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RÉGION D'’ACRE ET DU CARMEL. — HAUTE GALILÉE

Entre le Gébel Meschakkah et le Carmel s'étend la belle plaine d’Acre. Partons du pied de la Scala Tyriorum; le village le plus rapproché est Bassa. À quelques minutes de Bassa est un site de ruines nommé Mausub, d’où lon tire beaucoup de matériaux et où fut une ville chrétienne. Je n'y

. Aie cat Mr ; Ro :

al pas vu d inscriplion, et ce qui reste ma paru d'intérêt secondaire. Bassa est en quelque sorte bâti avec les débris de Maasub. On peut voir uen Ë chez le khouri des fragments de sculptures représentant des génisses et des gazelles. De là fut tirée une inscription chrétienne, maintenant à

Bassa, dans la maison de campagne de l'archevêque de Sour..

Cette inscription a été publiée d'abord par M. Van de Velde, qui n°y comprit rien". M. Kirchhoff a essayé une restitution de l'inscription d'après la copie de M. Van de Velde®. M. Rey en a depuis publié un très-bon Jac-simile*. L’estampage que j'ai de ladite inscription me fournit quelques observations nouvelles. M. Van de Velde à mis presque partout des À pour des À, comme M. Kirchhoff l’a bien vu. Une seule de ces fautes n'a pas été corrigée par ce dernier savant, parce qu'elle porte sur un mot qu'il a pris pour un nom propre. Ligne quatre, il faut lire TOYTOÀETOY. Cinquième ligne, le de düvapuy avait d'abord été écrit N, puis a été corrigé. Huitième ligne, les premières lettres paraissent être NUN. Neuvième ligne, la lettre qui précède €IN, au commencement de la ligne, est sûrement un X. Il y avait probablement | &pocé|yew. Ligne dix, HP est certain; la ligne finissait par éPEZHC, Ligne onze, IHHKPA est certain; la première lettre de ce groupe était un I et ne pouvait être un € comme le veut Kirchhoff, La lettre qui précédait cet I était un À, un À ou un À. Je ne vois rien de clair dans ce qui précède; par moments j'entrevois TZNHUEPA': la lettre qui suit À ne pouvait guère être qu'un I, un K, un ®, une lettre à un seul jambage droit; un N ou

! Roise durch Syrien und Palæstina (1855), t. I, ? Corpus inser. or. n° 8800. p.192, 193, et planche. # Arch. desmiss. scientif. 2°sér. t.IIL,p.366 (1867).

CAMPAGNE DE TYR. To

même un C ne serait pas cependant impossible, Quant à un YŸ à gauche, je ne peux l'admettre avec Van de Velde et Rey. Le caractère de basse époque cherche à se rapprocher de l'antique; la langue est assez bonne. La restauration est plus difficile que ne l’a cru M. Kirchhoff. La tête barbue et nimbée qui surmonte la dalle pourrait marquer le milieu de la pierre et avoir de l’autre côté une autre image; près de la moitié de la dalle aurait ainsi disparu; elle pouvait avoir 66 centimètres de large. M. Kirchhoff a lu (troisième, quatrième, cinquième ligne) Gpoyoin..... ÉTIONOMOU TOÙ Toérou }aumpordrou, et a cru que la ville dont Maasub est la ruine s'appelait Té- Àetov. Le nom de cette ville, d'après ce qui a été dit, devrait se changer en Tédero». Mais je doute que le système de M. Kirchhoff soit soutenable. Comment une telle ville épiscopale ne serait-elle pas connue par quelque texte? L'agencement des titres et l'insertion du nom de la ville dans l'inscription me paraissent peu naturels. Un évêque a-tl jamais élé appelé Xaumpôraros? Je suis donc porté à croire qu'il ny a pas là de nom de ville, et qu'il faut lire ...émioxdmou: roro d8 roù AaumpoTdTou… Ce dé répond peut-être au #é» de la deuxième ligne. Les deux têtes en bas-relief qui surmontent l'inscription sont petites; la face a environ 5 centimètres de long. La tête barbue à une certaine expression de tête de Christ, que ne rendent ni l’une ni l'autre des deux représentations qui en ont été données.

Dans la même maison sur une plaque de marbre : + VTTÉPCUTEPIACK:

Bien gravé, quoique de basse époque. Le trait qui suit le K n'est pas sûr. H ny avait pas xupéov. La formule ÜTép guwryplas est aussi bien chrétienne que païenne (Corpus, n° 446» (chrétienne), 8697, 8870: Vogüé, le Temple de Jér. je 4 )0ie line

cription de la mosaïque de Kabr-Hiram, ci-dessus, p. 613, etc).

L'endroit nommé Hamsin est un tas de ruines assez important; on y voit des restes de murs en très-grand appareil; c'est un emplacement d'habitation antique. H s’y trouve un assez singulier monument. C'est une colonne isolée, composée de tambours cylindriques superposés et assis sur une grosse base carrée, layée sur les bords. H à dû y avoir un couronnement, qui sera tombé. Je n'ai pu le découvrir aux alentours. La colonne n’occupe plus le centre du piédestal. Cest, je pense, un monument funéraire, accusant la totale décadence de l'art phénicien!, On y reconnait la dernière dégradation des mévhazl d'Amrit.

! Thomson l’a donné assez bien, [, p. h75,h76. p. 82; Sauley, premier Voy. [, p. 49; carte de Comp. Pococke, Description of the Eust, WA, 1° partie, Jacolin; Ritter, XVI, p. 806, 807, et la carte.

Je n'ai rien vu dintéressant à Zib (Ecdhppa), si ce n’est un tell, artificiel, ce semble, et une mosaïque en cubes de deux doigts de côté. Mezraa, près du palais d'Abdallah-Pacha, a beaucoup de traces antiques, des trous de poutres dans les pans de roc taillés à pic, de vastes carrières utilisées après l'exploitation, des travaux dans le roc, un caveau sépulcral à rois auges, s’ouvrant immédiatement, une belle et profonde citerne, à parois construites, de beaux murs, qui paraissent de l’époque romaine, engagés dans les cabanes du village.

Acre a peu d'intérêt archéologique; le génie militaire, même musulman, est trop destructeur de toute antiquité pour qu'il y soit resté aucune trace considérable du passé. La plaine à l’est de la ville est cependant riche de débris anciens, fragments de poteries, de marbre, ouvertures de puits dans le sol, etc. Le tell, appelé Mont des Français, Mont Napoléon où Mont Cœur-de-Lion(?), est, je pense, un tumulus artificiel antique, comme celui de Ras el-Aïn et de Borak et-Tell. La grande plaine est, du reste, semée de ces tells ou memnonia. Situés dans un pays autrefois trèsmarécageux, ces lells ont peut-être ici, comme à Ras el-Ain et à Borak et- Tell, une destination hydraulique. C'est l'un de ces tells, peut-être le Tell el-Kisän, qui dut être «le tombeau de Memnon,» mentionné par Josèphe. À vrai dire, ce nom devint commun à tous les grands tumulus de la Phéniae!.

Le Bélus est un nouvel exemple de fleuve portant le nom d’un dieu? (voir ci-dessus, p. 515). Le difficile passage de Scylax e£omnmouotu] pur] me semble devoir être compris comme si e£wrn formait un nom de ville; mais ces lettres sont sûrement altérées. I s’agit à peut-être de la ville

de Khaïpha, sous un autre nom. Serait-ce l'Évbatane que certaines auto-

1 Ritter, XVI, 727; 728, 80b, 806 (cf. XVII, ? Poulain de Bossay, Essais de restitution, p. 67. p. 891); Sauley, premier Voyage, t& 1, p. 72, 733 note 2. Thomson, & 1, p. 496, 497; Bibelatlas de Menke, 3 Ch. Müller, Geopr. gr. min. 1, p. 793 Miller, n° 2, Canaaniler; carte de E. G. Schultz (dans Rit- Suppl. aux petits géoor. p. 230 et suiv.; Poulain de

ter, t. XVI). Bossay, Essais de restitution, p. 67 et suiv.

rilés placent sur le Carmel? C’est à tort, du reste, qu'on à soutenu que le nom de H@x était moderne; ce nom parait avoir une affinité avec PSN EM de Gen. xux, 13 !. C'est bien gratuitement que Knobel identifie Khaïpha avec l'antique 7ÿ2ÿ?. Khaïpha est l'igé d'Eusèbe. Les ruines (pierres, moellons, restes de démolitions) de la vieille ville se voient à une demi-heure environ de la ville actuelle vers l'ouest. On place quelqueois à cet endroit la ville de Sycaminos*; mais le Talmud distingue les deux villes‘. Je ne doute pas que Sycaminos ne soit un peu plus lom, au pied du cap, à l'endroit appelé maintenant Tell es-Semalkh , à une demi-heure des ruines de Hépha. Ce nom de Semakh me parait une transposition de Sekam, pour Sycaminos. Îl y à là un évident emplacement de ville, des caveaux dans le roc, présentant des auges et des arcosolia, un escalier dans le roc parmi les caveaux. — En somme, la Khaïpha actuelle ne date que du moyen âge; elle a été bâtie avec des pierres tirées des ruines de Hépha, située un peu à l’ouest. Sycaminos était sur le cap même, un peu en retour vers le sud, à Tell es-Semakh°. Du reste, les deux villes de Hépha et Sycaminos étaient si voisines, que l'on conçoit qu’elles aient été considérées comme une seule ville.

Sur la route de Saint-Jean-d’Acre à Khaïpha, près de celte dernière

ville, se voient des caveaux à trois arcosohia, assez originaux *. La pré-

? Land, Disp. de carmine Jacobi (Leyde, 1858), p. 61, 62.—Sur le Porphyrion des croisés en ces parages, voir Robinson, If, 488, note 1 ; Arch. des miss. o* série, . IV, p. 378, note 2; Sprüner, Ad. n° 45; Menke, Bibelatlas, n° le

? Comment. sur Josué, p- 463.

% «Sycaminus, contra Ptolemaïdem.…. sub monte Carmelo.» (Antonin Martyr, édit. Tobler, p. >, Saint- Gall, 1863). Tobler (p. 75) identifie à tort Sycaminos avec Hépha. Il en est de même de Knobel, sur Josué, p. 463; Kruse, Commentare zu Seetzen, D. 277, 278; Gh. Müller, Geogr. gr. min. 1, p. 79, notes. Pline, en cela très-exact, place Sycaminon entre Dora et le Carmel. (Confer Miller, Supplément aux petits géographes grecs, p. 239; Slrabon, XVI,

1, 27; Guérin, De ora Palestine, p. 26 et suiv.)

* Neubauer, Géopr. du Talmud, P+ 197; 198.

On ne comprend pas comment M. Thomson (If, p. 248) peut placer Sycaminos à Caïmon. M. Müller. ad Strab. p. 916, ad Scyl. p. 79, n’est pas beaucoup plus heureux.

? Ce Tell es-Semakh a dû jouer un rôle au moyen âge. Sprüner, Atlas, n° 45.

5 Voir le plan anglais de la baie d’Acre (Hydrographic office, 1840 et 1843). Tell es-Semakh est la pointe la plus occidentale. Van de Velde a bien marqué les trois emplacements; mais il semble identilier Sycaminos avec les ruines qui sont à une demilieue à l’ouest de Kaïpha.

7 Comparez Saulev, premier Voy. pl. xuur, n° 1,

tendue grotte d'Élie sur le Carmel marque peut-être le centre du vieux culte du dieu Carmel'. Les pèlerins juifs du moyen âge vénéraient à cet endroit l'autel d'Élie?.

Athlith offre les travaux dans le roc les plus extraordinaires de la Syrie. Ces travaux s'étendent sur toute une chaîne de collines, sorte de barre, formant un couloir étroit parallèle à la mer. [ls ont l'apparence d’une rue ou d’un chemin bordé par le rocher; c’était là ce que les croisés appelèrent Districtum, Petra incisa, Pierre encise ?. La porte tullée dans le roc, les fossés taillés également dans le roc, et qui rappellent Semar- Gébeil, la tour (sur la colline qui barre le passage) ayant ses arrachements dans le roc, les trous carrés dans le roc, les entailles (sortes d'armoires) qui se voient de tous les côtés, les pans coupés qui ont servi de murs de maisons comme à Anefé, le bossage qui se voit aux angles saillants, les carrières d’où ont été extraits les matériaux pour les construc-

tions, tout cela est d’un aspect frappant. Sur un quartier de rocher se

X voient des rainures profondes, qu'on peut prendre un

\ moment pour une inscription (N}), mais qui eurent probablement un objet usuel. Près de lanfractuosité de la rivière, se voient des travaux dans le roc non moins surprenants; ce sont de larges gradins, des assises, qu'on croirait d’abord l'ouvrage de la nature, mais qui sont le résultat d'un travail humain vraiment colossal.

Le Castellum peregrinorum“ est bâti sur le rivage immédiat de la mer et mettait à couvert le débarquement et l’'embarquement des pèlerins. La construction est des plus soignées; les pierres sont de taille moyenne, mais d'une grande égalité; les jomts des assises sont d’une admirable finesse; le bossage est de la plus parfaite régularité. Toute cette grande cons-

! Surle culte du Carmel, voir les passages de Ta- Voir le mémoire de l'abbé Mignot, dans les an-

* cite, Suétone, etc. recueillis par Knobel, Comment. ciens Mémoires de l’Académie des inscriptions, t. XXXIV,

sur le Deutéronome, p. 349; Poulain de Bossay, Es-

sais, p. 6a et suiv.; Miller, Suppl. aux petits géogr. # Voir les photographies dans Rey et Declercq, p231,290. Voyage en Orient, t. I, et Rey, Architecture militaire ? Carmoly, Jun. p. 184. des croisés en Syrie, p. 93 el suiv.

CAMPAGNE DE TYR. 155 truction est cependant du moyen âge. Un beau mur, très-bien conservé, sert de démonstration à cet égard. D'un côté, il présente le bossage le plus grandiose, de l’autre des retombées de voûtes ogivales dans le plus pur style du moyen âge latin. Athlith, sous ce rapport, ressemble beaucoup à Tortose; mais le travail d'Athlith est beaucoup plus fin. Nul doute, du reste, que le Castellum peregrinorum n'ait été bâti en partie avec des matériaux plus anciens. On y voit deux belles colonnes de granit; on remarque aussi dans le béton des morceaux de marbre provenant de ruines antérieures, qui sufliraient, à défaut des textes, pour prouver qu'avant les croisés il y avait une ville en cet endroit'. Les pierres, comme à la tour de Gébeil, sont arrivées au dernier depré de sponpiosité. La côte offre des rochers arasés et de grandes tailles artificielles dans le roc: le béton du fond du quai présente, comme à Ruad et à Sour, une grande masse de poteries et de débris d'objets manufacturés. Le Castellum disparaît de jour en jour; on l'exploite comme une carrière. Une compagnie de tailleurs de pierre y était installée quand j'y passaï. Ils précipitaient du haut des murs les blocs énormes, lesquels, ainsi abattus à pied d'œuvre, étaient débités en petites pierres ne dépassant pas le poids que peut transporter un chameau. Des monticules de retailles marqueront seuls un jour l'emplacement de cette œuvre de vandalisme; le travail de dépeçage, en effet, se fait si mal, que d’un superbe bloc on tire quelquefois seulement deux ou trois moellons ?.

Jacques de Vitri nous a raconté, avec de grands détails, comment le Castellum pereprinorum fut bâti en 1918, par les templiers, pour protéger les pèlerins, qui, en suivant le Districtum, couraient les plus grands

dangers®. Son récit suppose qu'il y eut anciennement sur le promontoire

© M. Guérin veut que ce soit Magdiel (De ora Pal. aussi le bas de chaque face, et sans doute, en les p. 35, 36). Ce fut sans doute une des nombreuses écarlant, on trouverait des assises encore revêtues de «files de Dor» (Josué, xvn, 11; [ Chron. vi, 29). leur appareil, car le travail de destruction commença ? Cest ainsi que fut détruit le revétement des par le haut. pyramides. (Voir le récit d’Abdallatif, publié par 3 La population du pays est encore presque toute M. de Sacy.) Aux pyramides, les retailles couvrent là composée de brigands.

une ville, mais que cette ville n'offrait, quand les templiers commencèrent leurs travaux, aucun reste apparent. « Templari ex adverso proinontorium fodientes et deportantes, laborantes per septem hebdomadas, tandem ad fundamentum primum pervenerunt, ubi murus antiquus, longus et spissus apparut. Inventa est pecunia in monela modernis ignola. . . Deinde in anteriori parte arenam effodientes et deportantes, alius murus brevior inventus est; ... lapidum etiam et cæmenti copiam Dominus ministravit'.» En effet, je n'ai vu dans les constructions aujourd'hui apparentes d'Athlith rien qui doive être reporté au delà de l'an 1218. M. Guérin? à cru remarquer des différences en certains endroits entre les assises inférieures et moyennes et les assises supérieures. Je n'ai rien remarqué de pareil; seulement, comme il est naturel, les blocs sont plus petits dans les assises supérieures. M. Thomson, sans un examen sérieux, déclare le tout phénicien pur (after the purest phænician style, pure unmixed phænician), et, ignorant sûrement le passage de Jacques de Vitri, déclare que les croisés n'ont bâti rien de tout cela”. Déjà, plus d’une fois, nous avons vu de grands travaux dans le roc exécutés en Syrie par les croisés; si de tels travaux étaient un criterium d'origine phénicienne, on aurait autant de raisons pour soutenir que toutes les roquetællades, les pierres encises de la France, sont des ouvrages phéniciens. À Athlith, du reste, les croisés trouvèrent sûrement des coupes du roc et des carrières plus anciennes.

Le contraste d'Athlith, de Kurein, dont nous parlerons bientôt, et en général des constructions latines du Carmel, avec celles de la Palestine, a quelque chose de surprenant. Ce n'est qu'à partir de la région du Carmel, vers le nord et l'est, que les constructions des croisés prirent ce caractère grandiose et colossal. Cela tient à ce que ces grandes constructions de la Galilée et de la Syrie du nord furent postérieures à la bataille de Hattin. Serrés de toutes parts, les croisés demandèrent à des mon-

1 Gesta Dei per Francos, p. 1131.—* De ora Palest. p. 33, 35. —* The land and the book, 1, p. 246, 247.

CAMPAGNE DE TYR. on

tagnes de pierre la force que la nature des choses leur refusait. Jamais, jusque-là, on n'avait vu de telles constructions; l'admiration avec laquelle les chroniqueurs en parlent prouve que ces châteaux, bâtis presque tous dans les premières années du xt siècle, élaient quelque dd. de nouveau. Durant tout le xmr siècle, ce mouvement continua. Sans compter Montfort et le Saphet, dont nous parlerons bientôt, on sait que Richard de Cornouailles, en 12h40, et saint Louis, en 1253-41 25/4, firent des constructions très-considérables à Ascalon, Caïphe, Jaffa, Saint-Jean d'Acre, etc.

À mon grand regret, je n'ai pu voir Tantoura (Dora)!. M. Rey m'y avait signalé un rocher taillé en pylône. Le curieux témoignage de Claudius Tolaüs? sur les fossés de Dora, taillés dans le roc, ne parait pas se vérifier à Tantoura d’une manière bien frappante*. Ce passage s'appliquerait bien mieux à Athlith qu'à Dora. — J'ai regretté aussi de ne pas voir Césarée, qui à l'avantage d'offrir des restes certainement hérodiens, restes qui peuvent servir de criterium. M. Thomson, pour soutenir son système, est obligé de prétendre que la ville d'Hérode fut bâtie avec les débris d’une ville antérieure à Hévode, et plus belle que celle d'Hérode*, ce qui est un non-sens historique.

Revenons à Zib ou à Hamsin, pour nous enfoncer dans l’intérieur. Le ouadi que nous allons suivre est le Nahr Herdamwil. Ce nom vient, je pense, des croisades. H est reconnu que Berdawil est la forme arabe de Baldwin ou Baudouin?; Herdawil doit être Hardwin ou Hardouin. Nous sommes ici dans le pays où la féodalité latine se développe le plus com-

plétement 5, Le Nahr Herdawil prend, à mesure qu'on s'éloigne de la

! Cest contre toute raison qu'on a voulu déplacer Dora de Tantoura (Kruse, etc. Commentare zu Seetzen, p. 304, 306) et le mettre à Tireh. Ce Tireh parait l'antiqua Tyrus des croisés (Menke, 7).

? Fragm. hist. gr. IN, p. 363. (Voir ci-dessus, p- ho, 41.)

5 Guérin, De ora Palest. p. 38 et suiv.; Thomson, Il, p. 248.

* The land, I, p. 242, 259, 255. Pour comble de singularité, M. Thomson ne veut pas que cette vieille ville fût la Tour de Strabton.

® Voir la carte de l'expédition d'Égypte (Sabkhat- Berdawil, Tac à l'est de Péluse). La même carte orthographie le nom de notre ouadi Herdawil. Cf. Jacotin.

5 Voir surtout le cartulaire de l’ordre teutonique, récemment publié à Berlin par M. Strehlke.

mer, le nom de Ouadi Kurn ou Kurein, et nous conduit par une route des plus pittoresques à la ruine de Syrie la plus romantique et la plus frappante : c’est le Kalaat Kurein où Montfort (Starkenberp) des croisés”. La position est magnifique; le château, entouré de bois, presque inaccessible, domine la pointe abrupte d’une montagne qui s'avance entre deux ouadis profonds. De 1à sans doute le nom de ol sol, (le ouadi de la petite corne)?. La pente est garnie d’un beau revêtement de grands blocs, tallés en biseau et faisant une sorte d'imbrication les uns sur les autres, c’est-à-dire que chaque bloc dépasse le bloc inférieur comme le rebord d’un toit.

Le côté, seul attaquable, par lequel le promontoire se joint au plateau, est coupé par un fossé taillé dans le roc, comme à Semar-Gébeil. La porte en ogive est sur le point de tomber. Le bossage qui règne dans une parlie de la construction est des plus grands et des plus beaux. Il rappelle le bossage hérodien de Jérusalem. Quelques pierres sont d’une coupe

extrêmement soionée, et ont la partie saillante taillée en biseau comme

une glace de Venise, | sous un angle de 30 ou Lo degrés. D’autres coupes présentent des espèces d’onglets s’encastrant l'un dans l'autre. Après \hlith, Montfort est sûrement l'ouvrage le plus étonnant des croisés en

Syrie*. L'époque de la construction de Montfort, en effet, nous est con-

! Mariti est, je crois, le premier voyageur moderne qui ait vu Kalaat Kurein (Voyages, Il, p. 136 et suiv.) E. G. Schultz le visita en 1847 (Ritter, XVI, p. 780-782); Van de Velde, en février 1859 (Reise, Î, p. 194 et suiv.); Thomson, en novembre 1854 (Bibl. sacra, vol. XIT, 1855, p. 827, 830; cf. The land, 1, p. 457 et suiv.); de Forest, en 1856 ou 1857. M. Rey y a été en 1865 (Arch. des miss. nouv. série, IE, p. 366; Archit. mulit. des croisés en Syrie, p.143 et suiv.). La position exacte de Montfort a été déterminée par E. G. Schultz (Ritter, t. XVI, p. 78», 805 et la carte). Cependant ces notes devaient avoir à cet égard quelque chose d’indécis, car Ritter n’identifie pas absolument les deux localités, comme Va remarqué Laurent (ad Broc. II, 1). Sprüner (M. À. n°5) se trompe tout à fait. Marin Sanuto

était plus exact (Bongars, ou Menke, Bibelatlas, n° 7). Cf. Robinson, IT, p. 66, 67. Van de Velde nie à tort l'identité de Montfort et de Kalaat Kurein, et cherche à placer Montfort à Kalaat Schamma, ruine bien postérieure aux croisades.

* On dit aussi ol &s2l,. Ce nom était probablement antérieur à la construction du château el fut la cause du nom arabe de ce château. Les historiens arabes, en effet, appellent toujours le château de ce nom.

# Thomson (The land, 1, p. 457 et suiv.) s'est gravement trompé en voyant ici «very fine specimens of the old jewish or phœnician bevel.» Ses appréciations de détail sont aussi fort erronées : il ne

se doute pas un moment qu'il est dans un château célèbre des croisés.

de

nue de la manière la plus précise. Montfort fut commencé par Hermann

de Salza, grand maître de l'ordre leutonique, en 1229. Les pièces authentiques viennent d’en être publiées ? : « Pro castro novo quod dicitur Montfort, quod castrum domus ipsa (Theutonicorum) firmavit in territorio Trefle » (avril 1 9 Soit: « Castrum novum Montfort a domo firmatum» (avril 1229); bulle du pape Gréooire IX du 10 juillet 1930, accordant des indulgences à ceux qui contribueront à la construction‘. À partir de 1244, le château parait bâti à peu près complétement #, I fut le château principal de l'ordre teulonique en Syrie; on y gardait les archives et le trésor. H fut détruit par Bibars en 12715.

Les textes, du reste, nous feraient défaut, que l'origine purement latine de Kalaat Kurein serait évidente. D'abord, il n’y eut sûrement en ces parages aucune construction antique. Toute cetie partie de la montagne semble être restée, dans l'antiquité, assez sauvage. Les pierres de Kalaat Kurein paraissent neuves et non prises de monuments anciens. En outre, l'examen attentif des constructions prouve que les parties que, à cause de leur caractère grandiose et de la dimension des blocs, on serait tenté de rapporter à une haute antiquité, sont de la même époque que les parties évidemment latines. La belle église gothique qui couronne

le sommet du burg est aussi certainement latine. Eh bien, dans les

! Rey, Domin. franç. en Syrie, p. ho, 41; le même, bus consuetis fidelibus ciréumquaque securam {ri-

Arch. milit. des croisés, p. 14h el suiv.; Mas Latrie, buat libertatem ; quia vero... ad perficiendum et

Hist. de Chypre, L, p. 434; les Familles d'outre mer de regendum castrum predictum proprie ipsis non

Du Cange (édit. Rey), p.165, 899, 903,905, 909; Defrémery, Mém. d'histoire orientale, 9° part. p. 368; Mehren, Syrien og Palestina, p. 72 et note.

? Strehlke, Tabule ordinis theutonici (Berlin, 1869), p. bo, 54, 55, 195.

% «Sane, sicut dilectus filius Hermannus, magister hospitalis ipsius, in nostra proposuit præsentia conslitutus, ... castrum Montfort iuxta territorium \cconense edificare ceperunt, positum in confinio paganorum, per quod christianis in partibus illis immensa dinoscitur utilitas provenire, cum quasi quoddam frenum Sarracenos compescens ab insulti-

suppetunt facultates, sed, ut perfecte firmetur et potenti manu regatur, ipsis est fidelium suffragium Oportunum , presertim cum sit a mari remotum, cui sicut ceteris civitatibus et munitionibus regni Lerosolimitani per mare non potest de suceursu necessario provideri; universitatem vestram monemus et horta- DURE quatenus eisdem fratribus.…. ad opus huiusmodi grata pielatis subsidia impendatis, ut per subventionem vestram perfici et conservari valeat castrum prefatum.»

# Ibid. p. 77, 78, 369.

5 Brocard, III, 1(p. 31, Laurent).

portions qu'on dirait les plus anciennes de la forteresse, le ciment, composé de détritus de poteries, etc. est le même que celui qui se retrouve dans l'église. Le gros pilier gothique qui se détache au milieu de la constuction est en aussi beaux blocs que les parties en apparence les plus vieilles. Des constructions accessoires, d'un moins beau caractère, et certainement du moyen âge, prouvent que dans un même édifice on faisait, selon l'importance des travaux, du grand et du petit appareil. Le bossage était en général réservé pour les parties militaires'. Les pierres de Kalaat Kurein présentent, il est vrai, deux tons différents; quelques-unes offrent cette teinte oris bleu que prend le calcaire de Syrie longtemps exposé à l'air (dans les soubassements de Baalbek, par exemple); d'autres sont jaune d’or. Mais cela tient peut-être à ce que certains côtés ont été exposés moins longlemps que d’autres aux injures de l'air. En tout cas, les parties certainement du moyen âge sont en blocs aussi gros que les parties qu'on pourrait croire antiques.

Pour monter au château, une route a été taillée dans le roc; elle offre à un endroit un passage à demi couvert. Cela parait se rattacher à la route de Melia, dont nous parlerons tout à heure, et constitue un ensemble de routes creusées dans le roc d'un caractère particulier. Peut-être le château fut bâti pour commander cette route. Au bas de la colline, sur le bord du Ouadi Kurein, se voient les restes d’une église du plus pur style gothique, en très-oros blocs taillés comme ceux des parties du haut qui paraissent les plus anciennes. Get endroit, entouré de belles sources et perdu au milieu des bois, est celui où je conseille à tout artiste qui voudra s'inspirer de l’intérêt romantique des croisades d'aller s'asseoir. La ruine, sauf la qualité des matériaux, ressemble à ces nombreux prieurés du temps de Philippe-Auguste, qu'on voit dans YHe-de- France et la Picardie; le paysage est ici d’une incomparable beauté.

1 Le mur, tout récent, de Saint-Jean-d’Acre, du ce style s'impose en ce pays à tout ce qui est gros côté de la mer, est en bossage, tant il est vrai que mur de forlification.

Kalaat Kurein, on le voit, est, comme Gébeil, Tortose, Athlith et Saled, un point capital pour la critique des édifices en bossage de la Syrie. Kalaat Kurein est, à vrai dire, la clef du problème; car nulle part ailleurs l’histoire de la construction n’est aussi bien connue par les textes du moyen âge. D'un autre côté, on ne peutfaire valoir une raison pour l'origine phénicienne de la tour de Gébeïl, et à plus forte raison des châteaux de Tibnin, Schékif, Banias, qu'on ne puisse faire valoir pour Montfort.

De Kalaat Kurein à Melia ou Malia, la route, toute taillée profondément dans le roc, est du plus bel effet. Près de Kalaat Kurein sont deux localités, Manhati et Jelilé, offrant des ruines avec citernes dans le genre de Mariamin !. Melia (on prononce souvent Meleya) eut de l'importance à l’époque des croisades : c’est #nbb de Vayyikra rabba, e. 262. Je l'ai traversée de nuit; au clair de lune, je lus frappé de restes de construcüons en beaux matériaux et d'un certain aspect grandiose; cela me sembla un vieux château croisé, où un village moderne se serait logé;

mais je ne pus m'en rendre suffisamment compte. On m'y montra une

petite pierre gravée, représentant un palmier au milieu, et des deux Ï F 8 D LOF | Ù

côtés deux cynocéphales.

Terschiha est un chef-lieu de district. Parmi les châteaux de la région de Terschiha, on m'indique Kalaat Deir Hanna, Deir el-Asad, Kalaat Jiddin*. Sur la route de Jisch à Kalaat Kurein, vers le milieu, au sortir de belles vallées boisées (Ouadi el-Hadid), il y a des caveaux à entrée semi-cireulaire surbaissée.

La région juive ou galiléenne commence de la manière la plus tranchée

à Kefr-Bereim et Kasyoun. Ici les synagogues apparaissent avec un sLyle

! Tout ce pays élait couvert des casaux de l'ordre Mellahah, près du lac Houlé. J'ignore l'orthographe teutonique. (Voir les Tabule précitées, index.) Pres- moderne du nom de Melia; Thomson (1, 460, 461) que tous ces noms, Tharbucha, Tersias ou Tercia, écrit Malia; Mehren , Ma‘ali , d'après les géographes la Bace, etc. existent encoré aujourd'hui (Terbikha, arabes (Syrien og Pal. p. 72).

Terschiha, Bassa, ete). 3% Voir la carte de Van de Velde; Robinson, HE,

? C'est tout à fait à tort que M. Neubauer (Géogr. p. 66, 67; Ritter, XVI, p. 782. Deir el-Asad (sul) du Talm. p. 269) identifie cette localité avec Ain doit sans doute son nom à quelque lion sculpté.

tout à fait caractérisé, et avec des inscriptions grecques et hébraïques qui ne laissent place à aucun doute. Kasyoun, Nabartein, Jisch (Gischala) , Kefr-Bereim, Meirôn (Méro ou Méroth}, Tell-Hum (Bethsaïde? Capharnaüm?), nous offrent des monuments de ce genre, très-bien conservés, et dont quelques-uns sont restés à peu près inconnus’. On attache une valeur de premier ordre à ceux de ces édifices qu'on voudrait faire remonter au temps des Hérodes ou des derniers Macchabées, quand on songe aux discussions dont ils ont été les témoins et aux pieds qui ont pu les fouler?. L’archéologie de la Galilée se présente ainsi dans des conditions sensiblement différentes de celles du pays de Tyr. Les édifices classiques y sont fort rares; mais le judaïsme des premiers siècles de notre ère, peut-être même celui de l'époque des derniers Asmonéens, y ont laissé des monuments d’un genre à part. À Kefr-Bereim, à Jisch, à Nabartein, ces ruines de synagogues sont accompagnées d'inscriptions hébraïques; à Kasyoun, d'inscriptions grecques. On sait qu'après la ruine de Jérusalem le judaïsme se conserva très-florissant dans la haute Galilée. I serait à désirer qu'une mission spéciale fût chargée de relever ces curieux monuments”. Quelques-uns, par exemple, ceux de Kefr-Bereim , de Kasyoun, de Meirôn, pourraient être parfaitement rétablis. En général, le style en est sec, surchargé de petits ornements inorganiques, et dénué de grandeur. On arrivera, je pense, à les reporter pour la plupart au temps de Septime Sévère. H faudra voir cependant si quelquesuns n'ont pas pu être témoins des luttes du christianisme naissant. N’est-1l pas étrange que l'archéologie à tous égards la plus intéressante , celle qu'on peut appeler l'archéologie évangélique, sur laquelle quelques

fouilles opérées à Tell-Hum, à Khan-Minyeh, jetteraient tant de lumière,

1 Robinson, IT, 71,74, 346, et Zeitschrift der d. dite, je n’ai vu d’édifices de ce genre qu'à Silo. (Cf. m. G. 1853, p. La, 43. Irbid (Arbela, selon Ro- Thomson, 1, p. 439, 540.) binson, HT, 342, 343; cf. Carmoly, p. 259) aurait 2 « Erat docens in synagogis eorum. » Matth.1v, 23. à une ruine du même genre, Quant aux constructions 5 La commission anglaise de Palestine a, diton, de laron et de Kadès, je ne crois pas que ce soient déjà en partie rempli ce vœu. (Voir Bulletin de la Soc des synagogues. — Dans la Palestine proprement de géogr. janv. 1870, p. 59.)

CAMPAGNE DE TYR. 763 soit encore tout entière à créer? Comment le christianisme, qui dépense des millions pour bâtir un temple, at-il pu laisser sans le remuer le sol qui renferme peut-être dans son sein des monuments liés à ses souvenirs les plus augustes et les plus saints?

Le village de Kefr-Bereim ! Ce AS), à deux heures ou deux heures et demie au nord-ouest de Safed, est un des endroits de Galilée les plus remarquables sous le rapport des antiquités juives. Le nom de ce village ne se trouve n1 dans la Bible, ni dans Josèphe, ni dans le Talmud; mais il figure, dans les itinéraires de pèlerins juifs du moyen âge, sous la même forme qu'aujourd'hui, 8ÿ22"252?. Dès cette époque, il était célèbre par ses deux synagogues. On y plaçait le tombeau de plusieurs rabbins et de différents personnages bibliques. Les deux synagogues étaient déjà en ruines vers le milieu du xvr siècle.

Kefr-Bereim conserve encore aujourd’hui les restes de ces deux synagogues, toutes deux remarquables par leur style architectonique et par les inscriptions qu'elles présentent. L'une de ces synagogues est située dans le village même, et est devenue une maison de paysan. Elle est en style dorique romain, assez pur, et de belle construction. La porte est précédée d'un petit parvis sous colonnes. C'est la mieux conservée de toutes les synagogues de Galilée; un architecte pourrait en faire une reslauration intégrale, qui ne laisserait place à aucune chance d'erreur. En effet, aucune partie des matériaux n’a disparu; quelques ornements seu lement, en particulier une grappe de raisin assez bien exécutée, ont été pris pour décorer la maison du khouri. Une inscription hébraïque se lit sous l’une des fenêtres? J'en ai pris un estampage, d'après lequel a été

faite la reproduction, planche LXX, n° ».

1 Voir Robinson, Il, 79, 71; Van de Velde, I, 436; Robinson, IL, 68 et suiv. et dans la Zeitschrift p- 133,135; Thomson, I, p. 436. der d. m. G. 1853, p. Lo. Seetzen passa à Kefr-

? Carmoly, Jüinéraires de la Terre Sainte des ar", Bereim, mais ne reconnut pas les synagogues (ReiaIv°, xv°, XVI et xvir* siècles, p. 139,136, 155,156, sen, 2% Theil, p. 124; Commentare, p- 301). 184,380,439, 455, 456. Cf Thomson, I, p. 435, 3% Je publiai l'explication de ces inscriptions dans

Il est difficile, avec ces traits, de former un sens bien satisfaisant, On lit assez clairement }972%%2N. Avant l'a, il y à quelques caractères tout à fait indécis, dont le premier parait être un 2. Par moments, on est tenté de lire Du: mais je préfère voir dans les caractères qui forment le milieu de l'inscription le nom d'Éléazar. Ce qui suit peut aussi être lu n°92, ou n°92. Les deux premières lettres sont peut-être une abréviation de Ben Rabbi. En tout cas, cette inscription ne se rapporte pas à la construction de la synagogue sur laquelle elle se lit. C'est probablement l'œuvre de Fun des pèlerins qui sont venus à Kefr-Bereim. Le 3, le » et le ; final appartiennent au caractère carré le plus mür. L'N, le b, le +, au contraire, ont de très-belles formes an-

ciennes, qui surpassent en tournure monumentale toutes les formes de ces caractères

que nous connaissions jusqu'ici par l'épigraphie.

M. de Sauley propose de lire D) 2 MON 12 : « Éléazar, fils de lefoun, l’a bâti.» Mais, quelque latitude de lecture que permettent les caractères qui précèdent DIN, un fait est certain, c’est qu'il y a là quatre lettres. 32, qu'on pourrait être tenté de proposer, est une forme impossible, les verbes TD suppriment totalement le ñ final avant le pronom sufhixe. D'ailleurs, la place de l'inscription , sous une fenêtre, et dans un endroit tout à fait accessoire, ne porte nullement à croire que son objet soit d'indiquer le nom du constructeur. C'est au-dessus de la porte qu'une telle indication aurait dû se trouver. L'architecture de cette synagogue est très-répulière; une pareille anomalie ne se comprendrait pas.

M. Frankel ne propose non plus sur cette inscription rien de satisfaisant. IL veut qu'il y ait là deux inscriptions d'époques séparées, le second écrivain ayant, par une sorte de jeu, voulu continuer, avec un sens différent, ce qu'il trouvait écrit. I est trés-vrai que deux ou trois endroits de l'inscription semblent offrir des retouches, dont notre gravure a tenu compte. Néanmoins, l'hypothèse de M. Frankel est inadmissible. Un tel jeu se comprendrait tout au plus pour une inscription placée à portée de la main. Mais faire apporter une échelle pour se donner le plaisir d’une sorte d’espièglerie sur un graffhto antérieur, voilà qui est de la plus haute invraisemblance. Il faut donc rester encore dans le doute sur cette inscription. Ayant de nouveau comparé la gravure sur bois avec mon estampage, j'ai reconnu qu'on ne pouvait guère rendre mieux les traits que ce dernier. La petite séparation entre les caractères pénultième et antépénultième existe, et j'ai renoncé à voir là un 5 ou un D, Je tiens du reste mon estampage, qui est l'équivalent du monument lui-même, à la disposition des hébrai-

sants qui voudront reprendre l'examen de la question.

le Journal asiatique, décembre 1864. MM. Frankel sur les mêmes textes, les deux derniers de la ma- (Monatsschrift für Geschichteund Wissenschaft des Juden- nière la plus fructueuse. Je repris le sujet dans le thums, avril 1865, p. 147 et suiv.), de Sauley (Re- Journal asiatique, décembre 1865. (Voir aussi Chwol-

vue archéol. juillet 1865, p. 69 et suiv.), Lévy de son, Achtzehn hebræische Grabschrifien aus der Krim,

Breslau et Geiger (Jüdische Zeïtschrift für Wissen- Saint-Peiersbourg, 1865. Mém. de l'Acad. 7° série,

schaft und Leben, 3° année, p. 230, 231)revinrent t. IX, p. 83, note 2, p. 128 et suiv.)

La seconde synagogue de Kefr-Bereim est située hors du village, au milieu des champs. I ne reste debout que la porte; d'assez nombreux débris gisent alentour, et présentent les particularités ordinaires du style des synagogues de Galilée, notamment le goût pour les angles d’un seul bloc comprenant la colonne et le plasire, et pour les demi-colonnes ou colonnes doubles engagées (rappelant en petit les grandes colonnes accouplées de la basilique de T yr), taillées d’un seul bloc avec leur piédestal et une partie de la surface lisse où elles s'engagent. Cest là un signe d’architecture artificielle, où les coupes des pierres ne répondent pas aux lignes, une idée qui dénote un art transporté loin du pays qui l'a créé, puisqu'elle établit une contradiction fondamentale entre l'apparence et la réalité architectonique !. Ce n'est pas sans raison, cependant, qu'on y fut amené pour les synagogues. La synagogue est une salle, non un temple; elle est destinée à fournir un abri couvert; le mur doit y être l'essentiel; la colonne s'y réduit à un simple décor, comme dans l’architecture des églises de la décadence italienne au xvn° siècle, et chez nous.

La porte est d’un style bizarre, extrêmement chargée d'ornements (cordés, crossettes, rinceaux, torsades, antéfixe ceniral); l'exécution est sèche et raclée. Le goût des cordons et des moulures à crossettes «est remarquable : c'est un des traits du style juif?. À la partie inférieure du linteau, a été ménagé un listel de 5 centimètres de large, sur lequel se lit une longue inscription hébraïque. Voir planche LXX, n° 1.

Gette inscription a été remarquée depuis longtemps par les juifs de Saled; mais ils

ne lisent que le mot o?v. On doit supposer qu'il en fut généralement de même au moyen âge". Deux singuliers rapprochements, cependant, doivent être signalés iei.

! Voir ci-dessus, p. 697, 698. Cf. Sauley, premier deuxième Voyage, Il, p. 207. A Hiérapolis de Phry- Voyage, pl. xvi, et dans les Mém. de l'Acad. des gie, où il y avait beaucoup de juifs, et où se remar- Taser. t. XXVT, 1° partie, Aâraq el-Emyr, pl. vi. La quent une foule de traits qui rappellent le judaïsme,

colonne des portiques d'Hérode récemment trouvée j'ai aussi vu des tombeaux dont la porte est à crosprès de Jérusalem, dans la carrière, offre la même seltes. particularité. # Robinson, Bibl. Res. in Palestine, WE, p. 70.

? Sauley, premier Voyage, pl. xxxiwv, x: # Carmoly, p. 135. ÿ ; ;

Rabbi Samuel bar Simson (commencement du x siècle) dit qu'il trouva à Meirôn une synagogue avec une Inscription portant qu'elle avait été bâtie par Schalom ben Lévi!. La synagogue ancienne dont les restes se voient encore à Meirôn n’a pas d’ins- MCE . taé Re rome 2 cure eal nn Onsorre cripüon. Schalom n'est pas un nom propre?. Ÿ aurait-il là une confusion? On verra qu'un des premiers mots de notre inscription est schalom, et qu'en effet le nom du fondateur est Ben Lévi. Meirôn, d'ailleurs, n’est qu'à une heure et demie de Kefr-Bereim. — Un fait plus curieux est que le Schabbéhi leruschalem, récit d’un voyage fait

en 1h91,

cite la moitié de notre inscription. Je rapporterai bientôt le passage.

Robinson vit l'inscription, la crut illisible, et négligea de la copier Ÿ. M. Thomson, sans l'avoir comprise, déclara, assez légérement, «qu'elle ne donne aucun renseignement sur l'auteur, l’âge et le caractère du monument.» M. Van de Velde la proclama également indéchiffrable, et se contenta de reproduire, à la suite de son Voyage, une copie qu'il en avait prise. Cette copie rend si médiocrement les traits de l'original, qu'il eût été certainement impossible d'en tirer un sens suivi; aussi je ne crois pas qu'elle ait suscité aucun travail d'interprétation. J'ai pris un estampage très-soigné de l'inscription, d’après lequel a été exécutée la gravure pl. LXX, n° 1. On verra que c’est par erreur que Robinson et Van de Velde l'ont crue ébréchée. Placée assez haut et hors de la portée de la main, l'inscription de Kefr-Bereim n'a souffert que des injures de l'air; une petite mousse qui s’est formée dans le creux des lettres lui donne seule l'apparence un peu fruste.

Les trois premières lettres offrent quelque difficulté. On est tenté d'abord de voir dans la première un va; la deuxième lettre parait un heth; la troisième lettre ressemble à la première, quoiqu'un peu plus forte. Mais ces valeurs ne prêtent à aucun sens. Comme dans notre inscription les x , les * et les } se ressemblent beaucoup, et que la deuxième lettre peut être un n ou un 5 aussi bien qu'un ñ, on se trouverait plongé dans de grandes incertitudes, si des considérations étrangères à la paléographie ne devaient bientôt nous donner la vraie lecture de ces trois lettres avec une grande probabilité.

Le mot nv se lit ensuite avec une parfaite évidence. Le à final offre exactement la forme qu'il a dans les Bibles imprimées.

Le mot 2ÿpN2 se lit ensuite d’une façon non moins certaine. Le 9 médial a une

! Carmoly, p. 134.

? M. Frankel croit pouvoir citer quelques exemples anciens de ni vw employé comme nom propre. Lors même que les exemples qu'il cite ou qu'il a en vue seraient démonstratifs (ce qui est douteux, la vraie lecture étant peut-être m5w), l'hypothèse que je propose sur le nom de Schalom ben-Levi dans le voyage de Rabbi Samuel bar-Simson n’en garderait pas moins sa vraisemblance. Le nom de Schalom est porté aujourd'hui par beaucoup de juifs (voir

Chwolson, {. c. p. 83, note 2); mais c’est peut-être une altération de Schalloum,

% Loc. cit. CE. Zeitschrift der d. m. G. 1853, p. La. L'auteur du Guide Murray pour la Syrie et la Palestine, qui est Porter, déclare aussi l'inscription illisible, sauf le mot or (p. 4ho). Porter n'avait pas, je pense, été sur place.

4 The land and the book, 1, 36 (New-York, 1860).

5 Reise durch Syrien und Palestina , \, p- 133 (Leip- 2ig, 189).

forme très-remarquable, qui le rapproche tout à fait du D des inscriptions de M. de Vogüé”, de l'inscription de Sadda, découverte dans le monument appelé « Tombeaux des rois,» par M. de Saulcy?, et de celle que j'ai trouvée à Gébeil Ÿ.

Ce qui suit, lahjeïipe) D5a min, n'offre non plus aucune difficulté.

La lettre qui suit pourrait être prise pour un va; mais les quatre lettres subséquentes donnant évidemment 5N9%, on est amené forcément à voir dans la première lettre un td. Les formes de ces deux lettres, dans l'alphabet carré, ne différaient guère, autrefois surtout, que par leur grandeur.

Nous obtenons donc un membre de phrase très-simple et très-régulier :

Pb mDpD POST nn Dpha Die...

He pax in loco hoc et in omnibus locis Israël.

Cette phrase renferme une allusion évidente à un passage de Hagpgée (1r, 9), relatif au second temple : NDS nn DNS DVD jnN rm Ep02 : «In loco hoc dabo pacem, ait Jehova Sebaot.» On peut être tenté, d’après cela, de croire que le verbe renfermé dans les trois premières lettres est 3. La seule hésitation qui peut rester en celte hypothèse est de savoir s'il faut lire jn3 ou jh; mais cette seconde lecon est plus conforme au passage de Hagpée, plus naturelle, et répond mieux aux traits de l'original. La troisième lettre, en effet, est plus grosse et plus forte que la première. On pourrait donc traduire : «Det Pace etc.» On pourrait aussi, à la rigueur, ponctuer 3n° *. Est-ce là cependant la vraie lecture de l'inscription? Je ne le crois pas. M. Lévy, M. Geiger (j'étais arrivé moi-même, après la publication de mon premier mémoire, à cette hypothèse), ont pensé qu'il fallait lire DE) Sn) : «Que la paix soit en ce lieu.» Cela est beaucoup plus simple et plus conforme aux habitudes de l'épigraphie hébraïque. Cependant le passage de Haggée et la grandeur un peu insolite du second » justifient jusqu'à un certain point la lecture 3. M. Frankel a eu ici une idée des plus singulières. I veut lire mn DYpD2 Dpt j : «Que Jehovah, qui est la paix, [habite] en ce lieu, ete.» Cela est assurément peu naturel. L'auteur du Schabbehi fer schalem, qui cite de mémoire, paraît avoir hésité entre 3 et 3 (voir ci-après. p.772).

Les quatre lettres suivantes donnent clairement ND «José, » forme altérée du nom de Joseph, très-commune chez les Juifs dans les premiers siècles de notre ère. Nous la retrouverons bientôt dans l'inscription de Jisch.

La lecture du nom propre HDT est approuvée par les trois savants israélites allemands, et en particulier confirmée par M. Frankel. M. de Saulcy élève ici des objec-

! Revue archéologique , mars 1864. «évidente» dans jp. Il n'a pas songé que la forme ? Journal Asiatique, déc. 1865, NLTE du futur hophal jm est usitée. On peut en voir les 5 Ci-dessus, p. 193. exemples recueillis dans Gesenius, Thesaurus lingucæ

* M. Frankel veut voir une faute d'impression hebr. p. 928.

tions. Îl doute d'abord que les noms José et Joseph soient identiques. Mais c'est là un doute qu'il abandonnera, j'espère, devant les démonstrations données par M. Frankel. José est une altération palestinienne de Joseph. Le même individu s'appelait Joseph à Babylone et José en Palestine, Dans les manuscrits anciens du Nouveau Testament, les noms fwoys et iwoy© s'emploient indifféremment pour le même personnage ?. Nous citerons bientôt un exemple du même genre tiré du Pirké Avoth. Enfin, on trouve dans les papiers de Peirese l’épitaphe d’un Syrien chrétien, émigré en Gaule, du nom de 1IWCHC?, et dans de Ross

tel nom que comme synonyme de Joseph. La lecture 799, proposée par M. de Sauley, il RON [ PRO Ï )

un IOSE. Or des chrétiens n’ont pu prendre un Pu F

outre qu'elle ne donne aucun sens, est paléographiquement bien moins satisfaisante que nDV. En effet, la troisième lettre est sûrement un D, comme le prouve la compa-

raison avec le nom AD dans l'inseription du «tombeau de saint Jacques D

» Je sais que la forme ‘5 est bien plus fréquente que 0%. Cette deuxième forme, cependant, es employée dans le Talmud de Jérusalem. M. Frankel, talmudiste si exercé, déclare en connaître des exemples, aussi bien que des formes NDY et ñDY.

Le caractère suivant est assez indécis. La lettre avec laquelle on songe le plus volontiers à l'identifier est le hé, et cette lecture est pleinement confirmée par la suite. En groupant, en effet, avec notre lettre indécise, les huit lettres suivantes, qui ne donnent lieu à aucun doute, on obtient le nom %b 32 %bñnby, «José Hallévi ben- Lévi. »

Ce qui suit, in AYPÈN nÙS,

«linteau» (oùôds de Schalaloun); le mot biblique est n1p@0 °. I faut donc traduire :

est également clair. AP est le mot mischnique pour

x José Hallévi ben-Lévi a fait ce linteau.» La forme du n est fort remarquable. Une inscription plus ancienne porlerait sans doute, comme les inscriptions phéniciennes, le verbe bwp. Celle de Jisch a le chaldéen 329.

À partir de cet endroit, on sent que le lapicide s'aperçoit qu'il n'aura pas de place pour écrire tout ce qu'il veut. [l serre ses lettres et les fait plus petites. Les trois premicres lettres de cette nouvelle série font hésiter un moment; elles sont certaines cependant; il faut lire N2n. On remarquera la forme de l'aleph, comparée à celle que la même lettre présente dans le mot Due.

Le mot suivant est parfaitement clair; c'est 5292.

Les lettres suivantes donnent &5592. Après le ©, on remarque un trait qui n'esi

! Voyez Winer, Bibl. Realwærterbuch, au mot Joses ; J. C. M. Laurent, 1866), p. 168, 169, 171, 172; Lightfoot, Hore

Neutestamentliche Studien (Gotha,

hebr. in Act. Âpost. 1, 23.

? Leblant, /nscr. chrét. de la Gaule, n° 591. 3 Roma sott. |, p. 174.

i M. de Vogüé, le Temple de Jérusalem, p. 45 et

130,et pl. xxxvii, fig. 4, et dans la Revue urchéolo-

pique, avril 1865, p. 326, 397.

En ce qui concerne ce mot, je ne peux admettre les observations de M. de Sauley. mpw9 ne signifie pas «fenêtre ou baie;» le sens radical de np® n'est pas «regarder.» On peut s'en convaincre en consul- 1478, et Bux- 2517, 2518. Pour s, p.676, 677;

tant Gesenius, Thesaurus, p. 1 Hors torf, Lex. Chald. talm. et rabb. coll.

ces dédicaces de portes, voyez ci-dess

717, nole 3.

aucune lettre précise. Ce trait peut renfermer l'intention d'un 5: peut-être aussi implique-t-il une abréviation, venant de ce que le lapicide n'avait pas eu assez d’espace pour écrire sa dernière formule. #3592 ne donne absolument aucun sens. H est donc possible qu'il s'agisse ici d’une de ces formules consacrées que les juifs aiment à écrire en ne traçant que les lettres initiales, en ayant soin toutefois que la première radicale de chaque mot soit écrite. M. Derenbourg, que je consultai sur ce point, me sugoéra : DU ND YA 1292 NN, « Veniat benedictio in opera manuum ejus el pax.»

L'explication que javais proposée, d'après M. Derenbourg, des dernières lettres V9, na pas satisfait messavants émules. M. Frankel, réservant la dernicrelettre pour en faire une date, lit : 5992 552 N2D, « Vemiat benedictio in viscera ejus.» Pour diminuer ce qu'une telle expression à de choquant, il suppose une allusion au Ps. ax, v. 18 : « Veniat (maledictio) sicut aqua in interiora ejus. » Mais l’allusion n’est pas suffisamment justifiée. L'hypothèse d'après laquelle 599 serait pour SD JNYNY, avec allusion à Isaïe, xzvur, 1 9 est encore plus forcée.

Enfin, pour rendre possibles de telles explications, M. Frankel est obligé de séparer le & et d’en faire la date de l'inscription. Nous ne discuterons pas ses différentes suppositions à ce sujet, car elles vont toutes se briser contre un fait évident : le style du monument, style qui exclut absolument les dates auxquelles M. Frankel est obligé de descendre pour soutenir ses suppositions.

Népligeant, en effet, ce que J'avais dit du style architectonique de la porte et des débris gisant alentour, M. Frankel s’est laissé aller à l'hypothèse la plus singulière. Il veut que la synagogue qui porte notre inscription soit de la fin du x° ou du commencement du x° siècle, Je regrette de ne pouvoir donner encore de ces débris un dessin. qui sûrement mettrait fin à un pareïl débat. Mais, je le déclare, nulle confusion à cet égard n’est possible. La synagogue en question est en très-prands matériaux, en style romain de décadence; elle offre les particularités que présentent les édifices analogues du temps des seconds Antonins. Je ne connais pas en Syrie de synagogue du x° ou du xi° siècle; mais, bien certainement, si l’on en a construit à cette époque, on ne les a pas construites en un style oublié depuis six cents ans et nullement approprié aux habitudes du temps. On ne peut donc pas tenir compte des observations de M. Frankel sur ce point.

M. Lévy s'était d’abord arrêté, «faute de mieux,» à une hypothèse analogue à celle de M. Frankel. Mais c’est sûrement M. Geiger qui à eu ici l'idée la plus ingénieuse. Il pense que le lapicide à voulu écrire »wwmH2; qu'ayant omis par méparde le v} après le ÿ, il l'a écrit à la fin du mot en le faisant suivre du } renversé, qui dans la Bible indique les transpositions. J'ai des doutes sur ce dernier point, d'autant plus que ce trait final de l'inscription est fort indécis: mais je regarde comme probable, en effet, que l'on à voulu écrire MWSH et qu'il faut simplement traduire : « Veniat benedictio in opera ejus.» M. Geiger, cependant, à tort de repousser absolument l'explication

on

de M. Derenbourg. Des abréviations de ce genre n'ont rien d'invraisemblable, et la formule proposée par M. Derenbourg est très-usitée dans le rituel.

Toute l'inscription peut done se lire et se ponctuer ainsi : Nan mo mpen rpg b je bn nov but minipo bon ma oipes oi vo MÉYD NT

«Sit pax in loco hoc et in ommbus locis Israël. Jose Levita filius Levi fecit superliminare hoc. Veniat benedictio in opera ejus.»

À quelle époque rapporter cette inscription? Les considérations paléographiques feraient penser au n° siècle de notre ère. En effet, le caractère de notre inscription semble plus récent que celui de l'inscription du «Tombeau de saint Jacques,» à Jérusalem, et du sarcophage de Sadda; ce caractère ressemble d'ailleurs beaucoup

ben ne eo cel des éoilanhes cuves des prennete a celui des catacombes JUIVES € , en gene al, à CeluI GeS epl ap 1E8 JUIVES aes premiers

sièc

Les considérations philologiques conduisent au même résultat. Le mot "\p@ est un mot mischnique. Le mot DDpŸ, dans la Bible, a un sens un peu différent. Le nom de l’auteur du monument 5DY conduit au même résultat. Ce nom est une altération de DV. D et nDY se mettent indifféremment l'un pour l'autre dans le Pirké Avoth et dans le Talmud '. Cette altération se trouve déjà, comme nous l'avons dit, dans les Évangiles synoptiques et les Actes des Apôtres, où les manuscrits les plus autorisés confondent les formes lwoñs et lwone?. La forme José était donc employée dans la

deuxième moitié du 1” siècle. Elle l'était sans doute auparavant. M. de Sauley cite

deux personnages du n° siècle avant J. G. qui sont désignés dans quelques textes rabbiniques par le nom de José. Mais il faut remarquer que de telles particularités d’orthographe n'ont de force probante que pour l'époque de la rédaction des textes où elles se trouvent. La preuve, c'est que les deux personnages cités par M. de Sauley, Joseph ben-Joézer de Séréda et Joseph ben-Johanan de Jérusalem, sont indifféremment appelés Joseph (nDY) ou José (5D5) dans les meilleurs textes, en particulier dans le Pirké Avoth (ch. 1,$ 4,p.5, 6, de l'édition de Philippe d'Aquin).

Enfin, le style du monument, assez mesquin sous le rapport du goût, fait penser aussi à l'époque des seconds Antonins. La synagogue de Kasyoun, à deux heures de Kefr-Bereim, a une inscription votive pour le salut de Septime Sévère. Certes, la synagogue de Kasyoun pouvait exister avant que l'inscription y fût érigée; mais les

1 Pirké Avoth, 1, 4, par exemple. CF Lightfoot, porte lwoÿs (de Rossi, Bullettino di arch. crist. h° an- Horæ hebr. in Act. Apost. 1, 23. Les doutes de Winer née, p. Lo.) M. de Rossi a tort de douter de l’idensur l'identité de ces deux noms (Bibl. Realw. art. Jo- tité de Joseph et José. On peut voir deux autres exemples ses) sont peu fondés. moins anciens dans Garrucci, Düissert. archeol. IE,

2 Matth. xu, 55; xxvu, 56; Marc, vi, 33 xv, 40, p- 159, et Cimitero degli antichi Ebrei, p. 69. Sur 7; Act. 1v, 36. José le Galiléen, voyez Carmoly, ltinéraires, p. 135.

3 Une inscription juive, qui semblé du 1° siècle, 163.

inductions historiques nous présentent la fin du second siècle et le commencement du troisième comme l'époque qui convient le mieux à la construction de tels bâtiments. Après la destruction de Jérusalem (lan 70), le judaïsme se réfugia en Galilée et dans les pays voisins; le christianisme se développait plutôt dans la Batanée et le Hauran. On sait qu'à partir de l'an 200 à peu près, Tibériade devient comme la capitale du judaïsme. Le grand mouvement des écoles d’où sont sorties les compilations talmudiques a surtout pour théâtre la Galilée. C'est donc probablement vers le temps de Juda Hakkadosch que fut tracée notre inscriplion, et lon peut croire qu'elle nous représente bien le caractère dans lequel fut écrite la Mischna. On remarquera que l'orthographe en est conforme, jusqu'à la dernière minutie, à celle des Bibles dont nous nous servons de nos jours.

M. Lévy serait porté, par la paléographie, à supposer le monument un peu plus ancien que je ne l'ai fait. Il ne croit pas qu'il y ait deux siècles d'intervalle entre notre inscription et celle du « Tombeau de saint Jacques.» C'est surtout la comparaison avec les inscriptions de Crimée et celles de Rome qui le conduit à cette opinion, quoique des reproductions exactes de ces dernières manquent encore!.

M. de Sauley, sur la question de l'âge du monument, apporle avec raison beaucoup de réserve. Il allègue cependant, pour fixer la date de la construction de la syna-

gogue qui est dans l'intérieur du village, un passage de Rabbi Samuel bar-Simson, où ce pèlerin dit que la synagogue de Kefr-Bereim est une des vingt-quatre synagogues que fit bâtir Rabbi Siméon, fils de Jochaï. M. de Saulcy prendrait volontiers ce passage comme historique. Mais ces vingt-quatre synagogues sont très-probablement une donnée légendaire dont on ne peut faire usage. Pour bâtir vingt-quatre synagogues aussi belles que celles de Kefr-Bereim, Siméon ben-Jochaï aurait dû étre un Rothschild.

Samuel bar-Simson voyageait vers 1210. Une telle tradition, à mille ans d'intervalle, a bien peu de poids. Les pèlerins juifs du moyen âge n'ont pas plus de critique que les pèlerins chrétiens. Qui ne sait combien ces sortes de relations établies entre les monuments de Palestine et les hommes célèbres de la tradition Juive et chrétienne sont frêles, combien elles changent fréquemment! Les guides de tous les temps ont été les mêmes. Quelquefois ces traditions, qu'on vous donne en un village comme immémoriales, n'ont pas cinquante ans de date; souvent même on peut toucher du doipt leur formation. Tous les tombeaux de Meirôn ont ainsi des attributions à des célébrités talmudiques, qui paraissent gratuites.

Quant à l'identification de la synagogue qui porte notre inscription avec le monu-

ment qui passait pour celui de Pinehas ben-Jair, elle est peu probable. Ce monument était, dit-on, situé au sud du village; le nôtre est au nord-ouest. Du reste, quoique

située maintenant hors du village, la synagogue en question peut très-bien être l’une des deux synagogues que les pèlerins juifs placent « dans le village.» Le village pou-

! Cf. Chwolsou, op. cit. p. 128 el suiv.

vait être alors plus étendu qu'aujourd'hui; la distance des dernières maisons à la synagogue est très-peu considérable; les limites du village ne sont pas nettement tracées. J'ai attendu jusqu'ici pour parler d'un curieux passage relatif à nos inscriptions, dont je dois la communication à M. Derenbourg. Ce passage se lit dans le Shabbehr leruschalem (27e 2%), imprimé à Livourne pour la deuxième fois en 5586(1826), fol. 15 v°. Dans le récit d’un voyage, entrepris en l'automne de l'année 528» (1521), il est dit : «Puis nous allâmes à Cafr Bar’am; c’est un grand village où vécut le prophète ‘Obadiah ; une grande rigole, au-dessous de laquelle se trouve la caverne, mdique son tombeau. Tout près on voit une construction en ruines, dont il ne reste que deux portes. Sur le linteau de la petite porte est gravé en lettres carrées ce qui suit nn Dao np 2221 ob 30° min DYP02 1. Que Dieu donne la paix à cet endroit el à tous les. endroits d'Israël, ete. On m'a raconté que, sur une autre pierre qui était

tombée, on lisait :

ro Nov ben Op monn 0N 102 IMPNT LMN

Ne vous étonnez pas de la neige qui tombe en misan (mars-avril), nous en avons vu en sivan (mai-juim). Tout le monde soutient que cette bâtisse était l'école (midrasch) de "Obadiah. Dans le haut du village était la synagogue fondée par R. Siméon ben-Yohaï, dont le mur de devant avec les portes est encore debout. Ce R. Siméon a fondé vingtquatre synagogues en Galilée. »

On voit que l’auteur a lu la première partie de l'inscription, l'a retenue de mémoire, et, ayant remarqué que c'est une citation de Haggée, a rendu le texte épigraphique plus conforme qu'il ne l'est au texte prophétique. Quant à la seconde inscription, très-probablement mal lue, je ne sais si elle a du rapport avec notre n° » (pl. LXX). Il est certain que le dernier mot de cette inscription a pu être lu 323 ou j»o. C’est un fait remarquable que les rabbins du moyen âge aient été si frappés de ces petites inscriptions de Kefr-Bereim. Cela prouve que ces inscriptions avaient pour eux quelque chose d’extraordinaire et que de telles écritures étaient rares en Galilée. S'il y avait eu beaucoup d'épigraphes hébraïques visibles dans les endroits visités par les rabbins

du moyen âge, ils les eussent bien ou mal relevées.

Nous n'insisterons pas sur le caractère apocryphe des tombeaux de docteurs que les pèlerins juifs du moyen âge placent dans chacune des villes de Galilée. Pour comprendre combien ces prétendus lieux saints avaient peu de solidité, il suffit de remarquer que les pèlerins supposent

enterrés en Galilée des gens qui n'y ont probablement jamais été, Sche-

maia, Abtalion, Hillel, Schammaï. Ce fut un parti pris d'inhumer en ces

CAMPAGNE DE TYR. Frs

parages toutes les célébrités talmudiques. I est probable que cet ensemble de traditions apocryphes, destiné à attirer les pèlerins, et auquel on adapta tantôt des monuments anciens, tantôt des constructions récentes, date de lan 800 ou 900, époque où les Juifs vécurent très-paisibles à l'ombre du khalifat et revinrent avec zèle vers leurs anciennes études et leurs anciens souvenirs. Comme c'étaient les souvenirs talmudiques qui se rattachaïent surtout pour eux à la Galilée, ce furent ces souvenirs qui peuplèrent le pays. Presque loutes les petites images de tombeaux qu'on voit dans le Jichus ha-abot sont de style musulman’, L'habitude d'élever des tombeaux apocryphes aux personnages religieux célèbres se retrouve, du reste, dès les temps évangéliques (Matth. xxur, 29 )?.

M. Athanase Coquerel, qui à été en 1869 à Kefr-Bereim, m'a écrit que le khouri, homme assez intelligent et au courant des antiquités du pays, lui a dit avoir découvert, depuis mon voyage, trois nouvelles inscripüons hébraïques étendues. IH ne voulut pas les montrer ni désigner exactement l'endroit, sous prétexte que c'était trop loin. M. Coquerel lui laissa du papier à estampage et une petite somme pour faire parvenir à Jaffa les inscriptions relevées: il n’a reçu aucun envoi.

Kefr-Bereim est ainsi un point à part, le point où il faut aller pour étudier dans ses plus beaux types l'architecture Juive des premiers siècles de notre ère. Peut-être les synagogues où entra Jésus ne différaient-elles pas beaucoup de la synagogue qui se voit encore en ce village. Cette dernière synagogue est plus ancienne que celle qui donne la grande inscripton, el je la rapporterais volontiers aux années qui précédèrent la orande révolte sous Néron.

Kasyoun est un point non moins important pour les antiquités juives. On pourrait être tenté de l'identifier avec &p de Jos. xx, 20; xxr, 98; L Chron. w, 57 (ep est une faute de copiste*). Mais cela est Impos-

! Carmoly, p. 434 et suiv. * Gesen. aux mots j"®p et w71p; Knobel, in Jos. ? Voir Vie de Jésus, p. 370 (13° édition ). l. ce. Menke (cartes », 8) s'autorise du Kadis ou Kedes

sible, ;8? étant donné comme une ville d’Issachar, tribu qui ne put jamais monter jusqu'au lac Samochonitis ". Notre Kasyoun est sûrement le JPOND des juifs du moyen âge, qui n’a pas de correspondant biblique?. I a de beau restes d’une synagogue bâtie sur un terre-plein élevé, surplombant un étang; parmi les débris se trouve une importante inscripton, assez fruste*. La pierre sur laquelle est gravée l'inscription n'est qu'épannelée, et est bien plus grossière que les matériaux de la synagooue; elle est sûrement postérieure à la construction de cet édifice “. La voici telle que M. Léon Renier l’a restituée d’après la copie et l’estam-

page que j'en pris :

EYXHCIOYAAIWN

VAMREMPAC OT HP A CSA NIK WUNHMWNAYTOKPATOPW

KANIC'APLUIN A NC EMINMICE OVH Z ENCÉBOEPMACE

B : KAIM :AYP:A

Y 1‘ fi La F / VTEp wTNpIAs Tor x upt-

ao y mur aÙToxparÜpo|r louAlas Kaodpwyr, À. Zeni. Zeouy|pou

Aduvns ° Ze.

edyñs louSato.

Edo. Ilepr. 2e6., xai M. Adp. A[vrweiyou Ÿ, [uat À. Sen. l'Jéra, vi aù[Trod, xai Gp00-

Le nom de Géla est gralté, comme cela a lieu presque toujours, surtout en Syrie

actuel sur le bord du lac de Tibériade (Van de Velde; Menke, n° 8; Zimmermann, de Saulcy, premier Voyage, IT, p. 470) pour placer ce &5p en Issachar; mais l'autorité du copiste des Chroniques est insuflisante pour appuyer cela.

! L'hypothèse de Sauley (premier Voyage, IT, p. 455, A5G) n'est guère plus admissible. La transcription régulière de j"#p en arabe serait Gus.

? Carmoly, tin. p. 455. La différence d’orthographe avec j"&p ne serait pas une raison contre l'identité. La plupart des localités de Galilée avaient, au moyen âge, arabise leur nom, même pour les

juifs. (Voir Benj. de Tud. p. 44, 45, par exemple.) L'identification de Kasyoun avec NDD°P, proposée par Frankel, L. c. p. 154, me paraît tout à fait arbitraire et péremptoirement réfutée par le passage de Carmoly, p. 133.

3% Porter vit l'inscription, mais ne la copia pas. Robinson ne put la retrouver. (Bibl. Res. TT, p. 363.)

4 Ainsi tombe le raisonnement de Frankel, L c. p 154.

5 Ma copie porte NIOY; les deux premières lettres sont très-douteuses, sauf IZ1OY.

5 NH sont ligaturés.

(Corpus, n° 1917, Wetzstein, n° 109); trois lettres sont visibles encore (voir ci-des . sus, p. 327). :

« Les noms officiels ! du fils aîné de Septime Sévère étaient M. Aurelius Antoninus : c'est ainsi qu'il est presque toujours nommé sur les monuments, et quand, pour abréger, on ne lui donne pas ces trois noms, ce n’est pas le dernier qu'on retranche, ce sont les deux premiers. Âroy#ou ou Âvroyelvou est donc nécessaire ici et doit être écrit en toutes lettres, comme les surnoms du père et du frère de ce prince, Zeoupou et Téta.

“Après ce nom je supplée KAI A. CETIT (ai Aouxiou Zerrmlou), le prénom et le gentilicium de Géta, qui ne doivent pas être omis, ceux de son frère se trouvant exprimés. Le vide de l'estampage embrasse juste le nombre des lettres exigé par cetle hypothèse.

«Je ne comprends pas le commencement de la dernière ligne. Il faut que edyñs soit la fin d’un mot exprimant l'idée de corporahon, où une. idée analogue, mot que d'ailleurs je ne retrouve pas”; ou, si c’est le génitif du mot edy, ce génitif doit être régi par une préposition disparue avec la fin de la cinquième ligne, comme ueT, à ou &E*°. Mais J'avoue que cette dernière partie de l'alternative me sourit peu; je ne connais rien d’analogue sur les monuments.

« Quant à la date de l'inscription, on peut la déterminer avec assez de précision. D'abord, le monument devait être symétrique; il devait y avoir une couronne à droite comme à gauche. Que lisait-on dans cette couronne? La première idée qui se présente, c'est qu'on devait y lire les noms de la femme de Caracalla,

KAI DOYAOYIAC MTAAYTIAAAC CEB

ce qui reporterait la date que nous cherchons à une année postérieure au mariage de ce prince, c’est-à-dire postérieure à 200.

«Mais, pour peu qu'on y réfléchisse, on ne tarde pas à s'apercevoir que cette idée ne peut être admise. La place que l'épithète CEB occupe dans l'inscription, après les noms de Sévère et avant ceux de ses fils, prouve que, lorsque cette inscription a élé gravée, Sévère portait encore seul le titre d'Auguste, et qu'elle est antérieure, par conséquent, au 15 octobre 198, date du plus ancien monument connu où ce titre soit donné à Caracalla (voy. Borghesi, OEuvres, t. IT, p. 268). D'un autre côté, on peut être certain qu'elle a été gravée après le commencement de l'an 196, puisque

! Le commentaire qui suit est de M. Léon Renier. un acte votif qui devait être pénible à l’orthodoxie

? Cest probablement Gposeuyÿs. Il ne faut pas juive. Je préfère souvent &É eÿyñs. E.R.

méconnaïtre cependant ce qu'a de singulier une telle 3 Corpus, n° 9897: Ürèp eûyñs, dans une inscrip-

association de la synagogue et de lempereur dans tion juive. E. R.

Caracalla y est compris dans la dénomination générale de adroxpdropes Kaicapes, et que c'est alors qu'il recut le titre de César. Je pense que l'inscription a été gravée à la fin de l’année 197, après les prenuères victoires remportées par Septime Sévère, dans sa deuxième guerre contre les Parthes. «Mais que lisait-on alors dans la seconde couronne? très-probablement quelque chose comme ceci :

KAI CTRATO MEAUWN

Kai oîparomédov, «et des légions,» ou plutôtret des camps,» et castrorum !.»

En effet, nous voyons qu'en 197 Septime Sévère, après avoir vaincu Albin, revient en Orient, écrase les Juifs insurgés dans les cantons voisins de la Palestine (198) et part contre les Parthes (voir Tillemont, ILE, p. 5o et sun 2) Il est probable que l'inscription de Kasyoun est un monument de la terreur laissée par la dureté de cet empereur vindicaüf et rigoureux. La Syrie offre de nombreux monuments de la réaction politique qui suivit la défaite de Niger, et 1à est sans doute l'explication de notre inscription d'Aradus, p. 30 (cf. Corpus inscr. gr. n° 1536). Un passage du Talmud (Sotah, vers la fin) est relatif aux calamités qui fondirent sur la Galilée à la suite de la guerre de Sévère et de Niger. [ ne fallut sans doute pas moins que la terreur de ce moment pour faire taire l'horreur des Juifs pour les inscriptions votives. Peut-être voulaient-ils prouver par là qu'on les calomniait en prétendant qu'ils ne faisaient pas de vœux ÜTEp cwrnplas de l'empereur (cf. Philon, Lep. $ 38, et en général lout le récit de l’entrevue de Pouzzoles, les Apôtres, p. 195 et suiv.). Une inscription très-ressemblante

à la nôtre, de l'an 209, se lit à Harrân dans la Trachomtide (Wadd. n° 2460).

Les restes de la synagogue de Kasyoun offriraient aussi à un architecte un beau sujet d'étude. Elle est de même style que la synagogue de Kefr-Bereim située hors du village. Près de linscription grecque que nous venons de rapporter, on voit un beau morceau de frise végétale, avec des raisins, des grenades, ete. Bien peu de pierres ont dû être réemployées; car le village est misérable, habité seulement par quelques fugiulfs algériens. Ces pauvres gens me reçurent bien et m’aidèrent à déblayer l'inscription, qui était un peu enterrée. De quelques mots je crus pouvoir conclure qu'il existait une seconde inscription dans l'étang, sous

1 Vovez Tillemont, Hist. des emp. IL, p.50, 457 1561, etc. Pour castrorum, cf. les deux grandes ins-

et suiv. Corp. inser. pr. n° 353, 1916, 191 7 criptions latines de Baalbek (Wadd.n° 1881).

CAMPAGNE DE TYR. 777 l'eau, inscription analogue à celle que nous avions copiée, et à laquelle on attacherait une valeur extrême comme indice de trésor. Mais je m'assurai ensuite que l'amphibologie des discours de mes Aloériens n'avait . - : ne. sr : ; d'autre but que de m intriguer. Selon un renselgnement qui me fut donné, il y aurait à Kasyoun des portes de caveaux avec leurs battants de pierre encore en place : je n’ai rien trouvé de semblable.

Ammouka (N5ÿ du moyen âge!, on prononce auiourd’hui Amiouka

| y Ca m'avait éLé nommé par le curé de Kefr-Bereim comme ayant des ruines et des inscriptions. J'y envoyai Khadra; voici ce qu'il me répondit :

«J'ai été à Ammouka; il n'y a pas trace de ruines, même dans les environs. Seulement, il existe un vieil arbre dont quelques branches sont soutenues par des pierres assez bien taillées, sur lesquelles les pèlerins juifs inserivent leurs noms en hébreu. C’est cet arbre et ces pierres qui ont été désignés au curé de Kefr-Bereim. Ammouka est à une heure du lac Houlé ou du Jourdain. Avant d'y arriver, on découvre la plaine de Khaït, le lac, le Jourdain, le Julan et toujours l'Hermon. »

Les itinéraires juifs du moyen âge mentionnent, en effet, à Ammouka, «le tombeau de Jonathan, fils d'Uziel, sur lequel il y a un grand arbre; les ismaélites y apportent de l'huile, et y font brüler une lumière en son honneur: ils font aussi des vœux à sa gloire?. »

Nabartein (KN923 où Kn723 2, où pPna23 *). Je n'ai pas visité cel en-

droit; voici la description que m'en donna Khadra :

« Nabartein est une ruine formée de petites pierres grises; elle est placée sur une colline, à deux tiers d'heure de Safed, du côté du lac Houlé. Au bas de la colline on voit des débris que tout de suite je reconnus pour ceux d’une synagogue“. J'ai visité

ces grosses pierres une à une, et J'ai fini par découvrir une inscription hébraïque

! Peut-être aussi 1p*95 952 du Talmud (Mischna, Kélim, xxvr, 1; Talm. de Bab. Taanith, 51 a; Holin. 63 a). Cf. cependant Neubauer, Géopr. du Talm. p. 23, 272,278.

* Carmoly, tin. p. 1392, 156, 185, 319, 320, 378, 394, 39b, Abo, 180, 181.

$ Jbid. p.139, 156, 185,208, 378, 379, 399, hbo, 481. C'est peut-être aussi le Kefar-Nabouray

ou Kefar Nebouriya du Talmud (Talm. de Jér. Berakoth, 1x, 13 Talm. de Bab. Ketouboth, 65 a; Midrasch, Koheleth, vn, 20). Cf. Neubauer, Géopr. du Talm. p. 270 ; Derenbourg, Palest. d'après les Thalm. p. 364, 365, note.

“ Khadra avait vu avec moi les synagogues de la Galilée et avait appris à les reconnaitre.

deuxième niche a deux lettres, beaucoup plus grandes et plus grossières encore : AN. La troisième a plusieurs lettres, mais elles sont si abimées par le couteau de je ne sais qui, qu'il m'a été difficile de reconnaître plus de deux lettres : P..... O. Les

lettres étant petites, j'ai pu les estamper, et sans doute, en voyant l'estampage, vous en üirerez quelque chose !. »

Le village de Meirôn (Méroth, de Josèphe, nn du Talmud)?, à une heure de Safed, est un vrai reliquaire d’antiquités juivesÿ. Il possède la nécropole juive la mieux conservée que j'aie vue. Peut-être le judaïsme que lon touche en cet endroit est-il déjà le judaïsme lalmudique et masorétique , celui qui a rendu si célèbre le nom de Tibériade. Le mystère étrange qui couvre ces écoles, qu'on est habitué à ne voir qu'à travers le nuage d’une scolastique bizarre, se dissipe un peu ici. Le caveau funéraire qu'on désigne du nom de Hillel l'ancien est le plus beau type que je connaisse de sépulture juive. Les couvercles ont les acrotères rondes. Au fond s'ouvre un nouveau et vaste caveau, au niveau du premier, où se voient creusées dans le sol cinq auges sans couvercles. À l'entrée, perpendiculaire à la porte, deux autres caveaux. Des deux côtés du grand caveau, belles auges à couvercle, taillées dans une sorte de rebord du rocher. Toutes ces sépultures sont anépigraphes.

La synagogue n’est pas moins remarquable“. La porte est parfaitement conservée et rappelle celle de Kefr-Bereim qui est dans les champs, mais avec moins d’ornements. Le tremblement de terre de 1837 a abattu ce

qui était au-dessus. Les jambages sont monolithes; le monolithe qui for-

! J'ai cet estampage en double. Quoiqu'il soit tès-bon, je n’en puis rien tirer; la pierre a été biffée à coups de couteau.

2 19 N° 12. Benj. de Tud. Ze. Ne pas confondre avec Marôn, près Farôn (contre Knobel, sur Josué, p.169). (Voir notes de Asher et Zunz sur Benjamin, L c. Lelewel, dans Carmoly, Jtin. p. 568, 569; Kruse, ete. Commentare zu Seetzen, p.301, 302.) Ni Meirôn, ni Marôn n’ont rien de commun avec le nom du lac Mérom (lac Houlé). Il est impossible que le lac ait pris son nom d'une localité qui en est

si éloignée et qui n’est pas dans le bassin de ce lac.

Meirôn (contre Menke, 3, 6) ne s’est donc jamais appelé n$19. Méroz à encore moins à voir avec les noms qui précédent. (Voir Neubauer, L. c.)

3 Les tombeaux et les synagogues de Meirôn sont décrits en détail par les pèlerins juifs. Benj. de Tudèle, p. 45 (Asher); Carmoly, Jün. p. 133,134, 159, 161, 184, 206, 260, 261, 311, 319, 381, 399, 4o1, Ab1, 4ba, 481, A8a. (CE. Neubauer,

Géogr. du Talmud, p. 228, 229; Robinson, HI, 73 et suiv. Saulcy, premier Voy. IE p. 516, note.)

# Voir Robinson, I, p. 71, 743; Zeitschrift der d.m. G. 1853, p. Lo, h3.

CAMPAGNE DE TYR. 781 mail le chambranle, décoré de crossettes, comme à Kefr-Bereim, a été cassé par le tremblement de terre. Au-dessus de la porte principale est une gorge d'un profil qui semble légèrement égyptien. y a deux portes latérales du même genre. La salle est taillée dans le roc d’un côté; la façade est même en partie amorcée au rocher. Le sol se découvre trèsbien; le roc servait de pavé. Cest une jolie salle, qui ferait une très-petite église. Beaucoup de débris se voient alentour, petits piédestaux, à dé trèsbas, demi-colonnes engagées, faisant corps avec le bloc, morceaux de belles pierres à bandeaux plats, d'un style assez sévère, épars sur le sol. Ce devait être un fort remarquable édifice, malgré sa petitesse; il égale certainement en intérêt les deux synagogues de Kefr-Bereim. Peu de monuments en Syrie montrent d'une manière aussi caractérisée l'usage (souvent assez moderne) d'utiliser la taille du roc, d’encastrer le rocher dans des constructions et de le rabouter à un mur.

Au-dessus de la synagogue se voient plusieurs autres caveaux creusés dans le roc.

Meirôn est plein de traditions talmudiques (Hillel, Siméon ben-Jochaï, etc.) que nous n’avons pas à discuter ici. Il se peut bien, en effet, que le Talmud ait été rédigé en ces parages; la célébrité toute moderne de Safed, qui tient en partie au grand cabbaliste Isaac Loria, doit venir pour une autre partie du voisinage de Meirôn.

Safed! (forme barbare pour n5y; comp. Salkhad=—Salkhat) a ce maenilique château templier que l'incurie des gouverneurs turcs à laissé depuis peu d'années dépouiller de tout son revêtement. H en reste assez, cependant, pour voir que ce revêtement ressemblait à celui d'Athlith, de Tortose, etc. Derrière les décombres amoncelés au pied des murs, on voit de belles pierres, qui rappellent Tortose; quelques parties souterraines où intérieures montrent que le Saphed ne différait en rien des autres orands châteaux de la région du Carmel. Or, ici comme pour Ath-

! Mehren, Syrien oo Palestina, p. 70 et Suiv.

hth et Montfort, nous avons des détails précis sur la construction du château, dans un opuseule publié par Baluze, De constructione castri Saphet (1239-1940). Nous y lisons ce qui suit : « Invenit 1bi asertium sine ædificatione, ubi quondam fuerat castrum nobile ac famosum.» Ce castrum nobile ac famosum est le premier château croisé qui fut détruit en 1928 par Coradin. Sur celui-là les hypothèses restent libres; mais quant au château dont les restes se voient aujourd’hui, il faut renoncer à y chercher aucune partie phénicienne, d'autant plus que nous savons que Bibars le fit rebâtir (1267) après l'avoir en partie démoli (12662. Voilà donc rapporté encore au moyen âge un château tout à fait semblable à tant d’autres châteaux où lon a voulu, sans preuves, et souvent contrairement aux textes, voir des ouvrages du plus vieux style phénicien.

On me signala, à Safed, deux inscriptions juives, dont je fis prendre l'estampage. L'une serait en relief comme celle de Nabartein; elle me paraît tout à fait illisible; je doute même qu'elle soit hébraïque. L'autre est au trait et plus ancienne. J'en donne la reproduction dans la planche LXX, n° hi. Je ne lis d'une manière suflisante que ibn n72. On peut cependant voir ensuite le mot nt

Le curé de Kefr-Bereim insistait beaucoup sur un endroit nommé Kourzen où Khourzen, près de Safed, à l'est, qu'il prétendait être Chorazin des Évangiles®. I me parlait aussi d'une inscription dans un moulin près de Saled. J’allai à ce moulin, situé dans la vallée profonde sous la ville; inscription me paraît arabe et sans valeur. Cette vallée est fort étroite et elle justifie bien ce que dit le Talmud de la montée vers Merôn“.

La région du lac de Tibériade à un intérêt d'un ordre tout à fait étran-

ger à cet écrit ”. Tell-Hum (quelle que soit la localité évangélique avec

! Baluze, Miscell. édit. de Mansi, t. [, p. 228, p. hat, 419,413, 415, 416.—5 Sur l'identifica- 229. Comp. Mas-Latrie, Hist. de Chypre, 1, 317, 319. tion avec Kérazeh, voyez Robinson, III, 346, 347; ? Defrémery, Mém. d'hist. orientale, 2° partie, Thomson, If, p. 8. p. 364,365 (je pense que le nom de l'idole, p. 365, ! Neubauer, Géopr. du Talmud, p. 229. est ex%l = À yo V'ecipyzos, comme Aïasoloulk — > Je ne répète point ici les données topogra-

À y10s Oeoléyos); Mas-Latrie, Hist. de Chypre, 1, phiques que j'ai insérées dans la Vie de Jésus.

CAMPAGNE DE TYR. 783 laquelle on l'iden üfie) offre un véritable intérêt archéologique !. On croit ÿ discerner les restes de deux synagogues. Îl faudrait démolir et examiner pierre à pierre la mauvaise construction qu'on y voil, et qui paraît composée des débris d’une synagogue loute semblable à celle de Kasyoun et à celle de Kefr-Bereim qui est dans les champs. On y retrouve ces piédestaux avecune parte du fût se détachant en relief sur une large surface lisse, quisont un des traits des synagooues de Galilée, et aussi les doubles colonnes taillées dans le même bloe?. I est douteux qu'aucune de ces synagogues remonte jusqu'à l'époque du Christ; il serait néanmoins capital de faire des fouilles à Tell-Hum. Je n’ai pas vu la frise à bas-relief que miss Beaufort et d’autres voyageurs ont vue à Tell-Hum, et qui représente, dit-on, un char.

La région de Nazareth a très-peu d'antiquités. Nazareth a un sarcophage à plaques épannelées, de l'époque romaine*. Quant aux colonnes de granit qui se voient près de l’éolise des franciscains, elles doivent venir des constructions chrétiennes du n° siècle ; car, Jusqu'à celte époque, je ne crois pas qu'il y ait eu de construction monumentale à Nazareth‘.

Je ne pus aller à Gadare; mais, comme on m'avait parlé d’inseriptions qui devaient s’y trouver, J'envoyai Khadra pour les estamper. Î ne trouva qu'une seule inscription, déjà connue.

Gette inscription est très-exactement reproduite dans le Corpus inser. gr. n° h660 , d’après M. de Bertou. Toutes les lettres sont certaines; Franz a cru à tort qu'il man-

quait quelque chose à gauche; linscription est complète. Les sept dernières lettres sont une énigme.

Voici quelques indications que Khadra me rapporta; je les donne, car

elles pourront être utiles aux futurs explorateurs de ce point important.

1 Cf Thomson, I, 54o et suiv. Robinson, IF; p- 51 et planche. Ge goût des plaques est un trait p. Lo6 et suiv. IT, 346. juif (voir le tombeau de Sadda, au Louvre: Sauley,

? Robinson, II, p. Aor. deuxième Voy. I, p. 377). Comparez un tombeau

5 Sauley, premier Voy. pl. xux (comp. celui de de Mysie, dans Perrot, Miss. de Gal. ple 1v, fig. 5. Kefr-Kenna, ibid.) ; Tobler, Nazareth (Berlin, 18068), % Tobler, op. cit. p. 51, 59.

«Deux amphithéâtres à deux rangs de galeries; à l'intérieur, deux séries de gradins séparées l’une de l’autre par une galerie en arceaux : c’est ce que les Arabes appellent äxeke (lieu de jeu). Chapiteaux, colonnes, belles constructions en grosses pierres; deux grands bazars fout entiers en petites colonnes. À côté de l’un des théâtres, vingt voûtes indépendantes du théâtre, parfaitement conservées. Belle construction appelée «le palais de la fille du roi.» Énorme citerne conique. Üne centaine de grottes sépulcrales; sur l’une est l'inscription connue. Les portes des grottes sont en pierre; quatre ou cinq existent encore; on pourrait les faire tourner sur leurs gonds !. Parmi ces portes, les unes sont ornées de raies, les autres de simulacres de clous ?; sur d’autres, il y a des espèces de fenêtres d’un côté; de l'autre, quelque chose qui ressemble à un anneau et à un poids. Au-dessus des portes, frontons ou cartels à queue d’aronde, offrant une guirlande, entre deux rosaces; dans l'une des grottes, un sarcophage simple. Les sarcophages paraissent de forme romano-juive et romano-phénicienne. Ils se trouvent à côté des grottes, sur une hauteur; 1l y en à une cinquantaine. Cinq ou six sont dans le genre de ceux de Roukley; seulement, ils offrent une grappe de raisins (au lieu de deux), entre deux rosaces. Le plus beau sarcophage présente quatre génies tenant une puirlande; dans les plis des guirlandes, des masques; aux deux bouts, des masques. Tous ces sarcophages sont en plein air et étaient destinés à être vus de tous les côtés; les couvercles sont en dos d'âne, avec des acrotères aux quatre coins. Le grand a de plus deux têtes de génisses avec des guirlandes allant de l'une à l’autre. Sur un autre sarcophage, les génies tiennent les guirlandes à la main (ceux du grand les tiennent au-dessus de leur tête); ces génies sont au nombre de deux; au milieu, dans le pli de la guirlande, est un masque. Un autre sarcophage à un bucrane

au milieu, deux bucranes aux angles, une guirlande entre eux.» Oo [e]

On voit, d’après cela, que Gadare appartient au cycle architectonique haurano-palmyrénien, dont le moment de splendeur tombe au n° et au m° siècle de notre ère. La Judée ne participe guère à ce mouvement; depuis ses grands désastres sous Vespasien et Adrien, elle ne se releva pas, et refusa d'entrer dans le courant du siècle. De là la différence totale du caractère archéologique des deux bords du Jourdain, le côté au delà du Jourdain offrant des monuments bien plus riches que le côté en decà.

1 Voir les notes de M. Vignes sur le voyage du ? Comparez les portes du Hauran. (Rey, Voyage

duc de Luynes (à Om-Keis). dans le Haowran, pl. n.)

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