‹ Mission de PhénicieChapitre 81 sur 127 · ROTÉ · texte numérisé non relu

ROTÉ

ce que les Arabes ont appelé S&x&T. I en reste une colonne octogone, un chapiteau ionique d'époque tardive (on le reconnait à l'étranglement des volutes), de beaux fûts de colonnes. À l'intérieur, je trouvai les débris d’un très-curieux sarcophage brisé par les chercheurs de trésor. Je fis transporter à Sour tous ces débris, non sans de grandes difficultés. Nous réussimes à reformer ainsi un sarcophage unique en son genre, représenté dans notre planche LITE, fig. 4. Les armes qui se voient sur les parties restantes de la cuve n’ont pas une physionomie très-antique, el rappellent celles qui se trouvent sur le sarcophage de Schalaboun. Les restes architectoniques de la décoration de la grotte, qui furent sans doute contemporains du sarcophage, feraient songer à la bonne époque romaine (premier siècle). Passé cette époque, je ne crois pas qu'on ait fait en Phénicie, au moins à Tyr, d'ouvrages imités de l'Égvpte : le goût gréco-romain l'avait tout à fait emporté. Je placerai donc le tombeau de Kneifedh un peu avant J. C. ou au plus tard vers le temps d’Auguste ou de Néron. À gauche du bouclier, on voit une figure phénico-égyptienne mutilée : lurœus au front, le croissant et le globe sur le sommet de la tête, aile déployée et revenant en avant, bras de la déesse collé au bord de l'aile et tenant la fleur de lotus, ou la croix ansée, ou le crochet auoural, comme cela se voit dans beaucoup de représentalions égyptiennes analogues, et comme cela devait avoir lieu dans l'art hébreu?. C’est Sati ou Netpé, déesses qui jouent un grand rôle dans les représentations funéraires égyptiennes. Devant cette déesse, est le pied d’un autel à

offrande, en forme de guéridon". De l'autre côté, était sûrement une

! Ces colonnes polygonales servaient souvent de 3% Description de l'Égypte, Ant. pl. vol. IT, xonr, 2; base à des idoles. (Voir les peintures du Palatin, vol. IV, xx; Guigniaut, Relio. de l'antiquité, fig. 160, sujet d'Io. Revue archéol. juin 1850.) 182, 192, et l'explication.

2 Voir Thenius, Comment. sur les livres des Rois, “ Guigniaut, ouvrage cité, fig. 189, zone sous

pl. 11 et nn. les bras croisés de la momie.

CAMPAGNE DE TYR. 671 figure semblable, aux ailes semblablement épandues. Notre litho-photographie ne donnant qu'une idée imparfaite de cette figure, nous en

offrons ici la gravure sur bois.

Fig. 1. Parties qui restent du devant du sarcophage. Fig. 2. Partie qui reste de l'extrémité droite du sarcophage. Fig. 3. Partie qui reste de l'extrémité gauche. Ce côté n'avait pas de guirlande, comme en avait le côté droit. La façon dont la partie supérieure de notre fragment est layée ne laisse pas de doute à cet égard.

Le couvercle n’est pas moins curieux. Deux sphinx ou griflons (cherub),

dont la face a été martelée (comp. le plomb de M. de Saulcy, premier ROM l JPA

Voyage, pl. xxx, fig. 7), posent la patte droite sur des lotus sortant d'un

objet central couronné’. Voici l'image exacte de ce côté du couvercle

(autre côté n'offre aucune sculpture, le sarcophage ayant dù être scellé dans un espace en retrait). Les figures sont revêtues d’un enduit, qui

probablement a porté des couleurs.

1 Ge motif central rappelle l’étrusque. Cf. Longpérier, Musée Napoléon IN , pl zxxn.

Kneifedh offre encore un autre caveau à trois grottes; celle du milieu contenait deux sarcophages. Un peu plus bas, sur la colline, est la mélarie, la villa, dont ces tombeaux étaient la dépendance. Les murs sont composés des pierres les plus grosses que j'aie vues dans les constructions de ce genre. Il y a à de beaux pressoirs.

Kneïfedh a sa légende, qui m'a été ainsi contée. Le fils de Benjac était un berger qui passait tous les soirs près de là avec ses chèvres, et tous les soirs, une chèvre manquait. C'était le génie de la grotte qui la volait. Le fils de Benjac guetta le génie, entra et trouva le trésor, grace auquel 1l devint prince du pays. Il partagea le trésor avec le fils de Bescharrah, et voilà pourquoi le pays s'appelle Beled Bescharrah.

Mariamin est la plus grande de toutes ces x@uar tyriennes ! : c'était presque une ville. Les caveaux y sont très-nombreux, les sarcophages en forme d'auge, très-nombreux aussi. Les couvercles de ces derniers sarcophages sont où carrés en gros blocs, ou triangulaires, ou arrondis en une courbe surbaissée LD. Une des choses les plus frappantes de Mariamin est une très-belle piscine, avec un escalier taillé dans le roc et un pilier au milieu, comme à Eddé. Le nombre des citernes de forme conique évasée (sortes de bouteilles) est étonnant; les murs et les pressoirs sont aussi en nombre très-considérable. Un renseignement vague n'y avait signalé des sculptures; je n’en ai pas apercu.

Al-Muzeibleh offre le même aspect : gros murs, pressoirs, caveaux. Il doit y avoir encore une pierre de fenêtre? (x3lL) ornée de lignes (?), que notre guide Selloum avait vue, mais qu'il ne put retrouver.

Yather ( -Xæ:) est un point à remarquer?. On y voit un spéos considérable, grand rocher rempli d'excavations d’une grandeur extraordinaire se prolongeant de tous les côtés; au-dessus des ouvertures, on aperçoit des trous pour fixer des planchers; au pied, sont d’autres grottes et une

! Ce sont bien là les x@uæ des évangélistes , mot que la Vulgate rend par castellum." — ? Robinson, I,

CAMPAGNE DE TYR. 673 grande surface lisse de rocher. Un peu plus haut est un autre rocher taillé'; celui-ci renferme : 1° un puits magnifique à deux ouvertures avec un escalier intérieur; 2° un très-beau caveau à trois niches, du côté de l'ouest; 3° un caveau du côté de l'est, qui semble avoir un pilier ou pendentif au milieu.

Jalama, à une demi-ieue de Yather, est une autre xun Lyrienne, sur une hauteur, ce qui la fait ressembler à une acropole. C’est un bel endroit, du même aspect que les localités que nous venons de décrire. On Y voit une grande masse de pierres bouleversées; on est frappé surtout du nombre des puits et de deux grandes citernes rectangulaires, sans parler de plusieurs autres évidées en forme de cône. Cela suppose sur cette hauteur une population assez nombreuse. On ÿ voit aussi une mosaique à gros cubes, de belles cuves, des caveaux et des rochers équarris par le bas. Jalama fut dans l'antiquité une localité considérable.

Hayé, Berias, Ammé (peut-être my, Jos. xx, 30, de la tribu d’Aser), offrent l'aspect de villages en ruines tout à fait semblables à ceux qui viennent d'être décrits. Les khirbé du pays de Tyr ont l'aspect le plus uniforme.

Un autre cycle d’antiquités s'ouvre au delà des montagnes qui limitent à l'est l'horizon de Sour, dans la région qui forme la terrasse occidentale du lac Huleh. Les sarcophages, tout en conservant leurs formes grandioses et massives, deviennent plus ornés à leur surface extérieure. Les doubles cuves, creusées dans un même bloc, avec un couvercle unique, sont assez fréquentes. Un genre nouveau de monuments commence à se montrer, je veux parler des chambres sépulcrales bâties en arceaux audessus du sol, selon les règles du style gréco-romain, et non plus taillées dans le roc. De beaux temples syriens, et non plus phéniciens, appa-

raissent çà et là. Au sud, sur une ligne lrès-rigoureusement déterminée,

! Je le comparerai, par à peu près, au rocher représenté dans la planche VII, fig. 1, de lExploration de la Galatie par M. Perrot.

de Kasyoun à Kefr-Bereim", les temples cessent et les synagogues commencent?. Je crois que dans cette curieuse région peu de points vraiment importants m'ont échappé.

Hazour (35=) ou Heziré (8,3;> 5,l&), peut-être yn"py, ville nephtalite (Jos. xx, 37)°, offre un bel ensemble de ruines. On y voit une caverne sépulcrale d'un genre à part. C’est une grosse entaille rectangulaire dans le rocher, comme à Amrit; au-dessus, a été construite, à l’époque romaine“, ce me semble, une voûte qui fut démolie un an avant mon arrivée. À côté, sont des ruines analogues à celles que nous avons déjà tant de fois décrites. On remarque, en particulier, dans un champ, un énorme seuil de porte sur lequel se dessinent des lignes géométriques formant une étoile. Près de là, est une vaste ruine, où s'élèvent de trèsbeaux murs, et un édifice carré encore bien conservé. Tout cet ensemble est frappant.

Hmid est un groupe de ruines analogues à loutes celles qui viennent d’être passées en revue.

Dibl (Xs) est vis-à-vis de Hazour. On y voit trois beaux caveaux. L'un taillé avec un soin extrême et une précision qui n’est pas ordinaire. I y a là deux chambres l'une derrière l’autre. Les fours sont rectangulaires, au nombre de neuf (trois sur chaque côté) dans la première chambre. Sur le listel, entre l'ouverture des fours et le plafond, il y a

des inscriptions :

1 La carte de Van de Velde est très-exacte pour ces parages.

? Cela répond bien, du reste, à la limite de la Galilée, depuis Alexandre Jannée jusqu'à l'absorption du pays par les Romains. (Menke, n° A, 5, 6.)

5 Il y a cependant Hazour et Aïn-Hazour au sud du Jermak, qui peuvent être la localité biblique. (Voir les cartes de Van de Velde et Sprüner-Menke, et contre cette identification, Robinson, INT, p. 81; Thomson, 1, p. 44o). Notre Hazour a l'avantage d'être plus voisin des localités qui environnent

xnpy dans le texte du livre de Josué. Robinson

(IL, p. 63) a raison (contre Thomson, I, p. 439, ho) dene pas identifier notre Hazour avec la célèbre ville de Hazor; mais il n’a pas pensé à En-Hazor. Le point dont nous parlons peut, quoi qu'il dise, être en Nephtali (voir Sprüner-Menke, Bibelatlas, n° 3). Le passage T Macch. xr, 67 (où il faut lire À sup et non Nacdp, Ewald, Gesch. IV, p. 381), convient aussi à notre hypothèse. (Cf. Ritter, XV, p. 260 et suiv.)

! Je ne comprends pas comment Robinson à vu 1à «the marks of extreme antiquity,» IT, p. 69, 63, (CF. Thomson, 1, p. 439 etsuiv.)

CAMPAGNE DE TYR. 675 1° À droite de celui qui entre (sur 2,90 de longueur) :

APICTWUNOCAOEVAATOAPICTUHNOC

2° En face de celui qui entre (sur 2,10 de longueur) :

AHMHTPVOVMAKPETPICENPO

Ï n'y a rien sur le listel de gauche.

Lettres très-espacées, très-frustes et de très-basse époque, les M et les W énormément écartelés, les À tout à fait gothiques. Pour comble de malheur, l'inscription a été altérée à dessein; on y à ajouté de faux traits; ainsi dans quelques O et quelques C on a inscrit une croix pour en faire un signe de religion @. Les lettres douteuses sont la onzième et la quatorzième de la première inscription, la septième de la seconde. La onzième de la première inscription peut être un ©; il se peut même que le O soit un faux trait, que ® ait été surajouté à une autre lettre, peut être un N. Sur les autres lettres il n°y a guère de doute. Les trois noms au génitif répondent assez exactement au dessus de trois fours, si bien qu'on pourrait supposer qu'ils désignent les noms des morts contenus dans ces fours, deux Aristons et un Démétrius. Mais le reste des deux inscriplions est pour moi une énigme. J’affirme cependant qu'on ne peut lire autrement, et qu'il n’est permis de tenter aucune intercalation. J'ai deux estampages et deux copies du monument.

Dibl a encore deux caveaux : l’un taillé avec finesse et exactitude, entrée horizontale; l’autre a l'entrée perpendiculaire, comme les caveaux d'Amrit; sorte d'ogive à côté. On voit aussi à Dibl un beau puits rectangulaire creusé dans le roc, et de larges assises de constructions taillées aussi dans le roc. |

Au bas de la colline, entre Hazour et Aïnibl, il y a des apparences d’une grosse construction en très-grand appareil. Je n'ai pu vérifier si ce n’était pas un jeu de la nature.

Ainibl (Jus) à deux tombeaux bisomes, monolithes énormes, avec deux gros bouts saillants (forme propre au pays de Tyr et à la haute Galilée). On peut les comparer pour la masse au tombeau bisome de Ardh el-Urdani près de Cana.

Doueir (,255, «le petit temple») a les restes d’un temple, dont la porte

à jambages monolithes existe en partie. Elle est d’un bon style, analogue à celle d’Oum el-Awamid, à moulures plates, de peu de saillie; il y a une rainure intérieure dans les jambages. Les matériaux sont de orande dimension. Parmi ces débris était un bloc considérable, de forme presque cubique, offrant sur une de ses faces une curieuse sculpture avec inscripion. Les maçons et talleurs de pierre chrétiens d’Ainibl m'offrirent de séparer la face sculptée et de la réduire à une dalle assez mince pour la transporter à Sour sur un chameau. Ils firent ces deux opérations extrèmement difheiles avec une rare habileté, et ce monument est maintenant au Louvre, où 1l est, je crois, le plus curieux spécimen que lon possède des cultes syriens. Il est représenté dans notre planche LVII, fig. 3:

L'inscription est fort difficile. Jai réussi cependant à la lire presque tout entière :

:JATIOAAGWNIIOYCE AIOCCEAAMANOYEOIKONOMOY

AKAEITOYHTEMONOCAET:S:FONOYAONEY[=]A MENOZSYMEPLOTHPI ACT (ON YIGIN] ZHKEN

[Oe]® Âmélwm, lovoevpuuios(?) SeXaudvous oixovéuou [rai HpJaxXeirou hyepôvos key: S° Tôv oùd0y etÉduevos UTép cowrnplas Tév vid[r]

dvélnxer.

Les lettres de la première ligne sont plus grosses que celles de la deuxième ligne; c'est ce qui fait que la lacune de la deuxième contient plus de lettres que la lacune de la première, outre que la première pouvait commencer un peu en recul. Le nom au nominatif est la seule chose qui m'échappe. Le N paraît avoir été barré ou retouché; cette lettre offre l'aspect d'un N et d'un H superposés; le caractère qui précède œos se présente à l'œil comme un UÜ; peut-être est-ce un M; cependant les M de l'inseription n’ont pas cette forme. lovoepuaïos ou Jovosynpuaios, est d'ailleurs peu satisfaisant. Eehaudvns (Selman) est un nom commun dans le Hauran'. On trouve aussi un Héraclite dans la Batanée (Waddington, n° 2114). Le tour de la phrase est singulier; Selman et Héraclite paraissent les deux fils pour le salut desquels le monument est élevé. Il est remarquable qu'a Kefr Bereim, à une ou deux lieues de Douair, nous

1 Voir mes Observations sur les noms arabes de Longpérier et de Witte, sept. 1856; Wetzstein, l'Auranitide, dans le Bulletin archéol. de MM. de Jnschrifien, p. 264, 364.

lrouverons une inscription hébraïque rappelant l'érection d'un oùô6s. Comparez aussi Fvwnmn de la grande inscription d'Oum el-Awamid. Les vœux de religion dans ce pays avaient souvent pour objet d'élever ces portes monumentales. (Cf. Waddington, n° 2538 a; Vogüé, Syrie centrale, Inscr. sémit. p. 100.) Oùdds est défini par Suidas : TO xdrew Tÿs SÜpas, ce qui convient très-bien à un linteau, comme est notre monument.

Des deux côtés du palmier, se voient deux petites inscriptions :

ETAY AKT MH TIANHM OYIC

H n'est pas impossible qu'après ETAY il y ait un petit C. [l faut en tout cas lire

j és — ÉTous auT, umv0s mammuoi ic.

L'année 391 calculée d’après l'ère des Séleucides donnerait l'an 9 de J. G. date beaucoup trop reculée pour le style du monument et de l'inscription. D'après l’ère de Tyr, on aurait 195 après J. C. ce qui va bien. Le règne de Commode et celui de Sévère sont l'époque où s’élevérent en Syrie le plus de monuments aux frais des indigènes. L’éère d'Antioche donnerait l'an 273, et certainement le style de la sculpture ne répugnerait pas à cette date. Il est difficile de voir quelque chose de plus barbare. Cette barbarie, il est vrai, est encore plus une affaire de province qu'une affaire de dale. Le style de la torche de la Lune est caractéristique d’une basse époque. Les deux divinités sont Apollon et Diane, symbolisant le Soleil et la Lune. Les deux figures ont été martelées.

Doueïr a en outre une belle piscine à escalier, creusée dans le roc, et d’autres travaux nombreux creusés aussi dans le roc, en particulier des citernes. M. Gélis, qui le premier attira mon attention sur Doueir et Schalaboun, en compta quinze. Les caveaux offrent les espèces de jours de souffrance que nous remarquerons plus caractérisés à Schalaboun.

Prés de Doueir, est Schalaboun (Gsseké), nom qui répond probablement au nom p°3btt ou pate de la Bible !, mais non à la localité mentionnée dans Josué, xx, 2, et dans d’autres endroits? Cette localité,

! Cette coïncidence me fut indiquée par les khouris Danites émigrés vers le nord (Bertheau, Zur Gesch. maronites du pays. der Israeliten, p. 288 , 289), de même qu'ils donnè-

? Knobel, sur Josué, xix, 49; Sauley, deuxième rent à Laïsch, après l'avoir prise, le nom de Dan, Voyage, IT, p. 275, 276. Il est possible que les aient transporté avec eux le nom de Schaalabbim,

en effet, est dans la tribu de Dan, à l’ouest de Jérusalem. En tout cas, les beaux restes d’antiquité que possède Schalaboun ne sont nullement juifs. On y remarque : 1° une très-belle construction carrée, en très-

grandes pierres. En voici le croquis rapide pris par M. Gélis!:

2° Une autre construction, dont

le même :

A , enceinte de pierres de taille. —B, plate-forme de roc aplani. — C, trou circulaire peu profond — D, roc aplani. — EE, coupe suivant mn.

3° Deux très-beaux sarcophages sculplés (sur le pelit mamelon), ayant pour décoration une guirlande soutenue et relevée par un génie ailé occupant le centre de la large face, raisins en pendeloques antélixes dans le sinus de la guirlande. Aux bouts des deux sarcophages sont des espèces de petits autels ou soutiens comme ceux que nous trouverons à Oum el-Awamid; au-dessus, dans l’un des sarcophages, sont deux lances croisées et liées au point d’intersection par une couronne rappelant les

armes du sarcophage de Kneïfedh. Ge tombeau me paraît du même temps

selon une habitude commune aux émigrés de tous qui rendit à la mission les plus grands services, et les temps. dont les relations personnelles eurent pour moi et 1 Qu'il me soit permis de déposer ici l'expression pour les personnes qui m’accompagnaient un charme

d’un vif regret pour la mort de cetoflicier distingué, extrême.

CAMPAGNE DE TYR. 679 que celui de Kneïfedh, et reporte la pensée vers l'époque des Hérodes, des Ptolémées fils de Mennée, des Lysanias, des Zénodore, chefs arabes inféodés à l'empire romain, adoptant les modes et le style grecs, ou bien encore vers le mélange de mœurs grecques et arabes qui se produisit à Palmyre et dans le Hauran au second siècle. Les armes, demi-romaines, demi-arabes, qu’on voit sur les monuments de Schalaboun, feraient croire que les aristocrates pour lesquels furent construits ces superbes tombeaux appartenaient à la race qui prit la prépondérance, à l'époque romane, sur toute la ligne du Jourdain et de l'Anti-Liban. Sur ces grands tombeaux de famille chez les Arabes ghassanides, voyez Caussin de Perceval, Essai, IT, p. 241; Hartwig Derenbourg dans le Journal Asiatique, oct.-nov. 1868, p. 311, 379.

l° Un autre sarcophage, très-beau encore, très-large, présentant des acrotères démesurés, près de la construction carrée.

2° Un caveau d’un genre à part, avec des niches dans le vestibule. Je le crois juif.

6° Deux autres caveaux du même genre contigus. Au-dessus de l’entrée de lun, deux mains qu'on prendrait pour des fourchettes, si l'intention d'y figurer cinq doigts n'était évidente. Cette sculpture semble moderne; c’est peut-être le signe contre le mauvais œil. L'autre caveau a deux chambres qui se suivent. La première chambre a été déblayée par les chercheurs de trésors; mais ils n’ont pu enlever la pierre qui fermait l’entrée de la seconde chambre. H y aurait là une fouille intéressante à faire. Ce caveau paraït un de ceux qui peuvent le mieux donner l’idée du tombeau de Jésus!.

Un des traits caractéristiques de ces trois caveaux, c’est une espèce de jour de souffrance, percé près de l'entrée et destiné, quand la pierre était roulée à la porte, à éclairer l'intérieur. Nous avons déjà trouvé cette parücularité à Douciïr. Les sépultures phéniciennes et syriennes n'offrent

! Voir Vie de Jésus (13° édition), p. 447, 448; Vogüé, Les éolises de Terre Sainte, D. 12 et sui. 2: 7: ; Vo 8 » D

aucune trace de la préoccupation de donner du jour à l'intérieur du tombeau. Les « cheminées» de Gébeil, d'Amrit, de Saïda ne pouvaient servir à éclairer l'intérieur, puisqu'on les bouchaït après la perforation du caveau. Elles n'ont d'ailleurs aucune ressemblance avec l'espèce d’œil-debœuf dont nous parlons en ce moment. On remarquera sur toutes les tombes de la région où nous sommes l'absence d'épitaphe, trait essentiellement juif ou phénicien.

7° Schalaboun a aussi un caveau à niches; au-dessus on avait construit une voûte comme à Hazour. Cette voûte est détruite, et le caveau est maintenant plein d’eau.

On me parla, à deux reprises différentes, de sculptures à Bint-Gébeil. Serait-ce là une confusion avec Doueïr et Schalaboun, localités voisines ?

Yaron (Go), le NT nephtalite de Jos. xx, 38”, a une importante

ruine qui mériterait une étude de la part d’un architecte. Cest un tertre couvert de très-beaux matériaux, où des restes notoirement chrétiens se mélent à d’autres qui semblent provenir d’un temple païen. Ce n’est sûrement pas une synagogue, comme on a cru pouvoir le supposer. Il y a là d'assez bons chapiteaux corinthiens, d’autres portant une croix, qui paraissent de ce style du temps de Justinien, qui a laissé tant de traces en Syrie; il y a aussi de belles pierres de frise, à plates-bandes fines, qui rappellent les linteaux d'Oum el-Awamid. Au pied du tertre, sont des couvercles de sarcophages à acrotères présentant une sorte de cloison au milieu. Au-dessous, est un beau puits rond, à escalier, bäti en pierres de taille. Plus bas encore, est une piscine, avec une construction, sorte de sacellum, à côté.

À l'angle de la porte de la mosquée métualie, il y a un bloc dont deux côtés sont visibles. Sur l’un de ces côtés se voit un palmier bien sculpté”;

1 Nau, Seetzen, Monro, Robinson, Van de Velde, p. 123; Comm. p. 301; Knobel, Commentaire sur Thomson l'ont visité : voir Ritter, XVI, p. 784, Josué, p. 69.

78»; Robinson, Il, p. 447; Van de Velde, I, ? Sur le symbole du palmier en Phénicie, voir p. 133; Thomson, I, p. 435; Seetzen, 2° partie, Schræder, Die Phœn. Spr. pl. xvur, n° 10, 14.

CAMPAGNE DE TYR. 681 sur l’autre, une inscription, très-régulièrement gravée, malheureusement

mutilée dans le sens de sa longueur :

ll n'y a guère de douteux que le K surligné de la dixième ligne et le jambage droit de la huitième. Ce dernier jambage, s’il est réel, ne peut être qu'un | ou un reste de H ou de N; car le NM de l'inscription a la barre du haut fortement débordante, et leM a les barres courbes et très-inclinées (M). Le premier T de la neuvième ligne n'est pas non plus bien sûr; ce peut être une moitié de TT. Enfin la première lettre de la onzième ligne pourrait être un A. À la dixième ligne, il y a un blanc entre le K et EN. Les quatre dernières lignes sont d'un caractère plus grêle que les neuf premières; mais la forme des lettres, sauf l'Y, est la même. TETHKON est aussi d’un caractère plus petit que les huit premières lignes. Il est probable que l'inscription dont TETHKON faisait partie avait une seconde ligne incomplète, dont il ne reste rien. La pierre contenait donc trois inscriptions, une d’au moins huit lignes, une autre de deux lignes, la troisième d'au moins quatre lignes. Je ne suis pas sûr s'il manque quelque chose au haut et au bas; je ne le crois pas, car le palmier est complet et bien établi.

Le ® de la deuxième ligne, enjambant un-peu sur la première, fait un vide avant IKAC, ce qui ferait par moments supposer que celte première ligne aurait été ajoutée après que la deuxième ligne était déjà écrite. Ce ® ne peut être qu'un chiffre (500). Voici une facon de concevoir quelques parties de ces huit lignes.

fé Re Renan ES ....., Tous....]©, Ilocet- COPA 5 0 van be à oc K?edv|fous,

ÉRODOUN REP PEN ER CEE Tlñs Ürolacs, ss 512 000eauevo0te xæi] To yai- 6: 3500800004 1p200000n0b xvp|tos.

Dans la deuxième partie de l'inscription, je ne vois guère d'autre ressource que de supposer une fe ETN Tœ| pou EVTNXOYTO.

SUPPOS ne faute eTyxor Dour DTA

Quant à la troisième, on peut la concevoir ainsi :

[Érous PRRPRER » HE de Era he, mi RSR de ess teine Ja ILod- [Lo OURS Tor Gœl]uor v- [rép owrnplas Tv. .......,.. Tloù vaoÿ.

Mais c’est le cas de dire : hs} aN\. La forme cursive du M est frappante; mais dès l'an 200 à peu près, le M avait déja cette forme en Syrie (voir planche V, fig. 7). Si le ® fait partie de la date de l'inscription, et si l'on caleule cette date d’après l’ére de Tyr, l'inscription serait de l'an 374 à l'an 474 de J. G. ce qui est trop tard.

Sortons de Yarôn par la route qui conduit à Kefr-Bereim, nous trouverons un énorme sarcophage brisé, qui dépasse en dimensions le prétendu tombeau d'Hiram !. I avait une base, qu’on a fait sauter avec de la poudre pour y chercher des trésors. Au-dessus, sont les ruines d’un temple; on voit un beau morceau de frise?. La grandeur des blocs employés à toutes ces constructions étonne; on est surtout frappé d’un angle de fronton, à riche encadrement et d'assez bon style, qui se détache au milieu de ruines.

Plus loin, est une grotte Juive, composée de niches creusées dans le roc, d’un style simple et uni. Les niches sont grossièrement taillées en voûte; les auges sépulcrales sont au fond; les couvercles ne sont pas

soignés. À l'entour, on voit de mauvais chapiteaux corinthiens.

1 Cest peut-être de ce sarcophage que parle Ro- passage de Robinson qu'on a si cruellement gâté le binson, Il, p. 447; il m'est cependant difficile de eau tombeau que je remarquai en sortant de Yarôn. concevoir comment son itinéraire et le mien purent Monro a dû passer aussi devant notre sarcophage. se croiser sur ce point. Je crois par moments que le Ritter, XVI, p. 785, 793. M. de Sauley, de son côté,

sarcophage vu par Robinson est un autre sarcophage parait avoir vu des tombes que je n’ai pas vues dont on me parla à Sour, et que l’on me déclara res- (deuxième Voyage, IT, p. 273, 274). sembler au tombeau d'Hiram (ressemblance relevée 2 Je trouve parmi mes renseignements une nole

aussi par Robinson, cf. Ritter, XVI, 793). Si les ainsi conçue : « Deir près de Yarôn, inscriptions, co-

deux monuments sont identiques, c’est depuis le onnes et ruines. »

Nous entrons ici en terre Juive proprement dite, dans la haute Galilée.

Réservons les antiquités d’un tout autre ordre que va présenter cette

contrée pour notre sixième chapitre. La frontière de la Galilée et du pays

de Tyr est tracée avec une netteté extrême’. Sans doute ce que nous appelons le pays de Tyr avait été avant la captivité des dix tribus une terre israélite. Mais, depuis la destruction du royaume d'Israël, la tribu d’Aser et une partie de celle de Nephtali sortirent définitivement du domaine d'Israël, tandis qu'une partie de Nephtali et tout Zabulon devinrent, un ou deux siècles avant notre ère, un des pôles du judaïsme, et bientôt

après le centre de ses plus importants développements.

Kadès de Nephtali est un de ces points qui, depuis la destruction du royaume Israël par les Assyriens?, cessèrent d'être juifs. Kadès devint

même une place frontière du monde païen, une ligne de défense contre

le judaïsme *. Kadès a de très-belles ruines", qui m'ont paru de l’époque

grecque ou romaine”. La colline en est couverte, et au bas se voit une

vaste esplanade qui offre de beaux monuments. Nous signalerons :

1° La grande sépulture carrée, construction quadrilobée recouvrant

des caveaux intérieurs. Un côté offre la porte; les trois autres côtés

sont pleins. Les voütes intérieures ont 9 mètres de diamètre. C’est l'idée

générale des tombeaux d'Amrit, mais traitée d'après un tout autre style

d'architecture : qu'on se figure un caveau funèbre tiré de dessous terre

et exhaussé au-dessus du sol. Robinson veut que ce caveau soit juif. Je ne vois pas de raisons de le supposer. Le rapprochement que fait le sa-

vant explorateur avec les pitoyables images du Jichus ha-Abot à bien peu

! Menke les indique bien. Bibelatlas, n° 5.

? JL Roïs, xv, 29.

3% Josèphe, B. J. IV, u, 3.

* Bertou, Bulletin de la Soc. de géogr. sept. 1839, p. 144; Eli Smith, dans la Bibliotheca sacra, 1849, p. 374 et suiv.; de Forest, dans le Journal of the American Oriental Society, 1. XX, p.242, 243; Robinson, IT, p. 366 et suiv.; Thomson, I, 419 et suiv.: Porter, Syria and Pal. p. 443, hhl; Van de Velde,

I, p. 354, 355; Ritter, XV, p.246 et suiv. Stanley, Sermons in the Eust, P+ 197, note. «Monstrantur ibidem adhuc ruinæ magnæ et sepulchra pulcherrima antiquorum.» Brocard, p.30 (Laurent). Pour les noms divers, voir Menke, cartes D OR GENE Knobel, sur Josué, p. h69.

5 Thomson appelle tout cela +certainly jewish or phœnician. » [se contredit dans ce qui suit.

de force; la ressemblance est faible, et d’ailleurs la puérile tradition juive a pu prendre pour juives des tombes qui ne l'étaient pas. La grosse construction carrée de Kadès rentre dans l’analogie des monuments de la région non juive d'Ainibl. Je donne ici un croquis rapide de ce monument

pris par M. Gélis.

2° Un riche ensemble de sarcophages, portés sur de larges piédestaux, les plus beaux peut-être de toute la Syrie. H y en a de sculptés : un à personnages (très-fruste), d’autres avec des guirlandes, des bucranes, des antélixes achevés ou épannelés (2",10 ou 2",20 de long). À côté de ces sarcophages sculptés, se voit un beau sarcophage sans sculpture,

bisome, avec un couvercle imbriqué du plus bel aspeet.

Ce groupe de sépultures, qui, pour la grandeur et la richesse, l'emporte encore sur celles de Schalaboun , est d’un effet saisissant. Robinson veut qu'elles soient juives; les sculptures vivantes de l'un des sarcophages m'empêchent de partager cet avis. Les sépultures juives dont on voit le type parfaitement conservé à Meirôn, près de Safed, ont un tout autre carac-

tère d'austérité, et en particulier n’ont pas de sculptures représentant la

figure humaine. D'ailleurs, à l’époque où ces sépultures ont été cons-

truites, Kadès était une ville tyrienne toujours en guerre avec les juifs de

Galilée! Le goût des tombeaux bisomes et à socle carré est une parlicu-

larité du pays de T yr.

3° Un temple, avec une porte grandiose, aux supports monolithes

(5 mètres de long), dont voici l'étude rapide faite par M. Gélis.

C’est à tort que Thomson et Robinson ont pensé que cet édifice pou-

vait être une synagogue”. L’aigle qui est au-dessus d’une des petites portes

1 Josèphe, B. J. IT, xvnr, 13 IV, 11, 3. Thomson (p. 419) comprend mal ecéyesos. I Macch. x1, 63, 73,etJos. Ant. V, 1, 18, 24 (atténué par bid. XIII, v, 6, 7), s'appliquent à une époque antérieure à nos monuments ; cf. Movers, Die Phænizier, Il, 1, p. 97,

98, note 64. Au moyen âge il se trouve peu ou point de juifs à Kadès (Benjamin de Tulède, p. 82, édit. Asher; Carmoly, tin. p. 264).

? Robinson, III, p. 368; Thomson, ENpAABE 435. Van de Velde, II, p. 355, a mieux vu.

s'y oppose. En outre, les synagogues que nous trouverons en Galilée et en Palestine sont d’un tout autre style.

L'aspect de la colline de Kadès est remarquable; on dirait des étages de remblais et des coupes artificielles de terrains, offrant des apparences de bastions et de glacis. Josèphe appelle en effet cette ville xœun xaprepd. et dit qu'elle avait les fortifications nécessaires à une ville frontière : éyovoa Tv dyvpérnra Ts wpôs T0 Évos NaBopäs ÉOdX.

À Neby Scha’bân, wély du côté de Kadès, on m'avait dit qu'il y avait une inscription analogue à celle de Kseir (voir ci-dessus, p. 646). A Neby Ibn-Méhélib, autre wély, on m'avait annoncé aussi une inscriplion audessus de la porte. Je n’ai pu voir ces deux endroits.

Revenons vers l’ouest; repassons par Dibl et Hazour. Rama, qu'on à devant soi, est nn d’Aser, Jos. xx, 29, ou ht99n de Nephtali, xx, 36. La première hypothèse est préférable; car le Rama de Nephtali se place convenablement au sud du Jermak?. En outre, il n'est guère permis d'étendre la frontière de Nephtali si fort vers l'ouest. Si notre Hazour était une ville nephtalite, il faut supposer que la limite d’Aser et de Nephtali était la chaîne à l’ouest de notre Hazour, celle de El-Kaouzah.

La hauteur de Bélat® possède la plus frappante ruine de toute la contrée. Cest une grande colonnade ressemblant au dorique, et portant encore sa frise. Les matériaux de cet endroit, situé sur une hauteur escarpée, n'ayant pü être exploités, toutes les pierres du temple sont là éparses et l'on pourrait presque le reconstruire. Ce pittoresque amas de ruines, sur lequel a poussé un petit bois de lauriers, reste de l'ancien bois sacré (le laurier est assez rare en Syrie et n’y forme pas de bois spontanés), cet amas de ruines, dis-je, mériterait d'être remué. Les pierres

1 Comp. Jos. Ant. XVII, wi, 2 (horreur que les la carte de Van de Velde et le Bibelatlas de Menke.

aigles sculptés causent à Jérusalem). $ Voir Seetzen, 2° partie, p. 1223; Commentare. ? Robinson, IT, p. 64, 79, 80 et sa carte (comp. p. 300; Robinson, IT, p. 64, 65, et dans la Zait- Zeitschrift der deutschen morpenl. Gesellschaft, 1853, schrift der deutschen morp. Gesellschaft, 1853, p. L2;

p. Lo, A3); voyez cependant Seetzen, 2° partie Thomson, 1, p.443, 4h4; Van de Velde, I, p. 180, p. 122, 128; Commentare, p. 300, 303. Voir aussi 181 (édit. allemande).

CAMPAGNE DE TYR. 687 sont du pays, le travail est très-lourd; on dirait une grossière imitation du style grec par des tailleurs de pierres rustiques ou provinciaux. Le temple avait une belle citerne, qui nous fournit encore une eau fraiche et excellente !. Bélat est très-probablement sss, ce qui nous apprend que le temple était dédié à la Magna Dea Cœlestis où Vénus (Bkdr4, dvoua ÂGpodirns éol xard roùs Dommas, Lydus, De Mens. $ 2h), ou du moins à quelque déesse. nb, équivalent de «Notre-Dame,» est une épithète honorifique des déesses dans l’Yémen. Kruse écrit, comme moi, NopS et voit à tort dans ce mot un nom de ville biblique; il n°y à pas là lassise d’une ville. Fleischer écrit LI}, palatium?; mais je préfère le rapprochement avec BAdr1a.

Je croirais volontiers les constructions dont je viens de parler de l’époque ptolémaïque ou séleucide. L'époque romaine eût fait quelque chose de plus correct. Quoi qu'il en soit, Bélat est le plus bel exemple de « haut lieu *» chananéen ou assérite que lon puisse citer. Ce bois de laurier, ce sont ces arbres verts (sub omni hgno frondoso) dont l'ombre inspirait tant d'horreur aux prophètes monothéistes. Robinson croit qu'il n’y à jamais eu de cella derrière la colonnade de Bélat. Cela se peut; le culte en plein air était un trait de ces pays; comparez le Carmel‘.

Merwahin est un emplacement antique; les restes de constructions y abondent. On m'a vanté l'aire de Terbiha comme un ouvrage trèsancien; je ne lai pas vue.

Yarin ° est un énorme tas de bâtisses antiques en bons matériaux; toute la colline en est couverte; mais la construction parait médiocre. On y voit une immense citerne voütée; vis-à-vis, une piscine dans le roc. Au bas

de la colline, sont les ruines d’un temple ou d'une église. Sur un morceau

! Sur la proximité des puits et des temples, voir # Knobel, sur le Deutér. xxx, 19. Movers, Die Phœn. IX, 1°° partie, p. 240; Ritter, 5 Thomson, I, p. 444. Une remarque, en appa- XVIT, p. 359, 360. rence puérile, c'est que toutes les localités dont le ? Commentare zu Seetzen's Reisen, p. 300. nom finit par in en Syrie ont des antiquités : Gharfin,

3 Voir Gesenius, Thesaurus, aux mots 13, py23, Zubkhin, Mariamin, ete. Cette terminaison vient souny, dbr. ven de so» (grec moderne »).

de pierre sculpté, en forme d’arcature ornementée, on distingue un animal et une grenade. Une grosse pierre cassée offre un listel et une gorge. Cobroussi m'avait annoncé une inscription dans l'église; c’est probablement du morceau sculpté qu'il voulait parler.

Tayschié, tout près de Yarin, a un bois de laurier, trait toujours caractéristique en Syrie. On y voit une jolie mosaïque encadrée, ayant pour motif une série de petits arceaux faisant une sorte de dentelle, dont chaque denticule a le centre marqué par un gros point rouge.

Djubbein a beaucoup de morceaux de poterie. On en tire d'énormes pierres : c'est comme une carrière en pleine exploitation.

Le Kalaat Schamma! me paraît postérieur aux croisades. Il est trèsbien conservé, sauf les parements des fenêtres, qui ont été volés. On éprouve une grande surprise à {rouver ainsi, presque oublié des gens du pays, un immense château abandonné ou seulement habité par quelques revenants fanatiques d’un monde disparu. Je crois la construction du

xvi® siècle; 1l y a là, du reste, des inscriptions qui résoudraient la queslion ; mais une telle question était en dehors de mon cadre.

Ermed? ressemble à ces « hauts lieux» dont nous venons d’énumérer un si grand nombre. I possédait une belle colonne de granit gris qui a été enlevée par le maître maçon (malem) qui m'accompagnait en cette course, el qui minitiail sans vergogne à tous ses méfaits. J'y vis aussi un chapiteau dorien, comme ceux de Bélat. Cobroussi, à Sour, m'avait affirmé obstinément que je trouverais à Ermed «une statue noire tenant un bâton avec deux ou trois mots écrits dessus°.» Nous n'avons rien rencontré de semblable. Le versant nord de la colline, du côté d'Oum

el-Awamid, a de très-beaux tombeaux en forme d’auge creusés dans le

O ! Voir Thomson, 1, p. 445. est identique à notre localité, cet Idmith est bien ? Tell Edmid de la carte de lÉtat-major, proba- loin de sa vraie place. Van de Velde distingue les blement Zzmid de Thomson (1, 445), quoique sa des- deux. criplion ne se rapporte guère à mes notes ni à mes 5 «S'adresser, ajoutait-il, à Nasif Beytar.» Je n'ai

souvenirs. Si l'/dmith de la carte de Ritter (t. XVI) pas trouvé ce Beytar.

CAMPAGNE DE TYR. 689 roc. Le rocher a été plané, puis on y à creusé les tombes. Sur ce même versant de la colline, qui est comme une nécropole en amphithéâtre, d'un très-bel effet, on voit renversés de larges sarcophages en forme d'auges détachées; deux de ces magnifiques auges sont encore sur leur assise. Au pied de la colline est un beau sarcophage dont le devant est orné de trois bucranes (un au centre, deux aux angles), supportant une guirlande (époque romaine). Mais ce qui frappe le plus à Ermed, ce sont deux énormes citernes, en forme de bouteille, avec un goulot étroit, qu'on pourrait prendre pour type de ce genre de citernes, commun dans le pays de Tyr. Elles sont très-profondes et d’un travail vraiment admirable !. La perforation devait se faire par un effort horizontal circulaire; toutes les raies sont horizontales et ont l'air d’avoir été faites à la larière, comme les cheminées des caveaux de Gébeil. Ermed a dû être, à une certaine époque, une ville assez considérable.

Les deux collines au-dessus d'Iskanderouna, dont l'une s'appelle Rouets, sont couvertes de grosses ruines et de caveaux. I y a surtout un beau caveau à trois grands arceaux, qui est remarquable. C’est 1e1 la nécropole d'Alexandroskéné. Je n'ai pas vu Kafkafa (au levant d’Alma), où l'on dit qu'il y a un caveau analogue à celui de Dibl, d'autres disent + de petites grottes. » Je n'ai pas vu non plus Mafia et Hamoul, où l'on prétend qu'il y a des antiquités. Les cartes mentionnent toutes un village de Hamoul, qu'on identifie avec Hamoun de Jos. xx, 28 (cf. Ritter, XVI, P: 778). M. Gélis n’a pu trouver aucunetrace de ce village. Je ne puis croire cependant que les indications de mes devanciers à cet égard soient erronées (Van de Velde, Memoir to accompany the map of the Holy Land, p. 318).

Nous voici arrivés à Oum el-Awamid. Nous consacrerons un chapitre à cette localité ; mais nous devons auparavant traiter de la région au sudest de Sour, que nous n'avons encore qu'imparfatement décrite.

! On peut se les figurer par la représentation que M. Rey a donnée des excavations souterraines de Beith-

Gébrin (Étude de la tribu de Juda, planche).

A Deïr Canoun Ras el-Aïn!, il y a de grosses pierres, des travaux dans le roc et des sculptures extravagantes tout à fait semblables à celles du

Wadi-Cana.

Ces sculptures sont près du village, et tous les gens du pays les connaissent. En outre, dans la colline couverte d’un bois taillis qui est à l'est ou plutôt au nord-est de ce village, sur le versant nord de ce coteau, il } a quatre figures du même genre que l'on chercha pour mot, mais que l'on ne put retrouver. Vis-à-vis du groupe principal de ces sculptures est un rocher taillé à pic, qui, vers l'endroit où il sort de la ligne de terre actuelle, offre un retrait prononcé. Le sol est formé tout entier à cet endroit de terres meubles rapportées. Il est très-probable qu'il y à là un hypogée, dont l'entrée a été obstruée. Ce qu'on en peut voir me fit augurer une chambre sépulerale analogue aux chambres qui remplissent la région crayeuse derrière Maschouk.

Sur la surface lisse de rocher dont je parlais tout à l'heure, se voit une croix latine, à gauche de laquelle on a grossièrement représenté les images du soleil et de la lune; au-dessous, des traces qui semblent être des restes d’une inseription. Impossible de rien distinguer. Je ne suis

1 [n’y a qu'un village de ce nom; j'ignore pourquoi Van de Velde a marqué deux villages de ce même

nom presque contigus.

CAMPAGNE DE TYR. 691 même pas bien sûr qu'il y ail Jamais eu là une inscription. Au-dessus est

une caverne avec des siéges à l'intérieur, et au dehors, des gradins.

Po Na keTunl ic z Tin CZ

Le beydar où aire de Deïr Canoun Ras el-Aïn est pleim de travaux dans le roc et de vieilles constructions; il y à des sarcophages en forme d’auge; on sent un emplacement antique. On m'avait parlé à Sour d’un + taureau noir» qui devait s’y lrouver; celte indication ne s’est en rien vérifiée.

La route de Deïr Canoun Ras el-Aïn à Cleïlé est intéressante. D'abord, à main droite, on trouve des caveaux dans le style d’Adloun, ou à peu près, sur le revers de la colline de Semaieh, puis une maison en gros blocs à surface lisse. Sur la colline suivante, après être passé à l’autre versant, on rencontre un endroit nommé Malkieh !. C’est un emplacement d'ancienne ville et un de ceux qui offrent le type le plus caractéristique d'une vieille localité chananéenne. Pendant plus d'un quart d'heure on ne voit que restes de constructions, gros murs et beaux travaux dans la pierre. Les tombeaux taillés à même dans le roc ressemblent à ceux de Bélat, près Gébeïl. H y a là de gros sarcophages à acrotères qui ont de lanalogie avec ceux de Khan-Khaldi. Une caverne sépulcrale offre au-dessus de sa porte le signe À, avec lequel nous avons déjà fait connaissance. On est frappé aussi d’un caveau double, à plusieurs niches, de bon style, dans lequel on descend par un puits commun placé au milieu des deux grottes; plusieurs des niches communiquent entre elles d’un côté à l’autre par le lond. Au sein de ce grand ensemble de ruines se dessinent trois tertres longs, très-caractérisés, donnant bien l'idée d’un #93 ou haut lieu artificiel?, d'où foués, peut être aussi d’un Dhs «tas. » L'autel primitif des Sé-

1 C'est peut-être le casal de Mélékieh du moyen âge (Rey, p. 369). — ? Notez nb nvy (IE Chron. xx1, 11).

De

miles fut un tell de pierres. Des restes de très-vieilles maisons rappellent Oum el-Awamid; un linteau surtout a de la ressemblance avec les débris qu'on voit en ce dernier endroit. Une maison carrée sur une levée de terre est remarquable par les grandes pierres qui entrent dans sa construction el son appareil OTOSSIeT, bon cependant. Enfin une citerne très-soignée rappelle les plus beaux ouvrages de ce genre que possède le pays de Tyr. Tous ces travaux se continuent le long de la route qui descend dans la vallée, et même remontent le long de la colline située vis-à-vis.

Cleilé, situé sur cette colline, a une jolie margelle de puits, de grands sarcophages, de gros murs, un tumulus, des reste de maisons. On m'avait ditqu'il s’y trouvait des grottes sépulerales peintes !. Les métualis y mirent de la mauvaise volonté et ne voulurent me rien montrer.

Ce qui frappe en ces ruines, c’est l'absolu défaut d'élégance. Un fragment à moulure ou à sculpture y est très-rare. L'idée d’un art privé pour les maisons n’a été introduit en ce pays que par les Grecs et les Romains. Les localités restées indigènes, comme toutes celles que nous venons de décrire, devaient être pour le goût quelque chose d’analogue aux villages qui couvrent actuellement le pays, sauf qu'ils étaient sans doute beaucoup mieux bätis. On voit aussi la différence du pays de Tyr avec le Liban proprement dit. Sur tous les sommets du Liban, comme dans le pays de Tyr, nous avons trouvé la trace d'une localité antique; mais, dans le Liban, nous avons rencontré partout des temples à côté des exploitations industrielles. ci, les ruines éparses dans le pays sont de vastes métairies, de riches villages, avec des sépultures grandioses et l'appareil matériel le plus beau qui ail jamais existé. Les temples, du moins aux environs immédiats de Sour, sont rares dans la campagne; on sent que le temple de Melkarth, comme le temple de Jérusalem, étouffait les autres et empèchait la multiplicité des sanctuaires. Il faut se rappeler, d’ailleurs, que nous sommes déjà iei en terre juive, bien qu'à partir de la conquête de

1 «A Cleilé et Bramié, à une heure de Sour, cavernes avec peintures.»

CAMPAGNE DE TYR. 693 Salmanasar, la tribu d’Aser ait été à peu près perdue pour la famille d'Israël.

Regagnons la côte au sud de Ras el-Aïn. Ain Medfené (Ave tas) est un petit port, où il y a un puits, beaucoup de morceaux de marbre, un chapiteau analogue à celui de Sarfend, en un mot les traces d’une ville ancienne !. Près de là est une petite colline couverte de ruines; on y voit un sarcophage, des murs, des maisons, etc. L'endroit s'appelle El- Hamra, d’après les métualis que nous y trouvâmes ?. (C’est là, je pense, ce que beaucoup de voyageurs et de cartographes appellent Schebrayeh*. Notez que les abreuvoirs situés autour des puits sont, dans ce pays, tous anciens.

\ l'entrée de la route du cap Blanc, il y a des travaux dans le roc analogues aux chambres de Djouni et de Gébeil taillées dans le roc au niveau de la mer. Ici, comme à Djouni, ces travaux se sont en partie écroulés. La route du cap est antique; après avoir passé le ap, on lrouve dans le roc des ornières très-profondes.

La fontaine d'Iskanderouna est antique; le revêtement en a été enlevé. Impossible de donner au nom d'AXeËdn pou count une valeur historique, comme si Alexandre y avait eu son camp pendant le siége; Iskanderouna est à 13 kilomètres et demi en ligne droite de Tyr, et de cet endroit on ne voit pas Tyr. Mais ce put être la première halte après le siépe,

comme ÂXc£ardpela ar iooé», après la victoire d'Issus®.

La route du cap Nakoura est le

! Thomson, I, p. h67.

? Noir la carte de Berghaus, qui suit ici Pococke. Voir Ritter, XVI, p. 808. Cf. Thomson, I, p. 467.

3% Jacotin, Lange, Vogüé, Sprüner-Menke, etc. Ce nom n'a pas été

Van de Velde, de Sauley, de

prononté non plus à MM. de l'État-major. (Voir Ritter, XVI, p. 775, 808, 809, 815, 816.)

# Voir Ritter, XVI, p. 808, 809, 814, 815; Kruse, Commentare zu Seetzen, P- 290, 291, a ici des idées singulières.

® Voir Syrie dans Didot, Univ. püt. p. 24 , note **.

xAuaË Top où Scala Tyriorum °.

$ Ce nom ne nous est donné que par Josèphe (2 JE TI se 2) et par le Talmud (voir Lightfoot, Centuria chorogr. ad Matth. cap. zxv); il parait avoir été seulement en usage chez les Juifs. On l'identifie souvent avec le cap Blanc (Neubauer, Géogr. du Talm. p- 39; Thomson I, p. 467; carte de Van de Velde). Les passages de Josèphe et du Talmud s'appliquent au cap Nakoura, endroit qui, du Carmel et de la Galilée, devait attirer l'attention des Juifs bien plus que le cap Blanc. (Cf. Kruse, Commentare zu Seetzen, p. 289; Ritter, XVI, p. 727, 81°; XVII, DATE

C'est le D not de Jos. x1, 8; xur, 16, dont le nom s’est conservé,

selon moi, dans l'Ain el-Mescherfi, situé au pied du cap. Le cap, du reste,

s'appelle aussi Mescherfé". On a souvent parlé d’une inseription placée

dans une caverne située sous Île cap”. C’est une erreur: la prétendue

inscription n'est qu'un jeu de la nature: nous avons pu obtenir à cet égard

des données assurées.

Neubauer, p. 197). Quant au Passepoulain des croi-

sés, c'est, je crois, le cap Blanc, endroit qui devrait être bien plus caractéristique pour les croisés habitants de Tyr que le cap Nakoura. À peine est-il nécessaire de relever l'erreur de M. de Bertou, Topogr.

1 Cartes de Jacotin, de Robinson et de Ritter (£. XVI); Thomson, The land, 1, p. 469, A7o; Ritter, XVI, p. 807; 8

p. 290; Sprüner (Atlas du moyen dpe, n° 45) est

celzen, 2° partie, p. 3093; Conunent.

arriéré pour loute cette partie.

3 Thomson, L. c.

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