DE PA KENE A LU ANG-PB ABANG
Des barques pour nous, étant prêtes à Pa Kène, nous partîmes le lendemain de noire arrivée pour aller à Pac-Peng faire des provisions. Le 25 novembre nous débarquions à Luang-Prabang.
.1 avais déjà parcouru celle partie du fleuve dix mois auparavant, quel changement je trouvai au delà du Nam-Hou ! Les villages incendiés étaient encore en partie abandonnés ; les habitants revenaient peu à peu, la plupart sur des barques, el se disposaient à rebâtir leurs cases.
Le fils aîné ilu roi était de retour à Luang-Prabang. Deux commissaires siamois y étaient également arrivés. Le second étail mon ancienne connaissance. Ils avaient 200 soldats.
J'y retrouvai Som et les quatre hommes que j'avais laissés à Paclaï avec mes barques. Le chef de la pagode de Wat-Maï, dont j'avais soigné la blessure, leur donnait I hospitalité dans sa bonzerie. Il nous offril aussi de nous loger, ce que nous acceptâmes.
Un tiers des habitants de la ville était revenu. Les constructions de beaucoup de cases étaienl achevées. On annonçait le prochain retour du vieux roi avec le Phya Surrissak et une nombreuse troupe de soldats siamois.
Mon habitation sur la plage du Nam-Kliano à Luang-Prabang avant la destruction de la ville.
LAOS ORIENTAL
M GAUTHIER 9 décembre 1887 au 30 janvier 1888
Depuis la mission de Lagrée, MM. Harmand el Néïs avaienl en partie remonté le Mékhong, mais il restai! à étudier la descente du fleuve jusqu'au Cambodge. J'avais accompli le trajet de Xieng-Sen à Luang-Prabang, puis, de là à Paclaï, et les obstacles m'avaient paru dangereux dans ce sens, plus peut-être qu'à la montée qui s'opère généralement en longeant les berges. Non-- savions par ceux qui avaienl relevé
le grand cours d'eau, qu'un vaste bief existail dans le Laos central, et que lii navigation à vapeur n'y offrirai! aucune difficulté. Nous pensâmes, M. Gauthier el moi, qu'à ce momenl où des études sérieuses se poursuivaient dans les régions cambodgiennes, il serait utile de profiler de son voyage de retour, pour faire l'examen du Mékhong à la descente en pays laotien, el particulièrement pour reconnaître si l'accès du grand bief insérait pas possible à des vapeurs par la partie plus difficile au sud.
Dans ce but, en même temps que pour continuer son élude commerciale, M. Gauthier quitta Luang-Prabang, le !) décembre 18S7, sur un radeau manœuvré par 10 hommes.
Il accomplil en quarante-deux jouis le trajet jusqu'à Stung-Treng, n'ayant quitté le fleuve (pie pour dépasser les cataractes de hhôn.
Dans son rapport, publié, peu après, dans le Bulletin de la Société de Géographie commerciale, il conseilla l'établissement d'un service à vapeur en toute saison de Kcmmarat à Sampana : et, pendant les hautes eaux, de Kbôn à Ivemmarat, de plus il préconisa l'installation d'un petit chemin de fer pour le passage des cataractes de Kbôn, résultats auxquels on est arrivé aujourd'hui.
Pendant le peu de temps (pie nous axions passé ensemble, M. Gauthier s'était montré énergique, courageux et d'une rare endurance. Me voyant nie mettre en route pieds nus, mode de marche à mon avis le plus pratique dans les pays où le chemin emprunte souvent le lit des torrents dont l'eau roule du sable qui remplit les chaussures et peut blesser les pieds, il avait lancé ses bottines dans le fleuve et, sans plus se soucier des pierres cl des épines, il avait fait comme moi. Les difficultés apportées par les autorités à notre voyage ne l'émurent point davantage que les conditions dans lesquelles nous allions 1 acconijuir et d'où de\ aient résulter des privations de toute sorte.
Il n'était pas à son début en Extrême-Orient, mais celui-ci s était fait dans des conditions différentes de celles de notre voyage. Employé au Comptoir d'Escompte de Paris, à Paris el à Londres de 1872 à 1876, il avail été détaché du Comptoir pour aller créer à Pondichéry la succursale de la banque de l'Indo-Chine qu'il dirigea pendant trois ans. Rentré en
LAOS ORIF.M'VI.
1880 dans les cadres du Comptoir, il fut successivement directeur des agences de cel établissement de crédit, à Yokohama cl à Hongkong. Il démissionna en 1882 et fit, au Tonkin, de 1884 à 1886, des voyages d'études commerciales, qu'il continua en 1 887 cl 1 888 au Siam cl au Laos. J'avais été 1res heureux de le voir devenir mon compagnon à un moment surtout où je craignais de voir les forces me faire défaut, et j'avais souhaité bien vivement, eh reconnaissant ses aptitudes cl voyant
M. Gauthier.
les services qu'il pourrait rendre en Indo-Chine, de le voir revenir près de moi. Il n'en put être ainsi. Nommé en 1889 vice-consul à Packhoï, en Chine, il s'acquitta de la tâche difficile que comportait la gérance de ce poste avec une distinction qui Lui valut, quelques années après, son
grade actuel de consul.
F i ir . 105. — Officiers, suidais et indigènes j,. |a colonne Pcrnot.
A. PAVIE ■J(') novembre 1887 au 26 mars 1888
En relisant le journal de mon séjour à Luang-Prabang jusqu'à mon départ à l;i rencontre de la colonne Pernot, je revis avec émotion l'époque pendant laquelle j'attendais des nouvelles de celte vaillante troupe. Le souvenir de mes tribulations m'est toujours présent, et aussi celui des inquiétudes et des hanses de la malheureuse population à l'annonce journalière d une nouvelle invasion ! Maïs ce n'est pas ici la place déparier de ces faits, une plus importante période doit être résumée.
A mon retour à Luang-Prabang, les fonctionnaires siamois m'avaient dit qu'à l'annonce de la prise de cette ville, la liberté avait été rendue à Bangkok aux quatre jeunes gens de Laï, dont la captivité était cause du désastre, et (pie l'un d'eux. Ivam-Sam. a\ail aussitôt été mis en roule pour son pays afin d'y porter cette nouvelle et d'\ demander qu'on devienne les amis du Siam. Il y avait même lieu de croire qu'il était depuis quelque temps déjà dans sa famille, et on attendait d'un jour à l'autre un courrier de lui.
Ces renseignements me tirent comprendre (pie le gouvernement de Bangkok ne renonçait pas aux prétentions d'agrandissement territorial sur la rive gauche du Mékhorig, (pie la campagne faite l'année précédente dans les régions du nord avait indiquées. Ils me firent aussi \oir que je devais renoncer à utiliser, comme je 1 avais espéré, les jeunes gens de Laï pour me faciliter mon voyage vers le Tonkin, et qu'il fallait m'attendre à des dispositions dans leur pays, plutôt hostiles que favorables à la marche d'une troupe française qui, d'après un avis du chargé d'affaires de France à Bangkok, était en organisation au Tonkin et devait parcourir les régions au sud de la Rivière Noire, amenant avec elle les membres siamois de la commission que je devais présider.
Relativement à cette commission, les fonctionnaires siamois n'avaient pas d'instructions leur permettant de me donner les moyens de faire une élude préliminaire quelconque.
Le 10 janvier, une lettre du capitaine Cupet m'annonça qu'avec le lieutenant Nicolon, il était en route à la suite des troupes siamoises parties depuis le 19 novembre.
Je nie disposais à aller au-devant de mes futurs compagnons dès que je connaîtrais leur présence sur les bords du Mékhong, lorsque le 20 janvier, une seconde lettre du chargé d'affaires m'apprit (pie le colonel Pernot, à la tête de la troupe dont j'ai parlé, avait quitté Laokaï. se dirigeant sur Muong-Laï et Muong-Theng ' et m'invita à faire le possible pour le rencontrer sans attendre l'arrivée des deux officiers.