CHAPITRE VIII
Kopos et Péraoos. — Incidents, — Boos et Booniaos.
A TRAVERS de nombreux petits villages, nous atteignîmes Douébli. C'est le village Sapo le plus septentrional ; nous devions ensuite, d'après Tooulou, marcher quatre jours en forêt déserte pour gagner son pays. Les gens de Douébli déclarèrent que Tooulou nous trompait, qu'il n'y avait pas de chemin pour aller directement chez lui, et qu'il nous fallait passer chez les Kiés, puissante tribu voisine. Mais les dispositions des Kiés étaient mauvaises, ils s'étaient vantés que nous ne sortirions pas de chez eux, et ils avaient arrêté des gens que Tooulou avait envoyés chez lui pour annoncer notre venue. Nous voulions donc les éviter, et le seul moyen était de nous fier à Tooulou.
Devant notre résolution de partir de suite, en brûlant au besoin notre surplus de bagages, les gens de Douébli consentirent, afin de retirer quelque bénéfice de notre passage, à nous fournir des porteurs pour trois jours, au bout desquels, suivant Tooulou, nous rencontrerions les Pérabos venant au-devant de nous.
Le 28 octobre, après des cadeaux généreux, nous partons avec 24 porteurs. Au bout d'une heure, à un signal donné, plusieurs Sapos jettent leurs charges et disparaissent dans la brousse. Heureusement, grâce à la pluie qui tombait à verse, leur signal n'est pas entendu de tous, et nos hommes empoignent les autres avant qu'ils aient pu s'enfuir : on les prévient qu'où tirera sur tout fuyard. Plusieurs de nos porteurs, quiavaient été déchargés
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comme malades, doivent prendre; les r.-ii'dcMux ah.'iiidoniius.
Rien ne ix'ut donner une i(l('e do la roub;. Sous la j)luie torrentielle, la forêt inondée n'était (|u'un immense marécage oh nous avancions péniblement plongés dans l'eau ju«qu'à micorps. Le moindre ruisseau était infranchissable : il fallait faire un pont en abattant un arbre, ou, comme des singes, passer d'une branche à l'autre dans les airs, système commode pour des hommes chargés ! Nous campions oii nous pouvions sous des abris en feuilles de palmiers, nos tentes étant depuis longtemps pourries. Et, après de telles marches, sait-on la question qu'on nous a le plus souvent posée depuis notre retour en France ? « Vous avez du bien souffrir du manque d'eau, n'est-ce pas? » Non, nous n'en souffrions pas, hélas!
Au bout de trois jours, nous n'avions point rencontré les gens de Tooulou. Les Sapos refusèrent d'aller plus loin; ils avaient notre parole, il fallut bien les laisser partir. Nous restions seuls avec notre excédent de charges. Heureusement, notre personnel fit assaut de bonne volonté, tout le monde s'offrit pour les prendre, Tooulou, les interprètes, les boys, et même, ce qui étonnera surtout, les tirailleurs : ils ne pouvaient, pour qui connaît leur orgueil de guerriers, donner plus éclatante preuve de dévoûment.
Trois longs jours s'écoulèrent encore. En réalité, les Sapos n'avaient pas menti, il n'y avait point de route. Nous suivions par moments quelques sentiers de chasse percés au hasard, plus souvent encore des trouées faites par des éléphants, puis nous nous ouvrions un chemin dans le fourré, devenu heureusement moins dense. Plusieurs fois Tooulou, désorienté, car le soleil restait invisible, nous conduisit vers le Sud : ce fut la boussole qui indiqua Terreur, et les blancs qui remirent l'indigène dans la bonne voie, à son grand étonnement. Mais nos provisions de riz touchaient à leur fin \ et aussi les forces de
1. 11 y avait lonij^tcmps que notre provision de café était épuisée, le sucre vin à manquer aussi. Du thé moisi était tout ce qui nous restait, avec un peu de sel, et (juinze jours plus tard cela mancjuera aussi.
MISSION IIOSTAINS-D'OLLOXE.
tout le monde, à marcher ainsi surcluirgé de six heures du matin à cinq heures du soir, dans l'eau ou dans la boue. Notre inquiétude était grande : où nous menait Tooulou ?
Enfin, le sixième jour au soir, nous atteignîmes le Douobé. Ce n'était plus maintenant qu'une petite rivière de 15 à 20 mètres de large, mais profonde encore de près de 4 mètres à cause des pluies. Un grand arbre servit de pont, et nous passâmes de même la rivière Gé, de dimensions presque égales, qui conflue près de là avec le Douobé. Le lendemain (3 novembre), nous revoyions enfin des êtres humains et arrivions, complètement épuisés, chez les Kopos.
Les Kopos sont une peuplade alliée aux Pérabos, et un grand nombre de ceux-ci, venus au devant de nous, se trouvaient là. Tous ces gens nous regardaient avec un profond étonnement : jusqu'alors, dans toutes les tribus, quelques hommes étaient allés à la côte et y avaient vu des blancs; ici, c'est à peine si on avait entendu parler de ces êtres étranges.
Mais, phénomène singulier! si les gens avaient l'air plus farouche, les choses avaient pris un aspect plus riant et plus civilisé. Les villages régulièrement bâtis, très bien entretenus, étaient décorés de massifs fleuris de tabac ou d'autres plantes utiles, avec des bordures de bois ; d'immenses plantations ouvraient de larges clairières, et, chose admirable! les chemins presque droits, débarrassés d'obstacles, larges quelquefois de plusieurs mètres, étaient devenus praticables. Les pluies ayant cessé sur ces entrefaites, la marche nous semblait maintenant un plaisir.
Malheureusement les cases, fort soignées d'ailleurs, présentaient une nouvelle disposition bien incommode : sauf dans un carré de deux mètres devant la porte, on ne peut s'y tenir debout, le plafond n'étant qu'à un mètre de terre. C'est sur ce plafond, formant premier étage, que les gens couchent quand il fait froid. Les cases sont entourées d'une véranda circulaire très étroite; plusieurs sont décorées de peintures; à l'intérieur, un mur de terre les sépare en deux chambres. Les toits coniques-
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