CH PUA
HNAIAOCT
#20) H PAKAIÏA à EXAPIÉ:
L'inscription avait cinq lignes; malheureusement on ne peul dire quelle était sa largeur. Cette largeur devait être assez considérable, car XAPIN suppose avant lui cdocCelas. ou eùvolæs, où tout autre mot semblable. La ligne médiane passait sans doute par le P de XAPIN; la première ligne paraît avoir été en caractères plus forts que les autres. Peut-être était-ce HBOYAHKAIOAHMOC, ou la date.
A. FANRAIOUCEE os Hpwd[apoÿ]................:... Her [Z ou Âblnvaïdos r[ñe]... ................... @) Hpaxua|vé| LEE [edvotas]
xp.
mir sil
Sur une pierre de o",72 de long et de o",27 de large, et de o d'épaisseur, donnée par M. Alexandre Nour, maintenant au khan de Saïda, très-fruste en certaines places :
2 Dans le Philologus, XIX, p. 136, il lit ÂoxknmodbT|ov|.
HENETOHMAC AM APMAPO* TO XYENITUHNOEOCEBECTATUN IOYAIAKONOYKAITANTOA ON: ANAFNUCTOYAM MHAPTEMECIWTOYIBYETOYCINAE#+
EH ES GX
vero ÿ mâoA papuapo|yAuQIx] To[d].....… ÉMERS in(coÿ) X{puolo)d, èmi rôv Seocebeolarér Alumorliou diaxdvou, vai ITayro [é]
OH|TO NOT) LOI EEE TETE TERRE an(vi) dpreuecto roù 18 érous, nd{werlwvos) e!. +
On peut supposer également bapapolmoinois] , mot barbare, mais conforme à la langue du temps, ou uapuapo|oîpwota]. Le nom du diacre est conjectural. Celui du lecteur doit être Pantoléon ou Pantaléon (voir Pape, à ces deux mots), quoique la dernière lettre lisible de la troisième ligne paraisse un A. La fin de la quatrième ligne est indéchiffrable, et je n'insiste nullement sur les lettres que jy ai figurées pour rendre tant bien que mal les traits de l'original.
On remarquera la ressemblance de formule de cette inscription avec celle de la mosaique de Kabr-Hiram, ci-après, et aussi avec celle de Berja, ci-dessus. L'inscription est de onze ans postérieure à celle de Kabr-Hiram, ce qui étonne beaucoup, car notre inscription actuelle est d’une écriture assez classique encore, quoique très-inépale ; elle est bien orthographiée, et n’a rien du caractère décidément byzantin des inscriptions de Berja et de Kabr-Hiram. Cela prouve que pour les inscriptions des mosaïques on amait à se livrer à des jeux calligraphiques se rapprochant de l'écriture cursive, et qu'il ne faut pas rabaisser ces inscriptions autant que la paléographie seule pourrait porter à le faire.
D'après quelle ère calculer la date de cette inscription ? Selon l'ère des Séleucides, ce serait l'an 4oo : cela n’est guère possible. L'ère d'Antioche nous donnerait lan 764 : cela est bien improbable aussi. La date de la mosaïque de Kabr-Hiram, calculée selon cette ère, nous donnerait lan 653. Impossible que de tels travaux aient été faits après l'invasion musulmane. La mosaique de Kabr-Hiram a pour indiction 9; notre inscription a pour indiction 5. L'indiction de Kabr-Hiram se vérifierait dans le système des indictions commençant au 1° janvier 315; l'indiction de l’inscription actuelle ne se vérifie dans aucun système. Il faut donc renoncer à appliquer l'ère d’Antioche à notre inscription et à celle de Kabr-Hiram.
L'ère propre de la ville de Tyr remonte à l'an 126 avant J. C. Cela placerait l'inscription de Kabr-Hiram en l'an 575, et la nôtre en 586. Les indictions conviennent alors dans certains systèmes |.
! Voir les tableaux de M. de Wailly, Paléogr. T, p. 94.
Quoi qu'il en soit, la mosaïque de Berja, celle de Kabr-Hiram, l'inscription dont nous parlons en ce moment, montrent combien l’art était florissant en Syrie au vr° siècle. C’est bien aussi le résultat auquel était parvenu M. de Vogüé par ses études sur l'architecture chrétienne en Syrie. I est remarquable que notre inscription est datée par le nom du diacre et du lecteur. Nous remarquerons la même chose à Kabr-Hiram. Gela prouve l'importance que ces ordres, dits mineurs, avaient conservée en Orient. Toute l'administration des biens de l'Église était encore entre leurs mains. Or, une foule de faits nous prouvent que ces biens étaient immenses en Phénicie, et que ce ne fut pas là une des moindres causes qui amenérent la ruine de la Syrie chrétienne au
vu siècle.
Sur une plaque de marbre (au Louvre) :
MAPMENH ETOYCH
M. Frœhner (n° 261) a tenté une restitution dont je lui laisse toute la responsabilité. Je ne connais pas d'exemple du mot eijuæpué»y dans une inscription tumulaire, et je ne sais si éreheUTæ éTous..….. peut vouloir dire: «Il est mort à tel âge...» Nous pensons plutôt que c’est ici la plaque d'un tombeau portant la date de linhumation, comme cela se voit, quoique assez rarement, sur les tombeaux grecs de l'Orient. Mappévn pourrait être une abrévialion familière pour Eiuapuévn. Le chiffre est H et non
N, comme le veut M. Frœhner.
À 2 ] se. Sugar È \ ; Sur le coin d'une pierre brisée qui ressemble à un battant de porte, analogue à ceux de notre planche XLV; pierre dure : AAIKON
Caractères gravés avec soin, quoique de basse époque. L’A est singulier et explique très-bien le passage de l'A majuscule à l'A cursif. C’est le débris d'une formule constalant quelque construction faite [àmo rüv é[daQundv, c'est-à-dire a solo.
Sur une plaque de marbre :
Autre fragment :
Peut-être : [Trép] ouwt|nplas|..... ou [érous] cwT|npéov]. (Conf. Corpus, n° 8681 ) Deuxième ligne : peut-être [œtwv|etou.
Autre fragm ent :
Moven âge latin! :
* ANN DNI : O CC 11: OSE OAI? DIE : XX : OBIIT THOOZAS : DEBONTOORS : E6:ÈR EL: RIS SEPTÉBR : OBERT :
M. Léopold Delisle lit :
T Anno Domini millesimo ducentesimo secundo, mense mai, die vigesime, obil Thomas de Bontomas et frater ejus, kalendis septembris, Obertus.
Fragment d'une table à libation égyplienne, en une sorte de diorite, trouvé à Sour. M. de Rougé s'exprime ainsi au sujet de ce fragment :
«Le petit fragment de cylindre ou de tablette ronde provenant de Tyr accuse trèsvisiblement le style saïte. C'était une belle matière et un beau travail égyplien. Le nom du dédicateur ne subsiste plus: on voit seulement qu'il adressait son hommage à la
déesse Neith, avec un titre ou une désignation de localité qui mérite d'être recueillie et qui ne me paraît pas avoir encore été signalée.
NTI
Hotep suten ta net hat sevti
“Quoique la déesse Neith ait les plus grands rapports avec la Tamit phénicienne, ! C'est par erreur que, ci-dessus, p. 39°, on à rapporté un mot de cette inscription.
D gps;
on ne peut néanmoins conclure de ce simple renseignement que Tyr ait été réellement la destination intentionnelle du monument. »
La topographie de Tyr me préoccupa beaucoup pendant le long séjour que je fis sur les ruines de cette ville célèbre’. Pour traiter complétement le sujet, il faudrait une saison entière, avec l'aide d’un navire de l'État et un corps de travailleurs. M. du Boisguéhenneuc, commandant du Colbert, me prèta pour cette partie de ma mission un concours précieux; mais J'aurais manqué au plan de mon exploration, si je m'étais absorbé dans ce seul travail.
Trois grandes questions, dont deux sont connexes, dominent les diseussions relatives à la topographie de Tyr : 1° Où étart le temple de Melkarth? »° L’ile a-t-elle été autrefois plus grande qu'elle n’est aujourd'hui? 3° Où était situé le port de Tyr dit port Évyptien ?
J'ai dit que les deux premières questions sont connexes. En eflet, ne pouvant trouver dans l’île actuelle une place pour toutes les parties de l’ancienne Tyr, et en particulier pour la petite Île, réunie ensuite à la grande, où, selon lopinion générale, était situé le temple de Melkarth, les géographes et les historiens ont généralement admis, depuis le travail de M. de Bertou?, que toute une portion considérable de l'ile, dont aurait fait partie le temple de Melkarth, a disparu dans la mer, par suite de trem-
blements de terre. C’est 1à une hypothèse que nos vérifications, faites à
letin de la Société de géographie, 2° série, L. IX. (Conf.
! Le sujet a déjà été traité par Chaussard, Atlas de sa traduction d’Arrien (1802); par Barbié du Bocage, Plan et topographie de Tyr, dans Examen critique des historiens d'A lexandre, de Sainte-Croix (1804), et dans le tome I du Quinte. Curce de Lemaire; par M. de Bertou, Essai sur la topographie de Tyr, Paris, 1843; par M. Movers, Die Phænizier, Il, 1° partie, p- 188 et suiv.; par M. Poulain de Bossay, dans le Bulletin de la Soc. de géogr. 1862, p. 5 et suiv. et dans ses Recherches sur Tyr et Palætyr, Paris, 1863, travail très-estimable, au moins dans les parties topographiques. Dès 1838, M. Poulain de Bossay pro-
voquait, par ses questions, les recherches à Tyr, Bul-
ibid. €. XIE, p. 335.) Quant à M. Movers, j'ai admiré la pénétration avec laquelle il a débrouillé ce sujet difficile, et rectifié, de son cabinet de Breslau, les vues des témoins oculaires. (Cf. Robinson, Biblical studies, p. 68 et suiv.)
2 Essai sur la topographie de Tyr, p. 8 et suiv.; cf. Bulletin de la Soc. de géogr. 2° série, t. XIE, p: 339. Bien que méritoire à certains égards, surtout par les mesures prises sur place, cet essai, tout à fait défec- : tueux sous le rapport de la critique, a introduit sur la topographie de Tyr des erreurs qu'il faudra beau
coup de temps pour déraciner.
diverses reprises avec le concours de M. le commandant du Colbert, rendent impossible à maintenir, L'ile de Tyr, sauf une perte de terrain qui a eu lieu vers le sud et qui s’est faite, non par une cause géologique, mais par la destruction de remblais artificiels, sauf aussi une certaine corrosion des roches calcaires, dont nous parlerons bientôt, n'a jamais été beaucoup plus grande qu’elle n'est aujourd’hui; nous croyons pouvoir démonter ce point avec une pleine certitude.
H résulte, en effet, des sondages de M. du Boisguéhenneue, que la côte occidentale offre actuellement le même niveau qu'elle avait dans les temps anciens. Le niveau est parfaitement régulier. Le principal argument mis en avant par M. de Bertou ? et ceux qui l'ont suivi* est tiré des füts de colonnes qui gisent en grand nombre sur le ri rage ouest de Pile, et dont plusieurs se voient sous l’eau à plusieurs mètres du rivage. Cela ne prouve absolument rien. Les colonnes éparses à l'endroit où battent les vagues ne proviennent pas d'édifices antiques situés à cet endroit, mais bien des tours ruinées de l'enceinte du moyen âge. On sait, en effet, que dans toute la Syrie les croisés et les musulmans ont eu l'habitude d'insérer dans les murs de leurs forteresses les colonnes d’édifices anciens qu'ils trouvaient sur le sol. Lors de la destruction des murs et des tours, ces fûts ont glissé et-ont seuls résisté à l’action des flots. Pour se convaincre de la solidité de notre raisonnement, il faut étudier l'entrée du port de Gébeil. Cette entrée était fermée par deux tours, dont l'une, encore debout, est pleine de colonnes antiques; l'autre s'est écroulée. À la place de la tour écroulée, il y à un {as de colonnes tout à fait semblable aux entassements de füts qu'on voit sur la côte ouest et la côte sud de Sour. Les matériaux légers ont été dispersés par la mer, et de la tour fondue (si
jose m'exprimer ainsi), il ne reste plus que son ossature, son squelette.
1 Pour les sondes relevées par M. du Boispuéhen- 3 Movers, L. c.; Ritter, XVIT, 334 etsuiv.; Poulain neuc, Voir ci-dessus, p.531. de Bossay, Bull. P. 7: 8,13 et suiv.; Rech. p.itel
2) mr "t Q sn Ù 4 a Fr
= Topogr. de Tyr, p. 9,19, 14. suiv.; Kruse, Commentare zu Seetzen , P. 293-209.
À Gébeil, 1 n’y a pas le moindre doute; car là une des tours est restée debout pour nous attester l’état ancien des choses. Si la seconde tour s'était aussi écroulée, elle ne serait représentée que par un tas de fûts superposés, el toutes ces colonnes submergées à une certaine distance du rivage eussent fait croire à un port à colonnades ! (comme il y en eut en effet, à l'époque romaine surtout?) envahi par la mer, à la suite d'un abaissement de niveau; et cependant cette conclusion eût été en tièrement erronée. Les deux tours qui sont à l'entrée du port de Sour* et la tour h de la côte sud prêtent du reste à un raisonnement identique. I y est même particulièrement triomphant; car ce n’est pas la mer, ce sont les habitants qui ont enlevé les matériaux transportables du mur. M. Victor Guérin, qui vit Sour en 1859 et en 1863, fut frappé de la diminution que le mur avait subie dans l'intervalle. Les colonnes, étant lourdes et peu utilisables, résistent mieux à l'enlèvement.
«À Batroun, à Gébeil, à Beyrouth, à Saint-Jean-d’Acre, à Césarée, sur toute la côte de Phénicie, dit-on“, les voyageurs ont vu des ruines antiques envahies par les eaux de la mer.» Les voyageurs qui ont dù se borner à un coup d'œil rapide, oui. Partout, en eflet, où il y a eu des murs et des tours du moyen âge près des bords de la mer, on voit de ces las de colonnes. Mais ces colonnes ne sont pas là à leur place primitive; elles y ont été transportées par les croisés où les musulmans (voir ci-dessus, p. 159-161). À Alexandrie, le même fait se remarque, surtout à la petite jetée qui joint maintenant le phare à la ponte de Pharos; il y a là des centaines de colonnes debout, faisant digue; les historiens arabes
racontent que ce fut Saladin qui fit transporter là ces colonnes des en-
! M. de Bertou (p. 12-14) suppose que les deux Comparez le môle de Gésarée. Thomson, I, p. 2h41. sorts de Sour eurent ainsi des portiques, sur la foi 4 Poulain de Bossay, dans le Bulletin de la Soc. de E } des colonnes qui les encombrent. On voit la faiblesse éoor, 1862, p. 13. Cf. Bertou, Topogr. p. 54,55: US 10 ? (1 de cette induction. «Au Nabrel-Kelb, d'anciennes carrières sont complé- ? Cf. la carte de Peutinger, aux Fossis Marianis, à tement immergées.» Nullement; M. de Bertou a pris l'embouchure du Rhône. pour des carrières des arasements naturels. (Voir ci-
3 Poulain de Bossay, Recherches sur Tyr, p. 43. dessus, p. 321, 329, et ci-après, p. 72 et suiv.)
CAMPAGNE DE TYR. 549 virons de la colonne de Pompée! pour protéger la paroi du port. La facilité de rouler les matériaux de cette forme a dû être une des tentations qui ont porté les constructeurs du moyen âge à les employer. Cette mauvaise habitude commença dès le bas empire. Dans les murs d'Aphrodisias, en Carie, qui furent relevés au milieu du 1v° siècle, il y a déjà des colonnes engagées, mais au haut du mur seulement. I y a aussi un lit de colonnes dans la partie basse de la tour, à droite de la porte dite de la Persécution, à Aïa-Solouk?, ouvrage du v° siècle probablement. I y à aussi des colonnes dans les remparts byzantins de Salonique et dans ceux de Constantinople, du eôté de la mer de Marmara. Enfin, on en voit même dans le mur tout moderne d'Alexandrie (enceinte du nord, à droite de la porte du cimetière des Juifs, en face du fort Crétin ).
Cette idée était si enracinée dans l'esprit des architectes arabes qu'elle a donné naissance à un style. À Jérusalem, dans les parties du mur relevées par les musulmans (surtout à Bab el-Aamoud, qui tire de là son nom), les colonnes sont disposées symétriquement comme des boutons ou têtes de clous?. À certaines portes du Caire, à Bab el-Fotouh, par exemple, où il n°y a pas de fûts engagés dans les murs, on en à simulé par des cercles sur les assises, à hauteur d'appui". Ces colonnes engagées donnaient, bien à tort sans doute, une idée de solidité. Dans le mur moderne du port de Jaffa, on remarque aussi limitation de ces bouts de colonnes. À Bab Scharki, à Damas, une porte a été bouchée avec des colonnes et des blocs carrés, dans la face desquels on a inscrit un cercle représentant artificiellement un module de colonne.
Règle générale, en Syrie et en Égypte, la présence de fûts de colonnes
entassés el croisés les uns sur les autres, surtout près de la mer, indique,
1 Ce dernier point, naturellement, est sujet au 3 Voir Sauley, Les derniers jours de Jérusalem, grav. doute. Les traditions arabes placent une colonnade p. 201,294, 940. près la colonne de Pompée. # M. Rey-me dit qu'il en est de même à Khan ? Voir les photographies de M. Svoboda; collection Younès près d’El-Arisch. des Seven churches d'Asie Mineure.
non des ports à colonnades, comme on l'a cru jusqu'ici, mais tout simplement l'emplacement de murs ou de tours du moyen âge’. Ajoutons qu'en Syrie les villes se sont peu déplacées. Le cœur des villes actuelles de Gébeil, Beyrouth, Saïda, Sour, est bien sur le noyau de la vieille ville phénicienne, et cela est simple. Le port était dans de telles villes la partie mère des autres. Le port n’a pas changé et a retenu en quelque sorte la ville à sa place par un lien de fer. Au contraire, les agrandissements de l'époque romaine ont souvent disparu.
Ce qui achève la démonstration, c’est que ces fûts ne sont jamais rangés comme il conviendrait aux colonnes d’un édifice ruiné. Les modules les plus divers y sont mêlés. Elles sont couchées les unes sur les autres ou dispersées d’une façon qui prouve qu'elles ne sont pas près de la place qu'elles occupaient dans l'antiquité, et qu'elles ont été employées à un usage qui n'était pas celui auquel elles furent primitivement destinées. Les ruines d'un port à colonnes offriraient un tout autre aspect; les colonnes seraient du même module, et couchées dans un sens rationnel. Dans ces tas de colonnes de Syrie, au contraire, tout est brouillé et confondu. Enfin, ajoutons qu'on trouve ces colonnes sur le bord de la mer, à des endroits où il n'y eut jamais de port antique, et où il y eut au contraire des constructions du moyen âge?. Quelquelois aussi on a pu les employer pour combler les ports. Ainsi, à Sour, on dit que ce sont les Druzes qui jetèrent à l'entrée du port les colonnes qu'on y voit, pour ruiner la ville en empéchant d'y débarquer. En effet, la barre de colonnes qui se voit à l'entrée du port paraît avoir été disposée là avec intention. La sotte idée d'encombrer l'entrée des ports pour en fermer l'accès aux ennemis est répandue dans tout lempire ture; de là ces barres qui se voient à Jaffa et dans d’autres lieux.
À quelle époque, d’ailleurs, aurait eu lieu l'abaissement prétendu de la
* Pour Gésarée, voy. Thomson, IT, p. 253.—? Voir un exemple près de Tripoli, dans Georges Robinson, Voyage en Palestine et en Syrie, 1, p. 89.
CAMPAGNE DE TYR. 551 partie occidentale de Pile? On suppose cet abaissement en partie pour expliquer la disparition du temple de Melkarth. M. Movers, à qui cette considération a paru décisive, n’a pas vu la contradiction où il tombait. À l’époque où furent écrits les passages qu'il allègue! pour prouver l'aflassement prétendu, le temple de Melkarth existait encore.
L'existence de ce temple nous est constatée jusqu'aux derniers temps du paganisme”?. L'auteur du traité De la Déesse de Syrie a vu le temple de Melkarth et le juge presque aussi ancien que les temples d'Égypte 3, Si donc le temple de Melkarth était dans une partie de Pile qui aurait 616 su bmergée, cette submersion n’a pu avoir lieu que vers le iv° siècle de notre ère. D'un autre côté, un examen même superficiel de la côte ouest prouve qu'au moyen âge les murs suivaient exactement les sinuosités du rivage d'aujourd’hui. Le plan de M. de Bertou l'atteste. Resterait done l'intervalle du v° siècle au x1°, époque assez obscure il est vrai. Mais si, pendant les vingt siècles où l'histoire de Tyr est clairement lisible, la submersion du temple n'a pas eu lieu, ne serait-il pas singulier qu'un tel changement se ft produit dans les cinq ou six sièeles dont nous savons peu de chose? A toutes les époques, les tremblements de terre furent fréquents à Tyr; mais rien ne prouve qu'aucun de ces tremblements de terre ait eu pour effet de faire disparaître une partie entière de l'ile. Antonin Martyr, qui rencontre presque toutes les villes de Phénicie renversées par les orands tremblements de terre du temps de Justinien, trouve Tyr très-florissante”. Ajoutons que, du côté du sud et du côté du nord et du nord-est, on voit claire-
ment que, sauf un progrès d'ensablement au nord-est, et sauf la destruction
! Die Phœn. HE, 1° partie, p. 199 etsuiv. ! Bertou, p.41,48,49, ba etsuiv.; Movers, L. c.:
? L'inscription ha du Corpus, datée de l'an 291, Ritter, XVIT, p. 334 et suiv.; Poulain de Bossay, mentionne encore à Tyr les jeux en l’honneur d'Hé- Recherches, p. 16 et suiv. Les récits poétiques qui raclès, honteusement associés au souvenir de Com- présentent Tyr comme «instable» viennent d’une mode (Hpdodere Koupcdera). Jean Chrysostome confusion avec les mythes de Délos, confusion procombat encore en Phénicie le culte d'Héraclès (Revue voquée peut-être par quelques traits des mythes nades Deux Mondes, 1% janvier 1870, p. 53). tionaux tyriens.
3 De Dea Syria, 3. 5 $ 14 (édit. Tobler).
de remblais artificiels au sud, les choses n’ont pas beaucoup changé depuis l'antiquité. Pourquoi l’abaissement se serait-il produit sur la côte ouest et ne se serait-il pas produit à quelques mètres de là, sur la côte sud et nordest? M. de Bertou place la catastrophe vers lan 143 avant J. CG. Mais c'est là justement un des moments les plus florissants de Tyr, le moment où elle reconquiert son autonomie; c’est le temps où la corporation des héraclistes de Délos vante les bienfaits de Melkarth envers Tyr et envers le genre humain !.
Reste l’assertion de Benjamin de Tudèle, d’après laquelle, à un jet de pierre des murailles de la ville des croisés, on pouvait voir d’une barque les tours, les marchés, les rues, les palais de la ville submergée?. Cest là une bien faible autorité. Benjamin déclare sans cesse avoir vu des choses qu'il n’a jamais vues ni pu voir. Ce qu'on aurait distingué de la Tyr sousmarime du temps de Benjamin, on le reconnaîtrait encore, un peu moins bien peut-être, aujourd'hui. Or, en faisant le tour de Pile, n1 M. du Boisguéhenneuc, ni M. Desmoulins, ni Ormsby, ni les officiers anglais du Füre-Fly, ni M. de Bertou lui-même, ni moi, n'avons rien vu de semblable. Sauf les colonnes provenant des tours du moyen âge, lesquelles ont été portées seulement à quelques mètres du rivage, on ne voit dans la mer, à l’ouest de l’île, aucune trace d’antiquités.
On dit que Pile de Sour, dans ses dimensions actuelles, n’a pu fournir lassise d’une grande ville*. Maintenant la surface de lle est évaluée à 576,508 mètres carrés“. M. de Bertou, prenant pour base des statistiques modernes, croit que la population contenue sur cel espace n'a pu être de plus de 22,500 habitants °. Cela serait, qu'on n’en pourrait conclure que l'ile a été autrefois plus grande qu'aujourd'hui. Les villes qui ont Joué les rôles les plus considérables dans l'antiquité n'étaient pas
1 Corpus inser. gr. n° 3971. Poulain de Bossay, Rech. p. 12.
? 1, 63 (30, 31 du texte hébreu) édit. Asher. 5 Essai, p. 7-8, 51-bo. ? Kenrick, Phœnicia, p. 353-54.
CAMPAGNE DE TYR. 553 grandes. Les villes maritimes et commerciales renfermées dans des îles ont souvent une Importance disproportionnée avec leur étendue !. Strabon parle avec étonnement de la hauteur des maisons et du nombre des élages à Aradus et à Tyr; sous ce rapport, 1 prétend que Tyr l'emportait même sur Rome?. Dans ces villes antiques, la place océupée par chaque individu était beaucoup moindre qu'aujourd'hui. Saint-Malo, dont la situation a beaucoup d’analogie avec celle de Tyr, a pu, sur un rocher de moins de 160,000 mètres de superficie, loger autrefois une population de plus de 12,000 habitants‘, et être un centre de vie maritime presque de premier ordre. En outre, la force de Tyr venait en partie de la ville continentale, qui, comme la ville insulaire, s'appelait Tyr. À l'époque romaine, Tyr fut une ville très-considé able, rivalisant presque avec Alexandrie et Antioche. Ce n’est pas sûrement par le quartier péninsulaire seul qu'elle put arriver à cette importance®. Enfin, nous reconnaissons que l'ile actuelle est un peu plus petite que dans l'antiquité; nous verrons bientôt que vers le sud elle a perdu un terre-plein de plus de 60,000 mètres carrés, mais cela sans nul affaissement du terrain, par la seule reprise que la mer à faite d’un espace qui avait été conquis sur elle lors des travaux attribués à Hiram.
Les lémoignages historiques, du reste, ne nous révèlent pour l'ancienne Tyr ni une étendue supérieure à celle d'aujourd'hui, ni une population qui oblige de déclarer cette étendue insuffisante. Pline donne à Tyr vingtdeux stades de tour, ce qui répond assez bien aux dimensions actuelles,
si l'on tient compte de la perte que File a faite du terre-plein du sud”.
1 Voir les observations de Strabon (UT, v, 3) sur Gadès, qui, par le site et la race, avait tant de r'apport avec Tyr.
? Strabon, XVI, 1, 13, 23.
% Cela s’est bien vu à Rome, dans le quartier anlique qu'on a mis récemment à découvert près de l'Agger de Servius Tullius. On a peine à comprendre
un tel entassement.
“ Cette population n’est plus que de 9,400, et elle remplit la ville. C’est que chaque habitant occupait autrefois en moyenne moins d'espace qu'aujourd’hui.
5 Voir Pline, Hist. nat. V, DT
5 Hist. nat. V, 17.
? Bertou, Essai, p. h7, 48. Poulain de Bossay (lech. p. 15) fait ici des raisonnements défectueux.
Arrien nous apprend qu'après la prise de Tyr par Alexandre tout ce qui n'avait pas été tué fut vendu comme esclave. Or 30,000 individus furent vendus, et sur le nombre il y avait beaucoup d'étrangers !. Tout semble donc indiquer que la population de la Tyr insulaire était d'environ 25,000 habitants.
A l'époque d'Alexandre, dit M. de Bertou?, Tyr était dans toute sa splendeur, et pourtant Tyr était alors renfermée tout entière dans l’île. A l'époque de Pline, elle était en décadence, et pourtant elle débordait alors sur le continent. Donc l'ile était, du temps d'Alexandre, plus grande qu'aujourd'hui; autrement la renommée et la puissance de Tyr auraient décru à mesure que la ville étendait ses limites. — Ceci n’a rien d’étrange. Tyr, à l'époque romaine, avait plus d'habitants qu’à l'époque de son autonomie; mais, n'ayant plus de vie politique ni d'originalité propre, elle faisait peu parler d'elle. Corinthe aussi avait plus d'habitants au 1° où au n° siècle de notre ère qu’au temps d’Aratus ; Rome était bien plus peuplée sous Commode qu’au temps des Scipions. Les villes républiques sont toujours de petites villes; c'est quand elles cessent d'être des États qu'elles deviennent populeuses et sans limites, tout le monde alors ayant le droit d'y venir habiter.
Une analogie qui ne peut manquer d'être rappelée ici est celle d’Aradus. L'ile d'Aradus est plus petite que celle de Tyr, et certes à la vue de la côte occidentale d'Aradus, formée d’un arasement coupé brusquement par un mur de rocher à pie, on pourrait être tenté de croire à un cataclysme géologique. Or, le vieux mur phénicien existe ici sur une partie du périmètre et prouve que l'ile, depuis les temps historiques , n’a jamais été plus grande qu’elle n'est aujourd'hui.
S'il faut renoncer à placer avec M. Movers, dont les raisonnements
1 Arrien, Anab. Il, xuv, 5. Diodore de Sicile peopévær doit être expliqué par le Kapyndovlov tie (XVI, xuvi, 3 et k) donne des chiffres encore plus vés d'Arrien. faibles; car son rô» æXelolor sis Kapyxndova xexo- 2 Essai, p. 47, 48.
CAMPAGNE DE TYR. 55 n'ont pas 1c1 leur force habituelle, le temple de Melkarth dans un prolongement occidental de l'ile qui serait maintenant submergé, où peuton songer à le mettre? M. Movers veut absolument que le temple ait été d'abord un &£&aror, c'est-à-dire qu'il ait été situé sur une île qu'il occupait tout entière et qui fut réunie par Hiram à la grande île. Il fonde cetle opinion sur le passage de Dius conservé par Josèphe’. Cela prête à de graves objections. Tout ce qui a passé par la main de Josèphe est suspect. Dans ces passages de Dius et de Ménandre, il semble qu'on a voulu fondre les données fournies par Hérodote (11, 44) et la Bible; il y est question d’un culte qui n’a pu être introduit à Tyr que sous les Séleuaides, celui de Jupiter Olympien. On à prétendu qu'il était possible qu'Antiochus Épiphane ait tenté à Tyr, ainsi qu'il l'essaya vainement à Jérusalem?, de substituer, au moins comme dénomination officielle, le nom de Zeus Olympios à celui des anciens dieux suprêmes sémiliques, et qu'à Tyr il ait réussi. Cela n’est pas soutenable, au moins pour Melkarth; car Melkarth était hellénisé en Héraclès bien avant Antiochus Épiphane:; Alexandre, dont les Séleucides cultivaient si chèrement le souvenir, avait adoré Melkarth en Héraclès*; Melkarth, sous le nom d'Héraclès, avait plem droit de cité en Grèce. On dira peut-être qu'Hérodote mentionne un Héraclès Olympios, qui semble justement être celui de Tyr°. Mais Héraclès et Zeus n’ont pas pu être confondus par les Séleucides. Lisons d'ailleurs attentivement les passages de Dius et de Ménandref. Ménandre dit seulement que Hiram fit des àvaffuara dans le temple de Zeus; Dius dit que Hiram réunit à la ville par une chaussée le temple de Zeus Olympos, qu'il y fit des àvaftuara, qu'en outre il démolit et rebâtit deux vieux
temples Shù d'Héraclès et celui d'Astarté. Ainsi, à deux lignes de distance p'es, , 0 )
1 Toù OXvurtou Auès rù ipèy naÛ éaurd br êv 3 Arrien, Anab. IT, xxiv, 6: Diod. Sic. XVIF, Moy, xwoas Tv eraËd Téror, cuve Tÿ mé. XLVI, 6. (Dans Jos. Contre Apion, F, 17.0 Ant. VIT; v, 3; # Corpus inscr. grec. n° 2974. Movers, Die Phœnizier, I, 1° ‘parle, p. 190 et suiv.) 5 Hérodote, Il, xuiv, 6.
2 II Macch. vr, 2. 5 Jos. Ant. VIII, v, 3; Contre Apion, 1, 17, 18.
Ménandre distingue nettement le temple de Zeus et le temple d'Héraclès. Or la base du système de M. Movers est d'appliquer au temple de Melkarth ce que Ménandre dit du temple de Zeus Olympios !. Tout cela est fort peu solide.
Si l'on rejette le système de M. Movers sur le temple de Melkarth situé dans une île qu'il occupait tout entière, la question est bien simplifiée. M. Movers a très-bien montré que le temple des divinités protectrices était d'ordinaire au milieu de la ville et, autant que possible, sur le point le plus élevé?. Il est naturel, d’ailleurs, de supposer, à moins de preuve contraire, que le temple de Melkarth se trouvait dans la grande île qui servit de noyau primitif à la ville. Cela porterait à placer le temple de Melkarth vers le point le plus élevé de l'ile, vers le serai d'Ibrahim-Pacha. Il n'aurait donc pas été éloigné de l'église chrétienne bâtie par lévèque Paulin. Celle-ci cependant ne succéda pas au temple. Elle fut bâtie dès les premières années de la paix de l'Église, àun moment où les chrétiens ne touchaient pas aux temples*. Eusèbe, qui nous en a raconté avec tant de détail la construction et la dédicace", eût trahi par quelque mot la relation des deux édifices, s'ils avaient eu un rapport quelconque lun avec l'autre. H nous apprend, au contraire, que l'édifice chrétien fut construit à neuf par Paulin.
Si l'on tient au système dressé par M. Movers d'après les passages de Dius et de Ménandre, on a le choix entre deux hypothèses. On peut, à la rigueur, avec la plupart des cartographes qui ont fait des plans de Tyr”, placer le temple de Melkarth à l'ouest de la ville, près de l'entrée par conséquent, et non loin de la tour actuelle des Algériens. On peut suppo-
ser qu'il y eut primitivement là un ilot séparé de File principale. La plus
1 Die Phœn. I, p. 176, 177.
2 Die Phœn. I, 1° partie, p. 244. CF. pour Carthage, en particulier, même ouvrage, [, p. 610, 611.
3 Constantin ne détruisit en Orient d'autre temple que celui d'Aphaca. Ce furent Théodose et Jean Chrysostome qui commencèrent les destructions
systématiques de temples en Syrie. (Voir la bonne étude de M. Amédée Thierry sur ce point, Revue des Deux Mondes, 1% janv. 1870, p. 5e et suiv.) 4 ist. ecclés. X,, 4. Voir les notes de Valois sur X, 1. 5 Sprüner-Mencke, Ansart, Fr. Lenormant, Pou-
lain de Bossay.
CAMPAGNE DE TYR. Son.
grave objection qui s'élève contre cette hypothèse se tire du récit du siége de Tyr par Alexandre, tel que nous le lisons dans Arrien. Si le temple de Melkarth, édifice immense, avec des enceintes, des cours, des portiques’, se fût trouvé vers la tour des Aloériens, il eût été, qu'on me passe cette expression, au premier feu du siége. On ne concevrait point qu'il ne figurât pas dans le récit détaillé d’Arrien, récit où les occasions d’en parler se fussent fréquemment présentées, et où il est sans cesse question des deux ports, des Néories, du palais royal, édifices situés de ce côté. Le temple de Melkarth est bien nommé dans le récit d'Arrien, mais il y ligure après la bataille comme l'endroit où se rélugient les vaincus?. Si le temple eût été silué près de l'endroit où se donna l'assaut, on ne comprend pas qu'après la défaite des Tyriens en leurs derniers retranchements, les fugitifs eussent pu venir s’y réfugier. En outre, on obtient par là un Eurychore étroit et peu satisfaisant.
Une autre hypothèse où peuvent se cantonner ceux qui croient que le temple de Melkarth fut situé dans une île, c’est de placer le célèbre sanctuaire, qui servait de centre et de lieu de pèlerinage aux Tyriens répandus dans le monde entier, sur le promontoire de rochers qui forme la pointe sud-ouest de l'ile. Cette hypothèse domina dans mon esprit pendant tout le temps de mon séjour à Sour. Ce fut pour la vérifier que je fis une fouille au point E. Cette fouille m'amena à regarder comme parlatement possible que ce promontoire sud-ouest eût formé autrefois un rocher isolé, ne faisant partie ni de la grande île primitive, ni de l'Eurychore (qui n'allait pas jusqu’à la pointe sud-ouest), et qu’on l'aurait rattaché à la grande île par des atterrissements. M. du Boisguéhenneuc resta également convaineu que le promontoire sud-ouest était autrefois séparé du reste de l'ile par un chenal. Ce promontoire, en effet, ne se relie à l'ile principale que par des terres basses; le roc qui soutient ces erres paraîl être au-dessous du niveau de la mer. Les fouilles que J'ai fait
! Cela résulte d’Arrien, Il, xxiv, 6. — 2 Arrien, ébid.
faire sur le promontoire ne m'ont révélé aucune construction importante; mais on conçoit très-bien que, par suite des ouvrages que les croisés élevèrent en cet endroit, tout vestige du temple de Melkarth ait disparu. Deux circonstances rapportées par Arrien ! pourraient être invoquées à l'appui de cette hypothèse : c’est d’abord la circonstance que les Tyriens vaincus se réfugient dans le temple de Melkarth, ce qui va très-bien avec le site de la pointe sud-ouest, angle opposé au point d'attaque de la ville; c’est en second lieu, cette circonstance que, dans les fêtes qui suivent la prise de la ville, les navires prennent part à la pompe en l'honneur de Melkarth, ce qui se comprend parfaitement si le temple occupait un terre-plein à l'angle sud-ouest. Les textes de Ménandre et de Dius s’accommodent aussi parfaitement de l'hypothèse dont nous venons de parler. Ces textes, en effet, présentent la réunion de l'ile occupée par un temple et de l’Eurychore à la grande île comme un seul et même travail. Or, dans l’hypothèse dont il s’agit, le remblai de l'Eurychore et celui de l’île sont bien la même chose. Enfin, ce site aurait l'avantage d'offrir un vrai ééaro», d'où il était bien plus facile d'exclure les étrangers? que d’un point situé près de la porte de la ville.
De graves objections s'élèvent pourtant contre ce système. Le promontoire sud-ouest est bien petit pour avoir fourni l'assise d’un sanctuaire aussi considérable que celui de Melkarth. IL semble qu'il devrait y rester quelque trace d'un soubassement taillé dans le roc ou de substruction en gros blocs comme à Jérusalem. Or cette partie de l’île est assez pauvre en restes anliques; on y remarque seulement un ou deux sarcophages en forme d’auges*. Tout en persistant à croire que l'angle sud-ouest
a été autrefois une île à part, je doute donc qu'il ait servi d'assise au
1 Arrien, Anab. Il, xxiv, 6. amenèrent le siége d'Alexandre. (Arrien, Anab. HA 2? Une partie de la sainteté du temple de Mel- av, 73 Justin, XI, 10, 11; Diod. de Sicile, XVI, karth, comme de celui de Jérusalem, était qu'un x, 0.) étranger n'y entrait pas. Ce furent les hésitations des 5 M. Poulain de Bossay place là le palais royal.
Tvriens à en permettre l'entrée aux Macédoniens qui C’est trop loin vers l’ouest (Arrien, I, xxur, 6). y I Il |
CAMPAGNE DE TYR. 559 temple de Melkarth. Comme, d’un autre côté, le système qui rapporte au temple de Melkarth ce que Dius et Ménandre disent du temple de Zeus Olympios est très-hasardé, ce que je tiens pour le plus probable est ceci : 1° le temple de Melkarth situé sur le point eulminant de l'ile, vers le seraï; 2° le temple de Zeus Olympios situé sur la pointe sud-ouest, laquelle avant Hiram formait une île à part. Ce vocable de Zeus Olympios est naturellement postérieur à Alexandre et même, selon toute appa-
rence, à Antiochus Épiphane ; avant l’époque grecque, ce temple avait un nom phénicien que nous ignorons.
Abordons maintenant la question des ports de Tyr. H n’y a pas de doutes sur le port du nord ou port Sidonien. C’est le port actuel, en le supposant plus creux qu'il n’est maintenant. Les tours et les murs qu'on y voit aujourd’hui datent en grande partie du moyen âge!; mais ils ont remplacé sûrement des travaux analogues de l'antiquité?. I se peut, comme la supposé M. Poulain de Bossay, que ce port ne soit autre chose que l'embouchure de l'ancien chenal qui, avant Hiram, séparait l'ile principale des autres îles plus petites. Un chenal allant de la côte sud embrasser le flanc est du port Sidonien, vers la porte actuelle et le petit banc de rochers qui ferme le port près de la porte, a pu exister avant le terrassement qui a donné à l'ile la forme qu'elle à maintenant, Seulement M. de Bertou et M. Poulain de Bossay proposent pour ce chenal une direction qui ne saurait être acceptée. La pente des terrains oblige d'inféchir la ligne de ce chenal hypothétique dans la direction nord-est, en passant par le cimetière actuel, le long du contour extérieur du mur moderne, et par le pied de la basilique.
Les grandes difficultés sont relatives au port Égyptien. Arrien et Stra-
bon ne laissent aucun doute sur l'existence de ce port. Au premier coup
1 Voir Guillaume Rey, Architecture militaire des ? Auéva Éyouoa évrès relxous. Faux Scylax, croisés en Syrie, p. 167 et suiv. Cf. Ibn Batoutah, p.78, 79 (Geogr. gr. min. de Ch. Müller). J, p. 131. (Dans la Collection d'ouvrages orientaux , 3 Rech. sur Tyr et Palætyr, p. 4h; Bulletin de la
publiée par la Société asiatique.) Soc. de géopr. p. 6.
d'œil jeté sur les plans de M. de Bertou et de M. Poulain de Bossay, rien ne paraît plus facile que de trouver sa place. Tout le long de la côte sud, en effet, à une certaine distance de la grève actuelle, s'étend un long mur (gg de notre plan, p. 531) en très-grands blocs, bétonné à l'intérieur avec un béton plein de morceaux de brique et de poterie. Ce mur est continu et offre du côté de la mer une certaine convexité !. Quelques parlies de ce mur émergent; d’autres sont sous-marines. Vers le milieu de | son développement, de M en N, sur un tiers à peu près de sa longueur, on | voit sous la mer de nombreux débris de très-grosses colonnes en granit. | Quant aux récifs qui apparaissent à l'angle sud-ouest de l’île, ce ne sont pas de vrais rochers; ils sont formés d'un conglomérat artificiel où l’on trouve de nombreux morceaux de brique et de poterie, assez analogue à celui qui recouvre intérieurement le mur pp. Le tout a acquis la dureté du rocher. Des officiers qui avaient séjourné à Alger trouvèrent le béton de ces enrochements tout à fait semblable à celui qu'on voit dans cette dernière ville. À l'autre extrémité du triangle, le même blocage se retrouve et forme à l'intérieur de l'angle ? une sorte de quai le long du rivage actuel, en revenant vers l'ouest.
Au premier coup d'œil il paraît tout à fait naturel de voir là un môle ou brise-lame et de placer le port Égyptien- entre ce môle et la grève actuelle. C'est ce que fait M. Poulain de Bossay”, et jusqu'à un certain point M. de Bertou. Ce dernier envisage l’espace compris entre la grève
et le prétendu môle comme un Gothon ou port fermé”, et place le port
Égyptien en dehors de ce Gothon, dans un espace qu'il croit clos par une autre digue dont nous parlerons bientôt.
C'est là un système que nous sommes arrivés à croire tout à faul
! Comp. Kenrick, Phœnicia, p. h58. p. 34o et suiv.; Kenrick, Phœnicia, p. 352. Cest
2 Rech. p. 14 et suiv. à tort que M. Movers (p. 214) a eru que Nonnus
8 Ce prétendu Cothon de M. de Bertou (Essai, donnait trois ports à Tyr. Tosxdadias dayoverot p. 12) a été adopté par tous les topographes de Tyr. désigne trois échancrures et non trois ports du genre Movers, Il, 1°* partie, p. 219 et suiv. (Movers voit de ceux que l'ile aurait dans le système de M. de dans ce prétendu port clos les Néories); Ritter, XVIT, Bertou.
CAMPAGNE DE TYR. 561 erroné. Nous sommes convaincus que le mur gg n’est pas un môle, que l’espace entre ge et la grève actuelle n'est pas un port ancien, que gg est un ancien mur de soutenement d’un remblai qui fermait l’île de ce côté et probablement portait le rempart du sud, au moins avant Alexandre’. Selon nous, c’est là le yäue dont parle Ménandre et qu'il attribue à Hiram (oüros éywce rôv Eopéyspor). Le rempart du sud étant tombé ou ayant été renversé violemment, la mer aura pénétré l'ouvrage el repris ce qu'on lui avait pris; les remblais auront été dilués, et ainsi se sera créée la dépression entre le mur gg etle rivage actuel; les choses, en d’autres termes, en seront revenues au point où elles étaient avant Hiram. I faut supposer que tout cela était arrivé avant les croisades, puisque le mur du moyen âge, dont les traces sont visibles encore, suil exactement le rivage actuel.
Quelles raisons nous ont portés à abandonner sur ce point l'opinion commune, en apparence si satisfaisante? Une raison qui, nous le croyons, paraîtra décisive à tous ceux qui étudieront après nous la topographie de Tyr. C'est l'absolue impossibilité de trouver une entrée à ce prétendu port compris entre le mur gg et la grève actuelle. Ce mur, avons-nous dit, est continu; tout le monde est d'accord sur ce point. À l’ouest, sur le côté de l'angle saillant, il y à des déchirures, mais accidentelles, et où il est impossible de placer l'entrée d’un port. Reste l'angle est, vers le point où le mur et la grève se rencontrent. Cest là que M. Poulain de Bossay place l'entrée en question ?. Mais nous affirmons que cela est tout à fait impossible. M. du Boisguéhenneuc se prononce sur ce point avec une entière assurance. Ce passage est infiniment trop étroit, et l'on ne saurait dire, avec M. Poulain de Bossay, que c’est le sable qui l'a rétréei: ar le remblai en blocage du quai est à quelques mètres du point de
1 Une lettre inédite de M. de Bertou, citée par adoptant un autre système, il engagea la topographie M. Poulain de Bossay, Rech. p. 14, prouve que l'idée de Tyr dans des erreurs qu'il sera très-difficile d’ex-
d'un terrassement démoli par la mer traversa l'esprit lirper, de M. de Bertou. Mais il ne s’y arréla pas, et, en 2 Rech. p. 93,
jonction du mur gg, et autrefois l'intervalle entre les deux était moindre encore qu'aujourd'hui, si tant est que l'intervalle existät. Nous croyons, en eflel, que tout cet angle était fermé; le blocage qui faisait la clôture se voit encore le long du quai à l'intérieur du triangle. Nulle trace d’ailleurs d’excavation dans le roc, de goulet artificiel. Ainsi ce long triangle n’a aucune issue; jamais navire n’a franchi le mur gg. M. de Bertou, qui, étant sur les lieux, ne pouvait manquer d’être frappé de cette vérité, a eu recours à une hypothèse désespérée, c’est de faire communiquer son prétendu Cothon avec le port Sidonien, à travers l'ile, par un canal. Cette hypothèse, trop facilement adoptée par M. Movers', est tout à fait inadmissible. Nous ne nions pas qu'avant les terrassements exécutés par Hiram (ou par tout autre) un chenal ne se dirigeät de la côte sud actuelle vers le nord pour aboutir vers la porte actuelle; mais qu’à l’époque classique de Tyr, soit avant Alexandre, soit depuis, l'ile ait été coupée par un canal, nous le nions sans hésiter. Qu'on lise le récit du siége d'Alexandre par Ârrien , récit admirable d'exactitude et de suite, on y verra à chaque page, j'ose le dire, la preuve qu’un tel canal n'existait pas, et que le Cothon auquel il aurait servi d'issue n'existait pas davantage. Quelle eût été l'utilité d’un tel port? S'il eût existé, n’eùt-1l pas été bien plus naturel de le mettre en rapport avec le port Égyptien qu'avec le port Sidonien? Pourquoi traverser ainsi l'ile pour ouvrir une issue à un bassin qui, d'autre part, n'était séparé de la mer que par un mur. C’est comme si, à Marseille, au lieu de dégager le port des Messageries impériales par le port de la Joliette, on l'avait séparé, par un cercle de murs continus, de la Joliette, et qu'on se fût obligé à le faire déboucher dans l'ancien port par un canal traversant la ville. Nous verrons d’ailleurs bientôt que le port Égyptien (dis-
tinct du Cothon), comme le conçoit M. de Bertou, est en contradiction
1 Die Phœn. H,4"° partie, p.219,220.M.Movers p. 82) n'est pas dans le sens du canal de M. de a tort d'invoquer l'autorité de Pococke. La dépres- Bertou; c'estle trou des colonnes en marbre dont nous sion dont parle Pococke et qui traverse obliquement avons parlé à propos de la tranchée D. la presqu'île (Descr. of the East, vol. I, 1° partie,
CAMPAGNE DE TYR. 563 absolue avec ce même récit d'Arrien, qui doit être dans la question présente, le criterium de la vérité. On sait qu'Arrien rédigea son récit sur l'autorité de deux lieutenants d’Mexandre; son exactitude en ce qui concerne Tyr est remarquable.
Ajoutons que ce que M. de Bertou! a pris pour l’embouchure de son prétendu canal joignant les deux ports est un reste du gros ouvrage du moyen âge dont nous avons parlé ci-dessus. Le débarcadère admis par M. Poulain de Bossay (point 66 du plan de M. de Bertou) n’a pas plus de réalité. J'ai déjà rapporté l'opinion de M. Gaillardot et celle de M. du Boisguéhenneuc sur ce sujet (voir ci-dessus, p- 536). Jamais, depuis les temps historiques, le port Sidonien n’a communiqué avec le port du sud; on peut regarder cela comme tout à fait assuré.
Tenons donc pour certain que le triangle de mer compris entre le mur gg, les enrochements g et le rivage actuel n’a jamais contenu un navire, que jamais on n’a pu y entrer par un côté quelconque; ajoutons que, lors même que la question de l'entrée serait résolue, on n'aurait pas affaire à de moindres difficultés. Cette langue de mer, envisagée comme un port, serait le plus incommode des ports. En certains endroits, elle n'a aucune largeur; nulle part elle n’a de profondeur ?. Ce serait là vraiment un port absurde, en contradiction avec les principes qui ont présidé à la construction du port de Sidon. Les rochers à l'intérieur du mur Lg n'offrent aucune trace de travail; les navires, dans la plus grande partie de ce prétendu port, n'auraient eu qu'un demi-mètre d’eau. Que Signilierait en particulier cet angle de l’est, espace tout à fait perdu, inutile et Incommode au plus haut degré? H n'y aurait pas eu là la longueur d'une barque. Enfin, Strabon appelle le port Sidonien un port fermé
(xkasér) et le port Égyptien un port ouvert (dveévor) *. Or, dans l’hyl Essai, p. 13. # M. Poulain de Bossay (Rech. p. 23 et p.24 note) ? M. de Bertou lui-même fut frappé de ceci, etfaillit cherche vainement à échapper à cette difficulté. On un moment être conduit par cette considération à la verra comment je crois qu'on peut la tourner en disvérité, Lettre, dans Poulain de Bossay, Rech, p. 14. tünguant les temps. La description de Chariton
RAA Pen ie
* 2 a 1 4 4 pothèse de M. Poulain de Bossay, le port Égyplien aurait été assurément le plus fermé de tous les ports, Renonçons donc absolument à chercher
le port Égyptien en deçà du mur gg. Ce mur était une clôture de la ville,
à la fois contre la mer et contre l'ennemi. Peut-être là se dessinait sur un
terre-plein quelque grand temple. Les colonnes qui se voient de M en
N et qui, elles, n’ont pas été apportées là par les gens du moyen âge,
comme celles de la grève, seraient alors les débris de ce temple et n'au-
raient pas changé de place depuis leur chute (fait rare à Tvyr). Quant aux
8 Ï Ï yr). © gros blocs, ce seraient les seuls restes de la première enceinte phénicienne de Tvr, comparables par conséquent à ceux d’Aradus. Il est tout naturel Ve F [ I
que les blocs des parties de la vieille enceinte qui étaient au-dessus de
la mer ou du sol aient été utilisés, et que les seules assises sous-marines ; Î »
ou à peu près, aient été conservées.
Après avoir réfuté le système de M. Poulain de Bossay, qui place le port Égyptien en deçà du mur gg, examinons celui de M. de Bertou, qui place ce port au delà du mur gg.
M. de Bertou appuie cette opinion d’un fait archéologique qui serait
PF Ï g1quesq capital, s’il était exact. M. de Bertou, en eflet, croit avoir constaté l’exis-
Ï 9 , ÿ tence d’une immense digue sous-marine partant du petit ilot le plus rapproché de la pointe du mur gg et se dirigeant vers le cap Blanc’. Nous n'avons jamais pu voir cette digue. M. du Boisguéhenneuc, après l'avoir plusieurs fois cherchée, en nie la réalité. Les marins en déclarent lexistence peu crovable « priori. Je sais combien il est délicat de prononcer
Ï Y Î f avec assurance ces sortes de propositions négatives. Nous étions à Sour en la saison des mers agitées; il faudrait, pour faire une expérience décisive,
étudier les parages en question par une mer tout à fait calme. H faudrait
d'Aphrodisias (VIT, 2, p. 156 de l’édit. de Reiske), de dire que Maundrell parle de cette digue; son
qui suppose deux ports fermés, se rapporte sans passage (p. 82) se rapporle au mur gg. Kenrick doute à l'époque classique de la ville de Tyr. (Phænicia, 1855, p. 351,359, 457) a déjà élevé 1 Essai, p. 14, 15. CF. Movers, op. cit. p. 219; des doutes judicieux sur la découverte de M. de
Poulain de Bossay, Rech. p. 17, 18. Il est inexact Bertou.
surtout montrer ce qui a fait l'illusion de M. de Bertou, si, comme nous le croyons, il s’est fait illusion. Nous appelons done sur ce point un nouvel examen; mais nous doutons peu du résultat. Gette digue, irop vite introduite dans les plans de Tyr, doit en être effacée. Si elle avait existé, cest sur elle et sur le port Égyptien, non sur le port Sidonien, qui n'aurait été rien en comparaison, que les historiens et les géographes anciens eussent insisté. Combien il serait singulier, en particulier, qu'Arrien n'en parlât pas! Non-seulement 11 n’en parle pas; mais la façon dont il montre Alexandre faisant rapidement passer ses navires d'un côté à l’autre de l'ile, après l'achèvement de la chaussée !, exclut l'existence de cette digue. Tout le récit d’Arrien, à vrai dire, renverse de fond en comble le système de M. de Bertou. Arrien présente toujours le port Égyptien comme analogue au port Sidonien, ayant comme ce dernier une ouverture étroite fermée par des chaînes (oiguæ, xsïfpa?). Chariton d'Aphrodisias est d’accord avec Arrien, quand il présente les ports de Tyr comme clos et renfermés sous clef dans l'intérieur de la ville®. Cela ne répond nullement à cette immense rade ou avant-port qu'aurail formé le port Égyptien dans le système de M. de Bertou. Quand Alexandre, de la tête de sa chaussée, faisait avec sa flotte, d’un côté à l'autre de la ville (mepiéraa), ces hardies manœuvres qui frappaient les Tyriens de stupeur, il aurait donc traversé le port Égyptien. Gela est impossible, puisque toujours le port Égyptien, durant ces manœuvres, nous est représenté comme fermé, barricadé, et que l'un des derniers actes du siége fut de forcer l'entrée de ce port et d'avarier les navires qui s'y trouvaient*. Ajoutons qu'une mer ouverte comme celle qui se fût étendue au sud du mur gg n'eüt pu ètre appelée un Air; ce mot ne peut désigner ici une simple rade; 11 doit signifier un vrai port, comme le port Sidonien de Tyr, comme le port même de la
1 Arrien, Anab, Il, xx, 33 xxut, 3. S Loc cit.
? Il, xx, 6, 95 xxr, 83 xx, 33 xxiv, 1, Voir * Arrien, IT, xxiv, 1. . Poulain de Bossay, Rech. p. 22.
ville de Sidon. Un tel mot serait à peine justifié si la digue vers le cap Blanc eût existé; or cette digue, nous le répétons, est exclue par le récit d'Arrien, et l'existence de ses restes n’a pu être constatée par personne depuis M. de Bertou.
Où done placer le port Égyptien du temps d'Alexandre? Une seule hypothèse reste possible, et elle a été fort bien entrevue par M. Movers!. C'est de supposer que ce port est aujourd'hui totalement ensablé, qu'il était dans cette partie de la ville, tournée vers le sud-ouest, qui a été rejointe par les sables de l’isthme, et dont le littoral est fondu avec la langue de terre qui joint maintenant l'ile au continent. L'entrée (très-étroite, comme le prouve le récit d'Arrien) devait être vers l'angle sud-est. Le bassin pouvait se développer en éventail dans les jardins qui forment maintenant une grande dépression autour de la tour des Algériens?. J'ose dire que la personne qui lira attentivement Arrien* verra que ce système répond à toutes les difficultés, et que les autres systèmes sont incon-
ciliables avec le récit de cet historien. Strabon seul, nous affirmant que
le port Égyptien était, par opposition au port Sidonien, un port ouvert, crée une difficulté. Peut-être doit-on supposer que l’ensablement du port clos du sud, c’est-à-dire du vrai port Égyptien, était déjà accompli du temps de Strabon, si bien que les navires d'Égypte se tenaient simplement à l'abri de l'ile, au sud. En effet, c'est de la grève au sud-est de la ville que saint Paul s'embarque de Tyr pour Acre (Act. xx, 5). De la sorte, quoique la ville n’eùt plus qu'un seul port, il y avait en réalité deux stations de navires, l'une (le port actuel) fermée (xxeo16»), l'autre (l'abri du sud) ouverte (ävsmuévor). Peut-être avait-on accommodé cette station à l'usage des navires, en renversant la partie des murs antiques
qui s'élevait en gg au-dessus de la mer. De la sorte, toute cette partie 1 Die Phœn. IL, 1"° partie, p. 217, 218. qui l'entourent. Ces talus proviennent sans doute
2? Je ne dis pas que cette dépression soit celle du des ouvrages du moyen âge. ort antique. Elle peut n'être que relative aux talus 3 Anab. 1, xx-xx1v. } ;
était devenue un quai. On voit que, dans cette hypothèse, le port Égyptien de Strabon n'était plus matériellement le même que du temps d'Alexandre. Si l’on n’admet pas cette hypothèse pour sauver l'exactitude de Strabon, il faut évidemment faire céder son autorité devant celle d'Arrien, chez qui la topographie est liée à un grand fait raconté avec précision d’après des narrations originales.
L'incurie des siècles du Bas-Empire aura laissé la mer démolir peu à peu tout le remblai de ce côté et ramener les choses à l’état où elles étaient avant Hiram. Voilà pourquoi 1 est beaucoup moins question du port Égyptien que du port Sidonien dans les auteurs. Ce port ne survécut pas, comme le port Sidonien, à toutes les révolutions. Alexandre, par sa chaussée, lui porta le coup mortel. Au moyen âge, Tyr n'a plus qu'un seul port, le port Sidonien?. Cela était tout simple; dès que le goulet du port clos du sud fut ensablé par le voisinage de la chaussée, on dut vite cesser d'envisager l’espace ouvert entre le sud et la pointe du cap Blanc comme un Av. Îl ne l'avait jamais été en réalité, et si Strabon a pu l'envisager comme un « port ouvert,» c’est dans un sens large, et peutêtre par une conciliation hypothétique, qui se sera faite dans son esprit entre les vieux textes qui lui parlaient de deux ports à Tyr, et les renseignements de son temps, qui lui présentaient la grève du sud comme une rade foraine.
Dans la largeur qu'offre l'isthme aujourd'hui, est-il possible de trouver la ligne de la digue d'Alexandre qui servit d’axe, si j'ose le dire, à ce vaste ensablement? M. de Bertou, et après lui M. Movers, font aborder la digue d'Alexandre à l'angle sud-est de l’ancienne île, près de la tour +, maintenant privée de son revêtement. Cela paraît difficile; car, en cette hypothèse, l'ensablement ne se serait pas fait sur l'axe de la chaussée, la chaussée serait sous l'isthme en ligne diagonale du nord-est
! Poulain de Bossay, Rech. p. 19 et suiv. 5 Movers, Die Phœn. I, 1° parlie, p. 212 el ? Movers, Die Phœn. I, 1*part. p. 218, nole 109. suiv.
RE FRS Mr ras
au sud-ouest, ce qui n’est pas naturel. Il est bien plus probable de supposer, avec M. Poulain de Bossay, Sprüner-Menke et les autres cartooraphes de Tyr, que la chaussée forme bien la ligne médiane de listhme actuel, qu'elle est seulement plus rapprochée du côté nord que du côté sud, que l’aqueduc en indique la direction‘. La tête de la chaussée pouvait être alors vers la fontaine actuelle. ILest vrai qu'Arrien nous apprend gle sud-est?. Mais il faut supposer, pour l'intelligence du texte d’ArrienŸ, que tout le long du mur
que la dernière et décisive attaque se fit vers l'an
de la partie sud-est de Pile (la partie la plus rapprochée du continent) il y avait une grève qui permettait de circuler en dehors du mur. Là étaient, selon nous, les Néories, qui jouent un si grand rôle durant le siége, et qui sont, en quelque sorte, le premier objectif d'Alexandre”. Ces Néories ou chantiers auraient occupé de la sorte l'intervalle entre les deux ports el le côté de l’île qui faisait face à la terre ferme ?. Là était probablement le débarcadère pour le trajet journalier entre l'ile et le continent. Le récit dArrien ne suppose pas que l'île eût d'autre porte que les-ouvertures de ses deux ports, fermées par des chaînes. Les Néories communiquaient sans doute avec les deux ports, dont elles occupaient lintervalle, par des poternes. Plus tard, la ville péninsulaire eut une seule porte", située probablement près de celle d'aujourd'hui ?.
Quant au palais royal, la circonstance rapportée par Arrien (EF, xxur, 6)
prouve qu'il était près du point d'attaque d'Alexandre, à une petite dis-
1 M. de Bertou était plus obligé que personne
d'admettre ceci, puisque selon lui l'isthme a conservé
jusqu'aux temps modernes ses dimensions primitives,
et que c'est seulement depuis 200 ans que sa largeur a considérablement augmenté. Cela implique forcément que l’aqueduc marque la ligne de la chaussée primitive.
ÉArrien, sc ©
% Surtout des passages IL, xx,103 xx, 8; xxir, 3.
‘ Diod. Sic. XVIT, xzvr. 13 Arrien, Il, xxx et XXIY.
5 M. Poulain de Bossay (Rech. p. 4h, A5) a été ici
médiocrement inspiré; Movers et Ritter ont été encore moins heureux, égarés qu'ils étaient par l'erreur fondamentale sur le prétendu Cothon du sud.
6 Chariton, passage déjà cité (p. 156 ,édit. Reiske).
7.M. de Bertou croit qu'avant Alexandre on ne pénétrait dans la ville que par le bassin septentrional, qu'après la jonction de l'ile au continent il y eut une porte à l'angle sud-est de la ville, en face de l'endroit où aboutissait la chaussée. 11 pense que, depuis que cette chaussée s’est élargie par des ensablements, l'entrée principale de Sour à été reculée vers le nord. Tout cela est contredit par la direction des aqueducs.
CAMPAGNE DE TYR. 569 tance cependant, et qu'il était contigu au mur de la ville, puisque, par ses lerrasses élagées, on pouvait sauter dans la ville !. Nous pensons done qu'il était bâti sur le remblai du sud, à l'endroit qui est maintenant occupé par la mer. Son mur extérieur, faisant corps avec le rempart, donnait probablement sur la mer, vers Ras el-Aïn et le cap Blanc. Quant à l’'Agenorium, 1 devait être au fond de l'ile, dans la partie la plus éloignée de l'attaque d'Alexandre ?.
Voici comment on peut se figurer la distribution de ces différents
monuments.
| Temple de Melkarti}
| | geremple de Zeus Olympios{ en
N. B. Nous marquons en pointillé les espaces remblayés par Hiram. Les lignes ER indiquent le rivage actuel.
On peut concevoir ainsi qu'il suit les divers états de l'ile de Tyr :
1° Avant que l'homme leüt appropriée à ses besoins, c'était une chaîne de rochers s'étendant depuis les ilots actuels du nord jusqu'aux flots du sud-ouest. La plus grande de ces îles était la partie de la péninsule actuelle qui est occupée par la ville moderne et par les champs qui y tiennent à l’ouest.
2° Les premiers établissements chananéens ont lieu sur cette grande
! J'ignore ce qui a porté M. Poulain de Bossay à delattaquedes Macédoniens. — Àyv«p, «le conduc-
rejeter le palais royal jusqu’à l'angle sud-ouest. teur » (parallèle de Bacseÿs, + celui qui fait marcher ? Arrien, Il, xxiv, 0. Cf. Movers, IL, 1" partie, le peuple»), est sûrement à Tyr l'équivalent d'un mot P- 19, 213. Je ne comprends pas pourquoi Sprü- sémitique (peut-être Moloch; cf. I, Sam. vu, 20),
ner-Menke place l’Agenorium dans le champ même comme HpaxXÿs l’est de Melkarth.
GE
le. Au point le plus élevé, on bâtit un temple au Dieu suprème, envisagé
li De | comme protecteur de la cité, Melkarth. En outre, sur une des petites îles Fte situées au sud de la grande, on élève un temple à une autre divinité, dans laquelle les Grecs virent un Zeus Olympios.
30 Un vaste ensemble de travaux de terrassement, qu’on attribue à Hiram , réunit à la grande île, 1° Pile où 11 y avait un temple, 2° un espace qu'à l'époque grecque on appela Eurychore (probablement 359 1). Cet espace élait probablement occupé avant cela par une mer peu profonde, parsemée d’arasements ou rochers coupés à fleur d'eau, comme en présente toute la côte de Phénicie. Vers le sud, on gagna sur la mer un espace assez considérable, au moyen d'enrochements de béton faits à la pointe sud-ouest, et d'un quai épaulé sur un remblai, au sud. Dans cet état, la ville a deux ports, l'un ouvert au nord-est, l'autre au sud-est.
L° Mexandre, profitant probablement d'une flèche de sable sousmarine, joint l'ile à la terre par une digue, qui, servant d'épine aux sables poussés par le remous des deux courants déterminés par l'ile, a formé l'isthme actuel.
5° Les ensablements amenés par la digue comblent le port sud-est ou Égyptien.
G° Lors de la décadence de la civilisation antique, les sables envahissent également, mais seulement en partie, le port nord-est ou Sidonien. Au sud de l'ile, les lames démolissent le remblai artificiel qui prolongeait l'ile, et ramènent à peu près les choses de ce côté à l’état où elles étaient avant Hiram.
7° Les musulmans et les croisés trouvent le périmètre de la presqu'ile en ce dernier état, et l'entourent d’un mur rempli de fûts de colonnes, selon leur habitude.
8° Ce mur cède presque partout à l'effort de la mer et laisse sa trace
par des tas de colonnes, marquant surtout l'emplacement des tours.
1 L'ancienne Carthage punique avait aussi un TÔT OS EÜPUXWPNS. (Strabon, XVII, u1, 14. Cf, Poulain de Bossay, Rech. p. 32 et suiv.)
CAMPAGNE DE TYR. 571 9° Les métualis, au xvnr° siècle, tracent autour du port Sidonien l’enceinte de la petite ville actuelle.
En somme, l'ile a gagné en surface sur toute la courbe intérieure du port Sidonien; elle a perdu un triangle important de remblais du côté du sud; sur le côté ouest, l'aire de l'ile n’a éprouvé que des pertes insignifiantes provenant de la corrosion du calcaire à la surface de la mer. La situation des fûts épars sur cette grève et laspect des arasements portent à croire que la côte a perdu quelque chose, mais non qu'elle à éprouvé un abaissement.
Le « tombeau de Rhodope ! » était certainement un des flots du nord de Sour, comme l’a bien vu M. Movers?. M. Poulain de Bossay a cru à tort que cette dénomination venait d’un monument construit sur l’une de ces îles*. C'était l'ile même qui portait ce nom, sans doute parce que, par sa forme, elle avait plus ou moins l'apparence d'un memnonium. On voit, en eflet, aux environs de Sour (par exemple, près de la pointe sud-ouest), des rochers évidés en forme de champignons par l'action de la mer sur le rocher calcaire, et qui ont l'air d'avoir été posés comme des monuments sur des arasements de rochers à fleur d’eau. Par leur forme évasée, ces rochers ont par moments l'apparence d’un tombeau. H est vrai que les ilots du nord sont très-peu élevés au-dessus du niveau de la mer; ils méritent à peine le nom de 5440», dont se sert Achille Tatius“. Mais il n'est pas pour cela du lout nécessaire de supposer, avec MM. Movers et Rütler, ou que le tombeau de Rhodope a disparu, ou que les flots du nord
portaient autrefois quelque terrassement qui les élevait. Ces flots ne
nl
Achille Tatius, IL, 17. On avait l'habitude dans l'antiquité d'attribuer tous les monuments de grandeur colossale à Rhodope.
? Movers, Die Phœn. I, 1°° parlie, p.214, 915; Ritter, XVIT, p. 338; plans de Poulain de Bossay, de Sprüner-Menke, d'Ansart. On remarquera létrange bévue de ce dernier. J'ignore aussi où il a pu trouver que les Tyriens se soient réfugiés sur ces îlots après la prise de leur ville par Nabuchodonosor.,
D'abord, Nabuchodonosor n’a pas pris Tyr; en second lieu, ces flots sont trop petits pour avoir jamais pu donner asile à qui que ce soit.
Rech. p. 17:
# Nuoidor, d’un autre côté, ne doit pas être entendu à la rigueur, comme il l’est par Movers et Ritter. Une vraie « petite île» ne pouvait être prise pour un monument memnonien où pour une pyramide,