CONSTRUCTION DE LA PALISSAUE
gens d'esprit qui « gagné bon tête », ne demeurent que dans des endroits tout à fait bien choisis, et pour que le boa ait tant tardé à sortir, il faut que celui-ci soit excellent.
Le défrichement fut excessivement long et pénible : chaque jour il pleuvait, tout était imprégné d'eau, et il était difficile de brûler le bois coupé, par conséquent de déblayer le terrain ; nous vivions dans un fouillis d'abattis, au milieu desquels les progrès d'installation étaient fort lents. Au bout de trois semaines cependant, le fort, composé de dix cases en bambou entourées d'une palissade bastionnée, était achevé.
Il n'avait rien de formidable, néanmoins, contre des adversaires sans discipline et armés de fusils à pierre, il offrait une sécurité suffisante. C'était nécessaire, car les esprits commençaient à s'agiter par suite de la guerre avec les Tépos, dont le début était peu heureux pour nos armes : le lieutenant Laïrle, après plusieurs combats, avait dû rétrograder sur Tabou ; le lieutenant Boutard, envoyé à son secours, avait enlevé brillam-
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ment le village de Blidouba, mais les deux officiers et 24 hommes étaient blessés, et la colonne arrêtée en attendant l'arrivée d'une nouvelle compagnie demandée au Sénégal. On conçoit l'effet que ces événements, dénaturés par les Tépos, devaient produire dans la contrée, et il nous fallait redoubler d'assurance et de calme pour en imposer aux indigènes '.
Tandis que les travaux avançaient, notre grande préoccupation était de nous procurer des vivres. Nous avions espéré trouver dans le fleuve un surcroît considérable de nourriture et, dès notre arrivée, des lignes avaient été posées par Hostains, pêcheur et chasseur émérite. Mais notre espérance fut complètement déçue : toujours les lignes étaient retrouvées cassées, de gros poissons ou des caïmans ayant emporté les hameçons. Bref, si de temps à autre un poisson vint varier notre ordinaire, jamais nous ne trouvâmes là une ressource pour l'alimentation de nos hommes ^.
La chasse nous donna les mêmes mécomptes : dans ces fourrés impénétrables à la vue, comment apercevoir même le plus gros animal ? Les indigènes arrivent de loin en loin à tirer une pièce, car, marchant en rampant sans aucun bruit, ils peuvent parfois, d'après ses traces, approcher une bête endormie, mais un Européen c'est impossible. Il n'y a point de passages favoris, l'eau se trouvant partout et l'herbe nulle part. D'ailleurs, s'il y a de nombreuses espèces, les représentants sont rares, faute de pâturages. Tout est si bien invisible, que nous n'avons jamais renconù^é un serpent, bien qu'ils pullulent. Il a fallu le feu pour faire sortir le boa que nous avons tué; quelques autres serpents, tous venimeux, ont été trouvés sur les arbres coupés et môme dans les toits de nos cases, mais, sans des circonstances exceptionnelles, jamais ont ne les eût vus.
1. Notre situation parut si dangereuse que deux fois le ministre télégraphia de nous rappeler; ce ne fut que grâce à la confiance que montra en nous le Gouverneur, M. Penel, et sur sa ferme insistance, que le ministre revint sur sa décision. Je suis heureux de pouvoir en remercier ici M. Penel.
2. Quelques-uns de ces poissons sont fort singuliers : ils n'ont point de bouche, mais une sorte de trompe très courte.
Ml j)iiis(iii(' j(^ |);irl(' animaux, dirai je (pTil n'y a pas dr. nioiisli(jiios? (Vcsl iiiic (îhosc loul à fait cxl raordinairc (|ii(i dans cfi pays (le niart^cag'os conliiins on n'en soit pas d('Vor<', mais le. l'ait est là : luillc part nous n'en avons lronv('. Ii'al)scnfî0 do monstiques est nn bienfait inappréciable, car cola permet (b-reposci'. Doit-on aussi bicMi lui atli'ibncM* (jne nous n'avons jamais (;n la fièvre, ou très rarement, malgré dos fati" gués extrêmes? Voilà qui confirme singulièrement la théorie d'après laquelle c'est le moustique qui l'inocule.
En fait de chasse, il fallut nous contenter de tuer des singes, les seuls animaux qu'il soit possible d'apercevoir. Qu'on ne croie pas qu'ils se montrent volontiers :
un Européen non exercé pourrait marcher éternellement sans en voir un seul. Mais les indigènes sont excessivement habiles à entendre de loin une sorte de grognement qu'ils poussent en mangeant, et ils nous guidaient vers eux en frayant un passage dans le fourré. Nos porteurs, auxquels nous ne pouvions procurer d'autre viande, étaient trop heureux d'en manger, et chaque jour Hostains ou moi devions faire plusieurs heures de marche pour leur en tuer.
Mais quand au riz^ base de notre nourriture, et aux poulets nécessaires pour nous et les tirailleurs, lesquels, tous musulmans, ne mangent pas de singe, la difficulté d'en trouver augmentait chaque jour. Baoué et quelques hameaux voisins furent vite épuisés, les Graoros, malgré nos efforts, ne se
JEUNP: CHIMPANZE ET SINGE NOIR A CRINIÈRE ET OUEUE BLANCHES.
MISSION IIOSTAIXS-D'OLLONE.
montraient pas. Il devint bientôt évident qu'en dépit de leurs promesses, les Krépos des villages éloignés n'allaient pas faire
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