EMPIRE
Son caractère monarchique spécial est de dominer à la fois plusieurs gouvernements, républiques ou royautés, plusieurs peuples et même plusieurs races.
C'est ainsi que Walmik, le poète épique indien, nous représente Ram comme se servant de la forme politique impériale, afin de réaliser par la suite sa théocratie.
C'est ainsi paiement qu'Homère, dans une mesure beaucoup plus restreinte, nous représente son Agamemnon comme l'empereur de tous les rois et de tous les peuples de la Grèce.
C'est ainsi, enfin, qu'Alexandre, Jules César, Charlemagne, Charles-Quint et Napoléon l** régnèrent sur les peuples, sur les races qu'ils conquirent et sur leurs gouvernements qu'ils se soumirent.
C*est ainsi qu'aujourd'hui le gouvernement emporocratique d'Angleterre règne impérialement sur plusieurs races et sur plusieurs États d'Europe, d'Amérique, d'Asie, d'Afrique et d'Océanie.
Comme on le voit par ce qui précède, l'Empire réel se prête, comme l'emporocratie et les institutions constitutionnelles, à des formes politiques extrêmement variées; car ayant à régir des dominations et des races multiples, il ne les
— alunit sous son pouvoir qu'à la condition, soit d'en respecter jusqu'à un ceilain point les institutions propres, soit de déployer une force militaire qui exclut les bénéfices que l'État impérial a droit d'attendre de ses colonies.
Dans TEurope actuelle, les autres gouvernements qui portent le titre d'empire, le font d'une manière pour ainsi dire bonoriQque, mais sans caractère impérial réel, à l'exception de la Sublime Porte et de l'empire de Russie.
Toutes les formes de gouvernement que nous venons de caractériser se rapportent à l'une des trois grandes divisions de la vie sociale : Religion, Politique, Économie.
A la Religion se rapporte la Théocratie, à la Politique correspondent la République et la Monarchie pures ou mixtes, à l'Économie répond enfin TEmporocratie.
Dans les annales du Genre Humain, c'est la Théocratie pure qui apparaît le plus rarement, parce qu'elle exige, de la part de son fondateur, un génie, une sagesse, une science exceptionnels, des circonstances favorables très peu communes et des peuples assez éclairés pour la supporter.
La longévité des gouvernements Ihéocratiques est extrême.
L'Egypte, les Indes, la Chine de Fo-Hi, Israël même, malgré la lourde charge que lui fit porter à travers les siècles Moïse, en faisant des Hébreux les gardiens des sciences secrètes de l'antique unité, tous ces gouvernements vécurent plusieurs milliers d'années et donnèrent au monde tous les enseignements qui sont aujourd'hui le patrimoine commun de la Civilisation.
Quoique ayant dans THistoire une longévité moins longue, les royautés et les empires durent plus longtemps que les républiques, qui dépassent rarement quelques siècles.
Cette différence dans la durée des États tient au plus ou moins de force que renferme leur principe de vie.
La sagesse et la science n*ODt véritablement part au gouvernement des sociétés que dans la Théocratie seule.
Dans la Monarchie, Ténergie intellectuelle et morale du fondateur laisse toujours son œuvre livrée à tous les hasards, lorsqu'il n'est plus là pour la diriger : elle est à la merci de la faiblesse et de Timbécillité des successeurs et, par suite, des factions et de la rentrée en scène du principe républicain.
Dans la République, le principe de vie est plus faible encore, bien que la volonté populaire, si bruyante et si mouvementée, puisse donner Tillusion de la force.
Le caractère de celte volonté est de se diviser incessamment contre elle-même, d'engendrer factions sur factions, et de mettre sans cesse l'État en péril.
Aussi tout l'art des législateurs d'Athènes, de Rome, de Carthage et de Tyr consista-t-il, pour donner à leur œuvre quelques siècles de vie, à la doter, à l'entourer d'institutions empruntées à d'autres régimes que la République, et dont la grandeur suppléât pour un temps à l'incurable médiocrité .politique des masses.
Il n'entre pas dans le cadre de cette étude de rechercher comment et pourquoi ces différentes formes de gouvernement se succèdent dans la vie des peuples, et nous terminerons ce chapitre des définitions en caractérisant différentes expressions qui reviendront souvent dans le cours de ce livre : la Religion, le Culte, TÉglise, l'État, l'Autorité, le Pouvoir.
La différence entre la Religion et le Culte est facile à sentir : le nom de Religion indique le lien par excellence, celui qui réunit ou tend à réunir tous les hommes indistinctement, tous les peuples, toutes les races, toutes les sociétés humaines, dans un même principe et dans une même fin.
Le Culte, au contraire, indique une chose particulière, un
système de culture humaine devant se prêter aux exig:ences de son propre champ d'activité.
La Relifrion est une dans son essence ; les cultes sont et doivent demeurer différents dans leurs formes.
L'Église, pour les Chrétiens, exprime dans son acception la plus générale la Religion de Jésus-Christ, ou du moins la Société de tous les individus et de tous les peuples chrétiens.
Les églises, au contraire, correspondent à la définition que nous avons donnée des cultes.
L'État Social exprime, soit la Société humaine tout entière, soit une de ses divisions religieuses comme la Chrétienté, Israël, Islam.
Quant à l'État, son caractère propre est l'organisme impersonnel et hiérarchique des pouvoirs publics.
L'Autorité proprement dite n'appartient jamais à la force.
La politique en est essentiellement dépourvue, et il n'appartient qu'à la Religion seule de prêter au principe, soit monarchique, soit républicain, un reflet d'autorité, par la consécration solennelle, soit du pouvoir monarchique, soit des pouvoirs de la nation .
Pour rendre plus sensible la différence du Pouvoir et de l'Autorité, je prendrai pour milieu d'observation la Famille.
Le père exerce le Pouvoir sur ses fils, la mère et le grandpère l'Autorité.
Dès que cette dernière, tout intellectuelle, toute morale, emploie directement la force, soit dans la Famille, soit dans la Société, elle se perd en se confondant avec le Pouvoir.
Dans les sociétés antiques, et grâce à Vinfluence pratique dont y jouissait la Religion, l'Autorité appartenait aux morts, ces légataires sociaux dont vivent les vivants : aussi, depuis TËtrurie jusqu'à la Chine, retrouve-t-on le culte des Ancêtres comme étant la source même de l'Autorité dans la Famille comme dans la Société, et le mot prêtre signifie l'Ancien.
Dans la Chrétienté, TÂncètre commua est Jésus-Cbrist, et c'est de lui seul que procèdent la Religion, TËgiise, TÀutorite, en un mot, tout ce qui constitue essentiellement l'unité intellectuelle et morale de la Société chrétienne.
C'est pourquoi, dans le chapitre suivant, nous allons rechercher historiquement comment s*est constitué dès l'origine l'État Social déterminé par la mission de Jésus*Christ.