On le retrouve plus identiquement encore dans
vD? devrait donc se traduire par «ad ostium cellæ. »
inviterait à traduire n2n2vpb par ad ostum celle templi; mais pour cela il faudrait qu'il y eût l’article, n25. L'absence de l'article prouve clairement que n2 est à l’état construit et que le mot suivant snD> est un substantif au génitif, n92 n'a, en hébreu. que le sens de «fiancée, bru ,» qui ne convient pas ici. La deuxième inscription de Malte nous fournit un rapprochement plausible. Gette inscription a semblé, à quelques philologues, offrir, à la deuxième ligne, le mot n> avec le sens de «chambre sépulerale?. » venant de la racine N23, clausit. L'association des deux mots se retrouve en hébreu dans ND DY2 «prison. Ds n°2 ait désioné
ces vastes caveaux de famille si communs en Phémicie. M. Derenbourg a acceplé cette
» On peut donc admettre que N?DN3 ou DN
explication. Alors la série de lettres nb5an0%p0 devrait se traduire ad ostium celle domus meæ sepulcralis. L'expression semble offrir un peu de redondance, mais l'inscription de Malte précitée en offre bien plus encore. Elle commence par ces mots 97 2y n25, correspondant à n5> n2 nby, de noire inscriplion, sans préjudice des mots 72p el n2>, qui reviennent ensuite et offrent presque le même sens. Hâtons-nous de dire cependant que lon est par moments bien tenté de lire sms. Il est certain que si l'on pouvait ne pas tenir compte de l'absence d'article devant n2, les deux mots sui-
Mais
je ne peux me résoudre à faire cette violence à la prammaire, et J'ai renoncé à
vanis s’expliqueraient mieux. 932 522 serait 9532 9?2. « J'ai achevé de bâtir. »
nl
cette explication. M. Derenbourg partage mon sentiment. M. Schræder * cependant lit
abe Pnb>, et traduit: {ch habe seinen Bau vollendet. M. Joseph Halévy est du même avis, Ce qui ineline à cette opinion, c’est Si snb> dans l'inse ription de Malt te déjà citée
précède la désignation de la date; car le trait vertical qui précède n° (Gesenius,
pl. vu), et que tous les interprètes ont néligé jusqu'ici, est selon moi l'umité, +le 1°
du mois de merpaim;» il semble donc naturel de Fy traduire par + j'ai achevé; » mais
Dpà qui précède est alors une énigme.
Les quatre lettres suivantes 5h32 nous donnent le verbe qui gouverne les accusalifs
! Journ. asiat. avril-mai 1856, p. 299. gnation de mois (même recueil, 1865, p. 355) :
2? Gesenius, Monum. p. 105, 106. C’est quelque Sn32 non nov»; mais, outre qu'un mois de benithi
chose de singulier que le parallélisme qui se remarque entre notre quatrième ligne et l'inscription dénMalte ner... N2OND IN (Voy. Schlottmann, Z. der d. m. G.
30, note). Ce parallélisme a induit M. Blau à croire
non pibyp.
que notre quatrième ligne renfermerait une désigna-
est chose inouïe, on se heurte ainsi de toutes parts à de vraies impossibilités. Il y a cependant là un mirage dont il est difficile de se détacher.
% Nonobstant Z. der d.m. G. 1864, p. 637, 638, d.
i Die phœn. Spr. p. 151, 15.
que à
1865, p. 355, semble abroger.
CAMPANGE DE TYR. Ha
qui précèdent. Il faut sans contredit lire "92 «j'ai bâti. » Il y a là une petite déroga- Uüon aux règles générales de l'orthographe phénicienne. L'inscription d'Eschmunazar présente le même mot écrit n32. Mais il faut remarquer que, bien que le » de l'adformante de la première personne du prétérit hébreu ne soit pas le pronom suffixe, il offre avec lui une certaine analogie; qu'en général les Phéniciens ont une certaine tendance à écrire les voyelles finale
enfin que notre inscription est d'une époque assez moderne, où l'on avait peut-être déjà commencé à écrire quelques quiescentes. Il n'est pas nécessaire, avec M. Ewald, M. Schrœder et M. Halévy, de recourir ici à un pronom suflixe (59n332), puisque, dans la sixième inscription phénicienne d'Athènes, qui est de la même époque que la nôtre, et dans l'inscription moabite de Dibhan, l'ad-
formante de la première personne est aussi 5)
Toute la partie de la phrase que nous venons de discuter peut donc se traduire ainsi : Portam hanc et valvas que sunt ad ostum domus meæ sepulcralis ædificavi*. . . Ces battants sont apparemment les grands battants de pierre qui fermaient les tombeaux antiques et que l’on voit en particulier à Jérusalem aux tombeaux dits des Rois. Une objection peut jei être faite. Le monument qui portait cette inscription conslituait un vœu fait à une divinité. Il est donc surprenant que l'inscription mentionne la construction d’un tombeau. Cette surprise diminue si l'on observe que les grands caveaux de famille en Phénicie offrent presque toujours des niches, des autels, des symboles ou des images religieuses. Peut-être notre inscription était-elle sous une niche placée audessus de la porte d’un caveau et destinée à recevoir une statuette de Baal. Une expression que nous {rouverons à l’avant-dernière ligne, «sous les pieds de Baal-Schamain,» confirme cette supposition.
M. Lévy a accepté l'interprétation que j'ai proposée. Il y à même apporté une conlirmation en rapprochant no de non. qui figure avec le sens de «tombeau» dans l'inscription d'Eschmunazar“. M. Bargès et M. Le Hir, au contraire, ont opposé à notre interprétation plusieurs difficultés. Toutes ces difficultés ne sont pas également fortes : 1° nov ne signifie pas nécessairement, en phénicien, «chambre supérieure, » comme semble le supposer l'étymologie®. Dans l'inscription d'Eschmunazar, ce mot signifie simplement cella et désigne une chambre sépulcrale. L'étymologie en pareil cas est un guide trompeur. Notre mot «chambre» vient de camera, qui signifie «voûte.» Suit-il de là que toutes nos chambres soient voûtées? 2° Il n’est pas nécessaire de prêter au mot NND> le sens de prison,» ce qui amênerait à une locution fort prétentieuse
! Fr. Lenormant, Monographie de la voie sacrée (ci-dessus, p. 676, 677),à Kefr Bereim (ci-après, éleusinienne, p. 194. (ch. vi), à Hébran (Vogüé, /nser. sémt. p- 100).
? [lest vrai qu’en cette inscription le pronom suf- % Voir cependant Schlottmann, dans la Zeitschrift lixe de la première personne est aussi écrit 3, et que derd.m. G. 1856, p. hi 9, 420. la tendance à écrire les quiescentes y est sensible. ? Comp. repñor, équivalent exact de nb», et qui
% La construction de portes monumentales est souvent signifie seulement conclave secretum. (Cf.
mentionnée dans d’autres inscriptions, à Schalaboun Schleusner, s. 2. v.)
US
en effet. Le sens pouvait être locus clausus!. Si nb> et non sont identiques, la vraie racine serait 291, el le sens de «prison» serait écarté. 3° L'inscription de Malte que
ai citée offre un exemple de redondance plus frappant encore que celui que me re- | I Ï PE I
proche le savant professeur de la Sorbonne. 4° L'explication donnée par Gesenius au mot n22, dans l'inscription de Malte, n'est pas si hasardée que le veut M. Bargès. Avant que les inscriptions d'Oum el-Awamid fussent découvertes, on avait remarqué que lhypothèse de Gesenius était confirmée par l'existence du mot non avec un sens analogue dans l'inscription d'Eschmunazar.
Je ne donne nullement mon interprétation pour certaine. Comme M. l'abbé Bargès et la plupart des philologues qui se sont ensuite occupés de l'inscription, Je fus d’abord tout à fait tenté de lire 5953, et de voir dans les lettres 4, 5, 6 la racine ÿD°, si naturelle en un pareil monument, et qu'on trouve au début de l'inscription des Gaulites. Mais des difficultés insurmontables m'ont toujours arrêté, et l'hypothèse proposée par M. Bargès et M. Joseph Halévy pour sortir d’embarras ne me satisfait pas. Elle consiste à lire N2—2, «son temple.» Je ne connais pas un exemple certain de l’omission totale du suffixe de la 3° personne masc. sing. * Ge pronom suflixe est rendu par N, en Afrique (NP ip ND72n — 3127927 dans les inscriptions carthaginoises rapportées par M. Davis, et récemment publiées
), comme on en trouve de nombreux exemples
par le Musée Britannique (n° 49, 58, 68, 71, 83, etc.). Dans les inscriptions plus correctes, il est rendu par * (Schrœder, Dre phan. Spr. p. 146 et suiv.). Dans l'inscriphion de Méscha, 1l est exprimé par ñ. En tout cas, l'omission d’une telle lettre serait très-peu logique. Il ne s’agit pas ici d'une simple quiescente, comme celles que le phénicien a coutume de ne pas écrire. Il s'agit d’un mot, dont le retranchement eût plongé le lecteur dans une insoluble perplexité. Cela est si vrai, que le * quiescent, représentant le pronom affixe de la première personne, est toujours écrit. Loin d'omettre des lettres aussi essentielles, notre inscription a pour tendance d'écrire des quiescentes qui, selon l'analogie générale de l'orthographe phénicienne, devraient être omises (9n32). Si donc on persiste à lire noyp ou nbypb, et à prononcer 95, il faut chercher un autre expédient. Pour moi, j'aimerais mieux alors admettre lomission de l’article et traduire : Portam hance et valvas quæ (pertinent) ad opus templhi perepi ædhficare. . . ..…. ! Car de sous-entendre YN entre n2 et 3n22 (templi quod perepi), auquel cas l'omission de l'article s’expliquerait par la grammaire hébraïque”, c’est ce
qui est bien peu naturel. Pour qu'une telle explication püt se soutenir, il faudrait que
“932 fût avant 522. On peut bien dire : «J'ai achevé l'an. . . . la porte du temple que ! Cf. Gesenius, Thes. p. 684. les cas que l’on a cités sont peu probants ou ne sont ? Journ. asiat. sept.-oct. 1862, p. 362, 363. pas tout à fait analogues au cas dont il s’agit ici. $ Le Hir (Études bibliques, Il, p. 4hh et suiv.) et # Cest l'explication de M. Schlottmann. (Voir les M. Joseph Halévy (dans un travail encore inédit, objections ci-dessus, et dans les observations de M.Delu à lAcadémie des Inscriptions) ont cherché à renbourg, Journ. asiat. janvier 1868, p. 97, note.) prouver que celte omission pouvait avoir lieu ; mais 5 Gesenius, Lehrgebœude, $ 199.
J'ai fait bâtir; + mais non : «Jai fait bâtir l'an... . les portes du temple que j'ai achevé. » Aussi M. Bargès est-il forcé de traduire 3h05 par #euravi,» ce qui est peu exact. En outre, pour une bâtisse si simple, consistant à superposer trois ou quatre pierres, il ny a pas de raison de distinguer entre le commencement de l'œuvre el son achèvement.
M. Le Hir Lit: 932 9n955 5152 snbvp 3 wN : Portam hanc et valvas ejus feci, domum ejus pereni ædhficare, explication qui prête à la plupart des objections susdites et en offre une particulière : nbÿD devrait avoir un ® final. — M. Ewald, après avoir annoncé pompeusement que ses devanciers n'avaient rien compris à l'inscription, n'arrive en somme, sur ce passage, qu'à répéter leurs explications en y mélant des hypothèses qui rendent le tour de la phrase encore plus embarrassé.
Les trois lettres suivantes nw2 sont une contraction pour N3®2 «en l’année. » Cette contraction est très-commune sur les médailles. On la trouvé dans l'inscription de Sidon publiée par M. de Vogüé!. Elle existe en réalité, quoi qu'on n'ait pas su d’abord la reconnaître, dans l'inscription de Malte que nous avons déjà citée, et qui offre plus d'un rapport avec celle que nous discutons. Les lettres nw2 de la troisième ligne de ladite inscription de Malte, où Gesenius a vu, contre toute vraisemblance, le mot nuj2
«honte,» doit sans doute se lire NI®2, in anno?. La même abréviation se remarque dans la trilingue sarde* et dans d'autres textest. Enfin, elle se retrouve aux lignes
2 et8 de l'inscription récemment découverte du roi Méscha.
Suivent six caractères qui sont certainement des chiffres. Dans le courant de la cinquième ligne nous avons encore une série de chiffres. Il fant discuter ensemble les caractères de ces deux séries. Toutes deux commencent par un point; toutes deux aussi se composent de trois sortes de caractères placées dans un ordre constant : 1° une classe d'unités représentée par » où 2; 2° une autre classe d'unités représentée par 7: 3° une troisième classe d'unités représentée par des traits verticaux. Ces dernières sont bien connues, ce sont les unités simples. Comme on sait de plus que, dans les numérations sémitiques, les unités étaient rangées dans leur ordre d'importance, on est amené à supposer que 7 représente des dizaines ou des vingtaines. Le signe phénicien des dizaines est déjà connu : c’est une petite barre horizontale qui n’a absolument
aucune analogie avec notre caractère. Le signe des vingtaines, connu depuis longtemps,
est W°. Entre ce signe et le nôtre l'analopgie est bien plus grande. Mais où l'analogie est presque évidente, c'est entre notre signe et le chiffre 20 dans l'écriture palmyrémienne et surtout dans l'écriture épypto-araméenne, 3. L'âge moderne de notre inscriplon explique cette tendance vers les formes araméennes.
1 Mém. de lAcad. des inscr. Sav. ét. VI, b7.
? Gesenius, Monum. p. 105. Le nom propre qui sui est celui du suffète. (Cf. Zeitschrift der d. m. G. 1856,p.419, 490, note.) M. Munk a été sur ce passage bien mal inspiré. Journ. asiat. avril-mai 1856. P. 2093-29), note.
% Gildemeister, dans le hein. Museum, t. XX, p. 14; Schræder, Die phœn. Spr. p. 249, 260.
# Vogüé, Mél. d'archéol. orientale, Doro
5 Pour la valeur des chiffres phéniciens, voir surtout les inscriptions de Cittium. Vogüé, Mélanges d'arch. orientale, p. 1 et suiv.
Quant aux signes qui commencent les deux séries, il est naturel d'y voir des centaines, bien qu'ils aient peu d’analogie avec le signe qui, dans l'inscription de Marseile et sur les monnaies, indique cent. Dans une ancienne numération qu'un habile orientaliste hollandais, M. Land, a trouvée dans des manuscrits syriaques du vi siècle, et dont il a bien voulu me communiquer les formes !, le signe pour les centaines a une forme qui se rapproche assez de la nôtre. Les deux signes dont nous parlons se ressemblent dans les deux séries: ils ont cependant dans le haut une sensible différence : lun a deux cornes ou aigrettes, l'autre n'en a qu'une. M. de Rougé, conduit à cette supposition par des analogies tirées des chiffres hiératiques, me suggéra l'idée que l'un de ces chiffres pouvait désigner 100, l'autre 200. Les chiffres démotiques présentent la même particularité? Mais nous verrons bientôt que cette hypothèse n'est guère soutenable, et que selon loutes les apparences les deux chiffres qui ouvrent les deux séries ont la même valeur et valent 100. Le point qui les précède est probablement le signe d'unité, que la numération sémilique a coutume de donner pour coeflicient aux centaines. D'ordinaire cependant, ce coefficient est marqué par une barre *.
Les huit lettres qui suivent la première série de chiffres donnent 2390 YIN? au
el
igneur des rois,» ou «du &
lamed auctoris, analogue à celui qu'on trouve sur les légendes des monnaies. L'expres-
se gneur des rois,» en prenant le ? comme une sorte de sion 122 ÿ3N se relrouve dans l’inseription d'Eschmunazar, où elle parut d'abord dé-
signer le Dieu suprême. Rapporlée à la Divinité, elle n'offre ici aucun sens. D'ailleurs,
une inseriplon de Chypre, découverte par M. de Vogüé à Larnax-Lapithou, appelle expressément Ptolémée Soter 2220 9N". La suite de notre inscriplion oblige à voir dans
ces deux mots 2225 #2 l'indication de l'ère d'après laquelle la date est donnée. + Le seigneur des rois» semble ne pouvoir être qu'Alexandre. Mais il ne faut pas se dissimuler ce qu'une telle expression a de bizarre. Je fus d'abord tenté de croire que le
premier D jouait ici un double rôle, ire : DD DIN? «de l'ère des
et qu'il fallait
seigneurs rois.» L'inscription de Larnax-Lapithou offre pour ce même mot une assi-
Depuis, les chiffres en question ont été publiés et le secont par M. W. Wright dans le Zeitschrift der Deutschen
more. Gesellschaft, 1869, p. 577, 578. M. Land, de
, croyant voir dans le point de la cinquième ligne deux traits significatifs. Ces deux
traits n'existent pas ou du moins sont tout à fait in-
son côté, les a donnés dans ses Anecdota syriaca, , pl. xxv (Leyde, 1862). C£. Schrœder, Die phœn. Sr. p. 186 et suiv.; Rougé, dans les Comptes rendus de PAcad. des inscr. 1868, p. 437-439 et la planche à la fin du volume; le même, Chrestomathie évyptienne , abrégé grammalical, 2° fascicule, planches, p. 114 et 1393 À. Merx, Gramumatica syr. (nouvelle édition de Hoffmann, Halle, 1867), tableau, p. 14 et suiv.
? CE Brugsch, Grammaire démotique, p. 61 et lableau C. — M. Adalbert Merx et M. Paul Schrœder
{p. 189) lisent au contraire notre premier nombre 180,
distincts. De plus, la lecture de MM. Merx et Schræ-
der mettrai
le point initial de l'ère du peuple de
Tyr en 375, ce à quoi l’on n'entrevoit aucune raison plausible.
5% Voir Schrœæder, ouvrage cité, tableau p. 188, au bas.
! Journ. asiat. août 1867, p. 120 et suiv. Cf. Lévy, Phœn. Studien, k% Heft, p. 6, 7. M. Schrœder (Die phœn. Sprache, p. 156, 157) s'écarte à tort de l'explication de M. de Vogüé. Dans la Bible, l'ex pression 2209 3979 désigne les rois d'Assyrie et de
Perse (cf. Gesenius, Thes. p.794).
milation de lettres plus forte encore. J'ai à peu près renoncé à cette hypothèse, surtout depuis que M. Derenbourg, avec sa pénétration ordinaire, m'a fait remarquer, dans l'inscription bilingue de Dali !, le mot YIN opposé à 72, de facon à faire croire que D30b 7 signifie toujours «le suzerain des rois.» Peut-être aussi faut-il lire (=)»p}e) SN? «l'ère des suzerains des rois, » en entendant par là les Séleucides, explication qui prend beaucoup de force de l'h55n5N appliqué à Ptolémée Soter?. En tout cas l'ère dont il s’agit dans notre inscription est très-probablement l'ère des Séleucides. M. de Vogüé est du même avis, et je pense que depuis la découverte de l'inscription de Larnax-Lapithou, M. Ewald a renoncé à son ère « du seigneur Milkom. » L'ère des Séleucides, à partir du in° siècle avant J. G., devint l’êre commune de la Syrie : c’est celle de la plupart des monnaies phéniciennes. Tout invite à rapporter à cette ère notre première série de chiffres. Si le chiffre des centaines de cette série vaut 100, l'inscripüon serait de l'an 139: si ledit chiffre vaut 200, la date de notre inscription serait trente-deux ans avant J. C. La Syrie était alors province romaine, et je dois ajouter qu'un ensemble de faits considérables, dont je parlerai bientôt, me porte à croire que la ville ancienne dont les ruines s'appellent Oum el-Awamid n'existait plus à cette date. Il serait singulier aussi que, vers l'époque de Jésus-Christ, on parlât encore en Phénicie un hébreu si pur, quand Plaute nous donne déjà le nom de Baal-Schamêm sous la forme araméenne Belsamen“. Une inscription bilingue, du 1° ou du n° siècle avant J. C., trouvée à Athènes”, offre déjà des particularités qui se rapprochent du néopunique, c'est-à-dire du patois qu'on parlait en Afrique à l'époque romaine. Tout
cela rend bien difficile de maintenir au premier chiffre de la première série la valeur de 200.
La seconde série de chiffres est suivie du motP® année.» Le mot suivant étant précédé du ?. nw ne peut être ici à l'état construit. nv est donc en apposition avec le nombre qui précède. L'hébreu voudrait ni; mais on sait que les finales en ñ. deviennent D en phénicien. Quoi qu'il en soit, il semble bien que l'agencement de la phrase est : «En l’année N de l'ère N, correspondant à l’année N de l'ère N.»
La seconde ère qui, dans l'hypothèse très-probable où le premier chiffre vaut 100, commencerait 137 ans ou 37 ans aprés la première, n'est pas moins difficile à déterminer. Les trois dernières lettres de la cinquième ligne donnent n%D +du peuple de....» On s'attend à trouver ensuite le nom du peuple dont l'ère a réglé la seconde date. La première lettre de la sixième ligne fait hésiter un peu. Les personnes qui ne l'étudieront que sur notre planche, reproduisant elle-même une photographie, la prendront pour un N:; mais il manquerait à cet N toute la partie inférieure de l'an-
! Transactions of the Society of biblical archæolopy, ® Annales de l'Inst. archéol. de Rome, 1. XXXI vol. 1, part. 1, 1872). (1861), p. 321 et suiv. Un fait remarquable, c'est ? Vogüé, Journ. asiat. août 1867, p. 193. que, dans celte inscription, l'adformante de la pre- 3 M. Le Hir avait adopté la même interprétation. mière personne est, comme dans la nôtre, ‘n. (Voir
1 Pœn. act. V, se. n, v. 67. ci-dessus, p. 717, 718.)
tenne transversale, qui ne parait exister, sur la photographie, que par suite d’une tache de la pierre. En étudiant attentivement cette lettre sur la pierre, on ne doute pas que ce ne soit un Y. On a done :73 ovb «de l'ère du peuple de Tyr.» Si la première ère est celle des Séleucides, celle-ci aurait eu son commencement l'an 175 ou 275 avant J. C. L'ère des monnaies autonomes de Tyr date de l'an 126 avant J. G.' L'an 195 pour point initial d'une ère de Tyr est donc tout à fait improbable. L'année 275 est plus plausible. On peut admettre que lan 275, sous le règne bienfaisant de Ptolémée Philadelphe, Tyr sortit de l'état de ruines où l'avait mise Alexandre et commença une nouvelle ère. Nouvelle raison pour assigner au premier chiffre de la première série la valeur 100 et non la valeur 200.
M. Lévy et M. Bargès adoptèrent tout d’abord mes hypothèses sur les chiffres. M. Lévy y ajouta quelques rapprochements qui ne laissèrent plus guère de place au doute sur les valeurs fondamentales; il prit le premier chiffre de la première série pour 200. Quant aux ères, M. Lévy crut que l'ère du «seigneur des rois» est l'ère des Achéménides ou celle de Cyrus (538 avant J. C.). Notre inseription serait alors de l'an 258 avant J. G. et l'ère du peuple de Tyr daterait de lan 4o1, ce à quoi l'on ne voit nulle raison®. M. Blau et M. Ewald n’admettent pas qu'après Alexandre on ait pu se servir, en Phénicie, de l'ère de Gyrus. Ne reconnaissant pas de différence entre les-deux chiffres qui marquent les centaines, M. Blau arrive pour la date de l'inscription, d'après l'ère de Gyrus, à l'an 358 avant J. C., ce qui porterait le commencement de l'ère de Tyr à l'an 501 avant J. G., c'est-à-dire, selon lui, à l'année de l'incorporation de Tyr dans la monarchie perse. Mais l'expression 7% ny indique une ère autonome; comment d’ailleurs la ville pouvait-elle s'appeler TN? en lan 358 avant J. C.?
Pour moi, je me range en définitive à l'hypothèse suivante : identifier comme M. Blau le chiffre des centaines dans les deux cas, lire la première date 180, la seconde 143; compter l'ère n2dn35N d'après l'ère séleucide; ce qui conduit à l'an 139
(époque où Tyr était en effet soumise aux Séleucides), et ce qui me le commen-
cement de l'ère 8 DY? en l'année 295, année qui peut très-bien être celle où Tyr
fut rebâtie et commença une nouvelle vie. Nous pensons donc que l'inscription est de
1 La différence de l'ère des Séleucides et de l'ère numération sémitique, il y ait eu de signe pour ho.
des monnaies de Tyr étant de 186 ou 187 ans, on De plus, l'analogie des chiffres araméens et palmyest naturellement porté, en supposant la valeur de réniens ne laisse guère de doute sur la valeur du nos chiffres douteuse, à chercher dans quelle hypo- signe 7.
thèse les deux séries de chiffres différeraient de 186 2? Le système proposé par M. Munk (Comptes
ou 187. On arrive à peu près à ce résultat en sup- rendus, 1862, p. 88) implique des impossibilités
posant au signe Z la valeur de 4o, et il est certain graphiques et philologiques. Comment 95 D serait-
que la valeur de ce signe s'expliquerait par la rédu- il «le peuple de Syrie?» On ne conçoit pas qu'un
plication du signe W. M. de Rougé suppose que ce homme si habile ait admis la vieille étymologie qui
signe W (20), à son tour, n’est que la réduplication tirait Xvpéo de Sour. Sour n’a jamais été en aucun
du signe — (10). L'inscription serait alors de l'an 48 après 3. G. Mais il ne semble pas que, dans aucune
sens capitale de la Syrie. Le domaine de Tyr avait
sept ou huit lieues de rayon.
l'an 139 avant J. C.! Ajoutons que l'emploi de l'ère des rois séleucides exige que l'inscription soit du second siècle; car les Séleucides ne régnèrent régulièrement dans le pays de Tyr que depuis l'an 198, date de la bataille de Panéas, jusqu’à l'an 126, date de la nouvelle autonomie de Tyr.
Le reste de l’inseri ption a été successivement amené à n'offrir plus aucune difficulté, grâce aux travaux de MM. Lévy, Bargès, Le Hir et Schlottmann. H faut lire :
op5 où 90b vb vb.
Dov0yS 39N DJ» nnn 1292 op
52? semble l'équivalent exact de l’hébreu are mais M. Le Hir, M. Ewald et M. Schlottmann ont très-bien montré que le doit être iei considéré comme un suflixe de la troisième personne, si bien qu'il faut traduire comme s'il y avait 3,0, «ut sit?,» le sujet étant «la porte» ou pour mieux dire un «cela» vague”, représentant le fait de l'avoir érigée. — M. Lévy voit dans 25D, non le mot hébreu 2 « récompense, » ainsi que le proposa le premier M. l'abbé Bargès, mais le mot + «souvenir.» Au premier coup d'œil celte opinion parait moins conforme aux règles de la permutation des lettres en hébreu que l'opinion de M. Bargès. Mais le rapprochement de la première inscription d'Athènes, où on lit 2 pour 73, confirme d'une manière décisive l'opinion de M. Lévy. — n93 où est l'équivalent exact de 2% Dw. n%3 en phénicien était le synonyme de 2% en hébreu, comme le prouvent les noms Namphamo (DYD nv, boni pedes qjus), Namgridde où Geddeneme (553 29, bona fortuna ejus*), d'autres encore. Les écrits bibliques, en particulier Jérémie, offrent du reste une phrase qui présente avec la nôtre la plus grande ressemblance : nanDndi nbnnd; pwb ù hn56.
Les deux dernières lignes sont très-claires. Je les traduis : «sous les pieds de mon seigneur Baal-Schamém pour l'éternité. Qu'il me bénisse.» DVD en phénicien signifiait «pied.» On l'a déjà trouvé avec ce sens dans l'inscription de Marseille ?. Presque
! Cest aussi l'opinion de M. de Vogüé (Jour. 5 Voir Annuaire de la Société archéologique de Cons-
asiat. août 1867, p. 173, 174, 175; Mélanges d'ar- tartine, 1860-1861, p. 5h (art. de M. Judas).
chéologie orientale p. 91).
? Voir cependant les objections de M. Derenbourg, Journ. asiat. janvier 1868, P. 92 et suiv. surtout p. 97, 98.
Sur ce point, la critique de M. Derenbourg peut paraître trop méticuleuse,
# J'ai développé ce point dans une note insérée dans les Mélanges épisraphiques de M. Léon Renier CCRIOIUT ; p. 279 et suiv. (CF. Vogüé, Journ. asiat. août 1867, ». 124; Schrœæder, Die phœn. Spr. p. 17, 18.
6 Jérém. xn1, 143 xxx, 93 Deutér. xxv1, 19; I Chron. xx, 5.
? Voir la note précitée et Histoire des lang. sémit. p. 192, 3° et 4° édit.; Munk, Journ. asiat. nov.-dée. 1847, p. A98; Schrœder, Die phœn. Spr. D. 17. 0ÿD semble, il est vrai, dans les noms propres DÿD12y et Noypnps, désigner une divinité (Levy, Phæn. Stud. Il, p. 24, 71). Comp. [luypaXor —jnov-ass, et peut-être le jn22 de Chypre (Journ. asiat, août 1867, P: 99, 109 et Suiv. 124.)