FEMMES ALLANT A LEAU
familles isolées. Le chef de famille est seul propriétaire, tout ce que peuvent acquérir ses frères, enfants et femmes lui appartient. Tous dépendent donc de lui el, par suite, lui obéissent, mais l'autorité, comme l'obéissance, se mesure aux besoins de chacun et ne s'exerce qu'avec ménagement. Le chef doit pourvoir de tout ce qui leur est nécessaire, et notamment de femmes, ses frères et ses fils. Et comme, étant vieux, il a autant besoin des jeunes gens que ceux-ci de lui, il n'agit presque jamais qu'avec le consentement général : c'est le règne du suffrage universel.
S'il meurt, tout ce qu'il a passe au membre le plus âgé de la famille, frère ou fils, ou, en cas d'incapacité ou de méchanceté, au suivant. Comme presque toujours le chef a un frère, les enfants sont donc déshérités. Ceci est d'une psychologie avisée : la mort de leur père les privant de leur situation privilégiée, ils ont tout intérêt à prolonger sa vie en écartant de lui le
MISSION n os l'A lAS-D'OL L ONE .
poison qui joue un grand rôle dans ces pays ; si l'héritage devait passer au fils, celui-ci serait trop souvent tenté d'en hâter l'échéance. Morale : pour s'assurer l'affection de ses enfants, le mieux est de les déshériter.
Un homme a autant de femmes qu'il peut en acheter. — Le mot acheter n'est pas exact, car elles ne sont nullement captives, c'est en quelque sorte une dot qui est payée par l'époux aux parents de sa femme. — Chacune possède une case dès qu'elle a des enfants, et dispose d'une partie de la récolte ; la première épousée a le pas sur les autres, et généralement elles s'entendent hien entre elles. Elles ont beaucoup d'influence sur leur mari, qui leur montre souvent une réelle affection Si Tusage des culottes était connu, je pourrais dire que dans bien des familles ce sont les femmes qui les portent, et le (( Monsieur, je retourne chez ma mère » est une menace fréquemment employée dans les scènes de ménage, et assez souvent exécutée. Dans ce dernier cas, les notables des deux villages tiennent palabre pour décider si tout ou partie de la dot doit être rendue, suivant que le divorce est prononcé aux torts du mari ou de la femme.
Les rapports des parents avec leurs enfants sont très affectueux. Jusque vers l'âge de quatre ans, une femme porte sans cesse son enfant à califourchon sur son dos, maintenu dans une sorte de hotte quand il est tout petit. Plus tard, on voit souvent le père se promener avec l'enfant perché sur ses épaules ou sur sa tète. Quand les fils deviennent grands, le père les met en ménage en leur achetant une femme. Les filles sont souvent mariée bien avant que d'être nubiles, surtout par les parents pauvres pressés de recevoir la dot. Les enfants qu'un homme a d'une captive ou que ses femmes ont d'un autre homme sont considérés comme bâtards ; on les élève comme les autres, mais ils n'héritent pas, à moins que leur mérite ne rachète leur naissance.
Il y a très peu de captifs. On ne peut en faire dans le pays, car ils trouveraient facilement le moyen de s'échapper et de rentrer chez eux, on ne peut donc garder que des captif de race
soudanaise, (lui seraioril repris au premier village. Vn\w rien raisons (jne nous verrous i)lus t.ii'd, il ii'an-ive (jue jX'u do ces captifs, el presiiue lous soûl achcli's par les habilanls du lilloral, plus riches'.
Les caplil's ne sont i)as maltraités, ou a trop pcMii' «ju'ils ue s'enfuient, quitte à changer do maîtres. Quand ils sont depuis longtemps chez un homme, ils sont considérés comme de la famille, ont une case, une femme, un fusil, souvent un champ dont les produits leur appartiennent en partie.
Nous en avons vu un, chez les Krépos, qui s'était acquis une grande renommée à la guerre et avait le commandement de tous les guerriers; il voyageait à sa guise, et nous l'avions pris pour un chef puissant.
On voit que les mœurs sont très douces. Elles sont aussi très faciles. Les jeunes filles ont toute liberté, à condition de n'accorder leurs faveurs qu'aux gens du village; si un étranger en bénéficie, tous les hommes ont le droit, dont ils usent, de venir lui réclamer un cadeau comme dommage-intérêt : elles sont, somme toute, propriété communale. Les femmes, elles, sont propriété privée : c'est au mari qu'il faut payer le dégât. Il a tout droit sur le délinquant, mais cela se termine toujours par une indemnité proportionnée à la fortune de celui-ci : c'est le plus souvent un mouton, dont la femme coupable prépare un
1 . Aucun (les Ires rares captifs que nous avons rencontrés n'a pu nous donner le moindre renseignement : no connaissant pas encore la langue de leurs maîtres, — tous provenaient de la déroute de Samory —ils n'avaient rien pu apprendre sur le pays traversé, et ayant marché sans cesbo en faisant mille détours, ils nous assuraient cpi'il fallait un an pour atteindre la limite de la forêt.