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de poudre. Les chaleurs entre ces deux chaisnes de montagnes, la plupart pelées et inaccessibles, sont si excessives que la gomme des canots fond souvent à la suface de l’eau. La nature semble y avoir ménagé d'heureux et de commodes entrepos pour les voyageurs. A l'exception du’un seul cours de 4 à 5 lieuës, au quel il seroit dangereux de se confier trop legèrement, et d'où, en cas de quelqu'orage subit, il seroit comme impossible de se sauver en canot d’écorce, la nat*** trouve de temps en tems de petits ports de sable ou l’on met commodement à travers. Ces sortes de débarquements se trouvent plus à main à la côte du nord. Partout presque se rencontrent des mouillages pour les batiments ; les plus gros vaisseaux dans un besoin se trouveroient heureux de pouvoir s'y réfugier, ainsi que firent, l'année que les Anglois assiégèrent inutilement Québec, les navires françois qui
venoient mais trop tard au secours, et dont on voit encore les restes des casernes et des batteries à 2 lieuës
en deça de TadSssac. Aux mers basses on a plus de peine à débarquer. Il faut porter son bagage quelquefois très loin, parmi les cailloux glissants et couverts de ces herbes limoneuses que nous appelons goimon, mais aussi en récompense la providence à placé dans presque tous les endroits du bois de chauffage et de petits ruisseaux qui, découlant des marais qu'hahite le ‘astor, tombent du hauts des caps, désaltèrent et réjouissent les voyageurs fatiguez.
Le noroist et le nord-est seuls reignent dans le Saguené ; les autres vents ou s’y font peu sentir ou du moins n’y sont jamais furieux. Depuis que je le pratique assez souvent je n'ay gueres vu que les 2 pre-
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miers extrêmement traîtres, orageux et durables, à peine l’un et l’autre prend-il qu'on s'en doit défier, quelque propice qu'il soit, surtout si le ciel se couvre et qu'il y ait apparence d'orage, car alors, comme en pleine mer, l'onde bruit, s'agite, écume, et par les combats de milles vagues qui se poursuivent, se chassent, ou se rompent successivement les unes dans les autres, elle avertit les canoteurs de nager fort et de gagner vite terre. Oserois-je, mon R. P. vous en donner un ou deux exemples ?
Ma première année de mission, entre les voyages que je fis à TadSssac pour la consolation de mes néophites, on me vint chercher un jour pour un malade qui pressoit; n'ayant point encore l'expérience du danger qu'il y avoit à courir dans ce fleuve capricieux, je voulu me presser, et quoyque je n’eusse qu'un vieux canot de 4 places, il me fallut marcher la nuit. Le tems étoit beau, et la lune dans son plein ne donnoit aucun signe de bourasque ; mes deux canoteurs sauvages cependant s'endormoient. Ennuyé de les reveiller à chaque instant, je les laisse enfin succomber au sommeil, prens un aviron, nage et gouverne, me laissant emporter au fil de la marée qui n'aidoit. A quelque tems de là, un de mes hommes se réveille, prend son aviron, et comme c’est la maniere des sauvages, souverainement indépendans entre eux, de ne se jamais rien dire en fait de travail de peur de se choquer, il me pria d'éveiller l'autre. Je le fis et à mon tour acablé de sommeil, voyant une heureuse navigation, je m'appuye la tête et les bras sur une des barres du canot. A peine sommeillois-je que n'entendant encore que quelques mots du manége montagnez, je crus que mes
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gens disputoient ; je me lève, parle et ne vois plus ni ciel ni eau ni rochers, mais une nuit profonde causée par un orage qui s'étoit élevé soudain au nord-oist. Nous sommes perdus, mon Père, me crièrent-ils. Débarquons vite, mes enfans, leur répliquai-je. Aucun débarquement ne paroissoit tant la nuit étoit obscure, et outre que nous étions au plus profond du Saguené, le nuage s'épaississant sembloit nous joindre en grondant derier nous. Nous touchions aux rochers par bonheur, et sur le premier venu je voulus me sauver : en débarquant le pié me glisse, je tombe à l’eau, et le canoteur, qui étoit manchot, de son moignon qui lui valloit une main et qu'il fourra précipitamment sous mon aisselle, me retira et me jeta sur une pointe de cailloux. Là nous plaçames notre canot. J’admirai mes 2 sauvages qui dormirent tranquillement le reste de la nuit, tandis que je sentois le sang couler d’une jambe qui avait un peu trop fort heurté contre une roche et qu’il étoit impossible de penser, faute de feu. Toute ma crainte alors étoit que la tempeste n'emportât notre canot, car alors que serions-nous devenus ; mais la bonté divine eut pitié du père et des enfans, qui n’étoient point encore murs pour le ciel. L'orage passa au large, le jour étant enfin venu, je fus surpris de nous voir dans espèce de niche et ne pus m'empescher de rire de notre heureux malheur, quoy que la mer toute basse nous eût laissé à plus de 10 à douze piés au-dessus de l’eau, nous descendimes notre canot, la chapelle et le reste du bagage par une petite coulée ou nous glissant doucement, nous rembarqnames. De la nous arrivames à TadSssac. Le missionnaire y administra les derniers sacrements au malade sauvage qui
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mourut quelques jours après. Je m'en retournai ensuite à ChekStimi au milieu de la même rivière. Le nordest accompagué de pluye nous prit si violemment qu’avant de pouvoir joindre terre deux barres du canot se rompirent. Presque submergez, je fus sur le point de donner l’absolution à mes deux hommes qui, connaissant mieux le danger que moy, avoient aussi plus de peur et m'exhortoient à leur faire bien prier Dieu. J'avouë que c'est à leur foy et à leur confiance en la Ste Vierge et au B. Régis que nous fumes redevables de notre conservation. Je resserrai vite le canot avec ma ceinture et mes jartières, je gouvernai la voile, nous fendions les lames qui de tems en tems nous inondoient, Enfin nous gagnames une cabane sauvage, où l'on vuida et racommoda le canot, tandis que nous nous fimes secher auprès d’un grand feu que ces chers néophites nous firent avec des démonstrations d’une compassion sincère, Ainsi bien instruit de ce qu’on avoit à craindre dans ce fleuve, arrivai-je à mon Eglise, faussement resolu d'être plus sage à l'avenir. Je dis faussement, car en certains cas il est de la prudence de n'en pas trop avoir. La timidité feroit manquer quelque bonne œuvre, et une heure de retardement a dégradé longtems et affamé des voyageurs presque dans le port. Ce n’est pas qu’il ne faille prendre de sages précautions, la témérité a fait périr plusieurs françois et sauvages.
J'ai eu l'honneur de vous dire d’abord, Mon Rd. Père que le Saguené prenoit sa source au Lac St Jean : or pour achever de vous donner une idée juste de ces endroits-cy, le Lac St Jean, éloigné d'environ 30 lieuës de Chek8timi, tirant à l'oist et situé dans la profon-
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deur de ces hautes montagnes que vous voyez au nord de Québec, n’a pas plus de 30 lieuës de circuit. Il n'est: pas profond, et dans l'été ses eaux extrêmement basses découvrent une belle grève de sable fin. Il est poissonneux, les environs en sont beaux, la vuë agréable, les terres bonnes, mais la plupart des grains, surtout le bled d'inde n’y sauroient venir à maturité à cause des fréquens nord-oist qui de bonne heure y sont très-piquans et donnent de la neige vers la fin d'aoust quelquefois. Une partie de l’ancien établissement des missionnaires y subsiste encore, où l’on voit quil y avait un grand jardin et une chapelle où fut enterré notre frère Malherbe, sur la fosse duquel j'ay fait planter une croix.
A la hauteur du Lac, il y a une rivière fort curieuse par les diverses petites pierres modifiées qu'elle roule dans son lit. La nature sembleroit s'être étudiée à donner là des modèles pour tous les arts; oyseaux, animaux, vases, outils de tous métiers fort reconnaissables, tout s'y voit à l'eau. La difficulté est de les rsmasser ; il faudroit faire ce voyage exprès, se donner le tems de choisir les pièces soi-même, les sauvages n'en étant pas capables. Or pour cela le curieux n’auroit qu'à payer et nourrir deux canoteurs qui le conduiroient. J'en conserve ici, une de ces raretez. Si vous la mettez debout, cette pierre grisâtre et dure, c'est nne espèce de singe ou de chat sans oreilles, assis sur sa quete et ses pates, tenant dans sa gueule une petite boule: Si vous la situez de long, elle me parait comme un oyseau qui porte la bechée ; d’un côté de la tête, on aperçoit une petite tâche oblonge qui représente assez bien un œil. Cette figure n’a qu'un pouce
nord n'est.
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