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MISSIOA JIOSTAi:\:S-JrOLLO\h\
festin auquel prend part tout le village, y compris son heureux ou malheureux complice. Détail piquant, c'est généralement la femme qui va confesser ses torts à son mari : elle se lave ainsi de toute faute, en lui permettantderevendiquer ses droits contre le séducteur ^
Cependant, quand l'époux a des soupçons et qu'il n'obtientpas de preuves ou d'aveux, il recourt au jugement de Dieu. C'est le grand moyen pour découvrir tous les crimes, notamment, quand quelqu'un meurt, pour trouver qui l'a empoisonné ou envoûté, car il se trouve toujours quelque bonne âme pour insinuer que la mort n'a pas été naturelle.
L'épreuve consiste dans l'absorption d'une décoction de certain bois rouge. L'accusateur indique comment Dieu manifestera le forfait : ou bien l'inculpé mourra, ou bien il rendra le poison, soit par en haut, soit par en bas (je n'ai pas besoin de mieux préciser). En présence de tout le village, l'accusé boit le breuvage : il est reconnu coupable, si l'effet est conforme au vœu de l'accusateur; dans le cas contraire, on s'empresse par tous les moyens de lui faire rendre le poison. L'accusateur est tenu alors, en guise de réparation, à un cadeau dont la valeur varie selon qu'il a souhaité la mort ou seulement un lavage intérieur un peu brusque.
Il est bien entendu que le préparateur du poison n'opère pas de la même façon si l'accusé est de ses ennemis ou de ses amis, et que dans ce dernier cas il lui fait avaler à l'avance un antidote ou un vomitif; aussi les résultats de l'épreuve sont-ils très variables. Il n'y a presque pas d'individu qui n'ait dû, au moins une fois en sa vie, boire le bois rouge pour se justifier de quelque méfait, et ils ne s'en portent pas plus mal, bien que ce soit un poison très dangereux.
Quand l'accusé est reconnu coupable, ou bien il paie une forte amende, ou bien même il est vendu comme captif — c'est le seul
1. Ce Irait de mœurs singulier se retrouve chez toutes les races qui habitent la forêt, chez les Agnis comme au Congo. Beaucoup d'autres traits encore sont communs, telle l'épreuve du poison dans tous ses détails.
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cas où lin hoiniiic de. la l'orrl puisse le devenir : il n'a alorH nulle possibilit(' (le s'échappcM*, puis(|ii'il n'a |)()iiil de refuge à espérer dans sa li'ihii ; la peine de iiiorl. n'cxisle j)as.
Il faiiL iiolei* le pi'()(5('(l(' ori^^inal eni|)lo V(' pour cinpeclicr d(; s'enfuir (|iiel(iu'iiii doni on veut inomeiilanément s'assurer la présence: connue il n'y a aucune case fermant, solidement, si ou uc veut pas le faire soull'rir eu le ligottant, on se contente (le lui attacher dans le dos, verticalement, une longue perche à laquelle sonl maintenues liées sa tôto et une do ses mains. 11 peut alors aller et venir librement dans le village, mais il lui ost impossible de se sauver, car la perche s'accrocherait dans le fourré et l'arrêterait.
La religion de ces peuples est une des choses les plus surprenantes : alors qu'on pourrait s'attendre à un grossier fétichisme, ce sont des croyances presque pareilles aux dogmes du christianisme.
Il y a un Dieu, Nieusoi, et un mauvais esprit, Hyné, qui lui est inférieur; chacun d'eux a, auprès de tout homme, un envoyé invisible qui lui suggère des pensées contraires. Après leur mort les hommes bons vont auprès de Nieusoi, les méchants dans le feu où Hyné les torture ^
En fait, ces dogmes ne se traduisent par aucun culte : il n'y a pas de prêtres, et on ne célèbre aucune cérémonie en l'honneur de Dieu. Cependant chaque fois qu'un homme hoit du vin de palme, breuvage précieux, il en verse à terre quelques gouttes en disant ((Nieusoi» (Dieu), libation semblable à celles des Anciens.
Mais le fétichisme ne perd pas ses droits : au dessous des Êtres
1. Je me pcrmclsde répéter que tout cela ne nous a pas seulement été dit par Hyné et par nos autres interprètes qui auraient pu pendant leurs voyages acquérir quelques éléments de notre religion ; les nombreuses questions posées à d'autres indigènes de façon à les embarrasser n'ont jamais provoqué la moindre contradiction. D'où viennent de telles croyances? 11 y a eu autrefois des missionnaires espagnols et portugais sur ces côtes; quoiqu'ils n'aient guère quitté le rivage, leur enseignement s'cst-il répandu? ou bien des indigènesqui avaient servi sur les i)aleauK ont-ils rapporté les principes du cliristianisme? Ces deux hypothèses sonl bien peu admissibles, puis(jue les différentes tribus ne pénètrent pas.
MISSION nos TA r.\s-iy oll one.
Suprêmes il y a une foule d'esprits bons ou mauvais, qui se mêlent de tout se cachent partout, et qu'il importe de se concilier. Aussi les choses, les plus imprévues sont-elles fétiches, c'est-à-dire douées d'un pouvoir surnaturel et sacrées : ici un oiseau, là un arbre, ailleurs un serpent, etc.. Une des premières choses à faire en arrivant dans un village est de s'informer des fétiches, car on s'exposerait à commettre de véritables sacrilèges.
Il n'y a pas plus de sorciers en titre que de prêtres, mais chaque homme possède certains secrets, qui lui ont été révélés par des vieillards et qui se transmettent ainsi éternellement. Ceux qui ont été heureux dans leurs actes ou dans leur prédictions sont réputés avoir des fétiches merveilleux, et tout le monde vient les consulter ; eux mêmes le croient et ne font rien avant d'avoir interrogé le destin. Il est vrai que, si le sort leur annonce le contraire de ce qu'ils désirent, ils recommencent un peu plus tard jusqu'à ce qu'ils aient la solution espérée, et ils ne manquent pas de bonnes raisons pour expliquer le changement. Presque tous les vieillards, par le fait même qu'ils ont réussi à vivre longtemps, sont réputés grands féticheurs.
Je signalerai encore chez ces gens une croyance curieuse : c'est celle à la téléphatie. Non seulement ils pratiquent des envoûtements, comme presque tous les peuples anciens, mais encore ils prétendent observer souvent un phénomène bien connu des spirites : l'apparition à ses amis de quelqu'un qui va mourir au loin. Et ils m'ont décrit des cas tout-à-fait identiques à ceux que relève la Société des recherches psychiques.
Au point de vue politique, quelques familles forment une tribu sous l'autorité d'un chef héréditaire; quelquefois, chez les Krépos par exemple, ce chef est pris alternativement dans deux familles. Il n'a aucun pouvoir : ces gens épris d'indépendance ne supporteraient pas un ordre, mais ils sont assez sensés pour écouter et suivre un bon avis^ et, si lechef est sage, ilpeut avoir à défaut d'autorité une réelle influence. En somme, dans la tribu comme dans la famille, le chef no commande paf-, mais il
arrive goM(3i'al(Mncnt à l'.-iiro prcdoininor son ojjinion. I..'i Irihu se dofend jalousemoiiL (;oiitre toute iiifçdronccî ('traiif^c-re, (;l, pour cola, supprime h peu pi'cts tout rapport avec; l'extérieur : chacun pour soi, chacun chez soi
On autorise un étranger à venir, ])ourdcs affaires importantes, séjourner quelques temps dans le village, mais non à le traverser pour aller plus loin. Un territoire est comme une propriété close : on peut y être reçu, non y passer. En conséquence les gens d'une tribu connaissent un peu leursvoisins immédiats, mais rien qu'eux, et ignorent presque tout des peuples situés au delà '.
On ne sera donc pas peu surpris d'apprendre qu'avec un tel goût pour l'isolement et une pareille aversion de l'étranger, ces gens sont passionnés pour le commerce et en font leur occupation constante.
Ce commerce roule sur quatre articles principaux : les femmes, les bœufs, les fusils, les captifs, ce dernier réservé aux gens très riches. Tous sont tarifés, avec quelques légères variations causées par l'état de l'objet lui-même.
Voici la mercuriale de la forêt :
Une femme vaut trois bœufs -, deux pagnes, quatre brasses d'étoffe, deux marmites, deux plats de cuivre, un chapeau, une machette.
Un bœuf • trois fusils, un baril de poudre de dix livres, deux brasses d'étoffe.
Un captif : quatre fusils, un baril de poudre, quatre brasses d'étoffe, un chapeau, une machette, une marmite, vingt pierres à fusil, quatre têtes de tabac.
Une captive : trois fusil, trois brasses d'étoffe, une machette, dix pierres à fusil, trois têtes de tabac.
Un mouton ou chèvre : un fusil, ou un baril do poudre de vingt livres.
1 . Évidemment il a quelques rares exceptions : pour des motifs graves guerres, ambassades, etc. — certains hommes ont traversé deux ou trois tribus.
2. Dont deux vaches et un taureau : plus loin dans l'intérieur, deux bœufs seulement, et les chapeaux, marmites, etc., disparaissent,
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Tout homme a besoin d'une femme et d'un fusil. Le fusil étant l'unité monétaire, puisqu'il permet d'acheter les bœufs et par eux les femmes, chacun doit donc arriver à s'en procurer pendant sa vie un grand nombre. Ils sont apportés à la côte par les Européens : comment, sans qu'aucun homme d'une tribu puisse traverser la tribu suivante, s'en trouve-t-il entre lesmains de tous les hommes de l'intérieur? Voici de quelle façon les choses se passent :
Un homme de la côte achète des fusils dans une factorerie et va les vendre dans la tribu voisine ; le nouvel acquéreur procède de même avec la peuplade suivante en prélevant un léger bénéfice, et ainsi de suite. Mais généralement les choses vont moins simplement: le vendeur ne trouve personne en état de le payer comptant. Alors il vend à crédit, le nouvel acquéreur revend de môme, et cela continue jusqu'à ce qu'il se trouve un homme en état de payer. La marchandise d'échange, bœuf ou mouton, suit alors la route en sens inverse ; chacun des vendeurs attendait le retour de son débiteur dans la propre case de celui-ci : une fois payé, il s'en retourne chez lui et il paie à son tour son créancier. Souvent avant qu'un fusil soit venducomptant, il a traversé dix tribus : dix hommes l'on acheté et revendu, et attendent patiemment leur paiement hors de chez eux, quelquefois pendant plus d'un an. Il est procédé de même avec les marchandises qui en sens inverse s'en vont à la Côte, c'est-à-dire les bœuf.<, les moutons, les captifs.
La plupart des gens connus comme riches font un double trafic. Ils achètent à crédit à la fois des fusils au Sud et des bestiaux au Nord, et les revendent aussitôt en se gardant bien de payer leurs créanciers : en reculant leurs payements et en pressant leurs rentrées, ils bénéficient d'une sorte d'escompte, ils augmentent leur fonds de roulement et le nombre de leurs marchés dont chacun leur rapporte un bénéfice Us en arrivent à vendre par avance un bœuf qu'ils n'ont pas, mais qu'ils espèrent acheter avec des fusils qu'ils n'ont pas non plus, et avec le produit de la vente à engager une nouvelle affaire.
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\.'Q><\)\'\i (les iiidi^îîiies oxcrcc à cos combinaisons leur a l'ait découvrir une foulo de procc^dés qui rcsscnnblent tout à fait à ceux do la haïKiuc. Aiii>i Sa, ^r.Aco à l'ivoiro des éldphanls tués par son t'rrro Kianido, et (pii lui appartient par droit d'aînesse, est un véritable banquier ; il fait une foule d'opérations de crédit, et il a dans plusieurs tribus des intermédiaires et des succursales.
Mais on devine quelles complications inouïes ces transactions entraînent dans dos pays où, si la marchandise voyage, le propriétaire est retenu à la frontière. Lemôme bœuf sera considéré par dix hommes différents comme leur propriété et ils auront tous raison, puisque chacun d'eux l'a acheté, et que, s'il Ta revendu, on no le lui a pas encore payé; en même temps chacun se regarde comme possesseur des trois fusils qu'il compte recevoir. Gomme de plus celui qui est actuellement détenteur d'un objet le met immédiatement en sûreté chez un ami éloigné, ainsi que je l'ai déjà dit, on peut considérer en toute vérité que rien de ce qu'on voit n'appartient à personne. Dans la pratique le résultat est simple : on ne peut rien acheter, si on n'a pas une année à perdre.
Les femmes, ai-je dit. ne s'achètent qu'en payant deux ou trois bœufs. Or les bœufs sont très rares, beaucoup de villages n'en ont pas, les plus riches en possèdent une dizaine, et cependant chaque homme a une ou plusieurs femmes. Gomment expliquer ce mystère?
D'une façon toute simple. Un homme se trouve posséder deux bœufs : vite il va se procurer une femme, pour lui, pour son fils ou son frère. Il achète dans un autre village une fille dont le père devient propriétaire des bœufs. A son tour celui-ci s'achète aussi une femme, cl: les deux animaux passent chez un nouveau maître. C'est une promenade sans fin; grâce à ces utiles ruminanl>, qui jusqu'à leur dernier jour vont poursuivre leur course à travers la forêt, tous les hommes se trouvent mariés et toutes les filles en ménage ; sans eux mille filles et autant de garçons fussent-ils en présence, nulle union n'est
MISSIO\ IJOSTAINS-D'OLLOXE.
possible, du moins légitime : ils passent, tout devient régulier. Naturellement on s'abstient de hâter par une consommation prématurée la fin de ces infatigables agents matrimoniaux, on attend leur mort naturelle. Il faut avouer que c'est là une singulière conception du rôle du bœuf sur la terre.
Parmi toutes les tribus volontairement isolées et fermées, seuls les Tabétouos ont une organisation plus perfectionnée. 11 y a une vingtaine d'années. Nieusoi \ chef du village de l^rédou, près Bayi, réunit tous les chefs des tribus Tabétouos et réussit à leur persuader de former une confédération; les guerres intestines étaient abolies, les chemins ouverts à tout le monde, l'appui de tous promis à celui qui serait attaqué, la justice rendue par le tribunal des chefs.
Cette organisation permit aux Tabétouos de lutter victorieusement pendant une longue guerre de dix ans, d'abord contre leurs ennemis héréditaires les Papes, puis contre les Koulopoués, tribu de l'intérieur qu'ils avaient appelée à leur aide et qui, une fois chez eux, tenta de les écraser.
La guerre s'étant arrêtée par suite de l'épuisement général, leur sage constitution permit aux Tabétouos de réparer leurs ruines et de recouvrer une grande prospérité par suite du libre commerce avec la côte. C'est à l'existence de cette organisation, que nous avions dû le bon accueil de toutes les tribus, dès que la première eut consenti à nous recevoir *.
J'ai nommé les Papes, ennemis héréditaires des Tabétouos : voilà une notion de la plus haute importance pour le gouvernement de ce pays, et qui était jusqu'à ce jour absolument igno-
1. Ce nom qui désigne le bon Dieu est très porté, ainsi que celui de Ilyné (diable). Noire agent Ilyné avait un fils appelé Nieusoi. On verra à la fin du chapitre que bon Dieu et Diable s'entendent mieux qu'on ne pense.
2. Malheureusement, il y a cinq ans, à la suite d'un jugement manifestement partial, Nieusoi fut tué et son village détruit. La guerre civile éclata, cependant les gens sages larrètèrent, et on résolut de régler l'airaire dans un grand palabre. Mais Râpé Yékiré, que son âge appelait à remplacer Nieusoi, fut véhémentement soupçonné d'avoir trempé dans le meurtre. Finalement le palabre ne se réunit jamais, aucun chef n'est reconnu et, nous a-t-on dit, si les blancs ne règlent pas tout cela, la guerre recommencera bientôt.
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rc'ci •, les (IcMix noms iiiriiic- ('l.'iiciil i iicoiiiiiis. Ils iic- (li'si^nciil, ni (l(Mix li'il)iis, ni deux l'.'iccs, ni dcnx ji.'iys : c'est (jiH'lqnrt cJioso ('()^lllu^ les |j,i*;in(ls i)ai'lis (pii onl divise' Im I<"rnnco sons le n^nn d(; IU)iir{^uign()ns oL Ai'in.'i'^iiac's, l'Italie cL l'Allemagne,' sous celui de (Juolfcs et de ( Jihelins.
Tout le pays entre la rivière Nono et le (Lavally (;sl liahil»' j)ai' une seule race : mômo langue, mémo physique, mêmes moeurs, mômes traditions ; mais les nombreuses tribus que forme cette race, se divisent en deux grands clans, Tabétouos et Pap(;s. Tribus et villages sont enchevôtrés miroitement les uns dans les autres', mais ils n'entretiennent ensemble aucun rapport, et ils se haïssent. On voit combien il est nécessaire de connaître cette distinction, qui est à l'origine de tous les conflits qui s'élèvent dans ce pays : faute de le savoir, on ne peut éviter de nombreuses maladresses -'.
La légende qui raconte l'origine de ces deux partis et de leurs noms paraîtra, je crois, curieuse, et donnera une idée des traditions historiques de ces peuples.
Il y avait au nord du pays des Tépos un personnage extraordinaire, Ouceï Bablo, qui savait des secrets merveilleux. Voulant se moquer d'un chef nommé Gui Hamné, il envoya un de ses captifs instruit par lui le saluer de sa part. Après que l'envoyé se fut baigné, son hôte lui offrit, suivant la coutume, de l'huile pour s'oindre le corps, mais à peine lui suffit-elle à se frotter les mains. On alla en chercher une pleine calebasse, mais le contenu se volatisa de même, et toute l'huile du village fut insuffisante. Alors le captif, se plaignant qu'on le traitât si mal, repartit chez son maître.
Gui Hamné savait aussi des secrets. Il expédia un de ses captifs pour l'excuser auprès de Ouceï Bablo. Celui-ci fit cadeau à
1 . Ainsi Béréby Mani et Grand Béréby sont Tabétouos, entre eux Roc Béréby est l^apé.
2. Les Papes nous sont hostiles, et par opposition, les Tabétouos favorables : les Tépos sont Papes, leurs voisins les Kaapos, qui ont toujours bien accueilli les blancs, Tabétouos, ainsi que tous les villages où nous avons passé.
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l'envoyé de deux têtes de tabac, mais en une bouffée de sa pipe, le captif les eut consommées : tout le tabac d'OuceïHablo y passa, et le captif partit en se moquant de lui.
Ouceï Bablo furieux fit assassiner Gui TIamnc. Le frère de celui-ci. Gui Diable, le vengea : il alla assiéger le village d'Ouceï Bablo, le prit, tua les habitants et détruisit tout.
GependanI, quelque temps après, il apprit avec stupeur qu'Ouceï Bablo vivait toujours avec tous les siens dans son village où rien n'était changé. Il convoqua de nouveau ses guerriers, reprit le village, tua Ouceï et ses gens et brûla leurs corps. Revenu chez lui, il apprit que le village enchanté existait comme par le passé.
Gui Diablo résolut de savoir le secret d'un tel prodige : il s'empara une troisième fois du village, mais au lieu d'en tuer les habitants, il interrogea les femmes du sorcier. L'une d'elles, souslamenace de supplices, lui révéla le secret qu'Ouceï Bablo lui avait confié : il ne mourrait que si on avait soin de lui couper le petit doigt de pied. L'indication fut suivie, et le diabolique personnage, poussant un grand cri, mourut pour tout de bon.
Gui Diablo réunit alors ses guerriers et leur demanda par où ils étaient passéspour s'approcher sans être vus du village qui était bien gardé. Les uns dirent qu'ils avaient suivi un de ces petits sentiers qu'on fait pour conduire les biches à des pièges nommés pape ; les autres avaient suivi une trouée faite par des touo — buffles, au pluriel; le singulier est toiii '. — a Eh bien, dit le chef, pour conserver la mémoire de ces événements, vous qui suivez des sentiers de pape, on vous appellera Pape, et vous qui marchez par des chemins de touo, on vous appellera Touo. » Et cela fut ainsi, mais les Touos joignirent à leur nom celui de leur aïeule Tab'', qui était une femme illustre -, et s'appelèrent les Tabétouos.
1. Qu'on remarque cette modificatioQ du substantif suivant le nombre, indice d'une langue assez perfectionnée.
2. C'est la coutume de faire précéder son nom de celui de son père ou de sa mère, quand celui-ci est connu : c'est un titre de noblesse.
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Quand on parle on France de nègres qui vivent nus dans une forêt, on a lot fait que de les accabler d'un mot : (( Quels sauvages ! » dit-on, et le sauvage, par définition, est un être qui a des plumes dans les cheveux, un anneau dans le nez, mange du tabac et des lapins vivants, en somme une variété inférieure de singe. Je crois que tout ce que je viens de dire modifiera tant soit peu celle opinion. Les gens de la forêt sont au contraire réellement intelligents et j'aurai plus loin l'occasion d"en citer des traits qui étonneraient chez les blancs. S'ils n'ont pas une civilisation plus avancée, c'est que la nature ne leur crée pas de besoins : le climat est tempéré, tout vêtement est inutile et la moindre case suffit comme abri ; le sol est fertile et fournit tout
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ce qu'on veut, riz et légumes divers, ])ois pour le feu et les constructions. Que faut-il de plus? Ils jouissent de la vie et passent volontiers leurs jours à fumer nonchalamment étendus à l'ombre, leurs nuits à chanter et danser en jouant de la guitare et du tam-tam. Gela est assez naturel et il n'y a pas que chez les noirs qu'on trouve des lazzaroni. Ils sont d'ailleurs fort capables de travail quand ils en éprouvent le besoin.
On veut aussi que tous les noirs aient l'horrible type nègre qu'alTectionnent les images à bon marché : bouche énorme à lèvres épaisses, nez écrasé, yeux petits et à fleur de tète, front déprimé, face glabre. Il existe en effet ce type, mais dans certaines races seulement, beaucoup d'autres n'y ressemblent aucunement : les Somalis ont fréquemment le type grec, les Peuhls le type sémitique. Les gens de la forêt, du moins les plus beaux ', n'ont aucun des caractères du type nègre, sauf les ailes du nez très larges — mais le nez est droit, quelquefois même aquilin — ; la barbe leur vient très abondante, tous la portent et elle leur va fort bien ; les vieillards en ont souvent d'immenses, de plus d'an mètre, qu'ils portent nouées en petites tresses sur les joues, en grosses nattes roulées en forme de saucisson sous le menton, ainsi que les Égyptiens d'autrefois.
Quiconque vit chez les noirs a d'ailleurs bientôt découvert en eux une beauté perdue depuis les Anciens, car nos yeux de modernes, habitués à voir des êtres habillés ou des statues immobiles, ne la connaissent plus : celle du corps humain en mouvement. Bien ou mal faits, les noirs n'ont point la démarche alourdie par les travaux des champs, la poitrine étriquée et les épaules voûtées parla vie de bureau, ils passent leur temps à chasser, à danser, et tous leurs mouvements ont une aisance, une souplesse, une harmonie naturelle qui ravissent.
Et leur peau noire, ou plutôt bronzée, si laide dans des vêtements et sous nos ciels gris, est, vêtue seulement de soleil, une beauté déplus. On ne peint point les statues, car la couleur détourne l'attention des lignes et la moindre tare dans le teint 1. Aucune photographie des plus beaux types n'a malheureusement réussi.
ij'js ii:m Mi:s