I .', g. — Éi olier Khmi
MISSION l'A\ IK
de les voir envahir ma case je pensai que peut-être ils s'en retourneraient s'ils ne me voyaient pas el je restai dans la chambre faisant semblant
d ignorer leur présence.
U.ors j'entendis de légers bruits de voix rendus habilement perceptibles.
Fig. 10. — Kiams.
Sans doute, ils se disaient:
« Il ne nous sail pas là, parlons un peu plus fort, appelons son a lien lion? »
D'assez mauvaise grâce, je me résignai et m'avançai vers eux.
Par contenance, le chef montrait aux autres les fruits chargeant le citronnier planté devant la porte.
Comme si je ne devinais pas que leur démarche eût pour but une visite, je feignis de croire qu'il venaient demander quelques-uns des
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fruits murs cl je lis Le signe qu'ils en cueillissenl au tan I qu'ils en voudraient.
En souriant le chef en prit un et tandis que ses compagnons, confus de ce qu'ils croyaient nia méprise, baissaient la tète embarrassés, de la main il me montra leur groupe puis se montra lui-même et avant dans le regard une prière de bon accueil, il prononça une phrase interrogativement modulée que je compris très bien devoir être :
« Nous tous Venons vous voir, ne le permettrez vous pas ? »
Fis. II. — Chef do bonzerie entouré de cens du \illaae et d'écoliers.
Je bu tendis la main.
Il monta, paraissant beureux de n'avoir pas échoué, et. indiquant qu'il était du temple situé à gauche dé ma maison, il nie présent:! trois de ccuv qui le suivaient cl les cinq ou six autres, les prêtres et les élèves, puis s a>sil près de moi. les laissant en arrière.
Après des petits compliments devinés de part et, d'autre et un silence court il éleva en riant vers moi le citron dans sa main et pour ni en faire connaître le m un en cambodgien, dil : « crauchmar».
.le répondis : « citron ».
Il répéta le mol en français et voulut qu'à mon tour je dise el je
Jeune prêtre, élèves et écoliers de bonzsrie.
MISSION l'VVIK
redise « crauchmar » jusqu'à ce que j'eusse très bien prononcé. Puis, me touchant du doigt, il m'appela: « monsieur » en me faisant comprendre que, pour lui, c'était : « Louck ».
J'étais un peu gêné, n'ayant pas idée d'apprendre la langue khmère, mais les jeunes, derrière nous, avaient à chaque mol un rire heureux, encourageant, portant à la condescendance, el lui-même semblait si aise de la façon dont sa visite marchait (pie leur joie triomphait de ma sauvagerie et de ma timidité.
Je vis alors qu il était borgne, mais son œil avait si bien de l'expression pour deux qu'on ne s'apercevait pas tout d'abord de celle infirmité.
Je n'avais encore guère pris garde au visage des khmers, le sien me paraissait maintenant sympathique. G était un homme d'une quarantaine d'années : je lui trouvais un air intelligent de penseur tranquille et je le considérais un peu surpris de voir dans ses traits la caractéristique aryenne des physionomies d'Europe qui m'étaienl familières plulôl que celle de l'asiatique que son teinl indiquait.
Je lui offris du cale.
Le petit domestique qui nous servit alla chercher l'interprète qu'amenaient d'ordinaire ceux qui venaient chez moi.
Kn l'attendant le piètre se leva, montrant qu'il connaissait la maison très bien, il entra dans le bureau, s'approcha de la pile électrique et plongea un doigt de chaque main dans les \ases des deux extrémités disant, je crus le comprendre du moins, qu'il savait qu'on recevait ainsi une légère secousse mais que les explications qu'on lui avait données n'avaient pas suffi à lui apprendre pourquoi.
Répondant aux regards des autres je les engageai à imiter leur chef; enhardis ils suivirent son exemple se faisant des remarques entre eux sur un Ion de discrétion polie dont j'étais el surpris et charmé.
L'interprète entra, c'était un cambodgien descendant de Portugais, élevé par les missionnaires, il était chrétien et se nommait Jean.
Tout de suite mon visiteur parla : Jean traduisit :
« Monsieur, le bonze dit qu'il vous aune pour votre accueil affable. Depuis longtemps, avec tous ceux de sa pagode, il souhaitait de vous
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connaître comme il a connu les trois messieurs avant vous au télégraphe ici. mais il n'osai! se presser de venir à cause de la recommandation, de ne pas vous importuner, faite à voire arrivée par les autorités aux yens de ce pays. »
On m'eûl appris la veille ce détail-là, j'eus sans doute trouvé la précaution très bonne, maintenant elle me semblail superflue e! je craignais presque de voir mes hôtes me laisser seul trop vite.
El Jean leur dit pour moi :
« J'irai aussi vous visiter à la pagode, je ne connais rien des usages des Miniers ni des pratiques des temples, je serai heureux d'apprendre quelque chose de vous et aussi de vous voir dans vos occupations. »
A ce moment un certain nombre d'annamites se dirigeant \ers la bonzerie. passaient devant ma case : je demandai :
« Je croyais que les Annamites n'observaient pas le même vile que les Miniers et qu'ils fréquentaient des temples différents? »
Ma remarque fil sourire le prêtre, il répondit deux mots que Jean présenta ainsi :
« Ces yens, qu'accompagnent leurs parents, sont les matelots des barques qui vont l'aire la campagne de trois mois dans les des du golfe pour la pèche de l'écaillé, des coquillages nacrés et des holothuries. Ils ne se rendent pas au temple mais viennent consulter le chef de la pagode epu lira dans leurs mains s'ils échapperont cette lois encore à la tempête et si la pèche de l'année sera bonne pour eux. »
Enchanté de voir mon étonnemenl l'interprète continua :
« (le bon/.e esl savant en des sciences que nous autres chrétiens ignorons : ainsi il connaît les étoiles et sait quelles son! celles qu'on doit examiner pour l'horoscope des gens. C'estaussi lui qui. dans le pays, annonce le moment des éclipses. ))
J'étais dans une surprise 1res grande.
« Demandez-lui donc. Jean, d'où il sait loules ces choses ? »
Loin d'amener sur le visage du chef de la pagode une expression de vanité satisfaite, ma question y mil comme une vague apparence de crainte de moquerie de ma part. 11 répondit :
[« Série. - I. 2
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« Je les sais par nos manuscrits, n est-ce pas aussi ainsi qu'en Europe tout s'apprend ? »
Je n'avais pas songé que les Cambodgiens pouvaient avoir à la portée de tous une instruction réellement approfondie : je mêlais attendu à l'entendre dire que ces connaissances-là se transmettaient de père en lils dans sa famille et j'eus de suite le vif désir de voir ces ouvrages où la science se mêlail à des idées étranges gardées des temps antiques.
« Quand j'irai à voire pagode je vous demanderai de me montrer ces livres curieux ? »
- « J'aurai grand plaisir à vous faire voir tous ceux que nous avons » fit-il, riant de ce rire que j eus eu moi-même s il m'avait demandé de regarder un livre quelconque en français de préférence à tout autre dans la même langue, et il compléta comme s'il avait craint d'avoir été irrévérencieux :
« Nos conversations, si vous le vouliez, nous instruiraient plus que les manuscrits que malgré la ruine de notre pays nous avons encore ? »
Ces mots étaient dits avec un accent de prière instante.
Sans oser parler du passé auquel il venait de faire allusion, n'étant pas très sûr du souvenir de mes lectures, je lui promis en serrant sa main de le voir souvent. Et j eus ce sentiment que dans nos rapports j'apprendrais certainement de cet homme que je devinais curieux à connaître, beaucoup plus que lui-même ne pourrait apprendre de moi.
Attendu par les pêcheurs il se relira.
Jusqu'auprès du seuil de la véranda je gardai sa main. Tous les deux, je crois, nous comprenions que nos relations ne se borneraient pas aux visites polies. Ceux qui le suivaient, quoique bien plus jeunes, semblaient très touchés.
Au bas de l'escalier il se retourna montrant le fruit cueilli en entrant, je compris, au geste dont il accompagna son sourire de salut, qu'il le conserverait sûrement quelque temps et je répétai en guise d « au revoir » à mon premier ami Cambodgien ce premier mot khmer « crauchmar » qu'il m'avait appris.
Lorsqu il fut parti je restai songeur, avant ce regret que ma timidité
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eût pu s'alliera une prévention injuste peut-être el me faire pensera vivre ù l'écarl (l'une population que j'ignorais : el j'éprouvai un sentimenl de bienveillance extrême pour celui qui a\ ail ainsi ébranlé mon indifférence.
Quand j'allai le voir, il se disposait à faire une lecture aux piètres de la pagode.
Jean, demandant qu'on ne se dérangeai pas. lui exprima mon désir de l'entendre aussi : se faisant fort de me traduire à mesure qu'il parlerait.
M'ayant fait asseoir le chef commença, me disant d'abord :
« C'est pour former l'esprit de ceux qui, plus lard, pourront être des juges. »
In jeune piètre vient de quitter la pagode et l'habit religieux pour rentrer dans sa famille et choisir une compagne : il se baigne au bord du fleuve par la grande chaleur du milieu du jour.
Tout à coup une partie de la berge, rongée par les eaux, s éboule. La chute des terres cause un remous tel qu'il pousse le nageur jusque dans la partie impétueuse du courant, il est entraîné malgré Fi§" 13' - Je™* prêtres bouddhistes.
ses efforts.
Le soleil baisse à l'horizon, le jeune homme a en xaiu lutté pour gagner le bord, le léger vêlement qui le couvrait pour le bain a disparu : ses forces l'abandonnent, il implore Pra-En, lui confie son destin et se contentant de se maintenir à la surface de l'eau il se laisse emporter.
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A ce moment trois jeunes filles venues pour puiser de l'eau l'aperçoivenl •
La première pousse dans le Même un tronc de bois mort auquel le naufragé parvient à s'accrocher, mais son épuisement est grand, incapable de le diriger vers la rive, il reste à la merci des eaux.
On entend dans le lointain le grondement d'un rapide, les Ilots s'y brisent tumultueusement contre les rochers. Malgré le secours puissant qu'il a reçu, l'infortuné va périr.
Les jeunes filles le suivent en courant sur le bord .
La deuxième a pris un long bambou, elle le lui tend, il peut le saisir, il est sauvé !
Au moment où il sort de beau la troisième voit qu'il est nu. elle se dépouille rapidement de son écharpe et la lui jette.
Aussitôt qu'il est à terre, le jeune homme Lombe à genoux sur le sol, il remercie Pra-En puis les jeunes iillcs.
Celles-ci l'interrogent, il répond :
a J'ai ce matin quitté la pagode et l'habit religieux pour rentrer dans ma famille et choisir une compagne : je me baignais au bord du lleuve par la grande chaleur du milieu du jour, tout-à-coup une partie de la berge, rongée par les eaux, s'éboule, la chute des terres cause un remous tel qu'il me pousse jusque dans la partie impétueuse du courant; je n'en puis sortir, mes forces sont épuisées, je sens (pie je vais périr, je remets mon destin aux mains de Pra-En, vous apparaissez alors, vous êtes mon salut. »
Les jeunes filles ont considéré le naufragé, elle l'ont trouvé beau : la pensée est venue à chacune qu'il pourrait devenir son époux. La troisième s exprime ainsi :
Fig 14.
Jeune fille Klmiùre.
« Ce qui arrive, ô jeune homme, a lieu par la volonté de Pra-En lui-même, i une de nous sans doute vous es| destinée ! »
El son regard dil qu'elle sérail heureuse (l'être celle choisie.
Mais la première jeune Qllc aussilôl s écrie :
« II ne saurail être l époux d une autre que moi, je l'ai sain»', il m'appartient. »
Mors la deuxième parlant à son tour :
« C'est à moi qu'il doil être, sans moi sa mort était certaine! Allons au juge ! »
Cependant le juge a écoulé le récil du jeune homme, il a aussi entendu les deux premières jeunes tilles, il s'adresse à la troisième :
« El vous (pu couvrez votre poitrine de vos bras croisés, quelle obligation vous doit le naufragé qui puisse être comparée aux services rendus par vos compagnes ?
— « Je n'ai pas contribué à lui sauver la vie, le voyaiil sortir sans vêtements de l'eau, je me suis dévêtue de mon écharpe et la lui ai jetée. »
A ce poinl de la lecture, le prêtre s'arrêtani s'adressa à ceux qu'il instruisait :
« Maintenant réfléchissez et inscrivez sur vos ardoises en faveur de qui vous eussiez rendu le jugement ».
Puis ayant constaté que ses auditeurs s'étaient prononcés moitié pour la première, moitié pour la deuxième des jeunes tilles, il reprit son manuscrit et continua :
Le juge conclut ainsi :
« La première de ces jeunes tilles a fourni à un malheureux emporté par les eaux le moyen de surnager, elle lui a sauvé la vie car dans sa détresse il n'aurait pu sans son aide attendre le secours qui lui a ensuite été donné.
<< La deuxième l'a retiré du fleuve au moment où il allai! périr dans les rapides et les tourbillons.
« Toutes deux, en remplissant généreusement leur devoir, on! accompli une action également belle.
« La troisième, voyant un jeune homme sortir sans vêtements de l'eau a voulu de suite le couvrir et s'est dépouillée de son écharpe,
« Jeune homme, quoique le service que vous ont rendu les deux premières jeunes filles leur ail peu coûté, il est tel que vous leur devez désormais une reconnaissance approchanl de celle que vous devez à voire mère.
« Le sentiment de pudique protection auquel a obéi la troisième est celui qu'une jeune fille aurait éprouvé pour son fiancé: son action a établi un lien entre elle et vous.
« De ces trois jeunes filles qui désirent vous avoir pour époux c'est à elle qu'il appartient de vous conduire vers ses parents. »
Le jeune homme avant salué le juge, s'agenouilla aux pieds des deux premières jeunes filles et les remercia de nouveau, demandant au ciel qu'il lui fût donné de rendre un jour pareil service à des humains. Puis il s'approcha de celle dont il avait pour vêlement l'écharpe ;
« 0 jeune fille, conduisez-moi vers vos parents, je serai heureux s'ils me reçoivent avec bonté. »
La lecture était terminée, le chef de la pagode vint à moi, je lui dis combien j'avais eu plaisir à l'entendre et avec quel intérêt j'écouterais dans son entier le livre ainsi entrouvert.
Il m amena à la bibliothèque, petit bâtiment dans lequel une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures et ressemblant à un cercueil, habilement abrité de l'eau et des termites, contenait pêle-mêle plusieurs centaines de manuscrits sur feuilles de palmier. Très troublé par la vue de lamas de tous ces volumes que j'imaginais curieux comme celui dont je venais d'entendre un fragment, je le suivis ensuite vers sa cellule ; elle était en arrière du temple : celles des prêtres et des élèves étaient alignées en face d'elle.
Assis près de lui sur une de ces nattes luisantes aux couleurs vives (pion ne fait nulle pari aussi bien qu'au Cambodge, je considérai silencieux et découragé les livres sur l'astronomie, l'astrologie, la chiromancie
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cl la divination qu'en ordre devanl nous il avait rangés comprenanl très bien, comme il le disait et l'interprète aussi, que je ne pouvais songer à me faire traduire toutes ces choses abstraites et je nie contentai de lui demander quels pouvaient bien être les sujets traites dans les manuscrits emplissant le coflrc.
Désireux d'être exact, contenl de m'intéresser encore, le chef répondil avec complaisance :