‹ Mission Pavie, Indo-Chine, 1879-1895 (volume 2)Chapitre 24 sur 87 · CAMBODGE ET S1VM · texte numérisé non relu

CAMBODGE ET S1VM

Nous nous regardâmes avec cette même pensée, que ce Liquide boueux déjà repoussanl par lui-même, maintenant corrompu, était, depuis la veille, la seule eau dont nous lissions usage pour la cuisine et pour la table ?

Nos hommes aussi avaienl fail la navrante découverte, du coin de l'œil ils s'assurèrent que nous axions absorbe notre déjeuner el voyanl que nous n'en montrions pas d effroi, ils mangèrent leur riz tranquillement tandis que lîiol murmurait :

« Si seulemenl ce sacré vent n'avait pas. toute la nuit, remué l'eau de la mare ! »

Puis, pour mieux donner de l'assurance à Ions, sachant combien la peur dispose les nerfs a recueillir le mal. nous fîmes comme une chose naturelle, pour les besoins du jour, emplir tous nos vases, la mare gardant la seule eau de la plaine à un jour de dislance.

Heureusement nous n'eûmes pas à en faire usage, car quelques heures après les travailleurs revinrent. Les chefs n'osant avouer la panique de la veille dirent qu'ils étaient allés aux provisions de vr\ res.

Nous ne leur reprochâmes rien. On enterra les morts et je lis hâter le départ.

Comme on quittait I endroit, lvol nous montra, sur le bord de la mare, une lamelle de bois piquée en terre par les gens revenus : elle portail ces mois écrits :

« Passants, ne buvez pas celle eau, deux hommes morts de l'épidémie y oui élé jetés. »

Les pluies furent précoces cet an-là el le choléra disparut avec les premières averses.

Lorsque la ligne fut terminée, Ihol rentra à Saigon par un vapeur avec l'interprète el le personnel tandis que je me préparais au voyage suivant.

Deux ans plus tard, resté le même vaillant homme, il recevait une

médaille d honneur pour -on bon service el un acte de sang-froid dans

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les temps rendus particulièrement difficiles, par les troubles douloureux qui, en 1885 e( 1886, ensanglantèrent le Cambodge.

\\cc Launey, qui, après lui, étail devenu mon collaborateur, il réparai! dans 'le pays de Kompong-Chhnang, sous la protection de quelques soldais, notre ligne télégraphique, que des rebelles avaient coupée; la balle d'un coup de fusil tiré de la brousse vint briser un outil dans ses mains.

Empêchant les soldats de riposter, Biot s'avança de quelques pas et se mit à crier : « N'allcz-vous pas bientôt finir de m'embêter? vous ne me reconnaissez donc pas ') »

Puis il était revenu à son travail, sans être autrement inquiété.

Longtemps après, en 1892, repassant à Pnom-penh, je ne le retrouvai plus. J'appris qu'un jour, au retour d'une absence, son singe Pierre, dont il s'approchait pour le caresser, s était brusquement jeté sur lui et lui avait à moitié arraché un mollet. Biot pensant la bêle enragée l'avait tuée aussitôt d'un coup de fusil . puis il avait eu le courage d'aller à pied, chez le docteur, faire soigner l'affreuse blessure et en rentrant s'était couché. Onze jours après mon pauvre compagnon, mon simple et brave ami Biot était mort.

Aimé de tous ccu\ qui l'ont connu, chéri des indigènes au milieu desquels il avait passé sa vie, il disparaissait après trente ans de services en Indo-Chine rendus dans une position modeste où son mérite avait été cependant remarqué.

La nouvelle de sa fin tragique fut pour moi une grande douleur, les quelques moments difficiles vécus ensemble étant des premiers par lesquels | ai passé ont laissé en moi une impression forte, et ma mémoire garde vivant le souvenir de Biot pour jusqu'au dernier jour1.

\u cours de celle mission je re\is plusieurs fois M. Harmand, alors consul à Bangkok cl dont l'active intervention auprès du gouvernement

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