II \ a aussi des hiroadelles bleues plus rares
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distribues, sons préUixtc. (iiTils ii'oiil jxfinl de, sol. II csl en cn'i-l impossihlo di^ leur eu doiiiicr, car d.'iiis le jj.'13's il n'y en n (ju'iiik! infime qiiantitt', apporU'o de la cote : les iiidigcuos ne s'en servent guèroquecoiiinie IViaiidise, ils 1(^ l'cnijjlaceiitpar du j)inient .
Eneore pou connu de mes liommcs, ayant beaucou]) à leur demander, je ne crois pas pi'udonl d'user de rigueur : ils sont les maîtres do la situation, car il suffirait (jii'ils commettent un acte de violence quelconque envers les indigrnes pour que nous soyons attaqués et la route fermée. Et puis, je trouve qu'en effet ils sont plus privés que de raison, menant une vie très dure, et n'ayant rien pour se procurer la moindre douceur, car la solde ne leur sera payée qu'au Soudan. Gomme cependant je ne veux pas paraître céder en leur achetant du sel, je leur annonce, après avoir exigé qu'ils acceptent la distribution refusée, que chaque homme recevra chaque jour une feuille de tabac prélevée sur notre pacotille et avec laquelle il achètera ce qu'il voudra. Cette solution imprévue les enchante '.
Si je raconte cet incident, c'est qu'on aurait tort de croire que la fidélité et le dévouement des Sénégalais, maintes fois célébrés avec raison, sont tout naturellement acquis à leurs officiers. Non, le prestige du chef est personnel, il faut qu'il se fasse apprécier et aimer de ses hommes. Et on verra plus loin ces tirailleurs, prêts à se révolter parce qu'ils manquent de sel, accepter gaiement des privations infiniment plus dures et même, chose extraordinaire, prendre volontairement la charge d'un porteur manquant ou malade.
L'étape du lendemain nous fait franchir, par trois cents mètres d'altitude, le mont Kédio, massif important où commence le territoire des Krépos, dernière tribu tabétouo. La brousse est si épaisse que même de cette hauteur on n'a aucune vue.
Nous marchons en prenant toutes nos précautions contre une
1 . C'est un moyen presque infaillible : dans les cas difficiles, ne pas céder sur le point litigieux pour ne pas paraître reconnaître sa faiblesse ou ses torts, mais accorder spontanément autre chose. L'esprit mobile du noir oublie son grief pour se réjouir de l'avantage inattendu, et l'autorité du blanc est sauve I
MISSIOX IIOSTAI\S-iy()LLO\i:.
attaque possible des Tëpos. Le soir, notre camp est établi sur un petit plateau à pentes raides. Il est défendu à l'aide d'un dispositif spécial : une double rangée de fils de fer, qu'un seul hommeporteenrouléssurunebobineet qui peuvent être déroulés en cinq minutes, forme une enceinte de trente mètres de diamètre destinée à empêcher une irruption violente ; on attache à ces fils des sonnettes qui donneront l'alarme. A dix mètres, en dehors, un autre fil de fer placé à vingt centimètres de terre forme une seconde enceinte également munie de sonnettes, et doit faire trébucher les assaillants ; entre les deux, les bois abattus s'opposeront encore à leur marche. Gela ne serait pas très sérieux le jour, mais la nuit ce sera un réel obstacle et un avertisseur automatique ^ Les indigènes qui campent à quelque distance sous des abris de feuillage ont été invités à ne pas approcher, crainte de méprise; d'ailleurs ils n'en ont guère envie, ils nous ont vu organiser des défenses avec des objets inconnus, et cela les a frappés de respect : les blancs ont tant de secrets ! Tout le monde saura dorénavant qu'on ne peut nous approcher la nuit à cause de nos fétiches.
Une panthère gronde aux alentours du camp, une tornade nous transperce, mais deTépos, point.
Le lendemain nous arrivons à Y oukou. Depuis une demi-heure nous sommes sortis à la fois de la montagne et de la forêt : toute la vallée n'est qu'une suite de culture et d'anciens champs où la brousse est encore basse, et on marche enfin à ciel découvert, ce qui malgré le chaud soleil nous est une grande joie.
Le village, le plus gros que nous ayons rencontré depuis la mer, a 36 cases. Le chef, nommé aussi Youkou, est un homme de 50 ans : une pièce d'étoffe drapée autour des reins et des jambes, le torse nu avec une chlamyde sur l'épaule, la tête puis-
1. J'avais également emporté un système de cordons porte-feu, destinés à allumer des feux tout préparés à cent mètres au dehors, de façon à éclairer par derrière les agresseurs tout en nous laissant dans l'ombre. Mais Thumidité est telle dans la forêt que nous n'avons pu les utiliser. Dans les pays secs comme le Soudan septentrional et le Sahara, ce procédé pourrait, je crois, rendre de grands services.
(Il i:/ i.i:s K ni: nos
LE CHEF YOIKOU.
santé et rusée, il a un aspect antique et fait penser à l'artificieux Ulysse. Il nous reçoit affablement et très dignement : nos cases sont prêtes, et il nous offre un mouton et du riz, ainsi que des bananes, quelques oranges, papayes, ananas, de la canne à sucre et du miel ^
Youkou est à environ 12 kilomètres du Gavally. Sur l'autre rive du fleuve s'étendent les Panions, réputés pour des sauvages intraitables. Leur première tribu, les Graoros, commence cependant depuis peu à s'apprivoiser, et un certain nombre de jeunes gens ont été envoyés à la côte pour travailler et acquérir les objets de première nécessité, fusils, poudre et étoffes. Les Krépos sont en assez bons termes avec les Graoros, et ils promettent de nous mettre en rapport avec eux, mais il faudra du temps : y aller maintenant nous vaudrait un accueil à coups de fusil.
1. L'ananas n'existe pas à l'état sauvage dans la région du Cavally; les habitants en ont dans ([uelques villnges. Les papayes, qui tiennent à la fois de la courge et du melon, sont moins rares, au contraire la canne à fucre est tout à fait excef)tionnelle.
MISSIOX 1/ 0 S TA f y S-D' 0 LL Oi\E .
Nous voici donc arrivésà la limiledespays que notre heureux début chez Kapé Yékiré nous a ouverts : conformément à notre plan, il faut maintenant construire un fort et nous assurer par une nouvelle préparation un bon accueil sur un nouveau parcours.
Ce but détermine l'emplacement du poste : ce sera à l'entrée même des pays interdits, afin que les relations soient plus faciles à engager. Les renseignements recueillis nous en indiquent un parfait, un ancien village abandonné nommé Béléto, sur le Gavally, au point où la route qui mène chez les Graorostraverse le fleuve; de l'autre côté , un petit village vassal des Krépos possède des pirogues pour le passage et servira d'intermédiaire auprès des Graoros.
Mais voici qu'un courrier ' nous apporte une grave nouvelle: les Tépos se montrant de plus en plus provocants près du poste de Tabou, un officier est envoyé avec 60 hommes pour les repousser; il débarquera le 10 mars — nous sommes le 9 — et se portera de suite en avant.
Ainsi dès demain nos troupes vont attaquer la tribu voisine ! Quoique les deux peuplades ne soient pas en très bons termes, cela risque fort d'inquiéter nos hôtes, en leur faisant croire qu'il y a un lien entre les opérations des deux colonnes et que nous dissimulons des projets belliqueux. Nous tenons un palabre pour exposer les torts des Tépos et prévenir les faux bruits qu'ils vont certainement lancer : la conduite des blancs est approuvée et les Tépos universellement blâmés. Néanmoins il est urgent que nous soyons en sécurité, et Hostains et moi partons avec quelques hommes du pays reconnaître l'emplacement du fort.
C'est avec une certaine émotion qu'à un détour du sentier nous nous trouvons subitement sur les bords du Gavally. Ainsi, en dépit des Tépos, qui paraissaient un obstacle invincible, nous voici parvenus à 150 kilomètres de son embouchure : puissions-
1. Ce fut très difficile de trouver des courriers, les gens de l'intérieur craignant d'aller à la côte, et ceux de la côte dans l'intérieur; il fallut payer des prix coDsidérables, de 25 à 40 francs par voyage.
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LE CAVALLY.
nous aussi facilement tourner tous les obstacles que nous rencontrerons encore sur son cours !
Le fleuve est magnifique : il se forme sous nos yeux par la réunion de deux grands cours d'eau, aux noms même inconnus, le Douo large de 100 mètres, et la Hana large de 60, puis tout de suite il s'étend en une nappe large de 500 mètres et se sépare en une foule de bras au milieu d'un dédale d'îles. De grands rochers noirs sortent de son sein et donnent au paysage un cachet étrange.
Quant on vient de marcher pendant tant dejours comme dans une caverne, à travers un chaos interminable de collines abruptes et de ravins marécageux dont on ne voit que la place où pose le pied, où, sous l'immense voile qui recouvre et cache la terre, tout est secret, immobile, impénétrable et semble encore dans les ténèbres de la non-vie, on est saisi de trouver tout à coup ce grand fleuve. Au milieu de cette végétation exubérante
MISSION IIOSTAINS-rrOLLONE.
qui le borde comme pour le cacher, qui sur chaque îlot sort de son sein comme pour lerecouvrir, ses flots rapides, sous lesoleil éclatant, sont une révélation du mouvementet delà vie. C'est une force qui marche, sériant des fourrés et de leurs obstacles; rien ne l'arrête, il connaît et suit son chemin. Et ce chemin c'est le nôtre! Il va à la mer, le domaine des blancs, il vient du Soudan, notre empire, il nous rattache à notre pays et nous indique le but : la route que nous voulons ouvrir, il la parcourt sans se lasser, depuis toujours !
Après avoir reconnu les abords, nous passons le fleuve. Mais il va être midi : nous nous faisons déposer sur un des rochers au milieu de l'eau, le théodolite est installé, je prends le point, Hostains observe l'heure. Les indigènes contemplent avec stupeur cette cérémonie incompréhensible ; nous les rassurons en leur déclarant que c'est un fétiche indispensable pour obtenir un séjour heureux près du fleuve.
Baoué, petit village sur l'autre rive, est habité par les survivants de la tribu éteinte des Sampahins ; très habilement, ils se sont affiliés à la confédération den Tabétouos tout en demeurant sur la rive Graoro, de sorte qu'ils ont à la fois sécurité et indépendance. Ils tiennent l'un des deux passages par lesquels on franchit le Cavally pour aller chez les Graoros ; l'autre est à un jour en aval, et hors ces deux points, séparés par des rapides, on ne trouve aucune pirogue. En amont, pendant trois jours, il n'y a point de village.
A la nuit tombante, nous étions de retour à Youkou ; nos guides portaient sept singes tués par nous, ce qui excita des transports d'enthousiasme augmentés par les récits des témoins sur la portée de nos fusils. Il nous fallut dès le lendemain montrer la puissance de nos armes, tout à fait insoupçonnée des indigènes, sur d'énormes troncs d'arbres qui furent naturellement traversés. L'effet produit nous engagea à recommencer dorénavant, dans chaque village, cette démonstration qui, sans doute, nous évita souvent d'en faire une plus meurtrière.
Sitôt notre résolution prise de nous établir chez les Krépos,
ARRIVÉE DU NOUAN. — DESSIN DE MADAME PAULE CKAMl'EL, D APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
nous avions prit' Voiikon de coiivoquci' tous les chefs iuiportaiils, pour ((uc iiolrc, iuslall.-ilion dans 1(î pays fui solennellement acceptée. Mais celle rt'union n'allait pas sans diffieullé : le grand chef des Krdpos, iXouan, (jui iiahilait le village deMeno, h une très forte journée (le marchedeYoukou, élaiLuii vieillard presque impotent qui ne se déplaçait jamais. 11 y avait déjà cinq jours que nous étions là, et il n'arrivait pas; cependant Youkou nous rassurait en annonçant toujours pour le lendemain sa venue, à laquelle il paraissait tenir encore plus que nous.
Le soir du cinquième jour, nous entendons des clameurs et un bruit desonnettes, et nousvoyons s'avancerun cortège imposant. Un giand vieillard est au centre, suivi de plusieurs guerriers ; il a une sorte de diadème, formé d'un bonnet que ceint un bandeau de peau de panthère, avec une dent pointant audessus du front ; il s'appuie en marchant sur un spectre figuré par une longue tige de cuivre, jadis humble tringle à rideaux ; à sa ceinture pend une clochette qui ne laisse ignorer aucun des mouvements d'un homme si illustre. Devant lui marchent quatre pages : le premier porte son immense pipe, le second son tabouret sculpté, le troisième un sac de cuir, sans doute son nécessaire de toilette, le quatrième, comme dans la chanson, ne porte rien. C'est Nouan lui-même.
La grande assemblée a lieu le lendemain. Youkou, qui a compris que notre installation sous ses auspices et dans son voisinage ne pourrait qu'augmenter son prestige, a su préparer les esprits : tous se déclarent contents de notre établissement dans le pays et promettent de nous fournir les vivres nécessaires.
Le 15 mars, avec Laide des Krépos, nous gagnons l'emplacement de notre futur poste et y dressons nos tentes : notre première étape vers le Soudan est terminée.
ghapitrp: IV
Ciôalioii de Forl-Bingcr. — Reconnaissances. — Hostains se rend à la Côte.
SITÔT arrivés, tout le monde se met à débroussailler. Le plateau est escarpé du côté du fleuve, en pente douce de l'autre; il est un peu trop grand, vu notre faible effectif, pour être tout entier compris dans l'enceinte du fort; néanmoins la position, une fois les abords dégagés, sera facile à défendre.
Nous faisons mettre le feu à un monceau de décombres provenant d'une vieille case, où les gens de Baoué nous assurent qu'habite un énorme serpent. Le feu brîile très lentement, car une foule de plantes vertes et même du coton ' ont poussé sur les ruines.
Vers quatre heures du soir des cris s'élèvent et nous voyons sortir du feu un boa qui se dirige vers nous. Tout le monde à la fois se précipite sur lui : affolé par la vue de tant d'assaillants, le monstre tente à peine de se défendre et se fait stupidement tuer à coups de baïonnettes. Il a 4 mètres 50 de longueur et est gros comme la cuisse. C'est une femelle, elle s'est laissé fortement brûler avant de se décider à sortir; nos hommes fouillent aussitôt les décombres fumants et y trouvent cinquante œufs, qui sont cuits à point : c'est un régal pour les porteurs. La mort du boa cause une allégresse générale, que Sirabana nous explique : <( Village commue ça, y a trop bon », car les serpents,
1. Nous en avons parfois trouvé quelques plants près des villages; nous n'avons pu savoir s'ils étaient naturels ou importés. Les indigènes n'en tirent aucun parti.
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