd.
N° 4. Vue intérieure de la grotte.
À. Escalier conduisant à la porte P, dont le plafond B est plus élevé que celui de la grotte, — €, D. Pe-
! Garmoly, finéraires, p. 449, 450, 480 ; Dietrich, Zwvei sidon. Inschr. p. 5.—? Comparez Beulé, Fouilles à Carthage pl. VI.
üC)
tites niches placées de chaque côté de la porte. — E. Ouverture des fours. — FF". Fours ou loculi destinés
à recevoir les cadavres : chacun de ces fours est séparé dans sa hauteur en deux compartiments CC (n° 3) par un plancher de dalles (n° » et 3). Le compartiment supérieur formant. une voûte demi-circulaire est plus large que le compartiment inférieur C'.— GG. Paroi de la grotte dans laquelle sont creusés les fours ; cette paroi, par un retrait de 5 à 6 centimètres, forme des pilastres qui séparent les loculi.
La troisième grotte, située à gauche de l'entrée du jardin qui donne sur l'aqueduc, offre moins d'intérêt. ;
Au-dessus de deux des loculi se voient peintes en rouge, avec palmes
et queues d’aronde, les deux inscriptions suivantes : ù L
OEAPCIAWPOBEAI
EAAPPACOIHTH
PIAOKAAEKTIC TA
Odpor, Awpobecu,
&ha@pà oot à yÿ;
Qiiduake, xTiG- Ta
Awpobeau pour Awpdbee. Sur l'équivalence de ete, dès le n° siècle de notre ère, au moins, voir Sextus Empiricus, Contre les grammariens, p. 2441, édit. Fabricius; p. 625, édit. Bekker. Sur l'usage épigraphique de xrioîns, voir ci-après, chap. nr. Peut-être Dorothée fut-il le constructeur de la grotte. Au-dessous de l'inscription, des-
sins rouges effacés.
OAPCIMIK TEI OYAICAOANATOC EAADPAECHTEHTH
TOICKA INOECIN = Telle est ma copie; celle de M. Gaïllardot donne, ligne première : IITEI. La restitution du nom propre de femme me parait impossible.
Odpot, Min.......Ter,
oùdis ddvartos,
éha@pd ylélvinre à yà
roïs xaA[oïs &]|r0eoiw
L'énre serait pour yévnTæ, qui serait lui-même pour yévoro. La mention des fleurs
surprendra moins, si l'on se rappelle l'inscription de Pomptilla, à Cagliari (Corpus inscr.# gr. n° 5759), et si l’on tient compte des rapprochements qu'ont faits à ce sujet Le Bas et Franz (Corpus, IT, p. 687). Pour la formule Odpoer, ….odels dfdvaros, voir cidessus, p. 183; Waddington, {nser. de Le Bas, III, 1829, 1897; Corpus inscr. gr. 6523 b, 9666, et ci-dessous, à Deir-Zaharäni. Cette formule se trouve même sur des tombes chrétiennes et juives. Le Blant, La question du vase de sang (Paris, 1858), p. 22-23. M. Le Blant me communique à ce sujet la note suivante :
« La formule lapidaire oùdeis à0dvaros, particulièrement fréquente en Orient, se montre à la fois en Syrie, dans la Cyrénaïque, dans les îles de l'Archipel, en Sicile, à Rome et jusque dans la Gaule. Je la trouve ordinairement jointe aux acclamations OAPCI, EYYYXI, EYMYPI, EYOYMI, MHAYTIOY. Mieux encore que par une large diffusion, le goût des anciens pour cette phrase banale se montre par l'usage qu’en firent en même temps les païens, les juifs et les chrétiens'!. Pour ne parler ici que des derniers, on peut s'étonner de rencontrer, par cinq fois : EYYYXI OYAIC AOANATOC., MH AYTIOY OYAIC AONATOC, OAPCI OYAIC AOANATOC, EYMYPI OYAIC AOA- NATOC?, sur les sépultures de ces anciens fidèles, qui répétaient avec saint Paul : « De- +siderium habeo dissolvi et esse cum Christo,» qui, dans leurs livres, leurs inseriptions, condamnaient comme impies les larmes données aux morts et qui voyaient dans l'heure dernière le couronnement des vœux de tout chrétien. Sur ce point done, aussi bien que sur tant d’autres, le sentiment instinctif s’est montré plus fort chez les fils de l'Église que l’enseignement et la doctrine.
«Chez les païens, sur les tombeaux desquels nous la rencontrons le plus souvent, la phrase « Console-toi; nul n’est immortel, » est parfois insérée en grec dans des inscriptions latines. C'était done, paraît-il, sous cette forme qu'elle avait cours dans la partie latine de l'empire. Une épitaphe y ajoute ces mots, qui rappellent un passage de l'Iiade : KAI O HPAKAHC ATIEOANE; une autre la paraphrase en vers°. Aux monuments où figure l'acclamation qui nous occupe, je dois joindre ces deux inscriptions inédites, tracées sur des tablettes de momies : Zevraul|cr] | CE Eros. | ETOU. ce er | «y À
My Aur|ÿs] | ouders a[Odva] | ros ev xo[ou«w] — Sevupr | s eGrco | Mn Au | mis ou | ous af | arov e | » ro x.»
1 «Gruter, 752, 2; 933, 11; Amico, Catana illustrata, pars IT, p. 275; Boldetti, Osservazioni sopra à cimiteri, p. 382 et 390; Buonarruoti, Vetri antichi, p. 169; Doni, Inserip. ant. 525, 8; Marini, Iscriziont Albane, p.
Sylloge inser. antiq. p. 421 et 585; Le Bas, Inscriptions
1993; Fratelli Arvali, p. 342; Osann,
grecques et latines recueillies en Grèce, 5° cahier, p. 190; de Sauley, Voyage en Syrie, pl. Il; Corpus inscriptionum græcarum, n° 5200, B; Renan, Mission de Phénicie, p. 184; marbre au musée du Vatican : OAPCI
AKME OYAIC ABANATOC etc.»
? «Boldetti, p. 382 et 390; Buonarruoti, Vetri, p- 169; Doni, 525,8; Vetlori, De septem dormientibus, p. A8.»
5 «Cf. Hieron. Epitaphium Paule, epist. enr, $ 1, ad Eustochium virginem. »
«Gruter, 759, 3 ; 933 , 11; Amico, Catanaillustata, pars TT, p. 275; Vettori, De septem dormientibus, p. A7.n
5 « Vettori, loc. cit. Cf. Iliad. XVI, v. 117,118.
6 «Corpus inseript. præc. n° 6288.»
Dans le jardin de Mohammed Antar, se trouve une base de statue, en grès calcaire, qui depuis à été acquise par le Louvre”.
Au-dessus de la base, sur un arrachement, on lit :
OAHMOC
Sur la base :
HAAOYIONOYAA KWNCTANTINON ETIDANECTAT ONKAICAPA HAOAICAIATOUN CTPATHT UN
Je crois lire sur mon estam y page KWNCT... et non KONCT, leçon adoptée par M. de Sauley. Constantin ne portant pas, dans cette inscription, le titre de Sebaolés, on est incliné à croire qu’elle est de l'an 306 ou du commencement de 307 (voir Tillemont, Hist. des emper. IV, p. 92 et suiv.). Le christianisme, très-fort à Sidon, explique cette prompte démonstration en faveur de Constantin, bien que celui-ci fût alors au fond de l'Occident. L'inscription a été biffée à coups de couteau , probablement par suile de quelque réaction politique, et elle est très-difficile à lire. Le monument
devait, du reste, être assez mesquin. La base n'a que 1,1 5 de haut.
Sur une colonnette polygonale en calcaire dur, trouvée dans le jardin
El-Aamoud, appartenant à MM. Abéla :
ATIROY bPON TUNOE IEPEOC APZAN TOE
Le haut manque. Il y avait sans doute [IDYTAIOY ou [AYPHJAIOY. Un iepevs dpËas est une personne ayant exercé l’iepeia temporaire, et sortie de charge. Opposez ispeds dpyaw trois fois dans Le Bas, Inser. NI, 372. Cf. &vapyos, Letronne, Jnscr. de l'Égypte, n° 386; Corpus, n° 3046 et Addenda ad n° 4755; Papyrus du Louvre, p. 396; Acad. inser. séance du 19 avril 1870 (Egger). Comp. Corpus, n° 2220. Opposez les
1 Comptes rendus de l’Acad. des inser. oct. 1 869 (Communication de M. de Saulcy); Revue archéol. mars 1870;
ts a gs
ispeïs id Bio. Le Corpus anser. gr. n° 2271, nous montre un Tyrien revêtu d'une préirise passagère.
Un fragment de statue en calcaire, trouvé dans les jardins, maintenant chez M. Antoun Clat, porte sur l'épaule droite l'inscription suivante
en lettres assez petites :
MEPSAIZ OIMEPT AIOY EKTOUNIA KATEYXHZZ ANEOH KAN
Une copie de M. Durighello, qui paraît avoir été prise à une date où le monument était en meilleur état que quand il fut estampé, porte KAI MEPCAZ en toutes lettres: mais avant le Z final il y a un 1, ce semble, et entre le P et cet 1 la place de deux lettres; de plus, les Z de l'inscription ne sont pas lunaires. Je lis : Après xai Iepd..s, oi Iepyalov, x T@v idfwvr], xar’ edyn[r], dvé0nxar. On ne saurait lire TTepyator; l'Y final est presque certain. Ne rapprochez pas Corpus inser. gr. n° 9666; car Ilepyaïos est là un gentilitium; cf. n° 6593 b (contre Kirchhoff).
Vers le 15 février 1869, en défonçant un jardin situé à une petite distance de la ville, on déterra un gros bloc de marbre de 1",59 cent. de longueur sur 51 centimètres de largeur, et 54 centimètres de hauteur, ayant fait partie de la base d’une statue. Le bloc présentait quatre inscriplions, dont trois du même côté font un ensemble; la quatrième a été ajoutée plus tard. Je possède trois estampages de ces inscriptions, plus une copie de M. Gaillardot', Le bloc a, en mai 1863, été acheté par M. Gaillardot, sur les fonds de continuation de la mission et déposé au khan. M. Waddington a publié ces inscriptions (Le Bas, ILE, n° 1 866 a).
Voici le texte des trois inscriptions gravées sur le bloc, posé dans le
! Comptes rendus de l’Acad. des inscr. 1869, p. 153.
hz.
sens de sa largeur, tel qu'il résulte de nos estampages et de la copie de M. Gaillardot.
£IANNIANHPOAIZ APToAIKolZokKATANTE € EX AIOTIMONAIONYEÆEIOYAIKAZTHN HAAZANEKAÏIHPANEIZEPINANI NIKH£ANTANEMEAAPMATI SONRANE Na IOMNTNENORES TER KYAOZAEIMNAZTOY£AHACEZYPeZ 777 AÉTATTAPPPATIZTo£AbEAAAAOZITPIKONZÆY XoZ ATATEZEI£ATAonNoIlkONATHNOPIAAN AYXEIKAIOHBHEKAAMHIAOZIEPONAZTY AEPKOMENONNIKAI£ZEYKAEAMATPOTOAIN PATPITE£AITEAE#EIAIONVE!
EAAAZETEITPANHTONAEBOAZE
£EAEYOEPNAIOZETOoIH£E OYMONONENNAYEINMETAAYN AAAETIKAITEYKTOIZA0AO
EAN
TIMoX
Nous n'avons pas trace du ® de AOAOP (12° ligne). À la quatrième ligne, nous lisons XTEDAN. IQNOEZ de la neuvième ligne est une conquête de M. Waddington. Au vers septième, il faut lire OHBHZ.
Zuduwvioy ÿ mÜSs Aiéripor Awovvoiou dimaoTr, vumoarra Néuea dpuart.
Tuôyalpi]s ékeudepraïos mono.
Âpyolumoïs bxa mdvres é[vi cladloivuw dproleis] Haaoar èx Oppur els épw dv[iéyov|,
Soi xaXdv, & Aidriue, Dopovidos [x more yaœias| Kü9os demvéolous 9’ FAles drd oledr|ous|*
Âcîéy yàap mpdriolos àQ” ÉXXddos immumdv [e]üyos Âyayes eis àyabcv oîxoY À ynvopudr.
Adyet nai OYEns Kaduidos ispov dou Acpuôpevor vixous edxhéa LATPOTOMY,
Harpi re où reé[o]e: Auvvoi[o ipà Altwvos, ÉAXdS éme Tori Tôvd ébace [Spdor|:
Où pévor &v vauoi peyakive[a duQgeliocas|, ÀXX Ets mai Éeuuroïs à0Ao[@opeis dyeow].
Cette restitution est de MM. Miller et Egger. M. Egger me communique les nouvelles observations suivantes : Sur le premier vers, Dübner proposait dpiolées ëv oladioiotw. L'E après MANTEZ est en effet très-douteux. — Au vers trois, Dübner proposait DopœviSos èx Nepeaias; mais il faut chercher la place d’un verbe à un mode personnel.
HX0° àmd yalas ferait bien, si le vers suivant ne contenait pas #X0es dd; je conjecture encore éx0ope (pour éËé0ope) yœlas (s'est élancée, emicuit), ce qui est une forme homérique. Le dé du vers quatre ne s’explique pas si le vers trois ne renferme pas un verbe à un mode personnel. — Au vers sept, il vaut mieux lire aÜyei «se réjouit, » que abyet, «réjouis-loi;» sans cela le jeu des apostrophes du morceau est très-confus. — Le vers neuf est presque inintelligible. Seraitl impossible de lire [EIAÏRNOZ ? — Il vaudrait peut-être mieux lire, au vers onze : weyaüve[ ro duerepà yÜcv]. — Zeuxroïs dyeor est justifié par Plutarque, Moral. p. 278 8, 280 c; Eustathe, ad Jhad. E, 486. — On peut traduire ainsi par approximation :
« Le jour où, dans les stades argoliques, les braves se sont disputé la victoire de la course des chars, ce jour, Diotime, la terre Phoronide ta décerné un bel honneur, et tu as ceint des couronnes immortelles; car, le premier de tes compatriotes, tu as remporté de l'Hellade dans la maison des nobles Agénorides la gloire hippique. La sainte ville de Thèbe Cadméide se réjouit aussi, en voyant sa métropole illustrée par des victoires. La ville de Sidon célébrera des fêtes en l'honneur de ton père Dionysius, parce que l'Hellade a fait retentir cette clameur éclatante : «Ce n’est pas seu- «lement par tes navires aux flancs recourbés que tu excelles; tu remportes aussi des « victoires avec les chars attelés. »
Cette petite pièce, quoique sentant la commande et le pastiche, montre quelque facilité. M. Waddington a relevé ce qui concerne le sculpteur Timocharis. L'inscription paraît du m° siècle avant J. G. On voit tout d'abord quel intérêt elle a pour nous montrer le progrès de l'hellénisme à Sidon. Ce texte nous introduit, si j'ose le dire, dans l'intérieur du parti qui, tout entier tourné vers les gloires helléniques, cherchait à fondre ensemble les souvenirs de la Phénicie et ceux de la Grèce, et à constituer un seul corps de mythes avec ceux des deux pays, comme nous le voyons dans Sanchonialhon. On y sent encore un vrai patriotisme sidonien, mais qui aspire à se satisfaire en cherchant la gloire de sa ville dans la seule source de noblesse nationale alors connue, c’est-à-dire dans les traditions grecques. La Phénicie se montre fière de prouver à la Grèce, par ses propres traditions, qu’elle est à quelques égards sa métropole. 1 faut remarquer que Timocharis d'Éleutherna parait s'être établi à Rhodes. Cest peutêtre là que la pièce de vers fut faite. Les rapports entre Rhodes et la Phénicie étaient continuels. Diotime, à son retour de Némée, put s'arrêter à Rhodes, commander sa statue à Timocharis, payer un poëte pour lui faire l’épigramme, et faire graver à Rhodes l'inscription. C'est ce qui explique, 1° le beau caractère classique dans lequel l'inscription est écrite, et dont il n’y a pas un autre exemple en Phénicie; 2° le dialecte dorien. dans lequel l'inscription est conçue, dialecte qui était celui de l'ile de Rhodes, et qui n'a jamais eu rien à faire avec la Syrie; 3° le marbre du monument, lequel n'est pas originaire de Syrie; 4° enfin, cette circonstance de reAéces au futur, supposant que, quand l'inscription fut composée et gravée, Diotime n’était pas encore de retour à Sidon.
Au nr siècle avant J. C. nous trouvons un autre Sidonien prenant part aux concours de la Grèce (Archives des mussions scientifiques, 2° série, t. IV, p. 522). Opposez à de pareïls faits ce passage du deuxième livre des Machabées, à propos de l'introduction de jeux grecs à Jérusalem : …...éomeudor peréyew Ts ëv Gahaisipa maparépou yopn-
1 1 C3 ylas pet Tv TOÙ dHouou SpéxAouw, nat Très pèr marpsious tiuds v oÙdeni.TiDéuevor, rs Dé EXAmmxds DOEas xaAMoas Hyoÿmeros (iv, 1 4-1 5).
Sur le revers du même bloc de marbre, on lit une autre inscription, beaucoup plus récente. Le bloc aura été retourné et mis dans le sens de
sa longueur pour honorer un autre personnage.
gz
TONAIACHMOTATON
OI VIOIAIOAWPOV
TONTIATPUNAAIA © TANTA
TÔY HAONUÉTATOY
oi vioi Asodwpou
TÔv Garpova dd DÜvTa.
La première ligne a été martelée exprès. Époque romaine. Écriture très-régulière, lettres allongées.
Sur la base intérieure d'un chapiteau corinthien, trouvé dans le jardin
Abéla, se lit en assez grosses lettres :
AOMITTIOY Cf. Corpus inscr. gr. n° L200, et Sauley, 2° voy. I, p. 246. Le jardin Bertrand (11 bis du plan) a fourni des fragments de frise en marbre blanc, du 1v° siècle ou postérieurs, trouvés parmi des pierres et des colonnes de granit gris. On y lit des fragments d'inscription :
0YPAKWMA / P KOMITOCFTIPUWT ,ATIYAOYCKO®
ŒX est sans doute pour DA(aovïiov). On distingue ensuite xdperos æpar[ou] et
[rerplamtous. Comparez une inscription d'Alexandrie publiée dans les Archives des mussions scuentifiques, 2° série, t. Il, p. 486-487, et dans le Corpus, n° 8610.
Autre :
Autre fragment :
La première lettre est douteuse.
Fragment trouvé dans le même jardin , avec des morceaux de colonnes
et de sarcophages, appartenant à une mauvaise époque : ges; app poq
Pour éxdéxov, voyez Wetzstein, nschriften, n° 6», partie «, et Corpus, II, p 5o1.
Autre fragment trouvé dans les jardins :
AICAGA IEPON EILOE0YEC EN On serait tenté de lire à la première ligne [Od]dis à6d[varos]; cependant le reste de l'inscription ne paraît pas funéraire. Le dernier mot semble être [dvéOnx|er.
Monogramme trouvé dans les jardins de Saïda :
Fragments divers :
Marbre :
Grès calcaire : #
Marbre :
Autre :
Autre :
Sur une colonne couchée du jardin El-Aamoud, on lit, en caractères
d'assez basse époque :
Les belles colonnes milliaires élevées aux environs de Sidon, par Venidius Rufus, ont beaucoup occupé les épigraphistes. Aidé par M. Gaillardot et M. Durighello, je relevai tous les restes de ces monuments qui existent aux environs de Saïda. J'ai transmis ces documents à M. Mommsen, et c’est avec leur aide qu'il a rédigé le n° 205 du Corpus inscr. lat. (Syrie), consacré à ces monuments. Nos documents se rapportent à quatre colonnes milliaires, situées dans l’ordre suivant en procédant du nord au sud : 1° celle qui est dans le jardin El- Aamoud (point 10 de notre plan, pl. LXVD ; 2° celle qui a été trouvée dans le jardin de Daoud Sannin (point 22 de notre plan), et qui maintenant, je crois, est transportée au khan; 3° celle qui est au khan Senik, près de l'embouchure du Senik (point 28 de notre plan); 4° celle qui est entre le Senik et le Laharàän:.
Voici ce qui sort de nos estampages et de nos copies pour le 1
Lo 5 VRERVESIORPINVESES SEE IR fl IRAN ACER EA BICVS $ ADIABENICVS PÉXRSMELICNVESAMPA EST MVS TRIBVNICIAE
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Pour le 9° :
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Pour le 3° :
IMPERATORE CAESARES LÉOSEPTIMIVSSE VERVS®PIVSGPER TINAXSAVGSARA BICVS®ADIABENICVS PARTHICVS#MAXI MVS®&TRIBVNICIAE®Y POTES®VISIMPHXISCoSpII PPROSCOSÉPHÉP ETÉM#AVRELSANTONI ÉFILIVS®EIVS #ARIA IVMSRVFVM PRÉPRYPRAE VINCYSYRIAE ÉENOVAVERVNT GII1%
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! Une copie de cette inscription, faite en 1857 semble supposer qu'à cette date les parties effacées par un père jésuite, que m'a remise M. Durighello, de l'inscription étaient lisibles encore. Au-dessous de
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Pour le 4° :