‹ Mission Hostains-D'Ollone, 1898-1900Chapitre 47 sur 52 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

JE me suis trop étendu au commencement de cet ouvrage sur le but de notre mission, pour avoir à en commenter longuement les résultats. Nos instructions ont été remplies de point en point : la forêt a été percée de la mer au Soudan, et de vastes régions reconnues et placées sous notre pavillon. Les craintes de compétitions libériennes se sont évanouies, car non seulement nous n'avons pas trouvé trace de pénétration de la part de Libéria, mais même les indigènes ne soupçonnent pas l'existence de cet État, dont je n'ai pas eu une fois l'occasion de citer le nom au cours de ce récit.

Mais ce succès aura-t-ilun lendemain? Est-il utile, est-il possible d'occuper et d'exploiter ces régions?

Même si on laisse de côté les puissantes raisons tirées de la politique extérieure, la réponse ne saurait être douteuse.

En effet, cet impénétrable pays est une mine inépuisable de richesses, cette forêt n'est formée que d'essences précieuses : palmiers à l'huile, acajou, gommiers, kolatiers, et surtout arbres et lianes à caoutchouc, tout cela depuis le bord môme delà mer.

Ce n'est pas tout ; il ne s'agit pas seulement d'exploiter la forêt, mais aussi d'ouvrir la route du Soudan.

MISSION IIOSTAL\S-I)'OLLO\E.

Si la Côte d'Ivoire n'est qu'un rivage sans hinterland, le Soudan est, qu'on me passe l'expression, un hinterland sans rivage, séparé de la mer par cette infranchissable forêt. Il est habité, lui, par les races les plus sociables, les plus travailleuses, les plus commerçantes qu'on puisse trouver en Afrique. Mais (( à quoi servirait-il aux noirs de cultiver le tabac, les textiles, le coton, l'indigo, etc., — tous produits du Soudan — , d'exploiter les arbres à graisse végétale, de faire des plantations d'arbres, puisqu'ils ne peuvent pas en écouler les produits )). (Binger.) Ils ne cultivent donc que le strict nécessaire. (( Il faut pourtant que les souverains indigènes s'entourent d'un certain faste, qu'ils rétribuent les services, qu'ils entretiennent une force armée pour se mettre à l'abri de leur turbulents voisins. Par quels moyens ? en rétribuant et en payant à l'aide de captifs de guerre. » (Id )

Ainsi, le sol en friche, les guerres, la dépopulation, l'esclavage, tout cela provenait du défaut de communications entre le Soudan et la mer. Et il en sera toujours ainsi, partout où ne s'étendra pas notre domination bienfaisante et où des voies d'accès facile vers la côte ne seront pas ouvertes. Ce n'est qu'en amenant la richesse que nous ferons passer le goût et le besoin de la guerre.

Et j'affirme que ce résultat peut être atteint sans grandes peines ni dépenses.

Peut-être a-t-on remarqué que je n'ai pas cherché l'effet facile qui consiste pour l'explorateur à représenter toutes les peuplades traversées comme des races de brutes, tantôt agenouillées devant lui dans une crainte servile, tantôt l'attaquant avec une bestiale férocité, le tout sans savoir pourquoi : l'homme blanc les domine de cent coudées, et le lecteur doit se sentir flatté d'apprendre que quelque part il serait demi-dieu. Par malheur, cette conception glorieuse n'est le fait que de ceux qui n'ont jamais quitté le rivage ou qui ont échoué dans leurs entreprises : on ne la trouve ni chez Binger ni chez Monteil, ni chez Toutée, ni chez aucun de ceux qui ont réussi. Et je crois très

COACL I SIO \ S.

sincèromciil i[\\is là (vsl lo socrcL du siicccs : s'il y ;i dos rncos iiifdrieuros, c/esl non pas on los niuprisanl, in.iis on les comprenant quGiious montrons noirci sujx'riorih'.

Los gonsdola forrL sont avides d'indrpondanco, (jn'on n'essaie pas do 80 poser on maîtres et do les gouverner; mais ils sont intelligents ot aptes au commerce : (ju'on leur (h'montro ({ucls avantages ils auront à laisser passer clic/ eux les commerçants.

Qu'une ligne de postes, uniquement chargée de protéger les voyageurs, jalonne une route sûre entre le Soudan et la côte, et on verra en foule affluer les dioulas, désireux d'acquérir les kolas, le caoutchouc, et d'accéder à la mer par la voie la plus courte. Knun instant les indigènes, apprenant la valeur du caoutchouc, en apporteront aux dioulas plus que ceux-ci n'en pourront transporter, et les merveilleuses richesses de cette forêt entreront en exploitation. Ceci n'est pas un rêve : partout les indigènes nous ont dit qu'ils voudraient bien voyager et commercer, mais qu'ils ne le pouvaient, faute de sécurité, et qu'ils seraient heureux que nous nous chargions de la police. Mais surtout, qu'on s'en tienne là et qu'on n'aille point se mêler de leurs affaires !

Toute manifestation d'autorité, tout emploi inutile de la force compromettraient à jamais la situation. La tâche demandera de la prudence et du tact ; ce sera chose délicate mais non irréalisable : si dans les conditions les plus défavorables, ridiculement peu nombreux, sans interprète, ne connaissant pas le pays, nous avons réussi pendant dix mois à ne nous battre que six jours, c'est peut-être qu'il y a une manière de s'y prendre.

Et puisque cette occupation est possible, il est absolument nécessaire de la faire.

On ne peut laisser subsister dans la forêt un foyer d'hostilité exerçant la plus fâcheuse influence sur les populations du Soudan et de la Côte. Jamais celles-ci ne nous croiront invincibles et n'abdiqueront toute velléité d'indépendance, tant qu'elles verront les gens de la forêt se rire de nos armes.

Mais il y a une considération encore bien plus puissante :

MISSION JIOSTAiyS D'OLLONE.

peut-on admettre que nous tolérions chez nous, sur des territoires qui nous appartiennent, les pratiques de l'anthropophagie ? On s'est élevé avec force contre l'esclavage : avant de songer à libérer les captifs, qu'on empoche d'abord de les manger î

Il y a là plus qu'une question de commerce ou de politique, c'est un devoir d'honneur et d'humanité.

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