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Fi". Î4. — Passade d'une des sources du Vaïco oriental.
établi des retranchements à Spéan Iviaui pour arrêter la marche des I loupes françaises venant de Gochinchine. Le capitaine Peyrusset, en 1879. cherchant un tracé possible pour un chemin de fer, avait parcouru un itinéraire ayant des points communs avec l'une de ces voies.
Le premier chemin que je visitai dans la région, était un de ceux (pie les Annamites avaient tracé. Il va de Spéan Kiam à Péam-pkai-moreck, confluent d'un des canaux unissant le Tonlé Tauch au Mékhong. Ayant parcouru ce cours d'eau, je m'étais trouvé, aussitôt après avoir mis pied à terre, sur la pente du plateau dont la base rocheuse se voit dès les premiers pas.
Une forêt épaisse, vigoureuse et productive, en couvre la partie élevée, une vaste plaine de rizières, comptant de nombreux villages, lui succède, c'est la très pittoresque région des sources du Vaïco oriental. Le pays, peuplé par des Kiams et des Khmers, s'étend vers l'Est jusqu'à une autre série de hauteurs au delà de laquelle se rencontrent des populations dites : Penongs. à demi sauvages.
A mi-route, à Prey-Nokor, une grande enceinte, dont les murs de terre ont cinq mètres de hauteur, marque la place d'une ancienne résidence royale kiam.
Spéan Kiam (pont des kiams), aujourd'hui désert, est au bord d'une des principales sources du \ aïco oriental.
DE SPEAM KIAM A CRAUCHMAR
80 kilomètres de levé nouveau.
Le terrain entre Spéan Kiam et le Mékhong oITranl le moins de difficultés dans son parcours, était, d'après les indigènes, celui au Nord vers Crauchmar. Les Annamites y avaient tracé une voie directe sur laquelle, outre le chemin dont il vient d'être parlé, se greffaient trois autres voies conduisant à Kompong-Kiani, Péam-Chilang et Chlong sur le Mékhong.
La roule de Crauchmar longe, à peu de distance, les hauteurs qui limitent à l'Es! le bassin du Vaïco oriental ; l'inondation produite par les
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MISSION i>\\ n:
sources de ce lleuve ne unie que légèremenl le terrain <|ii elle parcourt, et les Forets qu'elle traverse ont peu d étendue et ne constituent pas d'obstacles sérieux aux communications.
Fig. 75. — La route aux environs de Spéam kiam pendant l'inondation.
Au centre du pays, près de la jonction des chemins vers kompong- Kiam et Chlong, les Annamites avaient construit la fortification de Pô Prahan dont j'ai parlé plus haut.
Dès qu'on sort du plateau pour l'entrer dans le bassin du Mékbong, on se trouve sur un terrain presque partout couvert de cinq mètres d'eau lors du maximum de l'inondation du fleuve et qu'on ne peut parcourir qu'en barque, pendant la saison des pluies.
Il y avait autrefois beaucoup d'Annamites établis dans ce canton: ils s en sont peu à peu retirés: actuellement la majorité des habitants est Kiam, le reste esl composé de Cambodgiens et de Chinois.
c wir.oixiK
DE ROCCA PAPRAM V PEAM CHILANG
lli kilomètres de levé nouveau.
Le chemin vers Péam Chilang part d'un peu au-dessus du village de Rocca Pàpram ; le pays qu'il visite donne lieu aux mêmes remarques faites pour le précédent.
rives ni memiom; de i>\om-i>e\ii a sambor
En vue de la construction du télégraphe le long du fleuve de Pnom- Penh jusqu'à Sambor, je dus procéder à un examen rapide de ses rives déjà bien connues. Très habitées ainsi que les îles, surtout jusqu'à Kratié, elles comptent dans la partie la plus riche du Cambodge. Cette course me montra la rive droite plutôt pratique, jusqu'à Crauchmar, pour l'installation que j'avais à faire, et la rive gauche préférable depuis ce centre jusqu'à Sambor, non seulement parce que les berges sont plus favorables dans ces parties, mais aussi parce que les lieux importants, qu'il fallait desservir, y sont établis.
n\ 'lu Iclograplie
Fig. 77. — Le poste de Sambor quelques semaines avant l'attaque.
A. I'\\ JE 8 janvier au 22 aoùl 1885
Les lignes télégraphiques étaienl terminées depuis une semaine à peine, lorsqu'arriva la nouvelle qu'à Sambor, le point le plus éloigné qu'elles atteignaient, une bande d'aventuriers, au service d'un frère du roi du Cambodge, révolté et réfugié au Siam, avail tué le lieutenant -Bellanger, commandant le détachement annamite, el . déterminé la destruction et l'abandon du poste par celle petite troupe.
Certain que la population ne pouvait avoir pris pari à un pareil acte, el convaincu que les auteurs de l'attaque n'étaient pas restés sur les lieux, j'obtins de M. Fouies, représentant du protectorat au Cambodge, une chaloupe à vapeur pour aller rétablir la station télégraphique abandonnée (8 janvier).
\ kralié mon compagnon Laune\ se joignit à moi, avec un sergent français et huit tirailleurs annamites qui devaient provisoirement occuper Sambor. Lorsque nous étions près d'arriver, une canonnière m'apporta l'ordre du Gouverneur de rétrograder et d'attendre une colonne militaire chargée de réinstaller le poste. Quand nous y parvînmes, le 15 janvier, le pays était tranquille, la bande ayant disparu depuis le jour même de l'affaire.
Dans ce village, où j'avais, quelques semaines auparavant, fait la connaissance du malheureux lieutenant, nous arrivions nombreux comme pour donner plus de solennité à ses funérailles. 11 y avait une section d'infanterie de marine, une compagnie de tirailleurs annamites et une troupe cambodgienne avec des éléphants.
Bellanger avait été tué à vingt pas du poste, en se jetant seul, le revolver à la main au-devant de la bande : un coup d'un sabre emmanché au bout d'un long bambou, le frappant à la ceinture, lavait presque coupé en deux. Nous trouvâmes son corps sous quelques pouces de terre a la place même où il était tombé, il \ avait été enterré par un Chinois du village qui lui avait religieusement placé le képi sur la tête. Chose navrante, à notre arrivée, le capitaine de la colonne avait pris ce Chinois pour un des assaillants du poste, resté en arrière, el lavait lue d'un coup de revolver.
On eut bientôt des nouvelles «le la bande: passée sur la rive droite du fleuve, elle avait été rejointe par le frère rebelle du roi, qui, rendu audacieux par la réussite de ce coup, tentait de soulever le pays. 11 en fui bientôt ebassé. mais n'en continua pas moins [tendant plus d'un an à y entretenir le trouble par delà la frontière.
L'affaire de Sambor eut un retentissement fâcheux dans le Cambodge et servit la campagne que des agitateurs \ faisaient depuis quelque temps,
donnant comme note aux habitants, que Le traité du 17 juin 1884 opprimait le roi ei était contraire aux intérêts du pays, et, que s il \ a\;iil un mouvement de protestation au Cambodge contre cet acte, le gouvernement <U' la République ne le ratifierait pas.
Fis-
Funérailles du lieutenant Bellanyer, sur remplacement du poste détruit.
Ce fait, que les premiers résidents installés à la suilc du traité arrivèrent au Cambodge avec un personnel recruté en Cochinchine, depuis les interprètes jusqu'aux miliciens, affecta les populations cambodgiennes donl l'aversion était connue pour les Annamites qui, de leur côté, les jugent avec une inconcevable légèreté et leur témoignent mépris et dédain. Il contribua à faire écouter les fauteurs des désordres qui molliraient nos fonctionnaires séparés des chefs et du peuple par un entourage délesté.
A Pre\ vetig. sur la rive gauche du Mékhong, un chef d'arrondissement
c \ u noix; f.
se considéranl comme molesté par les agents annamites du résident français, l'attaqua avec ses gens la nuil lorsqu'il venait pour l'arrêter, tua quatorze de ses miliciens annamites, le réduisit à s'échapper presque seul et se relira ensuite dans les bois. I ue colonne militaire arriva sur les lieux, se livra à des représailles, détruisit, des temples et des villages: la population s'enfuit. Elle devait rester plusieurs mois errante dans la plus grande détresse.
Alors d'autres chefs qui n'avaient pas de prétexte personnel de mécontentement se levèrent isolément dans différentes parties du pays. Us laissaient entendre que de hautes personnalités cambodgiennes les avaient mis debout ou les encouragaient. On savait par ailleurs que les fonctionnaires restés fidèles étaient l'objet des sarcasmes ou des menaces de vengeance de personnes de la cour de Pnom-Pcnh. Les troubles prirent un caractère grave.
Le prince Duong-Chacr, fils préféré du roi, mort récemment exilé en Algérie, s'était fait remarquer par son attitude hostile au cours de ces événements: plus tard, en 1892, il était réfugié à Bangkok où je représentais la Fiance: je m'attachai à lui être utile el à gagner sa confiance. Je l'entretins souvent de celle période malheureuse : il me montrait une confu- Fig. 79. — Le Prince Duong-Chacr. sion. un regret et un dépit véritablement désespérés de n'avoir pas su, remplir alors, un rôle différent.
La nécessité s'étant montrée urgente, d'organiser des milices locales pour remplacer les Annamites, el le Protectorat n'ayant pas d'hommes préparés pour ce métier, je proposai les chefs et les ouvriers de mon équipe télégraphique. Des instructeurs français et annamites les préparèrent, puis on nomma les uns sergents el les plus intelligents des aulres caporaux, et un noyau de milice ayant une certaine cohésion se trouvant ainsi formé, il n'y eut plus qu'à \ encadrer des volontaires.
MISSION 1WYIE
Je no saurais raconter ici celte partie de l'histoire du Cambodge, que je serais désireux de pouvoir écrire un jour, je dirai seulement que. dans ma situation, je m'attachai, pendant sa durée, à faire prévaloir de toute mon énergie les idées de modération à l'égard de populations qui obéissaient résignées à leurs chefs, et souvent, ne comprenaient pas que, dans la répression, on ne leur tînt pas compte (]c ce qu'elles ne croyaient pas pouvoir se conduire autrement.
Des missions, dont je lis partie, furent organisées pour parcourir les
Kis 80, — [nslruction de
s premiers miliciens.
provinces troublées dans le but d'amener la soumission de ceux qui s'étaient armés.
J'accompagnai également le gouverneur de la Cochinchine dans sa tournée jusqu'aux limites cambodgiennes du Grand-fleuve, et dans le voyage qu'il lit dans le golfe de Siam, aux îles Kong et Samit. où le roi de Siain Taxait invité à se rencontrer avec lui.
C'est dans ces conditions que relevant les itinéraires, je visitai des régions que je ne connaissais pas encore et dont il va être question.
CAMBODGE i;;