MONARCHIE
Quand Montesquieu, après avoir dit que le principe des républiques était la yertu, a prétendu que celui des monarchies était Thonneur, il a pensé soit en courtisan des rois et des peuples, soit comme l'eût fait aujourd'hui M. Prudhomme, mais non pas comme Montesquieu.
Le principe de la Monarchie pure est l'énergie de son fondateur, c'est-à-dire du plus fort et du plus heureux, si l'on entend par ce mot le plus favorisé par le destin.
La fin que se propose la Monarchie pure est l'Autocratie.
Le moyen par lequel ce principe tend vers sa fin est la centralisation de tous les pouvoirs, dans la personne du monarque.
La condition juridique indispensable à l'emploi de ce moyen, est que la loi émane directement du despote, sans représentants ni délégués royaux, autres que des greffiers, des juges et des exécuteurs.
La garantie de cette forme de gouvernement est le meurtre légal : car dans les conditions d'anarchie publique qui nécessitent et permettent la fondation de la Monarchie pure, pour sauver l'unité de la vie nationale, il faut être maître de la mort.
La monarchie pure régna chez les Assyriens; les Gyrus, les Attila, les Gengis-Khan, les Timour, en portent le caractère réel.
Dans la Chrétienté, il n'y a jamais eu de monarchie réelle, dans le sens absolu de ce mot.
Dans chaque pays chrétien tendant à l'unité, Tautocratie a bien été le but des dynastes, car sans ce but ils n'auraient pas eu de mobile d'énergie assez puissant pour créer et conserver l'unité nationale.
Mais, quoique la plupart d'entre eux n'aient pas plus méconnu les moyens et les garanties du despotisme que leurs prédécesseurs asiatiques, ils n'ont pas pu en user radicalement d'une manière suivie.
THEOCRATIE
Le principe de la Théocratie pure est la Religion.
U fin qu'elle se propose est la culture universelle des consciences et des intelligences, leur union et leur paix sociale.
Le moyen par lequel ce principe tend vers sa fin est la tolérance de tous les cultes et leur rappel à leur principe comnmn.
La condition nécessaire à l'emploi de ce moyen est l'assentiment libre des législateurs et des peuples à Tefficacité pratique de la science et de la vertu du sacerdoce et de son foudateur.
La garantie de cette forme de gouvernement est la réalisation incessante de la perfection divine parle continuel développement de la perfectibilité humaine : Éducation, Instruction, Initiation, Sélection des meilleurs.
Avant le schisme dlrshou, l'Asie, KÂfrique, l'Europe entière furent gouvernées par une théocratie, dont toutes les religions d'Egypte, de Palestine, de Grèce, d'Étrurie, de Gaule, d'Espagne, de Grande-Bretagne, ne furent que le démembrement et la dissolution.
Celte théocratie, nettement indiquée dans les annales sacrées des Hindous, des Perses, des Chinois, des Égyptiens, des Hébreux, des Phéniciens, des Grecs, des Étrusques, des Druides et des Bardes celtiques, et jusque dans les chants de l'extrême Scandinavie et de l'Islande, cette théocratie, dis-je.
fut fondée par le conquérant celte que célèbrent le Ramayan deWalmiki etlesDyonisiaques de Nonus.
C'est grâce à cette unité première dont on retrouve partout des traces positives, et dont les anciens temples conservaient la tradition, que nous voyons encore, dans Damis et dans Philostrate, Apollonius de Thyane, contemporain de Jésus-Cbrist, aller converser successivement dans tous les centres religieux du monde et avec tous les prêtres de tous les cultes, depuis la Gaule jusqu'au fond des Indes et de TEtbiopie.
De nos jours, la Franc-Maçonnerie, cbarpente et squelette d'une théocratie, est la seule institution qui porte ce caractère d'universalité, et qui, à partir du trente-troisième degré, rappelle un peu, quant aux cadres, Tancienne alliance intellecluelle et religieuse.
Moïse, initié à la science du sacerdoce d*%yple où, depuis le schisme dlrshou, régnait une théocratie mixte, voulut sauver de la dissolution religieuse et intellectuelle quelques livres sacrés renfermant d'une manière extrêmement couverte la science fondamentale de cette ancienne unité.
C'est pourquoi ce grand homme fonda cette théocratie d'Israël dont la Chrétienté et Tlslam sont les colonies religieuses.
La Chrétienté n*a jamais eu de théocratie, soit pure, soit mixte, parce que la Religion chrétienne, représentée par des ^lises rivales, dès le cinquième siècle, et subordonnée par sa constitution démocratique à une forme politique oscillant entre la République et l'Empire, n'a jamais pu, comme culte, atteindre à l'unité intellecluelle, à l'enseignement scientifique, à l'éducation, à la sélection et à l'initiation qui sont la garantie de la Théocratie.
Les moyens nécessaires de cette forme de gouvernement : tolérance de tous les cultes^ leur rappela leur principe commun^ n'ont jamais pu être employés, ni dans les conciles généraux des premiers siècles, ni dans les conciles partiels qui ont suivi
— alla séparation de Téglise grecque et de l'église latine, ni par la papauté qui, vu sa situation partitive et politique dans la Chrétienté, n'a pu, malgré tous ses efforts, faire œuvre que de pouvoir clérical et sectaire, ce qui est tout le contraire de TÀutorité tbéocratique.
Néanmoins la puissance intellectuelle et morale de Jésus- Christ est tellement grande, tellement tbéocratique, que, même réduite à la purification de l'esprit et de la conscience individuels, sans pouvoir agir religieusement sur ses sacerdoces divisés et, par eux, sur les institutions générales de TEurope, elle a cependant déterminé, dans le monde chrétien, la force universelle d'opinion qui repousse les chaînes du démagogue, les instruments de mort du despote, rend impossible l'établissement, soit de la République absolue, soit de la Monarchie radicale, et paralyse ainsi tout gouvernement politique réel.
Honneur et gloire en soient élernellement rendus à Jésus- Christ !
Cependant, hâtons-nous de le dire, ce qui n'est pas possible dans la Chrétienté, l'est partout ailleurs.
Les races de l'Afrique, celles de l'Asie surtout, bien que contenues par l'Islam, tant que les Turcs possèdent Constan- • tinople, sont dans les conditions qui permettent rétablissement de la Monarchie pure.
Et qu'on ne croie pas que les armes matérielles de notre civilisation, que nos systèmes modernes de guerre, nous soient exclusivement acquis : ils se prêtent, au contraire, le mieux du monde, aussi bien au tempérament disciplinaire de ces races qu'aux invasions par masses profondes dont elles sont coutumières, dès qu'un despote assez énergique les rassemble et les soulève.
Ce n'est pas un million, mais vingt millions d'hommes armés et entraînés à l'européenne, que les efforts réunis des peuples d'Afrique et d'Asie, soutenus par l'Islam et l'empire
chinois peuvent lancer, à un moment donné, sur l'Europe divisée contre elle-même.
Reprenant sa route habituelle des côtes d'Afrique en Italie et en Espagne, d'Italie et d'Espagne vers le cœur de l'Occident, du Caucase jusqu'à l'Atlantique, ce déluge humain peut de nouveau crouler, balayant tout sur son passage.
Le gouvernement général de l'Europe la prédispose plus que jamais à toutes les conséquences de ce retour de mouvements périodiques qu'il est possible de prévoir à de certains indices soit apparents, soit secrets.
Divisés entre eux, sans lien religieux ni juridique réel, les États européens seraient, les uns contre les autres, les premiers auxiliaires des envahisseurs.
Le mercantilisme est prêt à fournir les armes, pourvu qu'on les lui paie, et on le fait, et il sait bien faire parvenir à destination canons, fusils, boulets, balles et poudre.
La compétition coloniale, la rivalité des Etats, la jalousie des peuples chrétiens, donneront de plus en plus tous les instructeurs, toutes les instructions militaires nécessaires.
Chaque nation européenne, pourvu que le mal soit éloigné d'elle, ne bougera certainement pas pour en sauvegarder celle pour laquelle il sera immédiat ou prochain ; elle se réjouira au contraire dans sa sécurité, sans prévoir sa catastrophe finale, car dans la politique internationale des gouvernements dits chrétiens tous les sentiments immoraux et, par conséquent, anti-intellectuels, sont les seuls autorisés à se produira.
Quant au ressort capable de propulser, des deux autres continents sur le nôtre, cette formidable balistique des déluges humains, il se trouvera sûrement, comme autrefois, dans l'indomptable énergie d'un Asiatique et d'un Africain capables d'une monarchie absolue et d'un gigantesque et sombre dessein propre à transporter l'âme fatidique de leurs races.
De tels rois n'hésiteront pas plus que par le passé devant les conséquences de leur principe politique.
La Monarchie simple et pure se montrera de nouveau en eux, exécutrioe radicale des arrêts du destin, fauchant les tètes des familles impériales et royales détrônées, rasant par le feu d^ pays entiers, égorgeant lesgrands, forçant les petits à marcher dans ses armées, se gorgeant de nos biens, et pour venger leurs peuples de l'immoralité de l'Europe coloniale, changeant nos métropoles en un monceau lugubre de pierres et d'ossements calcinés, noyant dans le sang nos nations, ou les dispersant aux quatre coins de l'Asie et de l'Afrique.
L'Europe chrétienne n'a plus de force politique à opposer à ces calamités, la République pure et la Monarchie simple y étant également impossibles en raison de l'immoralité nécessaire de leurs garanties.
Pour ces motifs, comme pour beaucoup d'autres, il nous faudra chercher, en dehors de la politique, le lien possible des nations européennes.
Nous devons parler maintenant du tempérament par lequel on essaie, depuis si longtemps, de remplacer en Europe les garanties de la Monarchie et de la République réelles : le lecteur a déjà deviné qu'il s'agit des. institutions représentatives.
INSTITUTIONS REPRESENTATIVES
On a dit que l'idée des représentants était moderne : c'est une des erreurs de notre temps.
Gomme chaque paysan croit son village plus beau que tous les autres, et flatte son orgueil local en attribuant à sou clo* cher une suprématie sur tous les clochers voisins, ainsi ceux mêmes d^entre nous qui prennent sur eux d'enseigner les autres sont souvent paysans sous ce rapport, et répugnent à
sortir, par la pensée, de leur temps et de leur milieu, poui observer et juger sainement ce qu'ils condamnent d'avance.
La politique est vieille comme le monde, et partout, comme dans tous les temps, ses moyens ont été conformes à ses besoins.
Renouvelées des formes gouvernementales des anciens Celtes autochtones, delà primitive Église, et avant elle du néo-celtisme Scandinave d'Odin qui détermina le système féodal des Goths, les institutions représentatives semblent s'adapter aussi bien à la République qu'à la Monarchie.
Cependant elles ne tempèrent ces gouvernements politiques qu'en les paralysant à la fois dans leurs principes, dans leurs moyens et en éloignant sans cesse leurs fins.
En effet, la volonté démagogique ne peut pas être représentée, sans être absente des deux pouvoirs législatif et exécutif.
De même, l'énergie du despote ne peut pas se déléguer, sans se reléguer derrière un parlement ou une cour de justice.
Dans le premier cas, il n'y a plus de république pure, puisque l'oligarchie représentative, et non le peuple seul, légifère et gouverne, nomme les magistrats, et limite la liberté de tous et de chacun.
Dans le second cas, il n'y a plus de monarchie pure puisque l'oligarchie représentative, et non le monarque seul, légifère, partage le gouvernement, et, soit sous la poussée de sa propre ambition, soit sous celle des factions, peut frapper de la loi et de la mort le roi lui-même, dépouillé de l'usage exclusif du moyen et de la garantie de sa fonction.
Dans les monarchies bâtardes, ou représentatives, ces deux forces, la volonté du démagogue, l'énergie du monarque, se combattent perpétuellement d'une manière latente ou déclarée.
Dans les républiques bâtardes ou constitutionnelles, le duel
se passe entre la démagogie et Toligarcbie représentative ; mais le dualisme y est toujours déclaré.
11 faut de deux choses Tune, que le roi et Toligarcbie représentative, dans la monarchie constitutionnelle, l'oligarchie et sa tète, si elle en a une, président, statbouder, protecteur, dans la République bâtarde, puissent, si la situation géographique de leur pays s'y prèle, lâcher leur démagogie sur des colonies maritimes ou la lancer dans des conquêtes militaires.
Dans le premier cas, la République comme la Monarchie tendent à l'Emporocratie, c'est-à-dire à la prédominance des intérêts économiques, considérés comme mobiles de gouvernement.
Dans le second cas, la République comme la Monarchie inclinent vers TEmpire, si la conquête militaire des peuples étrangers dure, et se change, par conséquent, en domination politique.
Tyr, Carthage, Venise, Gênes, Milan, Florence, l'Espagne, le Portugal, la Hollande, TÂngleterre furent emporocratiques, quelles que fussent d'ailleurs les bases républicaines ou monarchiques de ces puissances.
Rome, et après elle, la plupart des puissances continentales qui dictèrent dans l'Europe chrétienne les traités gêné* raux, après avoir fondé les unités nationales, tendirent également à l'Empire : l'Angleterre pcndan t la guerre de Cent ans, l'Espagne et la France pendant les guerres d'Italie ; l'Espagne, la France, l'Autriche, la Suède, pendant la guerre de Trente ans; la France soi-disant républicaine pendant les guerres de la Révolution.
Dans l'Emporocratie comme dans l'Empire, le problème politique de l'alliance impossible des deux principes de la Monarchie et de la République, ou de l'oligarchie constitutionnelle et de la volonté populaire, est ajourné, mais non résolu, jusqu'au moment où les colonies échappent à l'Em-
porocratie, les conquêtes à TEmpire, et où le gouvernement est réduit au dualisme de sa vie intérieure, sans pouvoir bénéficier d'une diversion donnant au dehors un libre exercice aux volontés, une satisfaction aux énergies.
Nous avons assez défini pour le moment les termes de Théocratie, de Monarchie, de République, ainsi que les institutions représentatives et TEmporocratie : il ne nous reste * plus quà définir l'Empire.