LE FORT DE DABOU
tantes, indique quel avenir est réservé à la colonie. Pour développer le champ d'exploitation, la conquête va se faire progressivement ^ .
Mais en attendant qu'elle soit faite, l'Européen n'a d'autre
1. Quatre mois avant notre arrivée, il n'y avait pas un soldat cà la Côte d'Ivoire. A ce moment il fallut appeler 2 compagnies du Sénégal; en 1900, il y a 4 compagnies de Sénégalais et 2 de garde-frontières soudanais, sans compter les miliciens, c'est-à-dire que, de toutes nos colonies, c'est la Côte d'Ivoire qui [)roportionnellcment renferme le plus de troupes.
MISSION JIOSTAIXS-D'OLLONE.
domaine que les flots et c'est sur le cours inférieur des fleuves et sur les trois lagunes de Grand-Lahou, d'Assinie et de Grand- Bassam qu'est concentré le commerce. La dernière surtout est un lac magnifique, profond souvent de 10 mètres, long de 120 kilomètres, et qui s'enfonce jusqu'à 40 kilomètres dans les terres par la lagune Potou et jusqu'à 50 par le Bas-Gomoé. Pressé d'arriver aux régions qui sont notre domaine propre, je mentionne brièvement Dabou, le seul fort en pierre de la Côte d'Ivoire, dominant la lagune et une plaine herbeuse presque unique aussi dans cette immense forêt, Jackville, village de noirs qui font directement un gros commerce avec l'Europe, Petit-Bassam où va être percé dans la langue de terre séparant la mer de la lagune un canal qui fera de celle-ci un bassin merveilleux, Abidjan, futur port et tête de ligne d'une voie ferrée dans l'intérieur. La mission Houdaille étudie les projets de canal et de chemin de fer qui transformeront à bref délai le pays.
Nos porteurs arrivèrent en janvier 1899. C'étaient, suivant les indications d'Hostains, des Dioulas et des Sénoufos réfugiés dans le Baoulé en fuyant devant Samory^ Hostains avait fait là une heureuse application de ce principe : prendre, si possible, des porteurs dans le pays qu'on veut atteindre. Les nôtres, ignorant la langue de la forêt, se sentiraient perdus s'ils ne nous obéissaient aveuglément; de plus, à mesure que nous enfoncerions dans l'intérieur, leur confiance et leur ardeur, loin de diminuer, iraient en augmentant, puisqu'ils se rapprocheraient du Soudan, leur patrie.
Ils avaient pour chef un jeune garçon de vingt-deux ans, Sirabana Ouattara, qui se présenta à nous avec une aisance respectueuse, mais affectueuse et confiante, comme à d'anciens amis de sa famille : (( Père moi y en a fait bon pour Binger quand lui venir Djimini, » nous dit-il. C'était vrai; il était fils deDomba
1. Les Dioulas étaient les habitants du pays de Kong avant la destruction de cette ville par Samory; ils avaient pacifiquement conquis le Djimini, habité par les Sénoufos.
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Ouall.Mi'.-i, chef (lu l)Jiiniiii, (lui rcf'ul Iihîs l)i(Mi l'.iti^or lops (1(î ses deux missions. Kl vi'.-iiincnt cctto coiifiMiicci ('l.'iit loiicli;iiil(} : nul (loiilu (|uc nous no rendions nu lils l'aniiLic uionln'o par le
VUE DL' HAUr DU FORT DE DAP.OU.
père envers un blanc, notre frère. Il parlait bien français — on a pu en juger I — était intelligent, vigoureux, actif, très brave : nous ne pouvions mieux tomber.
En revanche, ses hommes comptaient au nombre des nègres les plus inférieurs que j'aie vus : inintelligents, maladroits, médiocrement forts ; par contre, soumis et contents de peu. . Les vingt moins mauvais furent armés de fusils Gras et reçurent un rudiment d'instruction militaire, de manière que notre convoi pût se protéger lui-même, mais j'avoue que j'avais peu confiance en de tels soldats.
Les tirailleurs n'arrivèrent que le l*"" février. Ils venaient de faire depuis six mois une longue et pénible campagne contre les tribus hostiles de l'Indénié qu'on commençait à occuper, et s"y étaient merveilleusement conduits, mais ils étaient très fatigués. Néanmoins, quand je demandai vingt volontaires, je n'eus qu'à choisir.
MISSION IIOSTAINS-D'OLLONE.
J'avais cependant posé une condition fort pénible pour eux et qui en avait arrêté beaucoup, celle de laisser leurs femmes. On sait que les tirailleurs sénégalais ont l'habitude, qui est admise, d'emmener leurs femmes en campagne : elles portent les effets de leur mari, font sa cuisine, le soignent: l'homme n'en est que plus dispos et plus frais pour l'action. Mais c'eut été des bouches de plus à nourrir.
Malheureusement aucun gradé ne se présenta volontairement. On me désigna d'office un sergent et un caporal qui ne rendirent jamais aucun service, et les autres hommes ne savaient guère le français !
Ainsi parés, nous attendîmes un bateau qui voulût bien nous transporter à Béréby. Aucun paquebot français n'étant signalé, il fallut en prendre un anglais S qui nous chargea à son bord le i 3 février 1899.
Le même jour arrivèrent à Grand-Bassam les capitaines Robillot, de Lamothe et de Gointet, se rendant au Gongo pour gagner le Tchad, sous la direction de Gentil, à la rencontre des missions Foureau-Lamy et Voulet-Ghanoine.
Après une journée passée ensemble, le moment du départ étant venu, j'accompagnai mes camarades à bord de leur navire : celui-ci transportait au Gongo Samory, sa femme Saranké, son fils Sarankéni Mory, son griot et conseiller Morifing Dian, et je désirais voir ces personnages, qui tous quatre avaient joué un si grand rôle dans l'histoire des vingt dernières années du Soudan.
Ils occupaient une cabine de seconde, dont un tirailleur gardait la porte. Tous étaient étendus sur les couchettes, lisant le Goran ou rêvant. Samory me demanda où j'allais, et sur ma réponse que c'était à Bissandougou, son ancienne capitale, où nous devions effectivement arriver plus tard, il me tint un petit discours dans sa langue. Je crus qu'il me parlait de sa patrie perdue. Mais non : « Il dit qu'on lui a volé son pantalon )), expliqua le tirailleur.
1. 11 passe par mois deux bateaux français et de quinze à vingt anglais.
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'i\'l fui l'intéressant inicrvicw que j'obtins de Samory.
Cependant la nuit tombait. Je pris congé de mes camarades; nous échangeâmes avec confiance nos vœux de réussite, et je rejoignis Hostains sur notre bateau; les deux navires levèrent l'ancre, s'éloigncTent en sens opposés et l)ientùt se perdirent dans l'obscurité.
Ils n'ont point fait mauvaise besogne, mes amis : Rabah vaincu à Kouno, puis écrasé et tué à Kousseri, les trois missions réunies et, par elles, l'Algérie, le Soudan, le Congo, voilà leur œuvre I Mais il fallait qu'elle fût scellée de leur sang : le capitaine de Cointet ne reviendra pas...