‹ Mission Hostains-D'Ollone, 1898-1900Chapitre 22 sur 52 · CASQUES DE GUERRE · texte numérisé non relu

CASQUES DE GUERRE

Ils sont divisés en deux fractions souvent en mésintelligence, et la guerre éclate même au sein de chacune d'elles. Plusieurs chefs ^ essaient de s'affranchir de la suzeraineté héréditaire d'Ouoro, mais celui-ci, par son habileté et plusieurs guerres heureuses, a su la maintenir.

Son frère Kamy s'est rendu illustre par ses exploits, aussi porte-t-il le casque à peau de panthère. Un homme tué à la guerre confère à son vainqueur le droit de porter un casque en poils de chèvre ; pour deux hommes, le casque est orné de plumes d'oiseau ; pour trois hommes, de cauries-; pour quatre hommes,, un bandeau de peau de panthère le décore, et, pour cinq, il est surmonté de cornes de buffle. Chaque village a un chef de guerre, et parmi ceux-ci la hiérarchie s'établit suivant l'insigne du casque.

1. Notamment ceux: de Bala et de Yuljo, gros villages de plus de cent cases (400 à 500 habitants), tandis que Makra n'en a que cinquante-deux.

2. Petits coquillages servant de monnaie au Soudan ; très rares dans la forêl^ elles y sont employées comme ornement.

M I S S ION 11 0 S J'A I A .S -D'O L L O \ Ji .

Un immense pavillon fut remis solennellement à Ouoro,pour couronner dignement son magnifique mât. Quand nos quarante tirailleurs et porteurs armés ' furent formés en carré, je me préparais à faire rendre les honneurs, lorsque Kamy me pria d'attendre un instant, puis, courant à sa case, il en revint en costume de guerre, peau de glé (singe gris, blanc, noir et feu), cartouchières, couteau, fétiches, nombreuses chaînettes de fer-, casque, et brandissant son fusil, commença autour du pavillon une impressionnante danse de guerre, tandis qu'à côté de lui un barde inspiré l'excitait en exaltant sa vaillance et ses exploits. Voulait-il prendre part à sa manière à notre cérémonie^ ou montrer à son peuple qu'il n'avait pas peur? Quoi qu'il en soit, ce fut un spectacle curieux : il simulait un combat, bondissant et frappant, les yeux fixes et presque hors de la tête, comme gouverné par un pouvoir surnaturel.

Hyné revint de chez les Paloubés avec la promesse que ceuxci viendraient nous chercher dans quelques jours. En attendant, nous acceptâmes les offres du village de Guilika, situé sur la route, qui désirait nous posséder à son tour, et le 12 août nous passions le Douobé pour nous y établir.

C'est un joli village sur une terrasse au-dessus de la rivière, avec de nombreux hameaux tout autour. Trois envoyés des Paloubés viennent d'y arriver pour voir qui nous sommes et comment nous nous comportons ; notre aspect leur agrée, et l'un d'eux part rassurer ses compatriotes et les ramener au-devant de nous.

Hyné nous porte alors un coup très rude en refusant de s'éloigner davantage de son pays. Il nous a vraiment servis avec un zèle et une adresse extrêmes, et sa perte sera pour nous

1. Pour augmenter le prestige de nos porteurs, guerriers un peu ridicules, Hostains avait eu une idée de génie : avec nos étoffes, chacun d'eux avait dû se faire une culotte bleue et une veste rouge, et, avec la peau des singes que nous tuions, un bonnet à poil ! Ils étaient superbes ainsi, et nous ne les appelions que « les Grenadiers anglais ».

2. Ce pacifique insigne de nos huissiers est un ornement très à la mode chez les guerriers de là-bas.

DANSE DE KAMY. — DESSIN DE MADAME CRAMPEL (d'aPRÈS DES PHOTOGRAPHIES).

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ii'r('[)aral)I(', mais il n'est pas ciij^a^'i'î c-iivci-s nous, cl d'aillcMirs nous n'avons aucun moyen (\(\ le r(iLonii'. Nous lui remettons un (lornior courrier pour la I^'rance.

Nous avons encore^ par honluMir le second inlei'j)rCl(' ramciH' par lloslains, mais le j)auvi'e 1^'ranQois cstioin de pouvoir hîiiir la place crilyn*', il n'a pas le don do persuasion et tout le monde l'envoie promener; quand nous le char^^eons d'insister pour obtenir quelque chose : «. Moi fatigué de parler, » dit il découragé. 11 n'est absolument bon qu'à traduire ; encore se fait-il assez mal comprendre des (Iraoros, dont le dialecte est déjà différent. Heureusement, un jeune garçon qui sait un peu d'anglais ', Tiayo, consent à nous accompagner avec son frère jusqu'au pays des Sapos : c'est lui qui sera notre agent diplomatique.

Les Paloubés n'arrivant pas, nous nous décidons le 21 août à partir avec nos seules forces, en faisant des va-et-vient pour reprendre les charges laissées en arrière. Ce sont de rudes journée^:. Le sentier, très rarement fréquenté, est presque fermé par la végétation : nos porteurs, comme tous les Soudanais, tiennent leur fardeau sur la tête, et ils ne pourraient faire un pas, si huit tirailleurs, avec leurs coupe-coupe, ne taillaient sans cesse la piste devant eux, ce qui permet de constater l'extraordinaire abondance du caoutchouc : le latex jaillit à chaque coup'.

Nous partons dès l'aurore et marchons toute la journée sans

1. C'est une chose extraordinaire que la facilité avec laquelle les noirs apprennent l'anglais. Quand un homme va à la côte, il l'apprend auprès des autres noirs qui le savent, et de retour chez lui, il l'enseigne à sa famille et à SCS amis : nous avons trouvé des femmes et des enfants sachant quelques mots d'anglais dans des villages dont aucun habitant n'avait été à la côte. « Anglais parler mr-me chose Noirs », nous disaient nos gens, « Français parler ficiie ». Cette ardeur à apprendre une langue de blancs chez des gens qui ne veulent pas recevoir de blancs indique bien leur état d'àme : vivre indépendants, mais commercer. Et cela appelle des mesures pour répandre le français au lieu de l'anglais.

2. Les femmes du pays portent aussi sur la tête, mais les hommes se fout avec des lianes des hottes à trois bretelles d'écorce, dont l'une repose sur le front : cela leur permet de marcher courbé et exige un chemin bien moins élevé ; mais nos gens n'ont pu s'habituer à ce procédé.

MJSSIOX IIOSTAINS-DOLÏ.OISE,

arrêt, même pour manger. Nous savons trop bien, par nos mésaventures avant Néka et Makra, combien il est dangereux

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