‹ Mission de PhénicieChapitre 74 sur 127 · LES · texte numérisé non relu

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m'ont semblé offrir aucune trace du travail de l’homme. Néanmoins, de ce qu'ils sont aujourd'hui tout à fait plats il ne s'ensuit pas qu'ils fussent de même dans l'antiquité. Peu de rochers en Syrie offrent un tel aspect de corrosion. Le volume de la partie de ces îles élevée au-dessus de la mer a pu diminuer.

Un phénomène, en effet, qui se reproduit fréquemment devant l’observateur sur la côte de Phénicie se montre à Sour avec une particulière clarté, je veux parler de ces rochers calcaires formant une sorte de table au niveau de la mer ?. Que ces arasements soient naturels, c’est ce qui se révèle à Sour avec évidence. Sur les petites Îles qui environnent Sour, on

voit ces nivellements en quelque sorte se former.

Le flot agit à la façon d’une scie tranchant le roc juste au niveau de la surface de la mer. Dans quelques siècles, ces îles n’existeront plus, et il n’y aura à leur place que des rochers coupés juste au niveau de l'eau. Et ce qui prouve bien que c’est là le résultat d'une action séculaire de la mer, opérant la section de la roche à la base de son émergence, c’est que ces arasements ne suivent pas les couches géologiques du rocher, quand ces couches ne sont pas horizontales. Sous la vague, le calcaire se conserve à l'abri du contact de l'air; au contact de l'air et de l'eau à la fois, 1l se délite; de là ces dentelures, ces sodets et ces trous comme ceux d’une éponge dont les rochers au niveau de la mer sont pleins le long de la côte de Syrie. Quand le flot a achevé de couper la base du roc, la partie déplantée reste sur la table au niveau de la mer; au bout de siècles, elle disparaît, par suite de la même action. En étudiant attentivement la côte de Syrie, on y trouve des spécimens de tous les degrés d'avancement du phénomène. Tantôt la mer a achevé son œuvre, le roc est tranché horizontale-

1 Il parait que M. de Bertou a cru y voir des débris ce cas encore il faudrait une exploration faite en de constructions. Lettre inédite, citée par M. Poulain été.

de Bossay, Recherches, p. 17. Je ne nie pas; dans 2 Voir ci-dessus, p. 321, 322.

CAMPAGNE DE TYR. 573 ment au niveau de l’eau; tantôt, sur la table horizontale ainsi planée par la mer, s'élève un fruit, je veux dire le rocher réduit à l'état d’une sorte de champignon ! (c’est probablement un rocher de cette forme qui aura été appelé «lombeau de Rhodope»). On peut voir de ces rochers échancrés à la base d'une manière uniforme près de l'angle sud-ouest de Sour. Un phénomène pareil se remarque à l'ile vis-à-vis de Saïda. Je signalerai des rochers corrodés de la même manière au port de Jaffa, d’autres sur le bord de la mer, entre le Nahr el-Kelb et Djouni. Tantôt, enfin, le fruit du rocher est totalement détaché et git sur la table horizontale, attendant du

temps sa complète décomposition.

Ces tables arasées au niveau de la mer ont quelquefois une très-faible saillie au-dessus de l’eau, saillie que produisent de petits coquillages qui s'y incrustent. Toutes les côtes calcaires doivent offrir des phénomènes de ce genre. Je citerai la côte de Normandie à droite de la Seme, du côté d'Yport, par exemple. On y voit de ces tables de rochers tranchées au niveau de la mer et couvertes de balanes, qui se remarquent en Phénicie. La nature de la pierre y a même provoqué des travaux dans le roc analogues à ceux de la Phénicie.

On sent combien ce phénomène des arasements parle contre l'hypothèse d’un abaissement du sol. En effet, si le sol s'était abaissé, on verrait en certains endroits de ces tables déprimées au-dessous de la mer, ou ayant perdu leur horizontalité; ce qui n’est pas. Qu'on se place sur les rocs arasés au sud de Sour; il est impossible de supposer que ces rochers aient été l'assise d’une partie de ville. Il s'y trouve des pics de rochers restés çà et là et non encore rongés. Ces pics au milieu de maisons, de rues, seraient des absurdités. Du côté ouest, où l'on a supposé l'existence

! Un phénomène exactement semblable se re- mer. (H. Duveyrier, Les Touareos du nord, p. 35 et iarque dans le Sahara, qui est un fond d’ancienne planche 11.)

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d'un quartier submergé, la physionomie des arasements est la même que dans les petites îles voisines de Sour et que sur les autres points de la côte de Phénicie.

Quand on voudra reprendre l'exploration de Sour, il faudra y envoyer un homme au courant des travaux du génie militaire ou maritime. Les problèmes que soulève Tyr sont surtout de cet ordre. Naturellement, cet ingénieur devra demander à l’archéologue et au philologue les lumières qu'il pourrait n'avoir pas. Tyr mérite l'attention minutieuse que lon accorde, en dehors de l'intérêt archéologique, aux localités historiques de la plus haute noblesse. Tyr fut la première ville qui défendit sa liberté contre ces redoutables monarchies qui, des bords du Tigre et de lEuphrate menaçaient d’éteindre la vie de la Méditerranée. Quand toute la Phénicie avait plié, ce rocher tint seul en échec l'énorme machine assyrienne, supporta pendant des années la faim et la soif, et finit par voir décamper de la plaine voisine Salmanazar et Nabuchodonosor. On ne traverse pas sans émotion ce détroit devenu un isthme, qui, en son temps, a été le boulevard de la liberté. Cent et deux cents ans avant les victoires de la Grèce, 1l y eut là des « guerres médiques,» presque aussi olorieuses que celle du v° siècle (avant J. C.), et dont Tyr supporta tout l'effort. Tyr représenta ainsi la première la lutte des républiques munieipales contre le despotisme oriental. À beaucoup d’égards, l’histoire de Tyr ressemble à l’histoire de Jérusalem !. Tyr fut, comme Jérusalem, le centre d'une religion dont les adeptes, organisés en confréries d'héraclistes et répandus dans toute la Méditerranée, avaient sans cesse les yeux tournés

vers leur temple central et unique, y faisaient des pèlerinages, y en-

1 Voir surtout l'inscription 2271 du Corpus inscr. au 1° siècle : Tiuärar xal Ürep6oñr Hoaxÿs ür” gr. (1% siècle avant J. G.), pleine du sentiment naïf aürôr (XVI, m1, 23). L'inscription 5853 (lignes 11 d'un héracliste évhémériste à la manière de Sancho- et 24 surtout), de lan 174 après J. C. est conçue niathon, qui, comme un juif, vante son culte aux dans le même esprit. Les n° 6806, 6807.nous mon- Grecs. On dirait du Josèphe : HpaxAgous roù Tupiov trent des héraclistes en Bretagne. L'inscription 4h72

nero L h ER Dr eco) de delire ans de ide peyiolor dyalèr aapariou yeyovéros roïs dvÜpoi (ligne 12), datée de l'an 221 après J. C., mentionne

rois, épxnyoù aa ris marpidos Ümdpyovros. Strabon, les jeux Hpdxesa Kouucdera.

CAMPAGNE DE TYR. DH) voyaient des offrandes'. L'antipathie des prophètes juifs pour Tyr, leur jalouse fureur quand ils la voient échapper au fléau assyrien, ne s’expliquent que par une haine fraternelle?. À l'égard de Sidon, la position de Tyr reste mdécise. Tyr fut-elle jamais une colonie de Sidoniens? Cela est probable, quoiqu'on en puisse douter. En tout cas, dès que Melkarth fut devenu roi et dieu unique de la cité, Tyr, comme Jérusalem, n'eut plus de mère ni de sœur. Sa force fut sa situation insulaire, qui deux fois la sauva de la conquête assyrienne. H en fut peut-être ainsi pour Aradus. Ces petites îles durent leur prépondérance au fossé qui les empéchait d'èlre prises, comme les villes du continent, par la redoutable poliorcétique assyrienne. Ce furent ainsi les invasions assyriennes, non pas qui

les fondèrent, mais qui leur créèrent, à cause des facilités qu’elles avaient

pour la résistance, un avantage capital.

1 Presque tous les Portus Herculis doivent être tenus pour des colonies de Tyriens. Notez en particulier Portus Herculis Monæci. Mévosxos, rseul en sa maison» (n°3, lemple), ou «qui n'a qu'une seule maison,» épithète qui conviendrait tout aussi bien à Jehovah qu'à Héraclès - Melkarth. (Cf. Dapéyiovos — Gapauévar, mapuévwr, «qui reste.»)

? Isaïe, ch. xxm (il est douteux que ce chapitre soit d'Isaïe); Jérémie, xxv, xxvnr; Ézéchiel, XXVI, xxVII, xxvuI. Cette aversion des prophètes juifs, essentiellement théocrates, contre Tyr tenait sans doute à lantipathie qu'éprouvait le juif pur pour les organisations d'États profanes. Toute fonction, tout pouvoir temporel soutenu d’une administration, lui paraissaient une adoration du despote et un acte de servilité.

3 Nile x° chapitre de la Genèse, ni Homère (ef. Strabon, XVI, 11, 22) ne parlent de Tyr. Tyr ne parail comme ville distincte de Sidon que vers 1000 ans avant J. C. I. Rep. v. — n31% désigna longtemps les Phéniciens en général, les Tyriens y compris. (Cf. Vogüé, dans les Mém. de l'Acad. des Inser. Say. étr. 1®série, £. VI, p.64 etsuiv.) Aujourd’hui encore, le pachalik répondant à la Phénicie s'appelle « l'eyyalet de

Saïda,» quoique le pacha réside à Beyrouth. nhn2 NDS n23, dans Îsaïe, xxur, 12, désigne toute la Phénicie (voir le commentaire de Knobel sur ce passage). Pour Hérodote, Sidon l'emporte encore sur Tyr. «Sidonien» pour lui est synonyme de «Phénicien.» Doévexes rôv #01) 5 Eudeiv, Il, 116; cf. I, 136; VIT, 99, 100, 198. Remarquez aussi Euripide, Phœn. vers 1 et 2; Hellanicüs, VIII, fragm. : (Didot). Eusèbe (Chron. ad. an. Abrah. 561), Josué, xx, 29, et même IT Sam. xxiv, 7, sont rétrospectifs et lointains. Quand Tyr s'appelait 237% ox (Gesenius, Monum. phœn. p. 262 et suiv.), ce pouvait être comme Constantinople s’appelant capitale des Romains et usurpant le nom de Rome. Movers n’a pas réussi à prouver que Sidon n'eût sur Tyr aucun droit de métropole. (CF. Ritter, XVIF, p. 323. — Sur les croisements de suprématie entre Tyr et Sidon, voyez Winer, Bibl. Realw. article Tyrus; Poulain de Bossay, Rech. p. 46-69, où l'antiquité de l'importance de Tyr est exagérée.)

# Josèphe, Ant. IX, x1v, 2. Ménandre faisait dater, de la tentative manquée de Salmanazar, la grande gloire de Tyr.

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