Voir le volume II des Études diverses
reuses abondantes dans le canton de Papao. Le teck, commun dans les forêts, n'était pas exploité sur le versant du Mékhong.
J'avais croisé en chemin un certain nombre de caravanes se dirigeant sur Xreng-Maï, Raheng et la Birmanie; au total : 623 hommes, 31 éléphants. 285 mules. 27 chevaux et 803 bœufs porteurs.
Les mules venaient du Yunnan, elles transportaient du thé. de la soie, du musc, de l'opium, des fourrures, des tapis, des feutres, des ustensiles de cuivre, du sel, etc..
Les éléphants et les bœufs descendaient des pays thaïs au nord ; une partie des produits qui les chargeaient avaient aussi l'origine chinoise.
DE XIENG-HAI A X1ENG-SEN 12S kilomètres.
Xieng-Haï, vieille ville, avec de hautes murailles, aujourd'hui sans importance, est située sur le bord de la petite rivière Mé-kok ([ni. en saison sèche, coule abondante et permet à de toutes petites pirogues, la navigation jusqu'au Mékhong.
J'y retrouvai ÎNgin, heureux d'avoir amené son convoi sans encombre et de m'avoir donné une première preuve de bonne volonté.
Le souci des gens du pays était alors d'arriver à trouver l'écoulement, par le Mékhong, du teck de leurs forêts afin d'en entreprendre l'exploitation. Ils ne manquèrent pas de m'interroger cl de me dire leur espoir que j aiderais à les satisfaire.
J'avais relevé dans un temple, à Papao. à une journée de Xieng-Haï. deux anciennes inscriptions thaïes, j'en relevai deux autres dans l'enceinte de celte dernière ville.
Je rencontrai, à Xieng-Haï, les premiers prétendus sauvages que j'ai vus au Laos. C'étaient des « Khas Mouçeus » dont les groupes sont disséminés nombreux, dans les montagnes au nord. Ils étaient venus vendre des produits des forêts, et faire leurs provisions annuelles.
SI \\l KT L W)S OCCIDENTAL
La descente du Nam-kok a lieu simplement, comme une promenade, la rivière ne comportanl pas d'obstacles: on remonte ensuite deux
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heures le Mékhong pour aller échanger, à Xieng-Sen. les pirogues contre des barques plus fortes.
DE \IENG-SEN A Ll'ASG-l'IUM \\G
Xieng-Sen, sur l'emplacemenl d'une ancienne capitale détruite dont les ruines sonl encore de tous côtés dans [a plaine et sur les collines, était alors un pauvre petit village.
A quelque dislance en remontant le fleuve, se trouve le bac de \ieng-Lap où les caravanes de mules venant du Yunnan, allant au Laos
et en Basse-Birmanie, passent le Mékhong. Il était à cette époque affermé, 4 500 francs, ce qui supposait un mouvement de 18 000 mules, ces bêtes étant taxées chacune 0 fr. 25 et les conducteurs ne payant rien.
A cette époque des basses eaux (février), la course de Xieng-Sen à Luang-Prabang demande une dizaine de jours. Dans les biefs, le fleuve coule paisible sur une grande largeur entre des berges hautes, de 25 à 30 mètres que garnissent par endroits des groupes de cases, mais le plus soin eut. son ht rétréci entre des rochers forme des obstacles, rapides cl tourbillons, avec lesquels les bateliers laotiens, remarquablement habiles, sont familiarisés depuis l'adolescence.
Sur le parcours, Xieng-Kong est le seul centre un peu important : en face du village, sur la rive gauche, on recueillait, depuis quelques années, des saphirs dans un terrain alluvionnaire qui borde le fleuve.
Le débouché de chaque vallée est marqué par des petits marchés installés annuellement pendant la saison sèche, par des habitants de Luang-Prabang, et qui attirent les montagnards et les riverains de l'intérieur.
Aux confluents de plusieurs torrents, sur les deux rives et dans des îlots rocheux, entre Xieng-Kong et le petit village de Pak-Beng, des chercheurs d'or, pour la plupart des Khas Moucks, examinaient les sables aurifères dans lesquels ils ramassaient généralement chacun un demigramme par jour du précieux mêlai.
A Pak-Ta, embouchure d une belle rivière, je ephttai mes pirogues pour m embarquer sur des radeaux spécialement arrangés pour la descente du fleuve, particulièrement dangereuse à partir de ce point. Ils étaient formés de deux pirogues jumelées, réunies el soutenues par de gros faisceaux de bambous : garnis d'un clayonnage en guise de plancher, et recouverts dune toiture en paillol le quelquefois élégante ; ils étaient très habitables.
J'arrivai à Luang-Prabang le 1 0 février 1887.
Les cases s'étendaient un kilomètre sur la rive droite du fleuve et trois sur la rive gauche. Au bord de l'eau, très basse, des filets pour la pèche de l'énorme poisson pla boeuk étaient suspendus à de grands séchoirs.
SÎAM ET LAOS OCCtDEXTAL
Unique ville, dans le sens du mot, des bords du grand fleuve au Laos, sa population était alors estimée à 15 000 habitants. Elle tient son importance d'une situation privilégiée au-dessous des confluents de trois gros cours d'eau, le Nam-Hou, le Nam-Seuang, et le Nam-Khane, par lesquels les divers produits de l'intérieur lui arrivent sur des radeaux de bambous qui. tels qu ils sont construits, ne pourraient sans danger se risquer au-delà.
Le Mékhong devant Luang-Pruljanj
Je voyageais alors depuis si\ jours, de conserve avec le fonctionnaire siamois qui m'avait devancé à Xieng-Maï et qui. après avoir fait son installation à Luang-Prabang, était venu au-devant de moi. Il s'élait présenté comme topographe venant des frontières de Chine el me rencontrant par hasard. J'avais feint de le croire. Sur la berge, à Luang- Prabang, il avait décliné son nom et son titre de commissaire, et m'avait fait connaître qu'il était chargé par son gouvernement de m'assister dans les rapports avec les autorités du pays.
l'<= Série. — I.
Fig. (IG. — En route pour retrouver la tombe d'Henri Mouhot. Pêcheries sur le Ntim-Khane.
LAOS ORIENTAL
A. PAME 10 février au 11 octobre 1887
A Luang-Prabang, j'avais beaucoup ù apprendre sur le pays et les régions étendues au nord et à l'ouest entre lui et le Tonkin. Celte principauté, aujourd'hui partie intégrante de notre colonie d'Indo-Gbinc et qui était, depuis les temps anciens, tributaire de la Cbine et de l'Annani. avait pour régime politique le système féodal de la plupart des États où
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le bouddhisme pur est observé, un vieux roi eu était le chef, et le commandant de la troupe siamoise cpii venait d'entrer en scène représentait auprès de lui le gouvernement de Bangkok.
Depuis une trentaine d'années, par suite de l'insécurité des routes, les relations y étaient interrompues avec la Chine et l'Annam. Notre état de guerre avec ces derniers pays, avait singulièrement entravé nos recherches sur le Laos. 11 n'y avait par ailleurs, pas à songera obtenir des renseignements utiles des fonctionnaires siamois ni des autorités laotiennes ; les premiers cpii occupaient les régions contestées pour le compte de leur gouvernement ne voulaient pas, en me servant, rendre leur lâche plus difficile : quant aux secondes, elles avaient de ceux-ci des recommandations si précises de discrétion avec moi que j'avais compris, dès en entrant au Laos, que je devrais, pour le moment, me contenter de travailler à l'étude géographique du pays et à me faire connaître des populations en observant les événements.
Quelques jours après une première visite au roi, je me rendis avec mon personnel sur des chevaux que le vieux souverain laotien avait mis à ma disposition, à l'endroit, sur les bords du Nam-Khane, où reposait la dépouille d'Henri Mouhot. De la tombe érigée par le D' JNéïs quatre ans auparavant, il restait à peine trace. Je m'entendis alors avec les gens du village voisin. Ban Peunom, où le premier explorateur du Laos avait succombé, pour qu'un petit monument durable fût élevé sur cet emplacement et pour qu'on l'entretînt.
I n peu plus lard, le commissaire siamois, répondant à mon désir d'aller examiner les voies conduisant du Mékhong au Tonkin. m'annonça que le chef des troupes ayant achevé l'organisation des vastes territoires qu'il avait conquis ou pacifiés, revenait à Luàng-Prabang avec ses soldais qu'il ramènerait ensuite à Bangkok, et, que pendant son séjour dans la capitale laotienne, il arrangerait avec moi la question du voyage a travers les pays d'où il descendait.
Vers ce temps, j'appris qu'en ville, on racontait tout bas. en se montrant très inquiet des conséquences possibles de l'événement: le
MISSION PAME
passage en barque, devant Luang-Prabang, de quatre jeunes gens, enchaînés, enlevés par le ehcf siamois dans un canton du nord et dirigés par son ordre -sur Bangkok.
Le \'2 niais, cet officier, connu plus tard sous le titre de Phya Surrissak, faisait une entrée solennelle à Luang-Prabang dont les rues avaienl été décorées et où des arcs de triomphe, en bambous et carton,
avaient été élevés par les soins des autorités siamoises. Une trentaine de chefs des pays parcourus par ses troupes, ainsi que plusieurs chefs de Pavillons noirs et de Pavillons jaunes, que l'on confondait dans le pays, sous le nom de llùs, avec les (llnnois du Yunnan, étaient dans son cortège et devaient le suivre à Bangkok.
Mon départ fut fixé au 30 du
même mois. Je devais remonter le
Nam-Hou, puis son affluent le Nam
Ngoua, jusqu'à MuongTbeng' : là,
je prendrais la voie de terre vers
Takhoa et la Rivière-Noire, d'où
je descendrais à Hanoï. I n jeune
officier siamois devait m'accompagner jusqu'à la rencontre du premier
chef Pavillon noir, à qui avait été offert un litre siamois, et pour qui il
aurait une lettre du chef des troupes, me recommandant.
Le chef siamois me prévint par ailleurs qu'il avait favorisé la fuite, à travers le Laos, de l'ancien régent du royaume d'Annam, Thuyet, qui se trouvait actuellement dans le pays de Muong-Lair, et que je devrais prendre garde à cet ennemi des Français.
Fig. 07. — Mon personnel à mon premier séjour à Luan<;-Pral>ang.