‹ Mission de PhénicieChapitre 76 sur 127 · La forme est très-correcte; comp. æahayevis, etc · texte numérisé non relu

La forme est très-correcte; comp. æahayevis, etc

® Poulain de Bossay, Rech. p. 74 et suiv. 93 et suiy. contre Bertou, Topogr. p- 83, etc.

5 Comparez Gadès, Strabon, IT, v, 3. Nous aurons bientôl la preuve que les gens de toutes ces banlieues continentales s’appelaient «Tyriens.» Un fait unique eût été l’ethnique Iararrupéws dans une inscription d'OEnoanda en Pisidie. Mais c’est 1à une mauvaise restitution de Leake (voir Corpus inscr. grec. n®A380 m, 1380 n, et les addenda ; Le Bas et Waddington, user. II, n°1233). Les sources de la plaine de Tyr sont appelées par Nonnus (XL, 359-365) et Choricius (Éloge de Procope, $ 9) «les sources de Tyr.»

Seylax ; Tipos ÿ éyia vfoos de Sanchoniathon) ! a toujours été l'ile. Le nom de MS, «rocher, » en est la preuve. Ce nom n’a pu convenir à aucun point de la plaine de T yr®, à Ras el-Aïn moins qu'à aucun autre. Jamais côle ne fut plus plate et plus ouverte que celle de Ras el-Aïn. On se prend parfois à douter que tous ces pale (Harx£v60s, Ilahafrupos, Iahaidwpos") viennent de &axœuds. Certainement Palæbyblos, à quelque endroit qu'on la place, n’a pas été la mère primitive de Byblos. Les Grecs ont peut-être rendu de la sorte un mot phénicien qu'ils ne comprenaient pas”,'ou auront adopté quelque faux système, supposant avant chaque ville un prototype mythique. Le même problème se pose pour Aradus. Des textes semblent indiquer que le premier séjour des Aradiens fut sur le continent 5. Cependant le nom des Aradiens, comme celui des Tyriens, fut tiré de l’ile7. Sans doute les populations d’Aradus et de Sour purent faire un premier séjour sur la côte voisine; mais sûrement l'ile ne tarda pas à devenir le cœur des deux cités ou plutôt les deux cités mêmes. L'individualité des deux villes fut essentiellement insulaire. On citerait à peine un exemple où les choses se soient passées à l'inverse, où une grande ville continentale ait produit comme sa dépendance une ville insulaire.

Où était située Palétyr? I semble qu'une pareille question devrait se ré-

soudre «a priori, que la Tyr continentale devrait se trouver vis-à-vis de

! M. Poulain de Bossay (Restit. p. 24; cf. Bull. de la soc. de gréogr. juillet-août 1870, p. 43) entend mal ce Baisse dans le premier passage de Scylax. Dans les deux cas; ce mot semble désigner le “séjour du roi de la ville,» de Melkarth (np= 0).

? Voir surtout Arrien, Anab. Il, ch. xv et suiv. Les écrivains hébreux en général considèrent la ville comme essentiellement insulaire (cf. Gesenius, Thes. au mot MY), en particulier Ézéchiel, xxw-xxvin. Les détails de poliorcétique qui, dans ces chapitres , semblent supposer une ville continentale doivent être pris comme des lieux communs, des traits non topiques. (Cf. le faux Scylax, p. 78, 79; édit. Müller; Miller, Supplem. aux petits géogr. grecs, p. 229; Sanchoniathon, p. 37, édit. Orelli. Voir Stark, Mythologische Parallelen, dans les Berichte über die Verhand-

lungen der kôn. Sächsischen Gesellschaft zu Leipzig. Philologisch-historische Classe. VIII Band, p. 32-b9, où tout ce qui concerne l'Hercule de Tyr et les mythes ou légendes de la naissance de l'ile de Tyr est traité avec beaucoup de coup d'œil.)

*# Voir Robinson, Il, p. 71, note 6. Maschouk doit être excepté; mais ce rocher est trop petit, même pour une acropole.

# Etienne de Byzance, au mot AGpos.

5 Voir cependant Poulain de Bossay, P- 91, 92, nole.

6 Strabon, XVI, 11, 2, où l'on change arbitrairement œakaud en æapañia.

7 Arvad à pu signifier «ile» ou quelque chose d’analogue, comme Sour. (Comp. Aradus dans le golfe

.Persique, Rhodes, ete.)

la Tyr insulaire, à l'endroit même où abordaient les barques pour le passage quotidien. Cette induction paraît surtout devoir être autorisée, quahd le point auquel on est mené de la sorte est un point aussi caractérisé que Maschouk. Aussi beaucoup de voyageurs et de critiques, tels que Volney, Jacotin, Rosenmäller, ont placé Palétyr à Maschouk”. Certains textes historiques confirment cette opinion. Les historiens d'Alexandre nous apprennent que le conquérant tira les gros matériaux de sa digue de Palétyr, et que ces matériaux, il les avait sous la main?. L'embarras vient d'un singulier passage du faux Scylax (antérieur à Alexandre) qui semble signifier que Palétyr était traversée par un fleuve*. H n'y a qu'un seul fleuve dans ces parages, c’est la Casmie (le Léontès). M. Movers et M. Ritter ne reculent pas; ils portent au moins lune des extrémités de Palétyr à l'embouchure de la Casmie, à 8 ou 9 kilomètres au nord de Sour‘. Cela contredit formellement le récit des historiens d'Alexandre et Strabon, qui, aussi bien que le faux Scylax, place Palétyr au sud de Tyr°. M. de Sauley® pense que le æorauos à uéons per du faux Seylax s'aplique aux grandes sources de Ras el-Aïn, qui forment en effet un vrai

Ï Î fleuve, lequel se jette, il est vrai, dans la mer au bout de quelques

! Cest l'opinion à laquelle, dans ses derniers travaux, s’est rangé Robinson, Biblical studies, p. 72 et suiv. Movers envisage aussi Maschouk comme le point central de la ville continentale (Die Phœn. I, 1° partie, p. 240).

2 Diod. Sic. XVII, xz, 2; Quinte-Curce, IV, u, 18 (cf. Arrien, Anab. IT, xvnr, 5).

5 P, 79, édit. Ch. Müller. H ne faut pas oublier que le texte du faux Scylax ne nous est parvenu au fond que par un seul manuscrit, et que la page de ce manuscrit où il est question de Palétyr est dans un état déplorable. Il n'est même pas bien sûr qu'il s'agisse de Palétyr? le manuscrit porte æéw Tipos mous (cf, Movers, p. 227, note 199; Poulain de Bossay, Essais, p. 64,65, bonnes observations). En outre, le texte entier du faux Scylax est fort altéré, soit par le fait de l'abréviateur (car cet écrit n’est

qu'un extrait fait fort négligemment d'un grand ou-

vrage), soit par le fait des copistes. M. Poulain de Bossay a essayé de corriger le passage de Scylax relaif à la Phénicie (Essais de restitution et d'interprélation d'un passage de Scylax, Paris, 1863; extrait, comme les Recherches sur Tyr et Palætyr, du tome VII des Mém. publiés par la société de géogr.); mais sä entative, faite sans tenir compte des considérations valéographiques, est restée sans succès. (Conf. Miller, Suppl. aux petits géogr. grecs, P. XVI, 229 et suiv.)

4 Movers, IL, 1° partie, p. 227 et suiv.; Ritler, XVIL, p. 347 et suiv. Le même passage du faux Seyax a l'air de placer Palétyr à 3 stades de la mer 227); mais cela est insoutenable (Pou=

(Movers, p.

ain de Bossay, Essais de restit. p. 62).

5 Strabon, XVI, n1, 24. Pour le faux Scylax, cela résulte de l'ordre d'énumération.

5 Premier voy. 1, p. 67, 68. Cf. Poulain de Bossay, Rech. p. 99.

CAMPAGNE DE TYR. 579 mètres’. Le fait est que l'habitude générale est de placer Palétyr à Ras el-Aïn?. À cela, on peut objecter que Ras el-Aïn ne se présente pas à l'observateur comme un site de ville. Ce qui paraît le plus certain, c'est que le nom de Palétyr a été employé par les géographes anciens d’une manière abusive. Depuis la Casmie jusqu'à Ras el-Aïn, il y eut des groupes d'habitations qui, suivant les époques, prirent le dessus les uns sur les autres et reçurent tour à tour cette dénomination®. Mais faire de tout cela une ville continue entourée de murs (comme l'ont fait Chaussard, Barbié du Bocage, Sprüner-Menke, Ansart, Fr. Lenormant, trop dominés par le passage de Pline sur le circuit de Tyr et Palétyr“) est contre toute vraisemblance. La ville, de la sorte, eût été démesurément allongée, el l'aspect des plaines de Tyr ne se prête nullement à une telle supposition”.

La vaste plaine située vis-à-vis de Sour renferme sans doute des débris d'un haut intérêt; mais à part le rocher isolé de Maschouk et les tombeaux dont nous parlerons bientôt, il n'existe pas dans cette uniforme prairie un: seul point qui invite plus qu'un autre à entamer le sol. Les dunes de sable qui se sont entassées sur la digue et les parties adjacentes de la côte couvrent sans doute des trésors archéologiques; mais je pus bientôt me convaincre que les fouilles, extrêmement pénibles, que l'on ferait sur ces points n'étaient pas de celles qui convenaient le mieux aux circonstances où nous nous trouvions. Se proposer de retrouver les débris de Palétyr ensevelis dans la chaussée par Alexandre serait une entreprise qui exigerait des millions. Je résolus donc, pour la plaine de Tyr,

de me borner à tenter quelques points de l'isthme, à sonder le pied du

1 Ménandre, dans Jos. Ant. IX, xiv, 2 , distin- ? Voyez Th. Menke, Bibelatlas, n° 11, 11, 1v. gue très-bien le &oraués (le Léontès) et les Ddpay a 3 Voyez en particulier Movers, IL, 1° partie, 240; ylau(les puits de Ras el-Aïn et les conduites d’eau qui Poulain de Bossay, Rech. p. 84 et suiv. 90, note. en dérivent). Le æoraués de Strabon ,quise jelte dans 4 Pline, V, 1 9: la mer æpès Tips est sûrement le Léontès. Aujour- ° Poulain de Bossay, Rech. p. 82-91 et sa carte.

d'hui encore, le Litani s'appelle par excellence, à Pococke, Voyages (Paris, 1772), UT, p. 245. Sour, En-Nahar.

rocher de Maschouk, et à déblayer quelques-uns des tombeaux situés au pied des collines qui ferment à l’est la plaine de Sour.

L'isthme se compose. des sables entassés autour de la chaussée d’Alexandre. H est probable que la base primitive de cette chaussée nous est marquée par la ligne de l'aqueduc, laquelle forme une courbe qu’on ne s'expliquerait pas sans cela. Je ne crois pas, en effet, que les sables accumulés aient pu fournir une base solide pour de grandes constructions. Sur un point, vers le milieu de listhme, nous trouvâmes plusieurs débris de marbre avec des moulures et des sculptures (au Louvre) tout à fait à la surface du sable. Je fis faire une tranchée. À mon grand étonnement, nous arrivâmes à une profondeur considérable sans rencontrer autre chose que du sable. Je ne puis expliquer ce fait. J'avais supposé que de tels débris, peut-être plus légers qu'une portion de sable équivalente en volume, pouvaient provenir de ruines placées au-dessous de la couche de sable, et avoir été soulevés séculairement par l'action des pluies el du vent pendant l'hiver; en d’autres termes, je supposais que l'action lente du sable s'accumulant sur des débris plus légers, pouvait avoir fait que le sable, agité à sa surface et mouillé, se comportät à la manière d'un liquide et soulevät, jusqu'àson niveau, des objets légers. On admet, en effet, en archéologie, que les objets lourds enfoncent toujours jusqu'à la terre vierge, qu'une pièce de monnaie, par exemple, jetée sur une allée de jardin, sera trouvée un Jour, non dans la couche où elle est tombée, mais dans des couches plus profondes, chaque pluie ayant contribué à l'enfoncer. H paraît que l'inverse n'est pas possible. Je renonce done à faire aucune hypothèse sur le petit fait que je viens de signaler.

Près du point que je viens de dire, sur la route de Maschouk, à un endroit où beaucoup de grosses pierres se laissent entrevoir, se dessine le dos de gros sarcophages à moitié enterrés. Nous les fimes déblayer; nous trouvâmes ainsi de nombreux sarcophages, grands et beaux, tous

de même forme, à cuve rectangulaire (parois très-épaisses), à couver-

CAMPAGNE DE TYR. 581 cles en forme de prismes triangulaires très-massifs (angle supérieur remarquablement aigu); aux quatre coins, acrotères très-oros et arrondis; nul ornement. Cette traînée de tombeaux, s'il est permis de parler ainsi, s'étend jusqu'aux pentes de Maschouk. Sur le dos de l’un des sarcophages,

se trouvait linscription suivante, de très-basse époque :

] 4° roù

Près de là se voit, au milieu des terres cultivées, un énorme sarcophage que nous fimes déchausser : cuve rectangulaire, parois épaisses, sans aucun ornement, grand couvercle massif, très-élevé, angle aigu au sommet, acroières démesurés, dont chacun occupe près du tiers de la longueur du sarcophage; nulle sculpture ni inscription. Ces énormes couvercles impliquaient probablement la même idée que les sépultures égyptiennes : opposer une masse impossible à remuer, défendre le tombeau contre les voleurs par sa masse même. On peut dire que ces gros sarcophages bruts, à dos aigus et à énormes acrotères aux angles, sont le type essentiel des tombeaux de Tyr. On en trouve aussi beaucoup en Gilicie, et 1à ils paraissent descendre Jusqu'à l’époque byzantine’. I est vrai que, pour de tels sarcophages, il faut bien distinguer entre l’époque de l'inscription qu'ils portent et l’époque où ils ont été taillés. La ressemblance des sarcophages tyriens des environs de Maschouk avec ceux de Telmessus à déjà, du reste, été remarquée. Les tombeaux de Cremna et d'Alinda, trous carrés recouverts d’une dalle énorme, peuvent aussi

! Voir Langlois, Voy. dans la Cilicie, p. 171, 2 Wilde, Narratve, 11, 125 : Ritter, XVII, 360.

206, 210, 225, 358; Corpus inser. gr. n° 9163 et 3 Waddington, Voyage numismatique en Asie Miplanche correspondante. neure, P. 100.

être rappelés ici. Nous insisterons ailleurs sur l’analogie des tombeaux de Colosses et de la vallée du Lyeus avec ceux de la Phénicie.

Ce vaste faubourg, ou plutôt cette grande banlieue, occupant toute la plaine de l'embouchure de la Casmie à Ras el-Aïn, avait certainement Maschouk pour point central. Ge rocher put ètre pris comme un point religieux, vis-à-vis de Pile; un faubourg put se grouper alentour; les eaux de Ras el-Aïn y furent amenées et formèrent un petit fleuve d’eau excellente, où la ville insulaire s’approvisionnait'. La construction des puits de Ras el-Aïin semble supposer que l’on se proposa, comme à Borak et-Tell, d'en conduire l'eau loin du point d’émergence. Sil s'était agi seulement des besoins d’une ville adjacente, il n'était pas nécessaire d'élever l'eau à celte hauteur. Le pied occidental de la colline de Maschouk parait le point où les eaux de la plaine se donnaient rendez-vous, pour de là se rendre à la ville péninsulaire par l’aqueduc subsistant encore en partie? Les besoins du temple y étaient sans doute pour quelque chose; mais ils ne suflisent pas pour expliquer les aqueducs que lon rencontre aujourd'hui au sud et au sud-ouest de Maschouk. Le récit de Ménandre semble supposer que cet ensemble d’aqueducs existait déjà dès le temps de Salmanazar (èmi r&v vôpaywyir). Les puits de Ras el-Aïn, en eflet, ne justifient peut-être pas suflisamment l'expression de t3payoy&r. Les aqueducs sur arceaux qui se voient aujourd'hui paraissent de l’époque romaine‘; mais autour de Maschouk se voient d’autres aqueducs souterrains, à recouvrement plat, qui peuvent être phéniciens.

Le sommet de Néby-Maschouk où Scheikh-Maschouk a sûrement été

dans l'antiquité le site d’un temple, peut-être comme le veut M. de Ber-

t Ce seraient là les ddpayæytar de Ménandre, et p.359 et suiv. Ge qui prouve bien que l'aqueduc de même, si l'on veut, le &oraués du faux Scylax. M. Pou- l'isthme amenait à Tyr l'eau de Ras el-Aïn, c’est que lain de Bossay est arrivé sur ce point à des vues iden- les arceaux encore existants sur l’isthime présentent les tiques à celles que je m'étais formées (Rech. p. 84 mêmes stalactites calcaires que l'on voit aux puits de et suiv.) Ras el-Aïn.

2? Voir Bertou, p. 15, pl. ret nu; Movers, p. 240; 3 La vue de l’aqueduc dans Cassas, 2° vol. n°85,

Ritter (qui suit Wilde), XVII, p. 350 et suiv. surtout est assez bonne.

CAMPAGNE DE TYR. 583 tou, du temple d'Héraclès Astrochiton!. C’est 1à probablement qu'était le temple continental de Melkarth, que l’on essaya de représenter à Alexandre comme plus ancien que le temple insulaire”. Les fouilles que nous avons faites au pied de la colline (côté est) nous ont donné une colonne torse et des débris d’un édifice corinthien assez médiocre. Les remblais de la colline de Maschouk sont une masse de débris antiques. Îl est probable que tout le couronnement ancien de la colline est là entassé à l’état de miettes, et que, si une baguette magique pouvait rapprocher ces lambeaux, le rocher, encore si pittoresque, qui domine la plaine de Tyr, reprendrait son antique beauté; mais le tout est trop broyé pour qu’on en puisse tirer quelque induction, et nos recherches, de ce côté, ont été à peu près sans résultatkmatériel. Nous croyons cependant pouvoir affirmer que le temple qui couvrit en dernier lieu la colline de Maschouk fut de basse époque. Tous les débris que nous avons trouvés étaient mesquins. Ce fut probablement sur cette colline que le paganisme misérable du 1v° siècle se défendit. H n’y a pas eu là d'église entre le temple antique et le wély musulman, et la preuve c'est que le wély garde encore intact de nos jours le mythe de l'antiquité. Sans doute, aux v°, vi, vn® siècles, les traditions paiennes restèrent maîtresses du lieu, sous forme de superstitions populaires. Avec ses coupoles et ses légendes, ce lieu est encore aujourd’hui comme le centre de ce qui survit de la vieille Tyr païenne.

La légende qu’on raconte sur ce Maschouk (Gpèæll), amastum, est en effet des plus remarquables. M. Movers y a su retrouver la trace du mythe des amours de Melkarth et d'Astarté5. On me montra dans le wély le tombeau de ce prétendu Maschouk, devenu un saint musulman, avec

le titre de néby ou de schakh®. C’est un coffre de bois qui ne m'a pas paru

! Nonnus, Dionysiaques, liv. XL, v 396.

? « Quum legati rectius id eum in Tyro vetere et antiquiore templo facturum dicerent. » (Justin, XI. 10. Cf. Quinte-Curce, IV, 2.) Aux temples de Tyr connus Jusqu'ici, nous ajouterons «un temple de Dionysos, près duquel était un chêne, couvert de vignes. » (Gré-

goire Magistros, dans le Journal asiatique, janvier 1869, p. 29.)

3 Die Phœn. WE, 1" partie, p.241. Cf. Ritter, XVIL, p.360, 361.

“ Ce titre de z% peut sûrement être le simple titre d'honneur des santons musulmans. Cependant

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ancien. Sur le flanc nord du rocher de Maschouk est un bel escalier taillé dans le roc.

Au pied de Maschouk est une superbe cuve de granit', ayant servi, je crois, à broyer les olives. Les eaux se rendent encore à Maschouk de tous les côtés. I s’est formé là-dessus diverses légendes, selon lesquelles le rocher de Maschouk serait la coupole d'un vaste réservoir creusé audessous. Wilde a montré que cette légende n’était pas sans fondement réel. Le même voyageur a décrit les travaux hydrauliques autour de Maschouk d’une façon qui nous dispense d'y revenir.

Les tombeaux sont nombreux au pied de Maschouk*. Les pentes du côté du nord et de l’est surtout sont couvertes de monuments funéraires. Un autre groupe de tombeaux descend de là vers le sud. Nous trouvämes dans nos fouilles des débris de sarcophages en terre cuite, et une foule de lambeaux d’autres sépultures. Un paysan nous fit le conte suivant : « Près de Maschouk est une caverne sépulcrale très-vaste, où se voit un être chameau par derrière et homme par devant (un sphinx). En creusant celle grotte, on arriverat à une calacombe sépulcrale très-vaste, entre Sour et Kabr-Hiram. »

La colline de Maschouk a été connue des historiens arabes du moyen âge. M. de Bertou * fit usage le premier du passage d’Ibn al-Athir, qui l'appelle Tell el-Maschouka (xs) À). Dhähiry l'appelle 5e, et semble indiquer qu'on y voyait de son temps les ruines d’une ville qu'il distingue de Tyr (cf. Ibn-Batoutah, [, p.130). Gela est important, car

cela prouve que ce nom de Maschouk n’est pas, comme tant d’autres, un

il y reste peut-être un vestige de l'épithète ordinaire 3% Cf. Ritter, XVIT, p. 360; Wilde, L. c.

des dieux phéniciens, Kronos, Melkarth, lesquels : M. de Bertou tenait le passage de M. Reinaud.

étaient considérés comme des vieillards (BE a, La manière dont il renvoie (p. 9, note 2), manière

Ghwolsohn, Die Ssabier, I, 39, 275 et suiv. 389, que l’on a répétée après lui, est légèrement inexacte.

671,672). Le passage est tiré des Extraits des historiens arabes 1 Ritter, XVIT, p. 359. relatifs aux croisades, par M. Reinaud, p. 257.

2 Wilde, Narrative, Il, p. 121 et suiv.; Ritter, 5 Dans Rosenmüller, Analecta arabica, part. Il, XVIT, p. 359-360; Movers, Die Phœn. Il, 1° partie, p. 19 arabe, p. 41 latin. Conf. Robinson, Il, p. 2h40 et suiv. p. h6o, note.

CAMPAGNE DE TYR. 585 nom esiroplé, que son sens est bien essentiel, et qu'une très-réelle tradition de l'antiquité est vivante sous ce nom. Je suis porté à croire que les mythes de Didon, qui n’est autre chose que l'Astarté céleste! (177,

«son amante,» l'amante de Baal, += 2ÿ3), ont ici un point d'attache :

Urbe fuit media sacrum genitoris Elissæ Manibus, et patria Tyrüis formidine cultum.

M. Gaillardot m'a signalé un autre passage qui, au premier coup d'œil, se rapporterait au même endroit. On lit dans la Bibliothèque orientale de d'Herbelot, article Motamed :

tLe Tarikh el-Abbas, qui est la Chronique des Abbassides, rapporte qu'en l'an de l'hégire 276 , sous le règne de Motamed alallah ben Motavakkel billah, 15° calife abbasside, dans un lieu de Syrie nommé Tel Schdif, c'est-à-dire la Colline de lAmant fol d'amour, que quelques-uns nomment aussi Tel alsekkah, c'est-à-dire la Colline des Contrats, on trouva sept tombeaux, dans chacun desquels il y avait un corps entier très-bien conservé, dont le suaire paraissait être encore neuf, et qui rendait une odeur très-douce. Entre ces sept corps, 1l s'en trouva un qui paraissait être celui d'un jeune homme, dont le visage et particulièrement les lèvres étaient aussi fraiches que celles d’un homme qui vient de boire de l’eau. L'on trouva auprès de ces tombeaux une pierre fort semblable à celles qui servent à aiguiser, sur laquelle il y avait des lettres gravées, qui ne purent Jamais être déchiffrées par aucun de ceux que le Khalife fit assembler pour en tirer quelque connaissance, quoique ce prince les eût tirés de toutes les religions, sectes et nations qui vivaient sous son empire. »

En effet, L&slé veut dire « celui qui rend fou d'amour; » cisæie veut dire «le fou d'amour.» Ce mot ne diffère de dsäæs que par une transposition de lettres presque insaisissable dans la prononciation el par une différence dans les points diacritiques. Le sens est d’ailleurs le même, sauf

1 Movers, Die Phœn. 1, p. 609 et suiv. surtout 612, 613, 616.

la différence de lobjectif au subjectif. Le és 5 du Tarikh el-Abbus pourrait donc être rapproché du ää.all M d'bn al-Athir, de notre Scheikh Maschouk. L'anecdote rapportée par le Tarikh el-Abbas serait aussi parfaitement admissible. Maschouk est le centre d’une nécropole. I serait possible qu'on y eût découvert des sarcophages renfermant des momies traitées à la manière égyptienne, dont les fraiches couleurs auraient frappé les Arabes. Quand on déroule une momie, on sent en effet une odeur des plus fortes, qu'on peut, selon les goûts, trouver agréable. L’inscription pouvait être phénicienne. — Une circonstance cependant empèche d’attacher une grande valeur à la version rapportée par d'Herbelot; car le même fait est raconté par Ibn al-Athir (édit. de Tornberg, t. VIE,

« En l'année 276 de l'hégire (6 mai 889 — 92h avril 890), on reçut (à Bagdad) la nouvelle qu'une colline du canton de Nahr Basrah (le canal de Basrah), connue sous le nom de Tell-Schakyk (la colline fendue), s'était entrouverte, laissant voir sept tombeaux, dans lesquels reposaient sept cadavres intacts. Les tombeaux étaient compris dans une espèce de bassin de pierre de la couleur d’une pierre à aiguiser, et portant une Inscription dont on ignorait le contenu. Les corps étaient recouverts de lin-

ceuls tout neufs, et ils exhalaïient une odeur de muse. Un d'eux était celui

d'un jeune homme qui portait les cheveux longs; sur ses lèvres, 1l y avait de l'humidité, comme s'il venait de boire de l’eau. On eût dit aussi qu'il s'était enduit les yeux de collyre. I avait une blessure à l'hypocondre.» Cette version paraît préférable à celle que cite d'Herbelot, et empêche de rapporter le récit en question à Tell-Maschouk, puisque Ibn al-Athir place ce Tell-Schakik du côté de Bassora, et qu'il mentionne ailleurs notre Tell-Maschouk sous le nom de Tell el-Maschouka.

Une très-belle caverne sépulcrale est celle qui s'appelle maintenant Moghdret es-Souk (nom qui vient probablement de ce qu'on a cru voir à

1 C'est mon savant confrère M. Defrémery qui a bien voulu faire pour moi cette recherche.

CAMPAGNE DE TYR. 587 l'intérieur l'aspect des boutiques d’un bazar). Elle est située près du jardin de l'évêque grec catholique, à l’est de Sour (Bostan es-Saoudi de la carte du général de Beaufort). Elle était, quand nous arrivâmes, tout à fait encombrée. Nous la fimes déblayer. On y entre par un plan doucement incliné. La porte est large et haute. À l’intérieur, elle est divisée en trois nefs d'un aspect grandiose. Toutes les formes sont rectangulaires; pas une seule inscription, ni une seule sculpture. Au dehors, sur toute la largeur de la grotte, le rocher est plané et revêtu d’un cailloutis très-bien conservé. I y avait à sûrement une construction, probablement un-édicule; car un méphazil n’explique pas la présence du sol bétonné.

Moghäret es-Souk est à l'endroit où les collines commencent à naître. Sur les premières élévations de ces collines, parmi les taillis et les broussailles mêlés aux rochers, il y a beaucoup de caveaux taïllés dans le roc, analogues à ceux d'Adloun. C’est dans ces parages qu'il faut probablement placer la localité suivante, qui n'est mentionnée dans la note d’un indigène, sans doute exagérée : « À Djouz en-Nakel, au nord-est de Sour, on a trouvé des centaines de sarcophages.» Les tombeaux, de ce côté, vont, à ce qu'il parait, jusqu’à la Casmie. Une autre note mn'apprend que, «à environ une heure de Sour, près de Birket Babouh, 1 y a une localité appelée Seddin el-Foka, où se trouvent un grand nombre de sarcophages et de cavernes. »

À l'autre bout de la plaine de Tyr, près de la route qui mène à Kabr- Hiram, à l'extrémité de la colline qui ferme la plaine à l’est, dans la partie de cette colline tournée vers Ras el-Aïn, on nous fit remarquer des grottes qui offraient des entrées semblables à celles des caveaux rectangulaires de Saïda. Nous les fimes déblayer et ouvrimes une tranchée pour découvrir d’autres caveaux. À l'intérieur, ces grottes avaient des voûtes et présentaient la disposition des caveaux les plus modernes de Saïda. Nous y trouvämes des feuilles de plomb, des lampes, des vases dits lacrymatoires et d'autres objets funéraires provenant de genres de sépultures fort divers ;

du reste, tous ces caveaux avaient été minutieusement dépouillés. Absence complète de sculptures, de moulures et d'inscriptions. Tous les sarcophages étaient en terre cuite ou en plomb. Nous trouvâmes aussi des

stalles dallées en mosaïque blanche, à gros cubes, analogues à celles de

Kassouba, près Gébeil, sans parler de citernes et de travaux divers dans le roc; enfin toute une petite nécropole complète. :

Dans une vallée qui débouche près de là dans la plaine, et que l'on peut atteindre en traversant la colline, se voit, au-dessus de l'entrée d’un caveau, une sculpture qui, au premier coup d'œil, ressemble à un « Bon Pasteur» (Hermès Criophore, Apollon Nomios, Aristée); vis-à-vis sont des caveaux.

C'est en faisant ces déblayements aux extrémités orientales de la plaine de Sour que je fus amené à fixer mes idées sur une question importante, la question de la nécropole de Sour. Une opinion assez généralement adoptée veut que lon ne trouve pas de tombeaux aux environs immédiats de Sour, et c’est pour ce motif que M. de Bertou ', suivi par beaucoup d’autres, en particulier par M. Movers? et par M. Ritter, a voulu placer la nécropole de Tyr à Adloun *. Un examen approfondi de la nécropole d'Adloun eût suffi pour écarter cette hypothèse. Cette nécropole, en effet (outre qu'elle est située à quatre ou cinq lieues de Tyr), est d'importance secondaire et, ce semble, en partie chrétienne. En tout cas, l'argument principal sur lequel on se fonde pour chercher si loin les tombeaux des

Tyriens est bien faible. De tous les côtés, les sépultures abondent à Tyr

1 Topographie de Tyr, 19 et suiv. 84 et suiv. ment en croyant qu'il a pu y avoir des tombeaux sur

? Movers, Die Phœn. 1, 1° partie, p. 240. les îlots du nord. Le tombeau de Rhodope n'était pas

5 M. Poulain de Bossay a sur ce point fort bien un vrai tombeau : c'était un rocher ayant tant bien entrevu la vérité. Bulletin de la soc. de géopr. 186», que mal la forme d'un memnonium et que, selon l'up. 8, 15; Recherches sur Tyr et Palétyr, p. A5 etsuiv. sage, on rattacha à Rhodope.

I réfute très-bien M. de Bertou. I se trompe seule-

CAMPAGNE DE TYR. 589 et dans ses environs. I y en avait dans l’île même; la tranchée profonde exécutée dans la partie culminante de l'ile, au point C, nous mena, comme je lai dit, à un véritable entassement de débris et d'objets funéraires. I y en avait dans la plaine, près de l'aqueduc. Maschouk enfin est, ainsi que nous l'avons montré, le centre d’une vaste nécropole, rayonnant alentour, surtout vers le sud !.

Mais ce n’est cependant dans aucun de ces endroits qu'il faut placer la principale nécropole de Sour. Cette nécropole s’étendait sur toute la chaine de collines qui limite la plaine de Tyr du côté de l’est, notamment à l'endroit nommé El-Awwatin. Cet endroit, situé au point où une ligne ürée par Sour et Maschouk percerait ladite chaîne de collines, offre, sur une surface de près d’un quart de lieue, une masse de rochers Crayeux, qui, à la lettre, est évidée dans tous les sens par des chambres sépulcrales contenant deux et trois rangées de tombeaux. Nous sommes entrés dans plus de vingt chambres de ce genre; mais le nombre en est infiniment plus considérable. Partout, en effet, le sol de cette réoion est effondré d'une manière qui accuse avec évidence sous la terre des caveaux dont la voüle (vu le peu de cohésion de la roche crayeuse) s’est écroulée. Quelques expériences ont fixé nos idées à cet égard. En somme, El-Awmwatin constitue le plus bel hypogée peut-être de la Phénicie?; mais il n'y fau chercher ni inscriplions ni objets d'art. Le vide absolu de ces tombes, creusées aux parois du rocher, a quelque chose de surprenant. Je ne voudrais pas cependant décourager les recherches qu'on pourrait être tenté de faire sur ce point. Les indigènes me parlèrent de grottes à inscriptions et à sarcophages, et cela d’une façon qui n’est pas proportionnée avec ce

que j'ai trouvé en ce genre.

! M. Mislin a vu une partie des sépultures à l'est yelous luévous copois, mentionnés comme des mode Tyr; il y a de l'exagération à dire « qu’elles vont numents placés hors de la ville de Tyr par un des s'unir à celles d’Adloun.» Les saints lieux, 1. If, auteurs qu'avait lus Photius (Bibl. p. 111, édit. p. 3, 4 de la 2° édition (Paris, 1858). Bekker). M. Movers (p. 2h2) et M. Ritter (p. 360)

? Cest là sans doute qu’il faut chercher ces ÿro- ont à tort appliqué ce passage à Adloun.

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Pour se rendre compte de cette singulière nécropole qui offre un aspect tout à fait à part, j'engage le voyageur à prendre la route de Kabr-Hiram jusqu’à l'endroit où il trouvera les caveaux dont l'entrée ressemble à celle des caveaux de Saïda. Là, près des lieux où nous avons fouillé, 1l rencontrera déjà beaucoup de tombeaux; qu'il monte la colline, les tombeaux se multiplient au sud des figuiers. Un de ces tombeaux surtout est trèsremarquable, près des fèves et des figuiers. Dans la vallée des figuiers, on verra le tombeau décoré d'une sculpture qui ressemble au premier aspect à un «Bon Pasteur.» Plus loin s'ouvre un immense hypogée vraiment surprenant, dont le plafond s’est écroulé, et dont les caveaux sont ainsi à ciel ouvert. Ces caveaux forment deux étages. Taillés dans le calcaire blanc, ils sont d’un effet extraordinaire. Du reste, nul détail; on dirait qu'on vient de les balayer. La vallée blanche qui suit en ligne droite derrière Maschouk , un peu au sud, est aussi à sa manière un vaste hypogée eflondré dans le calcaire blanc. Les excavations, au nombre de quatre ou cinq, répondent à de vastes salles souterraines qui servent maintenant d’étables à chèvres. Ces caveaux sont les plus grands que j'ai vus dans toute la Phénicie. Juste derrière Maschouk est en particulier une vaste excavation blanche, provenant comme les autres d’un plafond éboulé, qui frappe au plus haut degré. Dans tout cela, pas une sculpture, pas une inscription; car je ne peux donner ce nom à une petite inscription arabe sans intérêt,

qui se voit dans l’une des plus belles grottes, derrière Maschouk :

>) ble) aN| ps

Le temps nous a manqué pour faire les dessins des caveaux les plus importants de cette grande nécropole. Voici la liste que j'avais dressée des

caveaux à dessiner; elle procède en général du sud au nord. Je la donne

GAMPAGNE DE TYR. 591 telle que je la trouve sur mes carnets, les notes prises sur place, maloré

leur incorrection, étant toujours les plus expressives :

1° Tombeaux au sud des figuiers, sur la colline et au pied, près de l'endroit où nous avons fouillé; 2° Dans la vallée des figuiers, tombeau à sculpture représentant de Bon Pasteur; 3° Tombeau en forme d’auge, dans le roc, à ciel ouvert (collines derrière Maschouk, sud-est de Maschouk); 4° Caveau rond dans le calcaire (ibid. après les fi-

guiers); 5° Caverne à large fond, dans le calcaire (ibid. vallée blanche); 6° Autre caverne un peu plus loin, dans la vallée blanche, ouverte de flanc; 7° La grande caverne blanche (ibid. ); 8° Autre caverne carrée (xbid.); 9° Belle caverne double, à double fond (bi. ); 10° Autre grande crevasse blanche, pleme de caveaux, derrière Maschouk: 11° Vaste hypogée blanc, ayant des niches sur deux rangs, chambres énormes: 12° Autre grande crevasse; au fond, caveaux des deux côtés; au-dessous, hypogée traversant des deux côtés; 13° Autre crevasse, ayant aussi des caveaux, à gauche de la précédente; 14° À Awwatin, le caveau où il y à une inscription arabe; 15° ibid. le grand caveau à deux parties, à l'entrée duquel se présente un bout de couvercle trian-

gulaire de sarcophage (triangle très-surbaissé, avec une boule inscrite dans le triangle).

En résumé, tout le tour des collines à l’est de Sour, depuis la route de Kabr-Hiram jusqu'au delà de la Moghdret es-Souk, est criblé de tombeaux, les uns à ciel ouvert, les autres souterrains et se décelant au dehors par les crevasses du sol. Ces crevasses ont un aspect vraiment singulier et qu'on ne voit pas ailleurs. Ce sont, ou des espèces de creux coniques ou des chutes brusques et bizarres de terrain, comme des déchirures dans le sol, d’ailleurs égal, de la colline. I y aurait là des fouilles bien tentantes à faire; on peut supposer, en effet, que beaucoup de ces caveaux effondrés n’ont pas été fouillés et qu'ils réserveraient ainsi à l'explorateur des tombes tyriennes non violées.

Les tombeaux se prolongent loin vers l’est. Je lis dans une note archéologique, depuis longtemps en la possession de M. Gaïllardot : « Jusqu'à deux lieues à l'est, on trouve des tombeaux, même des nécropoles : onze sarcophages en plomb, urnes en verre!»

1 Cette note vient du P. Bourquenoud. Elle se notre mission, M. Gaïllardot avait fait un voyage à rapporte à Kabr-Hiram (voir ci-après, p. 603). Avant Sour en compagnie du P. Bourquenoud. Depuis ce

On voit combien était erronée l'idée que les environs de Sour n'offrent pas une masse de tombeaux en proportion avec limportance de la ville. Cette idée partait, à vrai dire, d’un principe faux, c’est que les anciennes villes phéniciennes auraient eu , en quelque sorte, une nécropole par excellence, une sorte de cimetière urbain. Îl n’en était rien; le cimetière public (malheureusement pour l'hygiène, heureusement pour le pittoresque el la beauté) n'existait pas dans l'antiquité. En Phénicie, on enterrait dans tous les alentours des villes et dans les villes mêmes. Nous avions trouvé des sépultures dans l'île d’Aradus; nous venons d'en trouver dans l’île de Sour. Quant à la plane de Tyr et aux collines qui l'entourent, on peut dire que les tombeaux y sont innombrables. Il est vrai que les sarcophages paraissent avoir été ici moins riches et moins variés qu'ailleurs; mais les caveaux sont très-prandioses.

Après mon départ, on estampa pour moi l'inscription qui va suivre. On n'a pu me dire l'endroit précis où elle est gravée. Ce doit être, Je crois, dans une des grottes à l'est de Sour :

XMPFETOYCZK®

MHNOCTIEPITIOV FAAYKOCETEBK

- 4 = XMT. EÉrous €x© unvos EpiTiou, Taÿxos, éreli9 Bx.

Les lettres ont, en moyenne, un décimètre de haut, et sont fortement et lourdement gravées. Sur la formule XMF,, voyez la note de M. Waddington à propos du n° 21h45 de Le Bas, I, et sur les n° 2660, 2663, 2665, 2674, 2691. Conf. Wetsstein, /nschr. p. 260; Gustav Ræsch, dans les Jahrbücher für deutsche Theologie (Gotlia), t. XI (1866), p.hh, 45; de Rossi, Bullettino di arch. cristiana, 2° série, 1" année (1870), p. 7 el suivantes (trois exemples au moins hors de Syrie). Cest ici le seul exemple de cette formule sur la côte de Phénicie. L'année 597 calculée selon l'ère des Séleucides don-

temps, il y eut entre eux des échanges de communi- quenoud ont pu ainsi me parvenir par M. Gaillardot. Je cations sur Sour. Plusieurs observations du P. Bour- dois aussi au P. de Prunières plus d’un renseignement.

CAMPAGNE DE TYR. 593 nerait l'an 21h de J. C. ce qui est bien impossible. Selon l'ère de Tyr, on aurait 4o1. L'écriture, surtout les M, tout à fait cursifs, feraient songer à une époque au moins aussi basse. Pour le nom chrétien de Glaucus. voir Corpus, n° 89/1.

J'ai dit que Ras el-Aïn n'offre pas l'aspect d’un site de ville. Si l'on exceple les puits et le tumulus, qui ont l'air de n'être point rapprochés sans motif, il n'y à pas d'anciens vestiges à cet endroit. Des personnes très-consciencieuses m'assurent que, lors des plantations exécutées par les ordres de Reschid-Pacha, on ne trouva pas d’antiquités. Les aquéducs anciens vont vers Maschouk. La côte, basse et marécageuse, ne parail Jamais avoir été habitée larsement. Aucune ville phénicienne ne fut bâtie de la sorte sur une plage de sable, sans abri de rocher. Les ruines des maisons auraient formé un remblai qui eût exhaussé le sol. Que seraient devenus, d’ailleurs, les matériaux? L'ile de Tyr en offrait de bien plus commodes à emporter, et qui, jusqu’à ces derniers temps, ont suffi aux besoins de la côte. Je ne peux donc adopter l'opinion assez généralement répandue qui place Palétyr à Ras el-Aïn, quoique celle opinion ait pour elle le passage de Strabon, qui indique Palétyr à 3 0 stades au sud de Tyr.

Les puits de Ras el-Aïn ont de tout temps attiré l'attention des voyaveurs?. Je remarquai, dans quelques parties de la construction, l'arrangement des pierres debout sur le petit côlé, arrangement qui se voit, à Ruad, dans le mur de l'extrémité nord de Sour, dans le pont romain qu'on rencontre entre Ras el-Aïn et le cap Blanc. Ce pont ressemble du reste beaucoup pour la construction aux puits de Ras el-Aïn; le revêtement et le blocage sont, de part et d'autre, les mêmes. Je crois la construction des

puis romaine Ÿ; mais l’idée de pareils puits en saillie paraît locale. Nous

! Nonobstant Sauley, Premier voyage, I, pe6. ? Poulain de Bossay, Rech. p. 25 et suiv.; Kruse . C'est bien à tort que Barbié du Bocage suppose un Commentare zu Seetzen, p. 291-293; Ritter, etc. port à l'embouchure du ruisseau. Le ruisseau n'a pas % M. Thomson se fonde sur la masse des dépôts d’embouchure ; il filtre à travers les cailloux. (Voir le calcaires pour établir «l'extrême antiquité» des puits plan de Ras el-Ain par Wildenbruch, dans le Mo- (The Book, 1, p. 276 etsuiv.). Les aquedues romains nats-Berichte der Berliner Gesellschaft für Erdkunde, de l'isthme offrent des dépôts aussi considérables. H nouvelle série, t. 1 (1844), p. 234, 935, DISAIS est singulier que les anciens ne parlent jamais de ces n° 1 et 2.) puits, objets pourtant si remarquables. Les passages

avons trouvé le même type à Borak et-Tell. Le principe hydraulique qui y préside n’est pas encore, je crois, déterminé. Volney et Mariti ont mentionné le curieux vestige des Adonies an tiques resté dans les mœurs du pays relativement à ces puits”.

Dans les notes de M. Gaillardot, prises durant un séjour antérieur à Sour, je lis ce qui suit : + Toute la partie de l’aqueduc qui est entre Ras el-Aïn et Maschouk est formée par un canal antique, qui n’a rien de grec ni de romairi. Sur plusieurs points où les dalles supérieures ont été enlevées, le conduit a été revêtu de ciment, comme le dit M. de Bertou (p. 15); mais, presque partout où le conduit est encore couvert, il présente des parois nues formées par le roc ou par des pierres énormes sans aucune trace de ciment. La partie qui a des arches doit être l'ouvrage des Romains. I n'y a pas de probabilité que, comme le pense M. de Bertou (p. 16), un travail aussi gigantesque que celui des puits n'ait eu d'autre but que de faire tourner un moulin?. L'alimentation des aqueducs était sûrement le premier but qu'on se proposa. »

L'endroit nommé Ain Habrian, près de la mer, à une heure au nord de Sour, avec sa source minérale 5, est, comme M. Movers l’a montré, la source nommée par Nonnus Abarbéréa. H s’y trouve des ruines, parmi lesquelles s’est rencontré un morceau de marbre portant en caractères grossiers l'inscription suivante :

BAAA

probablement commencement de Barofre»]. L'eau d’Aïn Habrian est

A °1: ee [4 A] = 9 a Ésl V4 saumâtre; voilà sans doute pourquoi les Tyriens ne lauront pas utilisée

de Nonnus et de Ghoricius relatifs aux sources de Tyr 3 Voir Bertou, p. 6.

ne mentionnent pas de pareilles constructions, et 4 Movers, Die Phœn. I, 1" partie, p. 231, 239.

d’ailleurs ces passages sont bien modernes. Ce fu- Sprüner-Menke, Ansart, Fr. Lenormant, Poulain de

rent les croisés qui, frappés par l'aspect de de ces Bossay (Rech. p. 25) font à tort d'Abarbéréa un des

puits, les rattachèrent aux souvenirs bibliques. puits de Ras el-Aïn. Sur les fontaines de Tyr, voir, 1 Ritter, Erdkunde, XNIT, p. 351, 352. outre les textes qu'on a cités jusqu'ici, un passage de ? Je ne sais d’ailleurs si l'antiquité a connu les Choricius de Gaza, Éloge de Procope, $ 10.

moulins à eau, — E. R.

CAMPAGNE DE TYR. 595 comme celle de Ras el-Aïn. Les aquedues qui partent d'Ain Habrian ne pouvaient avoir pour objet de fournir de l’eau à la ville. C’est à tort que M. de Bertou voit là les t9payarytou que Salmanazar fit garder pour réduire les Tyriens.

Les environs de l'embouchure de la Casmie! offrent beaucoup d’anti-

quités. Là élait peut-être Léontopolis, la Acdpron dus des géographes

grecs”. L’acropole de Burdj el-Hawé, au-dessus de la Casmie, paraît devoir êlre prise comme le site de Léontopolis. On y voit une grosse CONStruction en bossage avec une porte dans le roc, d’un caractère fort antique, et, dans le voisinage, un sarcophage colossal, dont les parois et le couvercle sont sculptés avec richesse et bon goûl. Le couvercle est en forme de toit, et présente une imitation de garniture en bandes de métal. C’est un des tombeaux les plus soignés que j'aie vus en Phénicie. H existe alentour d’autres très-beaux sarcophages. On en voit un qui n’a pas été tout à fut détaché de la carrière. C’est toute une nécropole qu'on appelle, selon l'habitude, Kobour el-Molouk. Tous les environs de Burdj el-Hawé ont de

l'importance archéologique. On sent qu'il y eut là un centre important 5.

! Ce nom, signifiant «la séparation,» n’est pas, en réalité, un nom de rivière. Il s'applique au cours inférieur du Litani, parce que ce fleuve fait la séparation du pays de Sour (Beled Bescharra) et de l'iklim Schomar. Le Litani (Édrisi écrit ki) est le Leontes où Aéwv æoraués de Ptolémée. (Voir Ritter, XVII, 48 et suiv.; Robinson, Il,p. 472, 473; Mehren, Syrien og Palestina, p. 27,928, 72.) C'est à tort que M. Poulain de Bossay a cherché à identifier le Léontès avec le Damour. Essais derestitution d'un passage de Seylax, p. 37 et suiv. Cf. Sprüner-Menke, Atas antiquus , préf. p. 15.

? L'erreur de Strabon, Il, xvr, 22 est évidente. M. Ch. Müller (index et carte) le suit. M. Müller se trompe encore plus gravement en ses noles sur Scylax (p.78) et en ses cartes des pelits géographes grecs, n° v. Le passage du faux Scylax où Acévrwr æéus se trouve nommée est une note sans lien régulier avec ce qui précède, par le fait de l'abréviateur qui nous a lransmis ce petit traité. L'erreur de Pline (V, 17)est

la plus grave de toutes. Mannert identifie à tort la ville des Lions avec Porphyréon. Ritter hésite (XVII, p. 426, hay). M. de Saulcy (Premier voyage, p. 6o etsuiv. 66) a eu l’heureuse idée de mettre Léontopolis vers l'embouchure du Léontès, ce qui est l'hy— pothèse qui répond le mieux au texte du faux Scylax. M. Poulain de Bossay (Essais de restit. p. A5 et suiv.) a suivi ici les conséquences de son système erroné, L'idée de placer Palétyr vers l'embouchure de la Casmie doit êlre écartée. La chose n’est pourtant pas aussi absurde que voudrait le faire croire le P, Bourquenoud (Études, sept.-oct. 1863, p. 845), en ne mentionnant que le texte de Strabon. En tout cas, si dans mon 2° rapport je mentionnais avec un point d'interrogation cette opinion, adoptée par Movers et Ritter, et dont M. de Bertou a dépassé le hardiesse , ce n'élait nullement pour ladopter.

3% Maheyta, dont on trouvera la description plus loin, peut bien appartenir au même ensemble ar

chéologique.

Il s'y trouve une énorme quantité de pressoirs et de meules. C'est donc bien à tort qu'on a dit que, parmi les ruines de l'embouchure de la Casmie, il n'y a que des ruines du moyen âge”.

A l'ouest de Burdj el-Hawé, se voient deux grands sarco phages avec des sculptures assez bien conservées, au-dessous desquels on remarque des débris de constructions et de rocs taillés. Près de là encore se trouve Hallet er-Rihän. Je ne connais ces derniers points que par des renseignements.

! Poulain de Bossay, Essais de restit. p. k7, note. (Les Saints Lieux, t. 1, p. 536, 538, 539) ne s’ex-

Robinson (Il, p. 472) ne dit pas cela. M. Mislin prime pas non plus d’une manière exclusive.

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