‹ Mission Pavie, Indo-Chine, 1879-1895 (volume 2)Chapitre 3 sur 87 · Cellules des prêtres cl · texte numérisé non relu

Cellules des prêtres cl

a Quelques-uns enseignenl la manière d'écrire la langue cambodgienne, d'autres, le P<ili. noire langue savante, la plus grande partie, sorte de romans, relaie les exislences passées du Houddlia et forme avec les livres religieux le fonds ordinaire des bibliothèques de nos temples khmers : nombreux aussi sonl les li\ res sur les usages : éducation, codes. lois, et il s'y trouve, bien courtes il esl vrai, des pages sur l'histoire de noire pays dans ces derniers temps. »

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J'avais revu depuis su visite toul ce qu'il y avait alors <l écril sur le Cambodge, mon indifférence pour le peuple K.hmer étail devenue sympathie sincère el j'avais éprouvé un désir d'apprendre davantage, singulièremenl plus vîfqu'à 1 ancienne lecture.

Pensant que j'entendrais peut-être de lui des choses inconnues chez nous, je le priai de me parler de I antique Cambodge el des malheurs (pu avaient clos son époque de merveilleuse gloire.

Alors, timidement d'abord, il causa, cherchant un peu les mois, puis sa voix s'assura et je sentis bientôt qu'il mettail son cœur entier dans ses paroles. Mais dès le commencement la traduction de l'interprète me montra que sur ces sujets il en savait moins encore que moi.

Cependant je voulus le laisser aller jusqu'au bout, non pas seulement par simple convenance, mais aussi parce que maintenant je trouvais je ne sais quel charme au débit de ses phrases el je fis signe à Jean d'attendre qu'il eût fini pour me les résumer.

En l'écoutant encore je compris que ce charme tenait à ce que je sentais la différence entre le langage khmer, parlé comme le notre, et ceux chinois et annamite dont j'étais habitué à entendre les tonalités bizarres.

Je connaissais bien la théorie du « recto tono » cl du a vario tono » mais combien, comme moi, en entendant ces divers langages, les ont confondus dans les premiers temps.

Ses paroles m'allaient non seulement à l'oreille mais aussi au cœur. Ce n'étail plus le ton des mois comme dans ces langues que nous disons « chaulées » c'était bien, comme chez nous, le ton du sentiment.

Je me félicitais comme d'une découverte de celle impression que je n'avais pas eue pendant la lecture du manuscrit. Les mots me semblaient plus faciles à prononcer, je m'attachais à retenir ceux-là qui, le plus sou- \enl, revenaient sur ses lèvres el je me demandais pourquoi je n apprendrais pas celle langue en ayant le loisir,

De l'ail du discours, le chef du temple Khmer axait seulement la note naturelle mais sa parole chaude, alliée à la flamme de son œil unique, s'emparait de moi. je me complaisais à découvrir dans son récit des

périodes de tristesse, de regrets, de larmes el d'espoir, je comprenais qu'il exprimait des sentiments que les Cambodgiens devaient Ions avoir; il faisait vibrer les cordes de mon coeur, en croyant simplement m'instruire il me conquérait.

Quand l'interprète, sans rien m'apprendre d'important, à son tour eut parlé et qu'il eut ensuite traduit mon impression à celui que j'appelai dès lors mon ami, je demandai ce que signifiaient quelques-uns des mois les plus employés que j'avais retenus»

Et comme surpris ils me répondaient, j'ajoutai :

« Je suis décidé à étudier le khmer, j'espère que vous m'\ aiderez ? »

Ace moment les prêtres et les élèves arrivèrent pour la prière du soir. Tous étaient curieux de connaître pourquoi leur chef rayonnait ; quand il leur eut dit ma résolution, ils me saluèrent joyeux comme s'ils avaient appris une chose vraiment heureuse.

L'entraînement que je subissais pour les choses klimèrcs alla désormais en augmentant. L'étonnement causé par une civilisation sinon dédaignée du moins à laquelle je n'avais pas donné l'attention qu'elle méritait, fît naître en moi un besoin impérieux de mieux connaître ce peuple au passé colossal voilé d'ombre et d'étudier son sol.

Il se trouvait que pour la satisfaction de mes désirs j'étais vraiment servi à souhait.

En effet, dans ce district de Kampot les trois races Kiam, Chinoise et Annamite vivent côte à côte avec les Cambodgiens, offrant des points précieux de comparaison pour l'observateur : des sauvages même, épave d'origine inconnue, s'y rencontrent encore.

La nature s'est complu à y réunir dans la disposition du terrain ses manifestations les pins susceptibles d'agir sur l'imagination.

Les montagnes les plus hautes du Cambodge s'y élèvent, recouvertes de forêts vigoureuses, peuplées de fauves ; de leurs replis s'échappent en cascades bruyantes des torrents sans nombre allant former mi rr Série. — I. 3

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petit fleuve large silùl qu'il est en plaine et (|ni, avant d'arriver ù la mer, a un port sur ses rixes.

Et cette mer, c'est le golfe de Siam, béni des pêcheurs d'écaillé, de nacre et d'holothuries !

Avec des îles immenses à l'horizon, elle s'étale (levant l'embouchure du cours d'eau en une vaste rade sur laquelle, en ce temps exempt de douanes, dix à douze jonques chinoises, trop fortes pour remonter la rivière, étaient mouillées la moitié de l'année.

Elle découpe la cote en pointes aiguës, en baies profondes, amasse ici des sables en plages, se confond là, avec le sol naissant dans des

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Palmiers à s,ucre dans la plaine de Kampot.

marais encombrés de palétuviers, enfants de l'alluvion, prodigieux auxiliaires des formations de terres nouvelles.

A droite et à gauche les contreforts des monts viennent mourir dans ses Ilots : entre les hauteurs, une plaine, riche delta du petit fleuve, cultivée en rizières et couverte de palmiers à sucre' dans ses parties basses, est chargée de plantations de poivre, d'aréquiers et de bétel dans celles qui avoisinent les pentes.

Et sur cet ensemble tantôt le ciel gris ardent des régions torrides,

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