‹ Mission de PhénicieChapitre 80 sur 127 · E. VD · texte numérisé non relu

E. VD

un pressoir semblable à ceux d’Oum el-Aâmed. La pierre de dessus à 2 mètres de long sur 1 mètre de large. Sur la pierre d'entrée d'une ca-

verne se voient des signes de cette forme :

C’est probablement le signe d’Astarté, que nous trouverons ailleurs. Deïr Abdo, près de El-Biadh, a aussi des ruines. À Deïr Aamès, il y a un grand bassin en grosses pierres, el un pan de mur élevé qui paraît du temps des croisades. Sur l'église, il y a un dessin analogue à la pierre de Étite dont nous parlerons bientôt. La pierre de Deïr Aamès est certainement chrétienne, ce qui date la pierre de Étite”.

Voici un autre renseignement sur Cana, que je n'ai pu identifier : mis pol ds uolËt Xe leghes 5,lee some LB 4 gs si esse À Aïn el-Gharbié, à Cana, se trouve une grotte, sur la porte de laquelle sont placés quatre personnages.» Ce renseignement ne se rapporte pas à Ouadi Aschour; car dans la même note Ouadi Aschour est mentionné ainsi que nous allons le dire.

Dans le Ouadi Aschour, à un quart d'heure à peu près de Cana, se voit la plus importante sculpture sur le roc qu'il y ait dans le pays de Tyr°. C'est une cella où niche carrée dans le roc, située au-dessous d'une grande caverne taillée elle-même dans la paroi de la vallée. Le fond de la niche est tout entier occupé par une sculpture dont Papparence est égyplienne. Les coiffures, surtout celle du personnage principal assis, sont tout à fait celles de l'Égypte el fort analogues au pschent. Comme toutes les

sculptures ésyplo-phéniciennes, la sculpture de Ouadi Aschour a pour

! Ges trois dernières localités ont été vues par le Sauley l’a visitée à son second voyage (1864). Robin- P. de Prunières, qui nous accompagnait dans cette son ne la vit pas; il eut à ce sujet deux renseignements partie de notre voyage et qui voulut bien nous aider un peu inexacts, qu'il ne sut pas rapporter au même de sa grande connaissance du pays. monument (III, 59).

2? Monro est le premier qui l'ait vue (1833). M. de

CAMPAGNE DE TYR. 641 couronnement le globe ailé. Tout cela rappelle beaucoup la porte égyptophénicienne d'Oum el-Awamid. Malheureusement, la sculpture est en trèsmauvais état. Elle sert depuis des siècles de cible aux métualis qui traversent la vallée, et qui, en haine de l'idolâtrie, se croient obligés dy envoyer un coup de fusil. Je la fis mouler par Taddei, pendant son séjour à Kabr-Hiram. Ce moulage a été mouillé dans le transport des objets de la mission en France, et l'on n’y peut rien reconnaitre !. Je le regretle vivement, car le monument de Ouadi Aschour est peut-être celui où les égyptologues liront le plus clairement, même en l'absence d’hiéroglyphes, l'histoire de l'art égyptien en Phénicie. On sait, du reste, combien ces médaillons ou cellæ taillés dans le roc sont communs en Perse : c'était là une des données du vieil art asialique.

La caverne située au-dessus de la niche sculptée a des siéges, des gradins. Ouadi Aschour se rapporterail-1l, comme Deir el-Aschaïr?, à MIN où bien à Astarté? L'orthographe actuelle n’invite pas à le croire. On écrit prit sols et se ële (sl. Une note qui me fut remise porte : sh, dlhe cas xl) ue, LL Sms pole; CE qui n'est pas très-exact.

Étite Eee ou ais) à pour antiquités une pierre offrant trois cercles, dont deux rayonnés, où l'on peut voir des croix (peu anciennes s),une grotte et, à côté, un beau couvercle de sarcophage servant de base à un pressoir. Près d’ Étite (à Debsch É üte) est une nécropole rectangulaire bien conservée. 5 als tp A ci ssmpe wvgie &, me dit la note que je citais tout à l'heure.

Ouadi Moghair est une vallée dont le côté droit présente un vaste rocher excavé, rempli de chambres se trahissant au dehors par de nombreuses ouvertures carrées; on dirait les trous d’un colombier. À l'intérieur il y

a des élages, et lon cireule, dit-on, depuis le bas jusqu'au haut par des

1 La description de Monro est aussi précise que ? Comparez Deir esch-Scha‘tr de Waddington (Le possible. Ritter, XVT, p. 794. M. de Sauley est aussi Bas, HI), p. 5o1. très-exact, deuxième Voyage, Il, p. 270, 277. ? Conf. Gesenius, au mot n9vn.

escaliers intérieurs. On dit, sans doute avec exagération, qu'il s'y trouve trois ou quatre cents chambres. Vis-à-vis, d'autres grottes du mème genre.

«A Bazourié, près de Hamranié, du côté de la Casmie, il y a, chez Mohammed Djifan, une représentation de prêtre. » (Note d’indigène.)

En allant de Sour à Saïda, s'ouvre un grand vallon, Ouadi el-Hamrani, conduisant au village de El-Abbasié; Rà se voient, sur le penchant de la côte, des vestiges de routes romaines, des débris de constructions et de sarcophages. I y a surtout au nord de El-Abbasié (à 2 lieues N.E. de Sour), un grand tombeau nommé Kabr el-Mélik, où le travail a un caractère de grossièreté qui le ferait croire encore antérieur à Kabr-Hiram.

« Deir-Canoun en-Nahar a un sarcophage sur lequel on voit un palmier brouté par un quadrupède.» H fut question de transporter cette pierre. S'adresser, pour ce monument, à Mousa el-Haddad, à El-Abbasié. Je regrette de ne l'avoir pas vu, car ce parait être un morceau important. Ce nom de Deir-Canoun, fréquent surtout autour de Tyr’, doit avoir une origine chrétienne et désigner un monastère soumis à une règle (xancin ). Le nom est antérieur aux croisades; il figure parmi les casaux des environs de Tyr sous la forme Derchanno”.

Non loin de Kabr el-Mélik, ci-dessus mentionné, loujours dans le Ouadi el-Hamrani, à main gauche de El-Abbasié, en remontant le ouadi, sur le plateau assez élevé où est Bourdj el-Hawé, en face de ce burdy, au sommet des dernières collines qui vont en s'abaissant jusqu'à la côte, à environ trois kilomètres au sud du Litani, est l'endroit appelé Maheyta® (probablement xs «eloture»), qui a des pressoirs, des sarcophages et surtout des magasins souterrains très-curieux. Je ne puis appeler autrement d'étroits boyaux souterrains, de 10 mètres de longueur, tallés

dans le roc pour la plus grande partie, pour le reste complétés par des

1 Voir l’Index de Ritter, sous Deir Kanôn. être dans le même ensemble archéologique. (Voir ci- 2 Archives des mussions scient. 9° serie, IT, 369. dessus, p. 595, 596.) Bourdj el-Hawé est appelé par 5 On estici tout près de Bourdj el-Hawé, et peut- d’autres Bourdj el-Rahäl.

pierres de construction, couverts de grandes dalles inclinées en forme de

toit el recouvertes elles-mêmes de terre végétale. Ces boyaux sont creu-

sés dans un escarpement de quatre ou cinq mètres qui termine le plateau à l’est. Les parties non taillées dans le roc sont dallées verticalement de grandes pierres dressées debout les unes contre les autres. Les extrémilés étroites sont dallées par deux pierres debout. Cela est d’un aspect grandiose et frappant.

Fig. de ; Fig. 2.

Niveau du sol

Echelle de 2 centimètres par mètre Fig. 1. Coupe transversale des fosses creusées dans le roc. Fig. 2. Partie antérieure de la coupe longitudinale. Fig. 1 eto. a, dalles formant toit au-dessus des fosses dans toute leur longueur et recouvertes de terre végétale;

e, entrée, fermée par des pierres taillées, pp.

b, g, parois revêtues de ciment très-dur, dans lequel sont plaqués des fragments de poterie;

ce, f, bordures de peinture brun rougeâtre ;

d, espace grossièrement badigeonné.

Où

comple, sur une seule ligne, sept de ces cavités, dont trois seule-

One

ment sont ouvertes; les autres ont été ouvertes, mais sont refermées. Au nord-est, et sur la même ligne, au dire des gens du pays, il y en a sept autres encore cachées sous le sol. Ils disent que ce sont les tombeaux des rois de Tyr et les appellent Kobour el-Molouk . À tous les points de vue, c'est là une complète erreur; ces cavités n’ont rien de funéraire. Le manque de dépôt calcaire sur les parois, la fraicheur des couleurs de lenduit , et par-dessus tout l'existence des badigeons et des bordures, excluent aussi l’idée de piscines ou réservoirs d’eau. Sur une colline aride et desséchée, formée par le roc couvert d’une mince couche de terre végétale, et qui n’est domimée par aucune élévation, ces réservoirs n’auraient pu s’alimenter que par l'eau des pluies; or on ne remarque au dehors ni orifice, ni surface recueillante. On voit d’ailleurs, aux environs, des bassins ronds monolithes, des pierres placées debout lune devant l'autre, de petits puits en forme de jarres et revètus de ciment étanche. Ce sont des pressoirs à vin et à huile : autrefois le pays était couvert d'oliviers et de vignes. Les magasins souterrains servaient sans doute à cette exploitation; peut-être aussi servaient-ils de silos destinés à conserver les grains.

Autour des magasins que nous venons de décrire se trouvent, comme je lai dit, une nécropole et des constructions, en particulier un énorme sarcophage, à demi brisé et dont la surface, toute délitée, n’a jamais offert de sculptures ni d'ornements. Sa forme est à peu près celle des thecæ en marbre blanc de Saïda.

Dans toute la vallée, depuis à jusqu’à Sour, il y a des pressoirs et des sarcophages. Ge rapprochement est caractéristique et a toujours lieu. C’est l'indice de villages antiques ou de grosses métairies?. « Quand, en sortant de Sour, on se dirige vers le nord-est, en suivant le vallon appelé Ouadi el-Hamramieh, qui conduit à Abbasieh, on rencontre de nom-

! D’autres appliquent, je crois, ce nom aux grands ? Le régime de fermage nous est indiqué par Mattombeaux , si nombreux dans le pays, (Voir p. 595.) thieu, xx1, 33, et Marc, x1, 1.

CAMPAGNE DE TYR. 645 breux vestiges d’une route romaine, qui peut-être conduisait de Sour à Damas. Tout le long de la route, on aperçoit, de distance en distance, des groupes de ruines, des pressoirs, des sarcophages. » (Note de M. Gaillardot.)

À El-Hammadié, à une heure un quart de Sour (carte de l'état-major), il y a, dit-on, une stèle avec trois têtes sculptées.

Tous ces villages du pays de Tyr devinrent, au temps des croisades, des casaux ou terres à redevances féodales!. La liste qui a été relevée de ces casaux prouve que les croisés adoptèrent des noms existants avant eux et qui, pour la plupart, remontaient sans doute à la première conquête musulmane. Ces noms renferment presque tous le nom d’un grand propriétaire primitif, comme seraient chez nous la Martinière, la Richards. ete. Ils sont arabes pour le fond. De 1à semble résulter que, lors de la conquête de l'an 6/0, il se fit un grand partage féodal des terres du pays, d'où résulla un cadastre que les croisés conservèrent tel qu'ils le trouvèrent.

Avant de passer la Casmie, remontons-en le cours vers l'est. Je n'ai pas visité ce pays, qui me parait d'intérêt secondaire; mais une personne qui voulut bien s'attacher à la mission, M. Alexandre Nour, de Tyr, y fit une course pour moi. En outre, M. Durighello m'en a procuré une ou deux inscriptions. La première est au-dessus de la porte de l'église de Saint-Georges, au village de Dardegheya?, dans le Beled Bescharrah.

Elle est très-fruste et très-mal gravée :

IOYANHBANTICTH

EOPTIBA

Je Lis : [Alyem (pour À) joudun Baron, [urlnolnr...… T'eopyiou làva- } vwooÿ]. Le dernier mot est tout conjectural. Pour appuyer les autres restitutions, Y ] JDA voyez Corpus, n° 8901, 89/41 et suiv. Le mot eopyiou étant plus lisible que le reste, il se peut que ce soit par un malentendu qu’au retour des chrétiens dans ce village, ils 1 G. Rey, Essai sur la domination française en Syrie, gayé; c'est, je pense, le Dendayé de la carte de l’état-

p. 17; Arch. des miss. scient. 9° série, IT, p.369, 370. major, à une lieue au sud du Litani, la Dordochie du ? M: Gaillardot écrit Deghdraya; M. Rey, Derda- moyen äge (Rey, Le. p. 370).

aient dédié leur église à saint Georges. La formule urnoônrsse trouve sur des linteaux d'éplises en guise de dédicace (Corpus, n° 89441). Peut-être aussi est-ce un ancien linteau dont on s’est servi pour une église moderne, selon un usage fréquent chez les chrétiens de Syrie. Il faudrait avoir vu l'église pour se décider.

Près de Deïr Sirian (voir la carte de l'état-major), il y a Khirbet Ra, où se voient des ruines, de grosses pierres, une citerne. Un renseignement nous signalait là une inscription; il ne s’est pas vérifié.

\une heure de Deïr Sirian, dans le Ouadi el-Hougel ou Ouadi el-Hegel ou el-Hadjel (sans doute le Ouadi Hadjair de l'état-major et de Van de Velde), au village de Kseir ou El-Kesser (Beled Bescharrah, quatre heures de Sour), à l'endroit nommé Afabé (xixs), est une porte, enterrée Jusqu'au liers de sa hauteur, en grands matériaux, jambage et linteau monolithes, le reste en belles pierres de taille. Le linteau a 2,09 de long, 0%,8 de largeur, 0",45 d'épaisseur. On y lit Pinseription suivante en lettres de 10 centimètres à peu près :

EYTYXI ZWIAEKTICTA

Écriture irrégulière, main incertaine, quoique la gravure soit profonde. (Cf. Corpus anser, gr. n° 456%.) La formule EdTrüye paraît là sur un monument funéraire; dans Sauley, premier Voyage, pl. iv, edrüys s'adresse aussi à un mort. La porte de Kseir doit être la porte d'un tombeau. Voyez cependant Corpus, n° 4565 (Wadd. n° 2491). Krioîns a, en épigraphie, le simple sens de bienfaiteur (xr{oîns nait edepyÉTAs, uTIclou ua viot wüXews). Voir Corpus, n° 3953 b, 4379, 4339 h, 4554.Cf. Suétone, Aug. 98; Egger, lectures à l'Académie 19 août 1870, 17 février 1871: le même, Des coll. d'inscr. grecques, p. 30 et note. Zoïle est un nom commun en Syrie; il répond probablement à un nom arabe hellénisé. Se rappeler Zoïle, dynaste de Dora, du temps

d'Alexandre Jannée. (Voir ci-dessus, p. 211, et Musée Parent, 1, p. 11.)

Beriha m'est ainsi décrit dans les notes de M. Nour : « Ruines de temple, colonnes et piédestal d'une seule pierre, sculptures sur les pierres. » M. Nour, qui avait vu avec moi Kefr-Bereim et Kasyoun, me dit, en outre, que les piédestaux de Beriha ressemblaient à ceux de ces deux localités, le socle ne faisant qu'une seule pierre avec le bas du fût. C'est là le signe

ordinaire des synagogues. Je ne serais pas surpris que la ruine de Beriha

CAMPAGNE DE TYR. 647 füt une synagogue, quoique ce soit à un point bien écarté vers le nord pour une ville juive.

À Snia, sur le chemin de Kseir, ruines.

Une copie informe d’une inscriplion du Beled Schékif me fut remise par un Arabe. Je ne pus jamais obtenir de renseignement plus précis. Je donne ici une représentation approximative des traits qu'on m'a remis, uniquement pour mettre sur la piste de ce texte épigraphique :

OE0E€00 EWMYHW XOCMWCYNI TEPIAPICTAN METEPANAY TUN AAA

On croit reconnaitre la formule ÜTEp Toreplas. À la première ligne, il y a Seb,

ce semble; peut-être la formule gîs Seds:; voir ci- -dessus, p. b21. Déniet mot : aùT@r

(peut-être quelque chose comme Evapioar perépar (!) adrér).

En même temps que l'inscription de Kseir, fut signalé à M. Durighello, par Assaf Endraos de Magdousché, un village de El-Boudié, à seize heures de Saïda, au pays de Tyr (?), où se trouverait une inscription. C'est peutêtre le Safed el-Butÿ’a de Van de Velde, à l'est de Tibnin.

Passons la Casmie. A droite de la route, on voit une roche blanche qui se détache sur la montagne. Cest dans cette roche, assez près du village métuali de Vastha, que se voit un des monuments phéniciens les plus curieux. Ce sont deux grottes adjacentes, taillées dans le roc l'une à côté de l’autre, sans aucun ornement ni trace de style, fort analogues, par conséquent, aux grottes du sud de Saïda (ci-dessus, p. 517, 54 9); ou à celle de Gébeil (ei-dessus, p. 20h). H n’y a aucun vestise de construction dans les environs. L'une des groltes, la plus petite, montre des croix incisées sur les parois, à gauche en entrant, près de la porte. L'autre offre une insce ription grecque et des graflii, où ce qui frappe le

plus ce sont de petits tri iangles qui ont valu à la grotte le nom justifié de

gp) ëles, caverna pudendorum muliebrium (r&v aiSotw; cf. Hérodote, Il, cr, 1). Ges grottes ont élé remarquées d'abord par M. de Bertou', qui a vu l'inscription grecque principale, d'où il a cru pouvoir conclure que la grotte était dédiée à Aslarté, mais non les inscriplions sémitiques”?. La conjecture émise, avec réserve du reste, par M. de Bertou, et selon laquelle la grotte où sont les inscriptions serait le temple d'Astarté construit par Hiram, est insoutenable. Les constructions attribuées à Hiram par Ménandre, et au nombre desquelles 1l place un temple d'Astarté, étaient dans Pile. Et puis la grotte dont nous parlons ne peut être considérée comme une construction sérieuse.

Au fond de la grotte principale sont deux niches, au-dessous de chaeune desquelles se voit une inscription. Ces inscriptions ont été martelées et hachées à coup de sabre ou de couteau. Sous la niche de gauche, une

inscriplion grecque, dont la plus longue ligne a 39 centimètres.

fl

BAZIAEI Z:NQI KAIAPOAI KOQI MIMIAKAEE ZAMQTOZ

Le blanc de la seconde ligne se supplée assez naturellement par x ÀQpodir| me ëT | x60. Aphrodite était done une des divinités auxquelles l'inscription s'adressait. Quelle pouvait être la première ? Aucune hypothèse susceptible de faire tenir le nom d'un dieu dans la première ligne ne se présente. Borel HpaxXet Tupés ou Baciket &oAéws ne répond pas bien aux traits restants, Devant le monument, je lisais : BACIAEITT. . . OAI... En suppléant BacsAet [IIroAeulais, on a une hypothèse satisfaisante. Ge n'est pas que ATOAEMAIRI réponde parfaitement aux traces des lettres primitives.

! Topographie de Tyr, p. 5, 81.—? Je lis, dans d'anciennes notes de M. Gaillardot : + deux inscriptions.»

Si l'écriture de l'inscription était répulièré, cette lecture souffrirait des difficultés. Mais l'inscription offre de tels caprices d'écriture que l'on arrive à regarder comme possible que MTOAEMA ait tenu dans l'espace fruste de la première ligne. Dans l'inscription de Larnax Lapithou, on a de même un Ptolémée associé à une divinité’. Ces associations de dieux et de personnages divinisés ne sont point très-rares (Corpus, n° 2748, 9 863). I est vrai que je ne connais qu'un exemple où le dieu occupe la seconde place; c'est à Chalcis : Treo (Flaminio) Hoi Hpaxher?.

Le nom de l’auteur du vœu n’est pas moins difficile à déchiffrer. Le premier caractère, que nous lisons M, est très-bizarre. Inc serait excellent: mais que faire des traits qui commencent la ligne? En outre la lettre qui suit le K est sûrement un A. Le dernier mot doit probablement se lire ebl[ynv]. L'inscription est done votive. Elle est adressée, par une personne dont le nom reste en parte indéchiffrable, à deux divimités, dont l’une est Aphrodite et dont l'autre paraît être un roi Ptolémée. Est-ce là une base suffisante pour le nom de « grotte d'Astarté"» donné par M. de Bertou à cette caverne? On en peut douter. Nous le conserverons néanmoins pour nous conformer à un usage déjà établi.

Quel peut être ce Ptolémée, et à quelle date placer l'inscription ? Après les tiraillements qui suivirent la mort d'Alexandre, Tyr resta en fait aux Ptolémées jusqu’à la bataille de Panéas (198 avant J. C.). À partir de ce moment, elle passa aux Séleucides?. L'inscription doit done être du ur siècle avant J. C. 4 peu près contemporaine de celle de Diotime à Sidon. La paléographie est d'accord avec ce résultat. La façon dont l'Q est traité rappelle tout à fait le décret bilingue de Canope. Le décret de Diotime n'ayant pas été tracé en Phénicie, l'inscription de la grolte d'Astarté reste le plus ancien spécimen que l’on connaisse de lettres grecques tracées en Phénicie.

Sous la niche de droite :

Réduit à un tiers desa longueur.

En tête est le signe triangulaire, que nous allons rencontrer plusieurs fois: puis, ce ô 8 | ; puis,

! Journal asiatique, août 1867, p. 10. > Rollin, Hist. anc. t. NII, p. 64o, 647, 655; ? Waddington, Mél. de num. 9° série, p. 139. t. IX, p. 328, 441. Les monnaies tyriennes portant * Voir Gesenius, Morum. phœn. p- Lo8. l'efligie des Séleucides datent d'Antiochus le Grand.

* L'auteur du De Dea Syria, S$ 4 et 6, distingue (Cf. I Macch. xx, 59.) Astarté d'Aphrodite.

semble, un encadrement, dans lequel se trouve encore le signe triangulaire. Il est trèsdifhicile, dans ce qui suit, de distinguer les traits principaux des traits que l’on a peutêtre postérieurement ajoutés pour défigurer l'inscription. On voudrait lire n20. On sait combien ce nom divin de Rabbath est fréquent à Carthage. C'est la grande déesse, la Vénus Üranie ou Dea Cœlestis, ce qui répond très-bien à l'ÂGpodtrn de l'inscription grecque !. Mais on peut douter que l'inscription soit sémitique. Seraient-ce des hiéroglyphes égypliens, tracés avec une extrême grossièreté sur une matière très-dure avec

un très-mauvais outil ? M. de Rougé ne le croit pas.

La paroi de droite de la grotte est couverte de graflih. Ce sont pour la plupart de petits écussons triangulaires où se trouvent, tracées à la pointe, de courtes inscriptions. J'en ai pris des empreintes au papier humide et au papier de plomb et des copies sur place. Je vais les reproduire, sans m’en-

gager à résoudre toutes les énigmes que ces écussons renferment.

Réduit de moitié.

Copie prise sur place :

AE OENNAY YIOCAŸE CADOYN NECEOO AMATH AECAIEI AAPAEMA

1 Guigniaut, Rehig. de l'ant. fig. 203, 208, 208 a, 208 b (explication des planches),

(er) ©r

Autre graflito :

Réduit de moitié.

Première ligne : EIPHNH.

Deuxième ligne : Six lettres phéniciennes : 29bv2. Les trois premières de ces lettres sont certaines: la quatriè ème l’est aussi à peu près, cependant on pourrail y voir un Y; la cinquième et la sixième sont douteuses. La dernière lettre pourrait être un ñ. C'est, je pense, un nom propre commençant par Baal.

Trois lettres au bas du triangle, à droite. Ces lettres ne paraissent pas avoir de connexion avec le triangle. La deuxième et la troisième lettre sont probablement

2N. Quant à la première lettre, l'hypothèse qui en ferait un » serait, je crois, la plus plausible.

Autre :

Réduit de moitié.

Le caractère a de l’analogie avec le nabatéen, le sinaïtique et les plus anciens spécimens que nous avons du neskhi.

Autre :

Réduit au tiers. Grandeur d’original.

Notre gravure représente, dans sa partie de gauche, l'ensemble du graffito réduit à un tiers de la grandeur de l'original; dans sa partie de droite, ce qui reste de l'inserip- | tion, grandeur d'original. L’écusson était primitivement couvert de caractères. Ces ca-

ractères ont de l’analogie avec ceux du grafito précédent.

Autre :

Réduit de moitié.

En présence du monument, je lus NIC...OY. Peut-être IlkofHxJoù (voy. Pape, s. h. v.), nom qui, comme Il:o0e, a de bons répondants sémitiques. (Voir ci-dessus,

Autres graffiti consistant en dessins puérils :

Réduits de moitié.

Il y en a beaucoup d’autres du même genre; Mais CEUX que nous venons de donner sugpèrent l'idée exacte de l’ensemble. Les symboles qui reviennent sans cesse sont le triangle et la palme, probablement avec allusion à la xreés et au culte d’Astarté, comme l'a pensé M. de Bertou. Ce signe, en effet, que nous avons trouvé à Biadh, nous le retrouverons à Adloun; on le rencontre aussi, à ce qu'il paraît, à Gébeil dans la grande caverne (ci-dessus, p. 204). Beaucoup de ces petits écussons sont grattés à dessein. Telle qu'elle est, la grotte de la Casmie, outre l'intérêt qu'elle offre pour la paléographie sémitique, est le reste le plus authentique des culles grossiers qui se mêlaient dans la religion tyrienne à des éléments beaucoup plus purs. En général, ces cavernes à prostitution ! (reste d’un primitif élat de promiscuité, où l’homme, comme l'animal, cherchait les cavernes pour laccouplement) sont signalées par une fenêtre grossière à côté de l'entrée (preuve que la porte se lermait), par des siéges où dés échelons à l’intérieur et par les signes v ou © à l'entrée. Dans la caverne de Gébeïl et dans celle dont nous parlons en ce moment, il y a une niche pour la statue de la déesse.

Le village de Djamdjine, situé dans le district métuali de Aklim el-Schoû-

1 Comparez l'aventure de Quartilla dans Pétrone.

mar, à environ une demi-heure à l’est de Vastha (carte de l’état-major), au sud-est d’Adloun, nous a fourni un précieux objet phénicien (au Louvre), quil faut comparer pour l'importance à nos dalles d’Aradus. Get objet fut apporté au mois d'avril 1863 à M. Durighello, qui le donna à la mission. Il avait été trouvé dans les matériaux de construction d’une maison; la cassure est très-ancienne et ne laisse guère espérer de trouver le reste. M. Gaillardot, en l'envoyant à Paris, eut soin, néanmoins, qu'un plâtre en restät à Saïda pour rendre facile la recherche des autres fragments. C'est un morceau de plaque de marbre couvert de sculptures égyplo-phéniciennes. Nous donnons la reproduction de l'excellent dessin

qu'a bien voulu en faire pour nous M. Geslin.

Réduit d’un quart.

La tête coiffée du pschent représente le bras d’un fauteuil sur lequel élait assis un personnage dont on voit les genoux et la main. Il est diflicile de dire ce que tient cette main. Quant à l'objet qui est devant le personnage, c'est un vase à feu, un pyrée, analogue à l'objet central de notre figure 7 de la planche IV. Le fragment de Djamdjine est d'une remarquable finesse d'exécution, et tout à fait analogue aux deux dalles sculptées rapportées d’Aradus (pl. IV, fig. 7 et 8) el exposées aujourd’hui au Musée du Louvre. Une palmette très-caractérisée, qui se trouve sur les deux marbres d’Aradus et sur le cadre de celui dont il s'agit (cadre faisant saillie de plus de 3 centimètres sur le fond), doit être considérée comme un motif particulier à l'art phénicien, en prenant pour règle fondamentale de l'archéologie phénicienne cette observation, que cela est phénicien qui se trouve à la fois à Sidon, à Tyr, à Byblos, à Aradus, et ne se trouve que là".

Après avoir passé la grotte d’Astarté, on remarque sur le rivage de la mer, à gauche de la route, des traces de constructions d'assez mauvaise époque. Environ un quart d'heure après l'embouchure du Nahr Aboul- Aswed, on voit des ruines (murs de rocher, grands blocs, cavernes sépulcrales comme à Adloun). Ensuite, au bord de la mer, au-dessous du village de Seirié, sont les traces d’une peute ville (R. Mokhtdrah de Van de Velde). « Entre Adloun et l'Aboul-Aswed, me dit une ancienne note de M. Gaillardot, il y a près du bord de la mer, dans la plaine et le long d'une petite anse qui a dû servir de port, des débris, assez considérables. d'un village construit sur les hauteurs voisines et appelé Sara.»

Depuis le Nahr Aboul-Aswed jusqu'à Sarfend et même jusqu'à Borak el-T'ell, sur une étendue de 1 5 kilomètres, la côte offre une suite de ruines assez importantes. Dans cet ensemble, il faut retrouver deux villes, Sarepta et Ornithopolis?. Sarepta forme un grou pe assez distinet autour du

1 Comparez aussi la grosse pierre rapportée de suiv. b7 et suiv.; de Saulcy, premier Voyage, p. 53. Chypre par M. de Vogüé (au Louvre, à côté du vase 60, 63 et suiv. M. de Sauley rapporte inexactement

d’Amathonte). le passage de Pline (V, 17). Pline met Ornithopolis 2 Poulain de Bossay, Essais de restitution, p. 47 et entre Sarepta et Sidon, Le faux Scylax fait de même,

Ras Sarfend. Le principal centre de ruines entre ce cap et l'Aboul-Aswed est Adloun (Ad nonum'), probablement identique à Ornithopolis?. Une des meilleures raisons pour cette identification est un petit monument qui fut découvert par M. Rey, transporté par lui à Saïda chez M. Gaillardot, et que nous avons apporté à Paris (pl. XXXIT, n° 4) : c’est l’image d'un oiseau en cage. Celte image, ayant été trouvée près de la porte de la ville, semble renfermer une allusion au nom de cette ville. En tout cas, si l’on ne met pas Ornithopolis à Adloun, il faut la mettre au nord de Sarepta. « Entre \dloun et Sarepta, 1l n’y a de ruines qu’à environ vingt minutes du port de cette dernière ville. Les ruines de Sarepta sont au sud du port; done, dans un espace de vingt minutes, on aurait les ruines de deux villes distinctes et de noms différents. En d’autres termes, il n’y a entre Sarepta et Adloun aucun reste qui puisse autoriser à y placer une ville, quelque petite qu'elle soit*. »

Adloun a pris une grande célébrité archéologique depuis les recherches de M. de Bertou*. I y eut sûrement dans les vues de ce voyageur beau-

coup d'exagération, surtout quand il voulut identifier Adloun avec Pa-

si l'on admet la correction Xdparla; en outre, ce qui est plus grave, il qualifie Oprtdv æôus de + ville des Sidoniens, » tandis que Sarapta (d’après la correction) serait une ville des Tyriens (voir Vogüé, Fragm. d'un journal, p. 34 et suiv.; ci-dessus, p. 524-526). Strabon parle d'Ornithopolis et non de Sarepta; il semble placer Ornithopolis à moitié chemin entre Tyr et Sidon, Le faux Scylax parle d'Ornithopolis, et il n'est pas sûr qu'il parle de Sarepta. Pline seul parle à la fois de Sarepta et d'Ornithopolis. N'était ce passage de Pline, je n’hésiterais pas à identifierles deux villes. no%x, en effet, a pu, par une transposition con-

forme à la phonétique sémitique, devenir n95%, qu'on a pu traduire par Oprider æéuis. Dans la finale la, aurait-on vu la racine &1é00a? Peul-être fautil lire le passage de Pline : Tyrus, Sarepta [seu] Ornithon oppida, Sidon. Quelques variantes de Sillig y in-

iteraient. Adloun alors serait simplement Ad nonum.

A l'époque chrétienne, le nom d'Ornithopolis aurait disparu, et, à partir de cette époque, Sarepla aurait repris son nom biblique, ce qui est conforme aux ana-

logies (voir ci-dessus, p. 21, note 2). Il ést plus grave qu'Achille Tatius (fin du m°siècle) l'appelle Zdpar1a. Je n’insiste donc pas sur cette conjecture. J'ai fait ailleurs (p. 525) mes objections contre le système de M. de Vogüé. Une Euhydra (voir Sillig) placée entre Tyr et Sarfend ne justifierait pas son nom. Il n'y a pas là de ces grandes sources, comme celles de Ras el-Aïn, de Borak et-Tell, d'Enhydra près Amrit. À Adloun surtout, ce nom eût été très-mal justifié.

1 Pococke, Il, 1, p. 84; Movers, Die Phœn. Il, 1° part. p. 249, note 171; Ritter, XVII, 361, 36; Robinson, IT, p. 474, note 1.

? Sauley, L. c. Ch. Müller, Geogr. gr. min. p. 7à, notes; Thomson, [, p. 236, 249; Robinson, L. c.

3 Notes anciennes de M. Gaiïllardot, contre M. de Bertou, Essai, p. 4, 5.

“ Essai sur la topographie de Tyr (Paris, 1843); Revüe archéol. 1854, p. 10 et suiv. A peu près en même temps que M. de Bertou, M. Thomson signalait Adloun et portait dans ses appréciations la même exagération. Ritter, XVIT, p. 362 et suiv.

CAMPAGNE DE TYR. 657 létyr', considéré comme plus ancien que Tyr, et avec une prétendue ville de Sara, dont l'existence n’a guère d'autre base qu'une faute de copistes ou de Pabréviateur du faux Seylax?, et quand il voulut voir dans la nécropole d'Adloun la nécropole de Tyr. Tout cela tombe devant ce simple fait qu'Adloun est à plus de 1 5 kilomètres au nord de Tyr. Si Palétyr était à une telle distance de Tyr, le passage de Pline sur le périmètre de Tyr et de Palétyr, qui paraît si exagéré, serait encore trop restremt. Pline n'eût pas traité une sorte de Chiaia le long de la mer, une rue toute en longueur, comme une ville close; il aurait seulement indiqué sa longueur. Une telle distance entre la ville insulaire et la nécropole n’est pas non plus supposable. Les ruines d'Adloun n’ont pu appartenir à une grande ville; il n°y a à ni sources, ni cours d’eau, ni canaux, ni aqueduc. La nécropole, quoique curieuse, n'est ni si grande ni si belle que l’on dit; les caveaux sont pelils, bas, étroits, et chacun ne renferme jamais plus de trois tombes. Cette nécropole n'est rien auprès des nécropoles d'E-Awwatin, de Kabr- Hiram, ele. Les sépultures qu'on voit à Adloun s'expliquent très-bien

avec une pelite ville et par le seul fait d’une côte toujours si peuplée*.

! Ge quedit M. de Bertou (p.83, 84) des cavernes, du sol, des eaux, du port d’Adloun est tout à fait inexact. Des deux cavernes, la plus grande logerait à peine une famille de vingt personnes. Le sol cultivable au niveau d'Adloun fait une bande au plus

de cinq cents pas; il n’y a pas de ruisseau; la côte ne forme qu'une petite crique. C’est par erreur aussi que M. de Bertou place le Nahr Aboul-Aswed très près d’Adloun. Le Nahr Aboul-Aswed, d’ailleurs, est un pauvre ruisseau, manquant complétement d’eau en été (note de M. Gaillardot). Dans un voyage que fi-

rent M. Gaillardot et le P. Bourquenoud avant notre

mission, ces deux voyageurs conslatèrent les erreurs de M. de Bertou. M. Poulain de Bossay (Rech. p. 45 et suiv.) réfute fort bien M. de Bertou, mais ses efforts pour rapporter la nécropole d’Adloun aux Sidoniens sont restés infructueux.

? Bertou, Topogr. p. 71 et suiv. Reland avait déjà essayé de prouver qu'anciennement Tyr s’appela Sarra (Palest. p. 1046 et suiv.). On peut douter de la cor-

rection Zdpama chez Seylax; mais la leçon Zdpa

eîra est en tout cas insoutenable, quoi qu'en dise M. Poulain de Bossay, qui a bien ébranlé la correction de Vossius, mais n’a pas trouvé la clef de l'ensemble de ce passage désespéré (Essais de restit. p.60 et suiv.). Conf. Movers, Die Phœn. TL partie, p. 242, note 171. Pour procéder avec méthode dans la correction de ce passage, il faudrait le supposer écrit en majuscules de l'époque classique : CAPAEIT A ANAHTIOAICTYPOC , et chercher les changements de lettres qui ont pu s’y introduire d'après les règles de la paléooraphie. Le manuscrit de la Bibliothèque nationale (unique en réalité) offre après CAPA un point qui doit avoir eu une raison dans l'original. Mais Un æéus est impossible, comme l'a bien vu Ch. Müller. J'ai quelquefois songé à EITA[ME)/- FAAHMOAIC.

3 Je ne sais ce qui a porlé M. Poulain de Bossay à écrire que «les cavernes d'Adloun ont servi à la sépulture des habitants de Sidon et de Sarepla » (Bull. précité, p. 8)

Adloun n’en est pas moins un endroit lrès-important. Si J'avais à recommencer des fouilles en Phénicie, après Oum .el-Awamid, c’est Adloun que je choisirais. Aucun centre considérable n'ayant existé à cel endroit au moyen âge, l'antiquité y est encore assez fraiche. Un certain nombre d'objets, en effet, provenant d’Adloun, tous du plus grand intérêt, ont été donnés à la mission après mon départ, par les soins de MM. Durighello et Gaillardot. Ces objets ont la physionomie la plus caractérisée; ce sont bien, sauf peut-être le 3°, des restes phéniciens. Je dois seulement faire observer que, ces objets n'ayant pas été trouvés par nous, leur attribution à Adloun ne repose que sur des allégations sujettes à quelque doute.

1° Fragment de plaque de marbre (au Louvre) :

Dessin de M. Geslin, réduit d’un quart.

CAMPAGNE DE TYR. 659 très-difficile à comprendre. (est peut-être un fragment d'une espèce d’autel ou de pyrée analogue à celui qu'on voit dans le fragment de Djamdjine et dans la ligure 7 de notre planche IV.

2° Deux ligurines en or (au Louvre) dont voici la représentation

(grandeur d'original). Ce sont des objets complétement phéniciens. Com-

parez les masques de terre cuite provenant de Chypre (au Louvre) et le patèque n° 8962 (palier de l'escalier du Musée égyplen ).

ae Fragment de sarcophage :

Échelle de 15 centimètres par mètre.

l° Une base cubique surmontée d’une sorte de cône arrondi (pl. XL, fig. 1), analogue à ce qu'on voit dans les monuments du culte chypriote

(Creuzer-Guigniaut, Behg. de l'antiquité, pl. fig. 204, 205, 206).

La nécropole d’Adloun a été souvent décrite’. Elle n’a qu'une impor-

1 De Bertou, Topogr. p. 85; Saulcy, premier

I, p. 474 et suiv. La forme pyramidale artificielle Voyage, pl. 1; Thomson, [, p- 244, 249; Robinson,

des rochers à élé un peu exagérée par M. de Bertou;

lance secondaire : c’est une des plus médiocres de la Phénicie*. Beaucoup de grottes offrent des signes de christianisme, qui peuvent, il est vrai, avoir été postérieurement ajoutés. Les inscriptions qu'on lit sur quelquesunes de ces grottes sont frustes, très-courles, très-irrégulières et ne peuvent guère être estampées ; en voici une :

AIWF HEOK<P

n voici une autre

Î tH AHCTO

Voir Saulcy, premier Voyage, pl. nu; Le Bas, IE, n° 1871 et 1870. A Adloun, comme à Naous, près Tripoli, on a pratiqué une rainure au-dessus des grottes creusées dans la déclivité du roc, pour détourner l'eau de pluie et l'empêcher d’inonder les caveaux.

Sur place, je fus persuadé que la nécropole d’Adloun était en grande partie chrétienne et, en tout cas, postérieure à notre ère; à Gébeil, je venais de rencontrer, dans des caveaux de même forme, des inscriptions de basse époque. Une constante expérience nous avait montré les caveaux de la forme de ceux d’Adloun (entrée en arceau, sans pied-droit; à Fintérieur, banquettes évidées en auges et surmontées d’un arcosohum) comme les plus modernes (époques romaine et chrétienne). C’est tout à fait à tort que MM. de Bertou et Thomson virent dans ces petites grottes des caractères de haute antiquité. Je dois à la complaisance des chefs métualis des environs, dont la courtoisie a contrasté avec l'humeur farouche habituelle à leurs coreligionnaires, quelques indications qui contribueront à fixer

la date de ce curieux ensemble de monuments. Ces chefs ayant bien voulu

je n'y puis voir cependant, avec quelques personnes, nécropole byzantine de Coryeus. (Langlois, Voy. dans un effet du hasard, la Cilicie, pl. 1x.) 1 Pour la forme des caveaux, comparez la nécro- ? Par moments, Je crus voir un © pour première

pole de Bereitan, près Baalbek. (Sauley, premier lettre.

Voyage, pl. ziv et Ly; cf. pl. zu.) Comparez aussi la

CAMPAGNE DE TYR. 661 faire déblayer pour moi, dans .un endroit nommé 4rdh el-Loueh, quelques caveaux connus des habitants du pays, et ornés de peintures, je me suis trouvé, non sans élonnement, au milieu des symboles de l'âge chrétien (croix avec A et W, oiseaux). Or, les caveaux ainsi décorés ont exactement la même forme que les autres (on sait que la nécropole d'Adloun est remarquable par l'uniformité des caveaux qui la composent); en sorte qu'il n’y à pas de milieu entre ces deux parts, ou rapporter l’ensemble de la nécropole à l’époque chrétienne, ou soutenir que ces peintures on été appliquées après coup sur des caveaux plus anciennement creusés. Cette seconde hypothèse est assez peu probable. Si l’on peut soutenir avec vraisemblance que c’est après coup que l'on a ajouté les croix et les inscriplions grecques qui se voient au-dessus de l'entrée de plusieurs caveaux d’Adloun, on ne saurait supposer de même que de vieux caveaux aient élé couverts de peinture des siècles après leur excavation. Le v° et le vi siècle furent des siècles très-florissants pour la Syrie, et de ceux où l’on construisit le plus de travaux durables. Quatre ou cinq villes (Sarepta, Ornithopolis, ad Nonum, Leontopolis) se pressaient à cet endroit et devaient avoir leur nécropole près de là. Le P. Nau, on le sait, prit ces grottes pour des cellules d’ermites, ce qui est bien faux assurément, si l’on entend par là que des ermites les aient creusées; mais elles ont pu, comme beaucoup de grottes sépulerales de l'Égypte, d’Antioche, etc. servir à des ermites!, et je ne serais pas éloigné de croire que les inscriptions que nous venons de donner se rapportent à cela. A Naous et ailleurs, on trouve ainsi des grottes sépulcrales portant des croix, dont l'origine peut être celle que nous venons de dire.

J'ai vu le trumeau taillé sur le roc qu'on à considéré comme une stèle égyptienne, et qui a donné lieu à tant de controverses?. Je n'ai pu rien ! GE Ritter, XVIE, p. 1168; Hamilton, Researches dans le Bullettino de l'Institut de corresp. archéol. in Asia Minor, Il, p. 288; Guérin, De ora Palest.… de Rome, 1838, p. 157 et suiv.; Laborde, Voy. de

P: 19: la Syrie, pl. xxxr, livraisons 39 et 33, n° 19 et 13 ? Bertou, Topoer. p. 85 et suiv.; Ryllo et Bertou, (en remarquant l'erreur du titre de la planche)

distinguer; mais c'est bien là une stèle analogue aux stèles du fleuve du Chien !, Je pense, en effet, que c’est de cette stèle qu'Hérodote (IE, ow, 1) parle quand il dit : Ëv de 79 Malo Eupiy adrds üpeov éodoas ua Tà YpÉLUATE Ta elpnuéva évedvra nai Yvvauxos œidoix. Le pluriel dont se sert Hérodote s'applique sans doute à la stèle d’Adloun et aux stèles du fleuve du Chien. Le trait relatif aux i90ïx, quoique nous n’en voyions pas la justilication actuelle, est bien dans l'esprit des signes qu'on voit fréquemment dans le pays de Tyr. Cest aux environs d’Adloun, en effet, que le signe des æiSoïx (er) est le plus fréquent. Ce passage prouve, du reste, que l'endroit en question n’était ni Palétyr ni même une ville proprement dite; autrement, au lieu de la vague locution : &v Maxwoy Sup, Hérodote dirait « dans telle ville. » Les stèles du fleuve du Chien prouvent qu'on choisissait de préférence pour ces trophées les endroits où il fallait nécessarement passer, peut-être même les positions qui avaient été disputées et où s’élaient livrés des combats.

La grande caverne architecturée d'Adlour, à gauche de la route, un peu au sud de la stèle égyptienne, a comme deux coupoles, toutes deux taillées artificiellement?. C’est encore, ce semble, une caverne d’Astarté. On l'appelle en arabe Moghdret el-Bzez, «la caverne du sein;» les femmes qui n’ont pas de lait viennent y boire de l'eau. À l'entrée de la dernière grotte, qui est de beaucoup plus vaste que les autres, on voit gravés sur les parois du rocher les signes v et ©, comme dans la grotte près de la Casmie. Ces signes, qui sont fréquents dans le pays de Tyr, se re-

Movers, Il, 1° partie, p. 249 (M. Movers veut à tort Bible, la Cavea de Tyro du moyen âge, qui se pré-

que la stèle soit assyrienne); Revue archéol. 1854, senta un moment à l'esprit de Robinson (IT, p.474) p. 19 et suiv.; Athenœum français, 1854, p. 909, et qu'adoptèrent MM. Mislin (Les saints lieux, 1, 903; Rey, Voyage dans le Haouran, p. 2; Sauley, p. 350 et suiv.), Poulain de Bossay (p. 45) et Sprüpremier Voyage, I, p. 37; ‘deuxième Voyage, IL, ner (Atlas du moyen âge, n° A5), n'est pas soutep. 282; carte de Van de Velde, 2° édition. nable. Loin d'être inexpugnables» comme la Cavea 1 Je trouve dans les anciennes notes de M. Gail- de Tyro, les grottes d’Adloun seraient un poste milardot : « La stèle existe, mais très-fruste et très-dif- litaire tout à fait chétif. La Maarath Sidoniorum de ficile à lire; il y a, au-dessus, les vestiges d’une ins- la Bible est près de Djezzin. (Conf. Ritter, XVI, 8; cription romaine.» Je n’ai rien vu de semblable. XVII, 99 et suiv., 104 et suiv.; Knobel, in Jos. 2? L'idée de placer ici la Caverna Sidoniorum de la x, 4.)

trouvent aussi en Afrique, surtout sur les monuments funéraires de la nécropole de Sigus (41 kil. est de Constantine), fouillée par M. Cherbonneau'. Ils y ont même des formes plus claires et plus développées, et c'est d’après ces symboles de Sigus qu'il faudra procéder quand on voudra dresser la théorie complète de ces signes singuliers.

Adloun possède deux beaux sarcophages tyriens, l’un à couvercle en dos d'âne, l’autre, dans la plaine, énorme, à très-gros acrotères oceupant les deux tiers de la longueur du côté, comme cela a lieu dans celui qui se trouve en un champ entre Tyr et Maschouk. On voit aussi à Adloun de belles citernes coniques; le conduit qui recueillait et y déversait l’eau est très-visible. Quant aux puits où M. de Bertou a vu des entrées d'hypogées (p. 85), nous les avons inutilement cherchés.

À l'entrée des ruines d’Adloun, quand on vient de Sidon, sont de grosses pierres, qu'on peut regarder comme des restes d’une porte de ville. C'est au pied de ces piliers que füt trouvé l'oiseau en cage dont nous parlions tout à l'heure, lequel put être à l'entrée de la ville comme un emblème parlant. La série des constructions où il faut probablement voir le reste d’Ornithopolis se continue le long de la route. Un beau bassin , taillé dans le roc près de la mer, faisait sans doute partie du port antique ?. Les carrières d'Adloun ont l'aspect monumental ordinaire aux carrières phéniciennes; elles frappent plus encore que celles du fleuve du Chien. H est très-facile de prendre ces coupes du roc pour des restes de construction, et cette erreur a peut-être contribué aux exagéralions qui ont couru sur l'importance d’Adloun.

À une heure ou une heure et demie de la porte d'Ornithopolis, en allant vers le nord, on commence à trouver des ruines, surtout entre la mer et la route. Cest Sarepta. Au pied du village de Saksakie (ka )

1 Je doisles croquis de ces monuments à M. Cher- une stèle trouvée à Sétif, maintenant, je crois, au bonneau. Toute cette nécropole est anépigraphe, musée de Constantine. comme les nécropoles du pays de Tyr. Voir aussi ? Vogüé, Fragm. d'un journal, p. 33.

sont des tombeaux très-intéressants. Les métualis de Saksakie me les découvrirent avec beaucoup de complaisance. Ils allèrent même au delà de mes intentions, en détachant pour moi un bout de sarcophage, que certes je n'aurais pas donné l’ordre d'enlever; on peut le voir pl. LX, n°5. Trois ou quatre de ces caveaux me parurent remarquables; lun est curieux par les peintures et les sculptures qui le décorent. Les peintures, consistant surtout en palmes rouges, sont sur le roc nu sans stuc. Le caveau a trois compartiments. Au fond, se voit un hémicycle sculpté : on dirait le soleil dans une zone sphérique, la lune et deux vases à anses. Au-dessus, tête de lion avec collerette; au plafond, une couronne. À côté de ce caveau, s'en trouve un autre offrant des boules ou cercles; puis un troisième, où l'on voit un beau sarcophage orné de bucranes et de guirlandes avec des grappes de raisin en pendeloques (c'est à ce sarcophage, je crois, qu'apparlent le fragment, pl. LX, n° 5). Ce sarcophage ressemble donc beaucoup aux sarcophages de Saïda de notre planche LXI. Je fus frappé aussi d’une grande surface lisse évidée dans le rocher, sur laquelle sont tracées des croix grecques et où est creusé un caveau. I y a encore, au bas de Saksakie, d’autres caveaux à sculptures. Le 4 mars 1869, M. Gaillardot m'écrivail : + Durighello a trouvé à Sarfend ce qu'il appelle « un sarcophage avec des anges» (probablement des génies tenant une guirlande). Ces tombeaux appartiennent sans doute à la nécropole de Sarepta. Au Khan d'Ain el-Kantara se voit un chapiteau assez remarquable. Au sud du khan est le champ des ruines de l'ancienne ville; 1 y aurait là des fouilles à faire; c’est à qu'a été trouvée une précieuse statue phénicienne, achetée et rapportée par M. Rey'. Je notai une pierre sculptée, que je me proposais de déchausser; mais je n’en eus pas le temps. Je crois que le chapiteau du khan tenait à cette pierre. Le port de Sarepta offre des restes de constructions. Je remarquai deux belles chambres contiguës

! Rey, l'oyage dans le Haouran, p. » et pl.1; Long- ture d'uræus que porte la statue, cf. Rosellini, périer, Le musée Napoléon I, pl. xvin. Pour la cein- Monum. dell Epitto, pl. vr, vin et suiv.

CAMPAGNE DE TYR. 665 taillées dans le roc au bord de la mer. Le remblai formé par les débris de la vieille ville est très-considérable:; il est plein de fragments de marbre et de verre. Le khan, avec sa Jolie fontaine, et avec ses belles eaux venant, je crois, des bassins de Borak el-Tell, marque probablement lentrée de l'ancienne ville. Le nom de Sarfend ou Surafend s'applique à tout cet ensemble, surtout au cap Ras Surafend, et aussi à un village situé sur la colline voisine. Du temps de saint Jérôme, la ville était sur la hauteur, puisque l'étape de Paula, après Sidon, est «la tour de Sarepta, plantée comme un observatoire au-dessus de la mer. » D’après un renseignement qui m'avait été donné, il y aurait une inscription à Sarfend; Hossein Kharroubé la connaît; on n’a pu me la montrer.

Sarepta était une ville sidonienne d'origine, comme le prouvent les expressions nryb UN Nos (lois, xvi, 9), Sépenta rÿs Suemius (Luc, IV, 29, el non Zwävos, comme porte le textus receptus)'. Le faux SCylax, si lon adopte la correction de Vossius, l'appelle une œéxs Tupéor ; mais cette correction est fort douteuse; Opridor séxs est donné par le même faux Scylax comme une ville des Sidoniens ; le croisement des villes tyriennes et sidoniennes, du reste, n'était point rare sur la côte; pour s'en convaincre, il suffit de lire l'énumération du faux Scylax au sud de Tyr?, H se peut que Sarepla ail passé ensuite dans le territoire de yes La position de Sarepta, sur un petit rocher faisant légèrement promontoire, ressemble beaucoup à celle de Sidon. Le nom de Sarfend ou Surafend se retrouve du reste en plusieurs parties de la Syrie : 1° près de Ramlé de Palestine (ancienne Sariphæa?); 2° près d'Athlith (Sarepta Judeæ du moyen âge).

Cest bien en vain qu'on à cherché dans les noms actuels des villages

de la côte le nom de cette prétendue ville de Sara qui sert de base au

1 Poulain de Bossay, Rech. p. LD; Essai de restit. % Achille Tatius, IL. 17; Sprüner-Menke, Bibelp. 48 et suiv.; Gesenius, Thes. au mot n5°%. atlas , n° 1v, carte 1 ; Ritter, XVIE, p. 44, 45.

? Geogr. gr. min. de Ch. Müller, Lp 78, 570.

système de M. de Bertou. Il y a bien un village de Seirié et un Néby Seir entre l'Aboul-Aswed et Adloun; on m'a dit qu’on l'appelle aussi 3,Lw et, selon une note de M. Gaillardot (voir ci-dessus, p. 655), on prononcerait même Sara. I y a un village d’Ansariyé, et par écourtement al, au nord d'Adloun!. Le Sarié et le Wadi Saraï, le Saræ où Suri ou Sara, qui ont frappé certains voyageurs, n'ont rien à faire en tout cas avec une antique ville de Sara, d'où Sarranus, elc. Tout cela repose sur des erreurs d'orthographe ou sur une vicieuse prononciation de certains noms purement arabes et modernes.

tevenons à Cana, qu'on peut prendre comme centre archéologique du pays de Tyr. Nous avons exploré toute la région au nord de Gana*. Tournons-nous du côlé du sud.

Près de Cana, vers l'endroit nommé Ardh el-Urdani (ou El-Urdan), il y a un sarcophage bisome, énorme. Les deux cuves sont creusées dans un seul bloc; un seul couvercle les recouvrait toutes les deux. Le bloc qui renferme les deux cuves posait sur une base. Le couvercle, grosse masse arrondie, git à côté. Ce monument rappelle le Kabr-Hiram. Je crois me souvenir, cependant, que sur la base ou le couverele 1l y a un ornement. Pour bien comprendre ce monument, il faut un peu d'attention; car les pierres, le couvercle du moins, ont été dérangés par les chercheurs de trésors. Je vis deux fois ce sarcophage, et la seconde fois je m'aperçus que je m'étais trompé sur la relation des blocs. Je regrette vivement de n’en pouvoir donner un dessin.

Un peu plus loin, à Msellabet hallet ez-zaowié, À ÿ à un caveau audessus de l'entrée duquel se voit le signe ©; à côté est une grande auge d'où lon a tiré un sarcophage de plomb. Les métualis appellent « le tombeau du chrétien; » les chrétiens l'appellent «le tombeau du scheickh

Sab. » Une note qui me fut donnée à Sour me lindiquait ainsi

1 Voir les cartes de Van de Velde et de l'Etat- 2 Pour mon ilinéraire en ce pays, voir la carte, major. planche I.

CAMPAGNE DE TYR. 667 aledl 65 la Linie sms Lb &. Ce caveau a été récemment fouillé. H paraît que le sarcophage qu’on en tira était très-beau; on me dit qu'il y en avait un morceau à Jérusalem, chez le consul anglais.

Msabah est un mamelon couvert de ruines : gros murs, magnifiques pressoirs, parfaitement conservés, porte avec des sculptures bizarres (sortes de griffons). L'aspect de tout cela est très-antique et admirablement pittoresque. Msabah peut passer pour un des plus beaux types de ces villages ruinés du pays de Tyr; il est même supérieur à Oum el- Aâmed. La conservation des vieilles constructions est frappante; les murs sont tous dans leur à-plomb.

Djébel el-Kébir, près de là, offre un aspect semblable. Voici une note qui me fut remise à Sour sur cet endroit : eumles spmss AU Ju DOS pgaks some, ele, « À Djébel el-Kébir, il y a des sarcophages en plomb, sur lesquels on voit des figures de personnages. »

Près de Msabah est Mesedjed (lieu d’adoralion). On y montre une pierre grande, longue, bien taillée, fichée en terre par le bout. Sur cette pierre se dessine un long rectangle étroit; au-dessus, un ovale allongé, coupé par un pell diamètre; des deux côtés, deux petits cercles ou petites boules. Il y a aussi une pierre avec une croix.

Zubkhin a des chapiteaux singuliers avec des ronds et des représentalions analogues à celles qu’on voit dans le caveau peint de Saksakie (sorte de vase long et étroit avec des anses). Une colonne répondant à ces chapiteaux se voit à côté; elle offre l'aspect d’une colonne torse ou plutôt d’une colonne autour de laquelle une corde serait enroulée. À Zubkhin, Jai vu aussi une masse considérable de pierres taillées, portant des moulures, qu'on a tirées de terre. Une pierre assez remarquable se voit au bas d’une maison qui porte une inscription arabe; près de là, une autre pierre, de travail arabe, offre des ornements imités de ceux de la première.

Peu après Zubkhin, on aborde par la lisière du nord un des cantons de la Phénicie les plus riches en antiquités; Je veux parler du massif de

sh.

cap Blanc et le cap Nakoura, dont

les Arabes, Djebel Muschakkah (la

été peu exploré?; les missionnaires

montagnes qui forme sur la côte le l’épine la plus élevée s'appelle, chez montagne aux fissures). Ge pays a américains et Van de Velde n'ont vu que la ligne qui le termine du côté du sud. I est maintenant presque désert et n’a jamais renfermé de ville importante; mais c’est là surtout que l’on trouve conservés, d’une façon qui étonne, les restes de ces villages ou métairies dont le pays de Tyr élait autrefois couvert. Je ne connais pas d’aspects plus pittoresques que ceux auxquels donnent lieu ces mamelons de ruines d’une absolue virgimité, perdus dans des bois dont la fraïcheur produit en Syrie l'effet le plus inattendu. On dirait, au printemps du moins, un immense pare anglais que personne n'aurait jamais foulé. Ce massif de montagnes est le point de Syrie que je recommande le plus aux artistes capables de goûter le plaisir des belles choses inconnues dont on cueiïlle la première fleur. Cest là que lon comprend, malgré la profonde tristesse de ces ruines sans style, comment la nature réserve toutes ses coquetleries pour le désert. Frappés par une même catastrophe dont le coup a dù être instantané, sortis totalement du mouvement du monde depuis le jour où la vie fut brusquement interrompue dans leur sein, ces villages, maintenant déserts, dont les noms ont conservé pour les habitants du pays toute leur individualité, Mariamin, Medinet en-Nahas, Kneïfedh, Yarin, Ermed, Belat*, comptent parmi les ruines qui, tout en restant mystérieuses, éveillent le plus d'intuitions historiques. Aucune inserip-

üon n'y a été découverte. Au premier moment on voudrait rapporter à

! Ritter, XVI, p. 777, 807, 813.

? La carte de Van de Velde et celle de l'État-major le présentent cependant très-bien. Robinson n’a fait que l’entrevoir du haut de Belat, IT, p. 65. Pour le voyage de Stephan Schultz en 1754, consulter Ritter, XVI, p. 795 et suiv. Voir la carte dressée par E. G. Schultz, dans ce même volume de Ritter, qui,

Pour le nom de Schub el-Arab, comp. Robinson, LIT, p- 66 (Shdb).

3 «Au sud de Cana, du côté de Kalaat-Schamma, il y a plusieurs endroits qu'on appelle aradé, Subkhin, Medinet en-Nahas, Mariamin, etc.» (renseignements de Sour). Je ne sais ce que veut dire ce

mot aradé.

CAMPAGNE DE TYR. 669 l'antiquité chananéenne ces murs d’une étrange vétusté, ces pressoirs gigantesques, ces tombeaux grandioses, ces citernes d’une construction si recherchée. Puis on se rappelle qu'en Phénicie le style colossal s’est conünué presque jusqu’à la période chrétienne. Deux ou trois des villages dont il s’agit, d'ailleurs, possèdent des monuments figurés dont la date se laisse entrevoir, et une telle date n’est pas très-ancienne; mais certainement l'aspect général de ces grandes métairies n’a pas changé. Même en supposant qu'elles aient été des casaux au moyen àäge', elles ne durent pas alors différer beaucoup de ce qu’elles furent dans l'antiquité, jusqu'au moment où elles devinrent, comme aujourd'hui, des ruines cachées sous les arbres et les broussailles. Si l'on Jette les yeux sur une carte de la Palestine au temps du Christ (Bibelatlas de Sprüner-Menke, n° 5, par exemple), on verra que quand il est question dans les Évangiles de 74 mépn Tüpou xai Edävos, OU T& êpua Tüpou ai Sidvos (Matth. XV, 21; Marc, vu, 24, 31), c’est de ce pays qu'il est question. La yu»y £A mis, EupoLowbhuooa T® yévez (le Marc, vu, 26, devait aussi être de ce pays.

Medinet en-Nahas (la ville du cui vre*) est une des plus pittoresques de ces ruines de la tribu d'Aser. Elle est engagée au milieu d’un fourré de bois qui, surtout au printemps, est d’une beauté sans égale. Les murs sont très-soignés et très-bien conservés; les pierres n’ont pas de bossage; elles offrent beaucoup de jointoiements à erossettes comme la tour des Alvériens à Sour, pour compenser lirréoularité des lits. H y a là une très-belle citerne en forme de cône tronqué.

Kneifedh (diminutif de S&&, pour le sens duquel voyez Freytag) est plus remarquable encore. Les taillis dans ces parages n'offrent presque

plus de trace du passage humain, et les ravins sont difficilement praticables.

1 Cela est douteux; la liste de casaux dressée y aura trouvés. Ce nom se rencontre aussi dans l'Yépar M. Rey se tait à peu près sur ces parages (Arch. men. des miss. 9° série, III, 369, 370). 5 Robinson ne connut ce point que par oui dire, ? Sans doute à cause des objets de bronze qu'on IT, p. 62.

Ce qui frappe d’abord, ce sont deux magnifiques cavernes sépulcrales. L'une devait être accompagnée à l'extérieur d'une riche décoration, et former

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