‹ Mission Hostains-D'Ollone, 1898-1900Chapitre 17 sur 52 · PILEUSES DE RIZ · texte numérisé non relu

PILEUSES DE RIZ

déshonore la plus belle forme. Il en est de même pour les noirs : sousleurcouleuruniforme^naturellementpatinée parla lumière, les lignes apparaissent seules en pleine valeur. Avec le teint chose si fragile, si changeante, si vivante, disparaît en même temps l'impression de nudité : ces corps de bronze sont des statues animées, et l'idée ne vient pas qu'ils sont nus et qu'ils pourraient être autrement.

Quand aux femmes, on va envier notre sort en lisant ce passage du chevalier des Marchais : « Toutes les femmes de Saint- André (Sassandra) sont d'une taille assez petite, déliées et bien prises. Elles ont les plus beaux traits du monde, les plus beaux yeux, les plus vifs, la bouche petite, les dents d'une blancheur à

MISSIOX IIOSTAINS-D'OLLONE.

éblouir. Elles sont enjouées, elles ont l'esprit fin, beaucoup de vivacité et surtout un air tout à fait coquet; leur physionomie est libertine et n'est point trompeuse. » ( Voyage en Guinée, 1730). Si les choses n'ont point changé depuis l'inflammable voyageur, que n'avons-nous choisi le bassin de la Sassandra au lieu de celui du Gavally ! Voilà des porteuses qu'il eût été agréable de regarder tout au moins. Hélas! toutes les femmes que nous avons vues, sauf deux ou trois, sont véritablement afl'reuses, déformées et flétries dès l'enfance par les travaux de force auxquels elles se livrent.

Tout ce que nous avions remarqué chez ces naturels, leur intelligence, leur douceur entre eux et envers leurs captifs, leurs façons polies et aisées, était si inattendu que nous riions bien de la réputation de cannibalisme qu'on leur avait faite. Un jour que nous demandions si on avait entendu dire qu'il y eCit quelque part des anthropophages, Ilyné et Tamhoui nous regardèrent avec étonnement : « Mais tout le monde l'est», dit Hyné; (( J'ai mangé de l'homme », appuya Tamhoui avec énergie, devant notre incrédulité.

Et ils m'expliquèrent ceci : ils ne mangent pas leurs semblables par gourmandise ni par férocité, non, c'est par esprit de justice. Quand, dans une guerre, un homme a fait beaucoup de mal et que ses ennemis arrivent à le tuer, ils le mangent pour le punir de sa cruauté. Ses restes ne reposent point en terre comme ceux des honnêtes gens, ses parents ne peuvent allerpleurersur sa tombe ; on espère aussi que, de n'avoir plus de corps, cela doit considérablement le gêner dans l'autre monde, et peut-être même empêcher sa seconde vie.

Cependant il paraît que les Tabétouos abandonnent cette coutume, si sage et si morale soit-elle : ils font encore cuire le corps de leur ennemi, mais au lieu de le manger, ils se contentent ensuite de disperser sa chair et ses ossements.

Une légende pour finir.

Le bon Dieu avait deux fils : l'aîné était noir, le cadet blanc. Quand ils furent en âge de se marier, il les envoya chercher

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