KONAKRY VU DE LA MER
dont nous étions plus spécialement chargés d'étudier l'arrièrcpays.
C'est un Etat célèbre en Afrique, où il fait la joie générale: qu'on se figure un grand-duché de Gerolstein nègre. Les Américains, poussés à la fois par le désir de se débarrasser des noirs qui les encombraient et par celui de recouvrir celte mesure d'une apparence humanitaire, ont eu l'idée d'en transporter un grand nombre dans le pays d'origine de leurs pères, mais non plus comme esclaves, au contraire comme hommes libres et comme apôtres de la civilisation; si bien que la Côte des Esclaves est devenue Libéria'. Ces apôtres de la civilisation
1. La Côte des Esclaves proprement dile n'a formé que le Togo, le Dahomey et le Bénin, mais la Côte des Graines qui a formé Libéria fournissait tout autant d'csclaves, et le nom de Libéria indique bien que raiilillit'se a été voulue.
M/SSI()\ nOSTAINS-iyOLLONE.
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LA BARRE Â GRAND BASSAM. (vOIR PAGE 8.)
l'ont en effet établie d'un seul coup : ils ont élu une Chambre, un Sénat, un Président de la République, des ministres, des généraux. Chacun a un grade ou un titre ; rien ne manque, si ce n'est administrés et soldats. Puis, comme en leur donnant ce pays on a négligé de consulter les habitants, et que ceuxci sont des anthropophages peu commodes, les bons Libériens se sont groupés en quelques villages au bord de la mer et se gardent bien d'en sortir, de peur d'être mangés. C'est à cet État puissant que l'on a reconnu 400 kilomètres de côtes entre le Sierra-Leone anglais et la Côte d'Ivoire française, et un hinterland profond.
Enfin, au Cap des Palmes, le bateau stoppe devant Blieron, premier village de la Côte d'Ivoire, à l'embouchure du Cavally. Ce fleuve mystérieux qui, presque seul à la surface du globe garde encore jalousement ses secrets, va-t-il enfin nous les livrer, ou ses flots seront-ils le tombeau de notre mission, du moins de nos espérances? Nous descendons, Hostains
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LA MISSION IIOI DAILLE. ^VUIU PAGE S.)
et moi, pour nous renseigner sur la situation actuelle du pays.
Elle n'est pas brillante. Les Tépos, puissante tribu qui s'étend le long de la rive française du Gavally, se montrent tout à fait hostiles, et même provocants. Déjà, dans sa précédente exploration, ils ont attaqué Hostains qui passait en pirogue et qui par un feu bien dirigé sut les mettre en déroute. Maintenant ils menacent les villages voisins du poste de Tabou, dont l'administrateur demande des renforts.
Aucune nouvelle ne pourrait être pour nous plus mauvaise. L'hostilité des Tépos ne nous permettra pas de remonter le Gavall j sans combat ; or, si on débute par des coups de fusils, adieu tout projet pacifique ! Les tribus de l'intérieur, nous voyant arriver en guerriers, seront affermies dans l'idée que les blancs veulent les réduire en esclavage, et ce sera contre nous une croisade générale qui ne nous laissera aucune chance de succès.
MISSION iiostmns-d'ollom:.
Tout le long de la Côte d'Ivoire, chaque poste où l'on stoppe nous procure des renseignements sur les dispositions des indigènes, partout aussi mauvaises, sauf en un seul point.
Enfin, le 10 décembre au matin, nous arrivons à Grand-Bassam. Sitôt le débarquement opéré malgré les difficultés de la barre', nous nous rendons chez le gouverneur, M. Bonhoure; avec nous y vont le capitaine du génie Houdaille, envoyé par le Ministre pour étudier le tracé d'un chemin de fer de pénétration, et les officiers de sa mission, avec qui nous avons eu le plaisir de faire la traversée^. Il faut lire dans le spirituel récit du commandant Toutée l'exposé des difficultés que toute mission doit s'attendre à éprouver de la part des gouverneurs. Mais M. Bonhoure veut bien nous les épargner, autant qu'il est en son pouvoir : il prend les mesures nécessaires pour nous procurer porteurs et escorte, et il nous communique les rapports faits sur les dernières tentatives de pénétration par la côte.
Sur la Sassandra et le San Pedro, les administrateurs Thomann et Gendre ont été arrêtés par les indigènes; la voie du Gavally est fermée pair l'hostilité des Tépos. Au contraire M. Maurice, administrateur de Béréby, poste situé sur la côte entre le Gavally et le San Pedro, a poussé une reconnaissance à quelques jours de la mer et n'a pas été mal accueilli. Précisément, d'après tous les renseignements recueillis par nous, les indigènes de l'intéreur apportent à Béréby une assez grande quantité d'ivoire et paraissent très désireux d'acquérir les marchandises européennes.
De tout cela paraît ressortir qu'il y a là, entre Gavally et San
1. Ce phénomène cent fois décrit et expliqué, se présente sous la forme d'une vague énorme qui se dresse comme un mur de plusieurs mètres de haut sur le rivage. 11 est produit par le brusque relèvement du fond de la mer : les profondes lames venues du large se relèvent avec lui et s'avancent ainsi jusqu'à ce qu'elles s'écroulent subitement sur la berge, chavirant et brisant les embarcations. Les Kroumen sont extrêmement habiles à franchir la barre, et chaque maison de commerce en possède une équipe; cependant les accidents sont innombrables.
2 Les capitaines Crosson-Duplessis et Thomasset, le lieutenant Macaire, l'adjoint du génie Borne et le docteur Lamy.
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MUOSSUU, PRES DE GHANU-HASSAM.
Pedro, une sorte de couloir ouvert aux produits de la civilisation, et par lequel nous pourrons nous introduire, si nous savons nous y prendre. Nous nous décidons donc à partir de Béréby par voie de terre. Nous perdrons ainsi l'agrément de nous transporter vite et sans difficulté jusqu'aux premiers rapides des fleuves, à environ 60 kilomètres de la côte. Mais précisément ce sera un avantage. Nous ferons progressivement connaissance avec les populations de l'intérieur, au lieu d'arriver chez elles tout d'un coup, et celles qui nous auront bien reçus pourront témoigner aux suivantes que nous ne venons pas faire la guerre et qu'on ne perd rien à nous faire bon accueil. Quand nous rencontrerons une opposition déclarée, nous nous arrêterons, construirons un poste et nous y installerons : nous parviendrons bien à nouer des relations avec Tune des tribus réfractaires et à lui persuader de nous recevoir. Si plus loin nous sommes encore arrêtés, nous procéderons de même.
MISSION IIOSTAINS-D'OLLONE
Peut-ctre ainsi éviterons-nous le sort des autres missions dont la marche rapide et inattendue, affolant les populations, faisait partir les fusils tout seuls. Il n'est rien de tel que de se connaître pour s'entendre, et rien ne se fait vite chez les noirs. A un tel événement, la venue des blancs, il faut une patiente préparation. « Allez lentement, » ne cessait de nous répéter Binger avant notre départ.
Le Gouverneur approuve notre plan, il promet de faire occuper le poste que nous créerons, de manière à nous soutenir, et désigne pour le commander son propre secrétaire, M. Bruneau, commis des affaires indigènes, qu'il détache immédiatement à la mission.
En attendant l'arrivée de notre personnel, nous visitons la partie exploitée de la colonie.
Ce n'est pas long : le pays n'est en aucune façon soumis. J'ai dit quelles difficultés la forêt présente à la pénétration, en revanche quelles richesses elle offre sur le rivage même. Binger et les gouverneurs qui l'ont suivi ont jugé qu'avant de faire une conquête coûteuse et pénible, il convenait d'attirer, avec l'attention, les colons et les capitaux français. Grâce à un vaste système de lagunes qui permet aux petits vapeurs de fréquenter une étendue considérable de côtes, les commerçants peuvent sans danger, au besoin sans quitter leur embarcation, acheter aux riverains l'huile de palme, l'acajou, le caoutchouc. On s'est donc borné à établir de loin en loin sur la côte quelques postes, destinés à assurer le payement des droits de douane et le fonctionnement d'une ligne télégraphique. Des postes ont été aussi créés dans la plaine du Baoulé et dans la région aurifère de l'Indénié explorée par Binger, mais ils ne font que jalonner notre future occupation, sans exercer encore d'action sur les populations.
Les résultats de ce système ont été excellents. Dès la cinquième année (1898), les recettes douanières sont montées à douze cent mille francs, et la prospérité des factoreries établies sur la plage, encore peu nombreuses, mais impor-
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