‹ Mission Hostains-D'Ollone, 1898-1900Chapitre 26 sur 52 · JAVELOT, SABRE, CITHARE ET GUITARE · texte numérisé non relu

JAVELOT, SABRE, CITHARE ET GUITARE

nos tirailleurs, affreusement burlesques avec leurs faces noires géométriquement barbouillées de blanc, promenaient orgueilleusement ce signe de leur victoire.

Les Sapos sont industrieux et travaillent assez bien le fer qu'ils recueillent en abondance dans le sol; dans chaque village est un petit hangar circulaire servant de forge ; les hommes habiles à forger sont très estimés, contrairement à ce qui a lieu au Soudan '. Le soufflet est formé d'une pièce de bois creusée, d'où partent deux tuyaux de bambou ; sur deux ouvertures très rapprochées sont appliquées des peaux qu'au moyen d'une poignée un aide agite alternativement pour produire le vent.

Il faut signaler un jeu qui se joue à deux, avec des fiches qu'on plante dans une sorte de damier en croix, et analogue aux

1. Ils fabriquent surtout des bracelets, des haches, des sabres et des javelots. Ceux-ci sont presque abandonnes pour le fusil, cependant quelques hommes les préfèrent parce qu'ils tuent sans bruit. Ce sont des cannes de un mètre vingt environ, recouvertes de peau et terminées d'un côté par un bout ferré, de l'autre par une lance. Ils sont souvent munis d'une corde, pour qu'on puisse les ramener après les avoir lancé?.

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LA FORGE A PaOULO.

dames, à l'assaut. Il exige des combinaisons réellement savantes.

Au centre du pays Sapo s'élève le mont Nièlè, qui domine Paoulo. C'est un massif important, d'une altitude maxima de 700 mètres environ, mais qui couvre une vaste surface. Il donne naissance à deux fleuves, dont les embouchures figurent sur les cartes de la côte libérienne, mais dont le cours était jusqu'ici entièrement ignoré : le Douhoué (Dewah des cartes) et le Sino (Sinoë). Le mont Niètè est célèbre dans tous les pays Kroumen, comme le Niénokoué. Lui aussi a sa légende : c'est sur son sommet que demeurent les morts. Aussi nous fut-il impossible d'y monter, sous peine d'offenser nos hôtes ; cependant nous avions exprimé le désir de faire cette ascension : cela suffit pour que, après notre départ, le bruit se répandît au loin, et jusqu'à Béréby, que nous étions montés sur la montagne et avions dis paru, tués par les morts.

Notre présence à Paoulo y attira des gens de toutes les tri-

MISSIOA JJOS'fAIAS-D'OLLO.yE.

bus : nos bons rapports avec nos hôtes et l'aspect de nos marchandises leur inspiraient bientôt le désir de nous conduire chez eux, et nous en profitions pour nous renseigner. Ainsi co nouveau séjour produisait les mêmes effets que notre long arrêt à Fort-Binger : dissiper les appréhensions et par suite l'hostilité. Mais, malgré tous nos efforts, nous n'arrivions pas à éclaircir l'énigme géographique, et notre embarraspour choisir une route était grand'.

Un des étrangers, un Pérabo nommé Tooulou, était particulièrement intelligent. Un jour nous lui demandons de représenter sur le sol avec du charbon la position des différents peuples : nous avons alors la surprise profonde de voir cet homme nous tracer, après réflexion, une véritable carte, sur laquelle il porte tout ce que nous voulons connaître, rivières, montagnes, tribus, villages, et tout cela est si logique, tout s'accorde si bien avec les distances indiquées, les routes signalées d'un point à un autre, etc., que l'exactitude en est évidente. Les jours suivants, nous lui faisons refaire cette carte en essayant de l'embarrasser : peine perdue, toujours il recommence le même croquis, identique, et réfute toutes les objections.

Or cette carte était pour nous un trait de lumière : le Youbou et le Douobé au lieu de couler du Nord au Sud, comme nous l'avions cru, venaient en réalité de l'Ouest, où le Douobé avait sa source; le Youbou se recourbait ensuite de nouveau vers l'Est, et finalement vers le Nord, il traçait donc une sorte d'S et décrivait une boucle considérable vers l'Ouest. Cette forme expliquait l'enchevêtrement, jusque-là incompréhensible, des popu-

1. Comme pour l'augmenter, ces étrangers apportaient des nouvelles extraordinaires: une grosse troupe de Ijlancs approchait venant de l'Ouest. Etait-ce Woelffel ? Puis ce lurent après d'autres blancs venant de lEst ; bientôt il en vint du Sud et du Nord, il y en eut de campés dans chaque village, et ils en couvrirent le pays : c'était une vraie fantasmagorie. Et on nous servait tout cela le plus sérieusement du monde, avec force détails vraisemblables. Plusieurs fois ces nouvelles nous causèrent de l'émotion, tant elles étaient précises ; vérification faite, ce n'était que l'écho du bruit que notre arrivée causait partout. Ce phénomène de choc en retour, de récits dont on est soi-même Porigine et qui, déformés, vous reviennent appliqués à d'autres, est fréquent dans le pays où les nouvelles se transmettent oralement.

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dessiner la carie, on la modifiaul de manière ({ue leur pavs se trouvât jusie dans la direction du Noi'd; et ils le faisaient si habilement que nous ne pouvions discerner qui nous trompait.

Nous étions vraiment confondus d'admiration, et chacun le sera s'il pense à ce qu'il obtiendrait d'un paysan quelconque auquel il demanderait

la carte du pays à 100 kilomètres autour de son village, et môme à moins. Et, qu'on y songe, dans la forêt jamais la moindre échappée ne permet de se rendre compte du terrain : seul un effort considérable de raisonnement, appliqué aux observations faites le long des chemins sur les cours d'eau, les montagnes, etc., peut arriver à donner une idée d'ensemble d'une contrée qu'on n'a jamais vue, puis enseigner à représenter cette idée par une carte ^

Je crois donc que ce trait, mieux que tout ce que j'ai pu dire,

1. Comme, ainsi que je l'ai dit, les gen«> circulent très peu, ils se transmettent les uns aux autres ce qn ils ont appris, et depuis j'ai vu deux fois des indigènes tracer une carte à d'autres pour leur indiquer une position : en somme, de vrais cours de géograpliie !

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