PROFIL VERTICAL MÉRIDIEN DU CADRAN
Échelle : L
« Nous savons que la surface conique se terminait inférieurement par une
! «Calcul des principaux éléments de la construction
du cadran.
Longueur du style horizontal eÿ.
Les triangles ae et e0y étant isocèles,
€0 — y — aÿ — 7, mais
ay—0",306,
base GITS
ainsi
ud— ad sin 34°18 log 0,435 —1,63849
ud— 0",435 sin 34°18'
Se RUE log sin 34°18 —1,70091
log ud —1,38940 BF ÿ
uJ—0",945
eulaire dont le plan était parallèle à l'équateur; nous supposons de plus que le cadran se terminait supérieurement par un plan horizontal mené par le centre du cercle équinoxial, le centre étant en même temps l'extrémité du style ou le point dont l'ombre portée sur la surface du cadran doit indiquer l’heure. Cette hypothèse n’est point du tout arbitraire, car les cadrans à surfaces courbes, qui paraissent avoir été les premiers en usage, élaient destinés à donner l'heure depuis le lever jusqu’au coucher du soleil en toute saison !, ce à quoi l’on parvenait précisément en coupant ces surfaces par le plan horizontal de l'extrémité du style. Dans le cas actuel, cette section sera une parabole puisque l'angle au sommet du cône est égal à la latitude du lieu.
«Nous n’entrerons dans aucun détail sur l'exécution matérielle du cadran, dont les proportions se trouvent ainsi complétement déterminées. Il est pour ainsi dire évident que le choix de la surface conique à été fait à cause de la facilité avec laquelle on exécute une surface réglée avec deux directrices et peut-être aussi à cause de l'élépance de forme qui en résulte?. Seulement cette solution suppose que le constructeur connaissait les propriétés des sections coniques, et il est fort probable, d'après cela, et conformément d'ailleurs à la tradition historique, que les cadrans sphériques ont précédé ceux dont nous nous occupons.
« Les ares des solstices et l'arc équinoxial étaient assez faciles à tracer sans calcul à l'aide d'une opération graphique qui suppose seulement la connaissance de la latitude et celle de l'obliquité de l'écliptique, pour que le constructeur n'ait pas attendu les solstices et les équinoxes pour suivre l'ombre, comme on a pensé que les premiers inventeurs avaient dû le faire. Nous aurions pu nous-même employer exclusivement le dessin pour faire exécuter le modèle; mais il était un peu plus exact de faire usage du calcul, ne füt-ce que pour avoir des moyens de vérification. j
« Liones horaires. — Les trois arcs de cercle étant tracés, on les a divisés chacun en douze parties égales et l'on a obtenu ainsi les points de passage des lignes horaires; celles-ci ont été prolongées jusqu'au sommet de la parabole, qui est aussi leur sommet
Paramètre de la parabole. log2 —0,30103 log 0,097 —2,98677
0@—ab sin°a, log 0,289 — 1,45025
2 log y— 2,73805 à = log y—1,37909 y—0",2393 2y—0",4786.»
log 0,153—1,18469
2 logsin 34°18 — 1,50182 1 c k 3 2308 Ë ; à « On obtient le méme résultat avec les cadrans
— nn ) plans dits équatoriaux, qui donnent les heures égales
log 00—5,68651 0p—o"ou86—?. PA 1 al CAPE
2 mais les cadrans verticaux et horizontaux restent Ouverture du cadran sur le plan horizontal 2y: MO plus AURQUS insuffisants. » : ,
? «La forme évasée de la surface conique, les li-
PP = 9px P—0,0972, gnes horaires développées en éventail ont un aspect
commun, car ces courbes, en vertu même de leur définition, sont planes, et il est aisé de voir que ce sont des branches d’hyperbole dont le pa ramètre varie de zéro (ligne droite méridienne) jusqu’à la valeur de celui de la parabole. Au delà du solstice d'hiver, ces courbes, en tant que lignes horaires, n’ont plus de signification, mais elles n'en étaient pas moins tracées jusqu'à leur sommet, soit dans un but d'ornementation, soit parce que la continuité faisait mieux apprécier l'exactitude de leur tracé, soit énfin parce que le constructeur, étant géomètre, tenait à mettre en évidence ces nobles sections coniques dont les Grecs étaient fiers à si juste titre !.
« Position du style. — Il serait certainement inutile de disposer un style dans la direction de l'axe du monde, puisque les lignes horaires ne sont pas des génératrices et que par conséquent lombre de l'extrémité méridionale d'un pareil style, c'est-à-dire du point situé dans le plan de l’équinoxial du cadran est seule en état d'indiquer l’heure. La position et la forme même du style sont donc indifférentes, à la seule condition que
1 tr VU . : AS ï ao son extrémité libre se trouve au point que nous venons de définir. Nous avons choisi
la position horizontale dans le plan du méridien qui donne au style la plus petite lon-
gueur et par conséquent le plus de solidité et d'invariabilité.
#$ 6. Conclusion de cette étude. — La reconstruction à laquelle nous sommes arrivé au moyen des indices recueillis sur la pierre rapportée par M. Renan doit être considérée comme un résultat purement logique, comme une solution qui s'imposait en quelque sorte d'elle-même. C'est seulement après avoir terminé le modèle dont nous donnons une vue ci-après, p. 744, que nous avons cherché à savoir si cette espèce de cadran avait été déjà décrite ou retrouvée antérieurement. L'Histoire de FAstronomie ancienne de Delambre est le seul ouvrage qui donne des indications précises et un commentaire rationnel des quelques lignes que Vitruve a consacrées à ce sujet dans son Traité d'architecture.
« L'opinion de Delambre, qui me semble parfaitement fondée, est que le scaphé ou hemispherium creux à base horizontale, avec un style vertical passant par le centre (gnomon), doit avoir été découvert le premier et serait celui dont l'invention appartiendrait au Chaldéen Bérose. Vitruve attribue, à tort sans doute, l’hemaspherium à \ristarque de Samos, qui l'a peut-être simplement fait connaître aux Grecs. Il le fait précéder de l’hemicyclium” dont il fait honneur à Bérose et qu'il faut considérer comme
un perfectionnement d'ailleurs sans grande importance du précédent. Il est naturel en
évidemment plus gracieux que celui d’un hémisphère ? « Peut-être Vitruve avait-il vu des cadrans comme tronqué. » celui qui est mentionné dans le Dict. des ant. grec-
1 «Les hyperboles qui, sur les cadrans plans, re- ques el rom. de Rich et sur lesquels on avait sculpté le présentent, non plus les lignes horaires, mais les buste de Bérose à côté de l'inscription Hemicyclium. lignes tropiques, figuraient également sur la célèbre (Voir ce mot danse dictionnaire de Rich, traduction
tour des Vents, à Athènes.» Chéruel.)»
effet de supposer qu'on à commencé par employer un hémisphère complet pour reproduire linverse de la partie visible de la sphère céleste, puis qu'après y avoir marqué les tropiques pour le tracé des heures temporaires, on a reconnu Qu'on pouvait supprimer la partie méridionale qui s'étendait au delà du tropique du Cancer!, d'où la forme est désignée un peu improprement, ainsi que le fait observer Delambre, sous le nom d'hemicyclium, puisque ce qui reste du cercle de l'horizon dépasse une demicirconférence.
«Quoi qu'il en soit, on a retrouvé plusieurs cadrans sphériques, depuis le milieu du siècle dernier ?, mais je ne sache pas qu'on ait signalé jusqu’à ce jour des vestiges de cadrans coniques. Vitruve dit bien qu'un certain Dionysiodorus a inventé le cône et qu'Apollonius a inventé le carquois; mais c’est tout, et l’on ne peut que faire des conjectures sur les formes réelles de ces cadrans. Puisque le nom d’Apolonius se trouve sous ma plume, je dirai seulement que notre cadran doit être postérieur à la découverte des propriétés des sections coniques eb, à coup sûr, il faut le considérer comme un perfectionnement des cadrans sphériques, la surface du cône étant plus facile à travailler que celle de la sphère. Son aspect monumental le rattache d’ailleurs à la famille de l’hemicyclium, comme on peut le voir par le dessin du cadran trouvé à Tivoli ou à Tusculum , qui est reproduit dans le dictionnaire de Rich et qui ne m'est tombé sous les yeux qu'après l'exécution complète du modèle représenté par la figure ci-après. [l est, aussi bien que l’henacychum , «excavatum in quadrato ,» creusé dans un parallélipipède. »
1 «Apparemment pour rendre l'observation de l'heure plus facile, en enlevant un obstacle qui obligeait auparavant à avancer la tête au-dessus du scaphé. »
? «Delambre en signale quatre trouvés: — un en 1746, à Tivoli (Rich dit en 1764 à Tusculum) ; on suppose généralement qu'il a appartenu à Cicéron; — deux en 1751, à Castel-Nuovo et à Rignano; — un en 1762 à Pompéi. Sur ce dernier les tropiques ne se trouvaient pas marqués expressément. — L'auteur de ce mémoire en a découvert lui-même un fragment à Lambesse (Algérie) en 1860. I était alors déposé dans le préloire avec un assez grand nombre de débris de colonnes et de statues dont plusieurs paraissaient avoir une valeur artistique ou archéologique. Des renseignements récents (1870)
font savoir que ce fragment est toujours à la même place. Il serait peut-être à propos de le demander à
M. le gouverneur de l'Algérie pour le Musée du Louvre. I existe deux cadrans sphériques au Musée du Louvre : l'un se trouve dans le cabinet du conservateur; l'autre est exposé dans le Musée des antiques, salle de la Vénus de Mio (1870). [ en existe aussi deux au British Museum, où j'ai eu tout récemment l’occasion de les voir (juillet 1870). Tous ces cadrans sont plus petits que celui de M. Renan et paraissent moins soignés comme exécution. Ils sont tous sphériques. Sur l’un des deux du British Museum, les heures sont marquées A ,B,P, A... J'ai sous les yeux la lithographie d’un cadran avec inscription latine, trouvé à Auriol (Bouches-du-Rhône), et possédé par un amateur antiquaire de cette localité®. »
# «[lme semble que je suis autorisé à conclure, de cette coïncidence inattendue, que les accessoires mêmes de la restauration sont exacts, sauf la décoration des consoles.»
“ Voir aussi Dict. des beaux-arts, art. Cadran, et Corpus inscr. grec. UL, p. 958, 870 et suiv. Les cadrans solaires étaient, ce semble, connus des Israélites dès le vm° siècle avant J. C. (C£. Winer, Bibl. Real. art. Uhren. Voir Knobel.
sur Is, xxxvur, 8.) — Note de M. Renan.
L’exécution en bois de l'excellente restitution (demi-grandeur) de M. le colonel Laussedat est déposée dans le cabinet de géodésie de l'École polytechnique. Une reproduction en marbre en a été décidée par l'Administration du Musée du Louvre pour être placée à côté de lobjet
original.
En somme, Oum el-Awamid est, après Amrit, le point où lantiquité phénicienne est le mieux conservée. Ainsi que nous l'avons montré, son nom, à parlir de l’époque grecque, fut Laodicée; mais elle dut avoir un nom plus ancien. Peut-être était-elle considérée comme une banlieue de Tyr. Le personnage dont nous avons trouvé lépitaphe grecque s'appelle ÂShhuos Tüpros. Le nom insignifiant d'Oum el-Awamid (la mère des colonnes !) n’a pas fait disparaître tout à fait un nom plus ancien, Wedinet et-Taharan où Medinet et-Touran ?, où je suis porté à voir une traduction de œéds Tupéor. Gomme c'est une loi générale en Syrie que le primitif
1 Le rapprochement suggéré par Thomson (I, 2? Vogüé, p. Lo; Ritter, XVI, p. 778, 808. M. de p. 469) avec le 150% de Jos. xx, 26, est sans force, Vogüé traduit «la ville des purs. » Mais oleb n'est puisque ce nom d'Oum el-Awamid est un nom banal pas un pluriel bien réoulier de LL ni de #eb Si porté par tous les endroits où il y a des colonnes le mot est arabe, je croirais que c'est plutôt ob, ou des piliers. pluriel de ee.
nom sémitique à tué le nom de l'époque séleucide et y à survécu, il n°}
aurait rien de surprenant à ce que ce nom de Touran fût bien plus ancien que Laodicée. Quelquelois l'endroit en question s'appelle aussi Tuhrän es-Schäm! (comme on dit Dimeschk es-Schäm pour Damas). Peut-être estce pour le distinguer de Turan de Galilée, voisin de Kefr-Kenna 2. Il esl
done possible qu'avant de s'appeler Laodicée, Oum el-Awamid se soit ap-
pelée x N°7. Il n’était pas rare qu'à côté d’une grande ville il y en eût une petite qui tirât son nom de la grande : ainsi, dans les inscriptions cunéiformes, «la grande et la petite Sidon; » encore de nos jours, Harbet Sudon, assez loin de Sidon. M. Poulain de Bossay pense comme moi que Oum el-Awamid, Kabr-Hiram, El-Awwatin, Ras el-Aïn et les autres locahiés qu'Ézéchiel désignait par ces mois, file ejus quæ sunt in apro, formaient une vaste dépendance de la ville insulaire et n'avaient pas d'autre nom que celui de Tyr°. H a même porté cette vue jusqu'à l'exagération en supposant qu'Oum el-Awamid pouvait n'être qu'un quartier éloigné de Tyr et répondre au Palétyr de Ptolémée “.
On est tenté aussi par moment de supposer qu'Oum el-Awamid serait Alexandroskéné. Le nom moderne d'Iskandérouna, en effet, qui garde la
trace d'Alexandroskéné, flotte un peu, et il ne serait pas surprenant que,
de la colline déserte, il eût été transporté à la fontaine située à une lieue
de là, fontaine qui intéressait bien plus les moukres. Parfois on croirait
que le nom d'Iskandérouna a été appliqué aux colonnes: je ne pense pas cependant qu'il y ait lieu de s'arrêter à cette idée. Tout porte à croire que la ville dont les ruines s'appellent maintenant Ï l PI
Oum el-Awamid fut détruite dans l'intervalle qui s'écoula entre l'affauiblis- |
1 Ritter, XVI, P. 775; 808 et la carte.
? Rey, Arch. des miss. 2° série, IT, p. 370; Neubauer, Géogr. du Talmud, p. 200. L'orthographe cependant ne parait pas identique. Celle de Turan de Galilée est, ce semble, ole,r, Ritter, XVI, p. 764, 765; Joseph Schwarz, Das heilige Land, p. 138 (p. 174 de l'édit. anglaise), tandis que, pour Oum
el-Awamid, Rilter, qui tenait ici ses renseignements de E. G. Schultz, semble supposer, comme M. de Vogüé, l'orthographe «s leb.
$ Bulletin de la Soc. de géogr. janv. 186», p. 16.
* Recherches sur Tyr, p- 89, 90, note.
? Voir Rilter, XVI, p. 777: 778. 808.
5 Ritter, XVI, p. 814, 815
sement des Séleucides et l'établissement de la domination romaine, et qu'elle fut victime d’une des guerres si fréquentes à cette époque. On ne peut expliquer autrement deux circonstances capitales. — La première est l'absence presque totale à Oum el-Awamid de monuments de l’époque romaine et de colonnes de marbre ou de granit. Les débris appartiennent à l'époque achéménide ou à l'époque grecque; tout y est en pierre du pays, sauf une colonnette sans importance et le morceau de marbre de Paros où est l'inscription grecque d'Abdélim, fait caractéristique, en ce qu'il semble prouver que lintroduction du marbre et le goût des inscriptions grecques coïncidèrent. — La seconde circonstance est l'omission du nom de la ville chez les oéographes anciens. À partir de l’époque d'Auguste, en effet, les géographes mentionnent le nom des moindres localités de la côte de Phénicie. Oum el-Awamid était une ville trop importante pour que Strabon, par exemple, l'eût négligée si elle avait existé de son temps. Certainement, Oum el-Awamid était plus considérable qu’Alexandroskéné, qui pourtant a élé mentionnée par les anciens. Ajoutons que, si la ville avait existé quand la Syrie devint province romaine, sans contredit elle fût venue jusqu'à lislamisme. La domination romaine fut, pour la Syrie, une période de paix, de splendeur, de prospérité. Pas une ville ne disparut à cette époque; au contraire, une foule de localités qui avaient souffert des guerres, vers la fin de la domination séleucide, eurent une renaissance sous l'empire romain. Bien certainement notre Laodicée nexista pas sous les empereurs. Les restes de l’architecture romaine ou byzantine abondent dans toutes les villes de Syrie qui fleurirent durant les premiers siècles de notre ère. Ajoutons aussi que, dans ces villes, tous les vestiges des temps antérieurs ont le plus souvent disparu. On peut poser en principe qu'une ville ruinée de Syrie où l'on ne trouve pas de débris romans, et où l'on trouve des débris phéniciens ou grecs purs, a cessé d'exister sous les successeurs d'Alexandre. Cela est certain
ves formels de
pour Amrit; car, en ce qui concerne cette ville, des passag
CAMPAGNE DE TYR. 747 Strabon et de Diodore de Sicile confirment les inductions, et nous assurent que Marathus fut détruite avant l'arrivée des Romains. Cela n’est pas moins certain pour Oum el-Awamid. La domination des Séleucides finit, comme on sait, par des troubles affreux et une complète anarchie. Presque toutes les villes recouvrèrent leur indépendance, et en profitèrent pour se livrer à des luttes qui firent de l’'avénement de la domination romaine
un grand bienfait pour le pays. C’est durant cette période de guerres
municipales que tombèrent, pour ne plus se relever, Marathus et notre Laodicée. Et voilà la raison pour laquelle l'antiquité phénicienne, si effacée sur toute la côte de Syrie, ne se retrouve plus qu'à Amrit et à Oum el-Awamid. Si une ville romaine avait existé sur la colline d'Oum el- Awamid, elle eût dévoré ces débris précieux, dont la découverte compensa pour nous tant de fatigues. I y a bien eu à Oum el-Awamid un établissement de population postérieur à la destruction de la ville; mais cel établissement a dû être tout à fait misérable. On a pris les matériaux des édifices anciens sans les retailler, pour en bâtir des masures. Ces matériaux ont été écartés de leur place naturelle, mais non défigurés. Oum el-Awamid et Amrit sont devenues ainsi les trésors des antiquités phéniciennes, grâce à l'avantage qu’elles ont eu de n’avoir pas été sérieusement rebâties depuis leur chute. Si les croisés eussent élevé là le moindre château, tout eût disparu; car les constructeurs latins de Syrie, comme ceux de Chypre, étaient trop soigneux pour employer des pierres sans les retravailler et sans détruire les inscriptions et les moulures qu'elles présentaient. ; Avons-nous épuisé Oum el-Awamid? Je le crus, tandis qu'il ne s’agit que de déblayer les monuments. Je ne pense pas qu'on en découvre d'autres où que lon trouve des parlies essentielles de ceux que nous avons déblayés. Mais, depuis qu'il nous fut prouvé que les murs de ces maisons en ruine qui couvrent le sol sur un espace de près d'un kilomètre carré peuvent renfermer des inscriptions phéniciennes, une carrière nou-
velle de travail se présenta devant nous. Les deux inscriptions les plus importantes furent découvertes dans les derniers jours de ce travail; il est donc plus que probable qu'il en reste d’autres à découvrir. H faudra, pour avoir le cœur net à cet évard, démolir toutes les masures el en examiner les matériaux pierre par pierre. L'état de fatigue extrême où nos hommes se trouvèrent réduits, après vingt-cinq jours de travail (du 3 au 28 avril) dans un désert exposé à un khamsin presque continu, et la maladie de deux de nos collaborateurs, obligèrent à différer ces recherches. J'étais alors absent pour mon voyage en Palestine; quand jarrivai, le camp était levé. Les circonstances ne m'ont pas permis depuis de recommencer ces fouilles, dont je n'ai jamais abandonné la pensée. Je le répète hautement : Oum el-Awamid est le point où je conseille aux futurs explorateurs de la Phénicie de faire porter tout leur effort. H faudrait même reprendre les parties que nous avons fouillées. La gravure des lettres phéniciennes est à peine perceptible; il se peut donc que, parmi les pierres que nous avons remuées, plusieurs portent des inscriptions que n'ont pas vues nos travailleurs. La chance de trouver de nouvelles inscriptions pourrait être limitée, selon M. Thobois, « à la région qui à fourni des fragments ornés de moulures ou de sculptures, c'est-à-dire depuis les colonnes jusqu'à 50 mètres au delà de la maison égyptienne, en y comprenant la partie élevée et tout le versant sud de la colline. » Oum el-Awamid offre bien plus d'espérance de trouvailles qu'Amrit. Amrit présente un type d'art phénicien plus antique; Oum el-Awamid est un modèle excellent de cet art phénicien de transition, soumis aux influences grecques, égyplennes, et que la banalité de l’époque romaine détruisit peu à peu. On est là devant un art contemporain des idées qui se sont exprimées dans l'ouvrage de Sanchoniathon!, et ce qui prouve bien que cet écrit n'est pas une simple production de Philon de Byblos ni de l’époque des Antonins, c’est que nous trouvons à Oum el-Awamid les mêmes idées
1 Voir Wém. de l'Acad. des insert. XXII, 9° partie.
CAMPAGNE DE TYR. 7h49 exprimées par des monuments antérieurs à l’époque impériale. L'avantage archéologique d'Oum el-Awamid, comme d'Amrit, est que la ville ancienne s’est arrêtée net à un moment de sa vie et a été, dès le moment de sa mort, comme embaumée par le désert. Ailleurs, l'antiquité phénicienne est recouverte de couches décevantes, romaines, chrétiennes, musulmanes, latines du moyen âge. En ces deux endroits, le passé phénicien est resté à nu, et ses débris n'ont élé qu'à demi dispersés.
Les constructions dans la petite plaine au pied de la colline d'Oum el- Awamid ont peu d'intérêt; le port était sans importance.
Les environs immédiats d'Oum el-Awamid présentent diverses anliquités, un tombeau dans le roc, au haut de la ville, un grand pressoir, une cuve évidée dans le roc représentée par notre planche LIV. Le ouadi derrière la ville est d’un bel aspect. Sur le sommet de la colline située vis-à-vis du gros lion sculpté sur un bloc, se trouve une maison bien conservée. Dans le flanc de cette colline, se voit un caveau, se détachant au milieu des broussailles. Avant d'arriver à la ville, le voyageur venant de Sour rencontre dans les rochers, à gauche en montant, un groupe de caveaux. Ce sont des trous en forme de parallélipipèdes reclangles, avec une auge au fond; à côté de l’un d’eux est une assiette unie, laillée également dans le roc. L'ensemble de ces sépullures n’est pas en proportion avec l'importance de la ville. H doit y avoir dans le ouadi une nécropole cachée par les buissons.
Au-dessus d'Oum el-Awamid, dans le ouadi Hamoul!, est une belle source, dont les eaux étaient amenées à la ville par un aqueduc?, dont les pierres sont maintenant disjointes. Un tel travail prouve que la ville
était considérable. Le ouadi Hamoul tarit dès le mois d'avril.
1 M: Guérin (Arch. des miss. scient. »série, t. NUL, IL, p- 66; carte de Van de Velde), est l'ancien nom p.428, A29) pense que ce nom de Hamoul, qu'il iden- d’Oum el-Awamid. Je ne le crois pas. Hamoul est tifie, comme presque tout le monde, avec Hammon une localité située plus haut dans le ouadi.
de Josué, xix, 28 (voir ci-dessus, p. 689: Robinson, ? Thomson, I, p. 168, h69.