‹ Mission Pavie, Indo-Chine, 1879-1895 (volume 2)Chapitre 12 sur 87 · T <XJ · texte numérisé non relu

T <XJ

ta >

offlillll llllillll

S/ v- a ■ un

rt

n iïl

fc

!j 1 y IIJllIlilllllllliillllll iHlIIlHilllllilJllIlH

Fig. i?. — Pnom-Penh, tribune des frics sur la façade du palais.

A. PAVIE 18 décembre 1880 au 16 mars 1881

La majeure partie du Cambodge reslaul à faire connaître en dehors des confins de la Cochinchine, des environs du fleuve el de certaines parties de la région du Lac. j'avais pris pour but dans ce premier voyage l'agrandissement d'une manière générale de la zone étudiée depuis le golfe de Siam jusqu'au Mékhong.

Son itinéraire comporte un développement d'environ treize cents kilomètres, je l'ai successivemenl parcouru, en éléphant, en barque, à

i- Série. — I. 11

MISSION PAME

pied cl en charrette à bœufs, ayanl comme personnel deux domestiques, un Kinm et un Cambodgien.

Il a été accompli au milieu de la saison sèche; le minimum donne parle thermomètre a été de 15° le 8 janvier sur le monl Vorvong-Saurivong cl le maximum 31° le 2(i février entre Kompong-Thom et le Mékhong.

Pour le résumer, je l'ai divisé en dois parties :

1° Itinéraire dans les bassins du fleuve postérieur et du golfe de Siam :

2° Itinéraire dans le bassin du Grand-Lac ;

3° Itinéraire entre le Grand-Lac et le Mékhong.

J'eus la bonne fortune pendant les trois premières semaines de marcher de compagnie avec M. Aymonier, aujourd'hui directeur de

l'Ecole coloniale à Paris, alors représentant du protectorat français au Cambodge crui

pr

faisait une première tournée dans les provinces khmères du Sud.

Ses travaux sur les langues, l'épigraphic et l'histoire du Cambodge cl du Kiampa l'avaient fait connaître comme l'homme le plus compétent sur les choses de ce pays et sur ses habitants.

On sait qu'il commença pendant son

séjour à Pnom-Penh le déebiffrement des

inscriptions écrites en langue vulgaire,

c'était à l'époque même où le Dr Kern

déchiffrait en Hollande, les inscriptions sanscrites; M. Aymonier eut

l'honneur de publier les premières dates exactes que celte épigraphie a

révélées.

J'avais, en partie, étudié la langue kbmère à laide des dictionnaires et dans le manuel qu'il avait déjà publies.

(le qu'il avait écrit des Cambodgiens m'avait affermi dans ma

M. Aymoni

manière de voir sur eux. Ses appréciations sur la race vers laquelle j'étais tant attiré étaient les plus justes qui eussent élé émises, empreintes d'une vi\e sympathie elles avaienl beaucoup contribué à atténuer sinon à détruire la noie fâcheuse inconsidérément répandue sur ce peuple doué de qualités tories el de sentiments généreux pour qui les jugements des hommes avaienl élé injustes à l'égal du sorl et je lui savais gré extrême de l'intérêt qu'il lui montrait en toute occasion.

Les Cambodgiens le connaissaient bien et ils savaient ce qu'il pensait d'eux: ils avaient pour lui une reconnaissance et une considération

glandes.

Il prépare maintenant les futurs administrateurs de nos possessions coloniales au rôle qu'ils auront à remplir: j'ai dans la suite constaté par ceux (I entre eux que j ai eus prés de moi ou que j'ai rencontrés en Indo-Chine, combien il communique à ses élè\es les principes de douceur et de bonté cpii furent sa règle à l'égard des indigènes et sont la plus sûre base de domination coloniale. Je souhaite ardemment que beaucoup prennent aussi de lui, la passion qu'il a à un si haut point, de la science des pays vers lesquels ils seront appelés.

Dans celle course je me formai à voyager sur le sol de l'Indo-Chine ; je m'habituai aux différents moyens de transport qui y sont en usage, reconnaissant surtout pratique pour la topographie l'emploi de l'éléphant au pas régulier, à l'allure meilleure qu'elle a' en a la réputation, du haut duquel je pouvais, plus facilement qu'avec les autres modes de marche, explorer des yeux la campagne autour de moi et sur qui je m'accoutumai non seulement à relever ma roule mais aussi à écrire.

Je me familiarisai de plus en plus au contact des indigènes des rivages et des forêts, prenant un goût extrême ù la rencontre des populations nouvelles pour lesquelles le voyageur doit non seulement éviter d'être une charge mais chez qui il doit laisser le regret de le voir s'éloigner, le désir de son retour, la confiance qu'il les servira.

Je visitai les grandioses ruines cl" V.ngkor maintenant bien connues, devant elles mes idées acquises sur le passé Minier ne nie parurent pas

exagérées. Leur souvenir réveille encore en moi l'impression de tristesse

que leur état d'abandon et mon impuissance à aider à leur conservation m'ont laissée.

La vue des vastes solitudes que je parcourus ne diminua pas l'idée que j'avais déjà sur la valeur du pays, car je reconnaissais le plus souvent qu'elles étaient le fait des guerres ou des catastrophes et que les populations pouvaient y être ramenées. Je constatai du reste sur beaucoup de points du Cambodge, l'arrivée de nombreux Annamites émigrés de Cochinchine, ils s'installaient de préférence au bord des cours d'eau, dans les grandes plaines d'herbes défrichant le sol pour la place de leurs cases et pour se faire des champs. Ils me regardaient venir, inquiets comme s'ils craignaient que je leur demande compte de leur fuite de leur pays et cessaient le travail, puis, voyant (pic je passais indifférent, ils me saluaient

fia Jn9t&iKÙ'ru i i î

'mlÀ

vXs.1Êj

mxîkuiSilîf

jgs|s.

comme un ami.

Le voyage, accompli régulièrement sans qu'aucun événement ou incident vint lui donner un caractère extraordinaire que je

44. — Annamile défrichant le sol dans les grandes plaines d'herbes.

CÀMHODCK

ne recherchais pas. me laissa dans ce même étal d'esprit que j'avais au départ.

J'avais rencontré plusieurs des principaux chefs des régions cambodgiennes soumises au Siam ; leurs conversations el celles de ceux qui

Fiir. 40. — Le gouverneur d'Angkor.

les entouraient m'inslruisirenl davantage el je me suis souvenl félicité d'avoir gagné leur cœur. Je connus en particulier les gouverneurs d'Angkor el de Battambang. Le premier étail un métis chinois ; le second. un khmer de race aujourd'hui mort, étail un vieillard ferme, résolu el

MISSION PAME

capable d'actions énergiques. Il me favorisa beaucoup <l;uis nies recherches littéraires et je lui en avais une reconnaissance très vive.

Il était aimé des populations pour sa sagesse et sa droiture et j'ai entendu dire à des chefs du pays : « Nous prions pour que notre gouverneur vive Longtemps el que son lils aîné, mûri sous sa direction, ait

Yig. 4li. — Le gouverneur de Battambang.

acquis, lorsqu'il lui succédera. t\nc bonne expérience des hommes et des choses du pays. »

Son caractère gardait une noie sombre et étrange d'un esprit de justice respectueux des lois khmères, poussé à L'extrême Limite, ne fléchissant sous aucune considération el qui me remplissait d'élonnemcnl .

c.winoixiF.

J anticipe ici sur nies souvenirs pour donner par quelques traits une idée de ce qu'étaient les chefs khmers avec Lesquels j'ai été en contact .

Dans le pays des sources de la rivière Sangkè, deux frères, ayant vu Leur père mourir lentement sans cause explicable, pensèrent qu'un homme du \illagc considéré comme sorcier, lavai I envoûté, ils le tuèrent.

La fille de la victime, açéc de 15 ans. partit pour Battambang demander la

vengeance du crime.

Le juge excusant dans une certaine mesure les meurtriers les condamna à payer une forte indemnité.

L'orpheline n'accepta pas l'argent, elle alla aux pieds du gouverneur réclamer la mort des coupables. Le front à terre, calme, sans rien entendre, elle répétait sa demande avec une insistance farouche. Le gouverneur fil exécuter les jeunes gens sous ses yeux puis pensant que la jeune fille pouvait avoir hérité <lc la puissance occulte attribuée à son père, il la lit transporter hors du pays avec défense d'en jamais repasser les Limites.

Un jour, il fit décapiter un de ses fils condamné à mort pour une offense à sa personne et pour avoir sans autorisation quitté le territoire du royaume contrairement à la loi.

Plus tard, quelques jours avant mon arrivée pour la construction <lu télégraphe de Bangkok au Siam, un fonctionnaire siamois apparenté

■ i- . i ' ■ - Le (ils .1 un 'lu Gouvci neur il<' Battambang. (Gouverneur actuel).

SX MISSION PU I F.

à la famille royale, envoyé de Bangkok pour m'assisler pendant les travaux, reçut dans sa maison une lillc du gouverneur. Celui-ci aussitôt prévenu, chargea son fils aîné d'aller chercher sa sœur. Un instant après, la jeune tille était reprise, la maison brûlée cl le fonctionnaire en fuite.

J'appris le fait en chemin. Lorsque je me présentai au gouverneur, il me dit simplement: « Le prince siamois s'en est allé. Ne vous en inquiétez pas, le travail se fera mieux que lui présent, je marcherai moimême avec vous, pendant les premiers jours, pour bien le mettre en train. »

1. — ITINÉRAIRE DANS LES BASSINS DU FLEUVE POSTÉRIEUR ET IH GOLFE DE SI Ul '

Dès qu'au commencement de la mousson pluvieuse le Mékhong grossit, une partie de ses eaux se dirige, pour s'y accumuler, vers le Tonlé-Sap, par le fleuve du Lac. large, à Pnom-Penh, connue le tiers du grand fleuve.

Avec la fin des pluies, sou courant rapide s'affaiblit subitement. C'est le moment où se produit le phénomène du renversement de la direction des eaux dans le fleuve du Lac; alors celles-ci qui noyant une étendue immense de terres ont transformé en mer le Tonlé-Sap dont le niveau s'est élevé de dix mètres, s'écoulent par celle même voie, cl le Lac est, peu à peu, ramené à son insignifiante profondeur de la sécheresse.

Le fleuve du Lac partage en deux la masse d'eau qu'il renvoie, les trois quarts retournent au Mékhong dont la baisse a laissé à peu près libre son lit nommé dans celle région par les hydrographes qui l'ont relevé, fleuve antérieur par opposition à sa branche ouest qu'ils ont appelée fleuve postérieur et qui descend à la mer parallèlement à lui.

Le fleuve postérieur, continuation très rétrécie du fleuve du Grand- Lac depuis les quatre-bras à Pnomp-Penh, allait sans doute encore à la

Page 1