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MISSION PAME
Chaque officier veut alors m'offrir son superflu; le colonel déclare qu'il ne saurait me laisser retourner ainsi seul sur mes pas dans ce pays troublé et qu'il m'emmène à Hanoï pour m'y refaire. Il ordonne un jour de repos à toute la colonne afin de me permettre de reprendre des forces, el fait fournir à mes compagnons indigènes, autour desquels les soldats se pressent, tout ce dont ils onl besoin.
État-major de la colonne Pernot.
Mais je ne dois pas, en m'oubliant dans un bien-être relatif, m'exposer à compromettre les résultats d'une campagne heureuse. Mes nouveaux camarades Cupet et Nicolon vont arriver à Luang-Prabang pour commencer leurs études : je ne saurais les faire attendre. Je demande au colonel la permission de le quitter dès que la Rivière Noire sera atteinte : elle n'est pas encore connue, je voudrais la remonter en faisant
son levé jusqu'à Laï, d'où je regagnerais ensuite Luang-Prabang. Je soupçonne, en effet, le cours de cette rivière d'être la voie la plus pratique du Tonkin vers le Laos.
Le lieutenant Financez avait fait un levé de l'itinéraire de la colonne, cpii, relié au mien, allait donner les premières voies de communication vers Laokaï et vers Hanoï.
En marche le 21 février, nous passons du bassin du Nam-Ma dans celui de la Rivière Noire. En quatre jours, Tuan-Chau et Sonia, principaux centres de la région, sonl successivement atteints.
A ce dernier point, la troupe du commandant Oudry, venue de Bao-Hoa sur le Fleuve Rouge, fait sa jonction avec la colonne. La veille, après un combat sans perles pour lui, M. Oudry avait chassé les Chinois d'un fort construit par eux dans le village. Comme leurs bandes sont cachées dans le voisinage, le colonel décide que pour assurer le calme au pays, une compagnie de tirailleurs el quelques zouaves \ resteront en garnison.
Après un jour de repos, reprise de la marche. Les troupes se dirigent sur Bao-IIoa pour s'y embarquer vers Hanoï. Après avoir franchi la Rivière Noire à Yanbou el marché un jour dans l'intérieur, halte à \eu-Traï le 28 février. Nous nous v séparerons le lendemain.
Quand les soldats vont monter sur îles radeaux el traverser la rivière pour aller s'engager dans les montagnes, je dis mes voeux au colonel, aux officiers el aux soldats et je reçois les leurs La chaleur est écrasante : je cherché les grands arbres de la rive, débout sous leur ombrage je vois s'éloigner l'admirable colonne qui, sans avoir perdu de soldats, achève d'accomplir une marche sans précédent en Ïndb-Chine, glorieuse plus encore par les obstacles naturels cl les difficultés d'approvisionnements qu'elle a surmontés que par la dispersion des adversaires ciui ont tenté de l'arrêter.
Zouaves el tirailleurs oui disparu. Sur la plage du Nam-Mou, le silence de- bois remplace le bruit des \oi\. des armes, des pas sur les
gale h. ,.| succède au dernier cri de « \ i\c la France !. ..» Mes h mes et
le- chefs du pa\s qui m 'entourent me regardent : ils n osent brusquement
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arrêter Le cours de mes pensées; ils disent bas, mais pour que j'entende. que j'ai une longue étape à faire, qu'il est l'heure de partir !
Le sou', nous sommes un peu au-dessus de Vanbou, àPapam, d'où je vais tenter de remonter la Rivière Noire vers Laï sur des pirogues que le Quan-Phuong, chef provisoire du pays, va nie procurer. Il y a juste un mois que j'ai quitté Luang-Prabang : je suis si fatigué que je me mus heureux de voyager en barque.
DE YEU-TRAI A MUONG-LAl OU LA1-CHAU IN > kilomètres Je levé nouveau.
Je ne pouvais alors que me renseigner sur la partie inférieure du grand cours d'eau. Ce que j'appris, c'est qu'elle offrait des obstacles analogues à ceux que j'allais rencontrer en le remontant, que les deux points importants sur ses rives, Takhoa et ^an-^en, étaient occupés par les Pavillons Noirs, et que le premier poste français se trouvait établi à Chobo, devant un grand barrage de roches, près de l'entrée du delta.
Cette forte rivière devant laquelle je me trouvais pour la seconde fois me faisait cette impression, qu'elle était comme une réduction du Mékhong dans la partie entre Xieng-Sen et Luang-Prabang ; de hautes collines pour berges, et un lit de rochers semé de bancs de sable, a Ses bords, » me fit connaître le frère du Quan-Phuong qui allait conduire mon petit convoi, « sont peu habités parce que les vallées de ses affluents, larges pour la plupart, et bonnes pour les rizières, prennent toute la population, mais chacun des cantons de son bassin a, comme un petit port, pour le commerce et les voyages. Les Pavillons Noirs, établis dans les centres intérieurs, n'ont que quelques hommes à ces petits endroits, ils s'enfuiront à la vue du pavillon qui flotte sur votre barque ».
Parti le 2 mars, j'arrivai à Laï-Chau le 9 sans incident.
Lu seul lieu important se trouve dans le trajet, Quinbaï, mais de
LAOS ORIENTAL ET TOM\l\
nombreux points, extrémités de chemins fréquentés, étaient habiles. Timidement, les chefs s'approchaient en barque de ma barque, je les rassurais et continuais la route, ne campant qu'à la nuit tombante. Surtout le parcours, les Chinois avaient disparu : partis pour joindre les bandes, au moment de la lutte contre la colonne Pernot, ils n'étaient pas revenus.
Les obstacles les plus difficiles à franchir sur la rivière sont généralement ceux formés aux confluents des tributaires principaux, Nam-Mou, Nam-Mouil, Nam-Ma, Nam-Mouck, Nam-Laï et Nam-Na.
Laï-Chau. dans une position remarquable au sommet d'un rocher, domine la Rivière Noire à un endroit où son passage est rendu très difficile par des rapides successifs et par les confluents du Nam-Laï et de la grosse rivière Nam-TVa.
La vue du premier pavillon français remontant la rivière mit sur pied la petite garnison composée de 50 légionnaires et d'une compagnie de tirailleurs sous les ordres de 5 officiers. A la joie de voir arriver un Français, s'ajoutait l'espoir qu'il amenait un convoi de provisions, le magasin étant vide de vin, tafia, sucre, sel. cl n'ayant plus que liés peu de farine; il \ eut un moment de déception! Longtemps encore, le seul mode de ravitaillement devail être le transport à dos d'homme par La route difficile de Laokaï.
Le pays détruit ne s'étail pas repeuplé. Chefs el habitants étaient toujours dans les régions du nord, el le commandant du poste avait inutilement essayé d'entrer en rapports avec eux. Combien je regrettais
Fig, 100 — La Rivière Noire près do VanLîou
MISSION l'WIK
de n'avoir pu amener avec moi les jeunes gens captifs à Bangkok ! Avec leur concours, j'eusse sans doute pu rendre la vie au pays !
Le lendemain, le Pra-Payrath, chef de la mission siamoise qui devait faire partie de la commission d'étude des frontières sous ma présidence, arriva conduit par le lieutenant d'infanterie de marine Messier de Saint-James, pour rejoindre, me dit-il, la colonne Pernot. En constatant que celle-ci était retournée à Hanoï, d jugea que sa mission ne pouvait désormais se poursuivre, et décida d'y aller aussi pour rentrer ensuite par mer à Bangkok.
DE MUOXG-LAl A MUONG-THENG
105 kilomètres.
J'avais hâte d'être à Luang-Prabang où le capitaine Cupet et le lieutenant Nicolon avaient dû arriver. Mon départ fut fixé au 1"?, le lieutenant d'infanterie de marine I Vinci, avec 25 légionnaires et 75 Annamites, m'accompagnerait jusqu'à Theng afin de montrer dans le pays que nous nous en considérions bien comme maîtres. En raison du peu de vivres qu'il pouvait emporter, il devait repartir pour Laï, le lendemain de son arrivée à Theng.
En route de bonne heure, nous parcourons toute la journée la belle vallée du Nam-Laï, complètement ruinée par l'acte désespéré de Déo-vantri, accompli sous la pression de Thuyet, réfugié au \ unnan depuis l'entrée des Français à Laï-Chau. font a été détruit par le feu, moissons et cases! Les plantes grimpantes commencent à envelopper les colonnes demicalcinées seuls restes des maisons! Les troupeaux de buffles, devenus à moitié sauvages parce que les passants armés les chassent au fusil pour leur subsistance, fuient à l'approche de notre troupe.
\u sortir de la vallée, entrée dans les montagnes. Jusqu'au 16, la marche dure d'un bout du jour à l'autre, sur des crêtes à une altitude de I 000 à 1 100 mètres, dans le bassin de cette rivière Nam-Mouck qui,
pour atteindre la Rivière Noire passe dans un long couloir calcaire sous une montagne 1res élevée. La dernière journée, passage de la ligne de partage des eaux de la Rivière Noire el du Mékhong (1 200 mètres), et, quelques heures après entrée sur le vaste plateau de Theng que j'avais traversé dans un autre sens un mois auparavant.
La veille, à Muong-l'oun. les chefs du village nous avaient appris qu'une garnison siamoise, expédiée de Luang-Prabang aussitôt qu'on avait su la colonne Pernot partie, venait de s'installer à Theng.
Fig. 110. — Sur la ligne rie partage du Mékhong et île la Rivière Noire. Mer de nuages.
Vraisemblablement, l'officier siamois qui la commandait me donnerai! comme motif de sun envoi <l;uis le pays la nécessité d \ assurer la sécurité en attendant qu'on examinai la question territoriale. Je ne pouvais pas paraître accepter, en I \ laissant, qu'on pût revenir sur la prise de possession du pays par le colonel Pernot.
Je demandai au Lieutenant Dénie! <le faire en sorte <l'\ séjourner jusque 24 heures après mon dépari afin de me permettre de montrera
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l'officier siamois, dans la présence des Français, une raison pour sa troupe d'abandonner la place.
Quand nous entrâmes dans l'enceinte où avait campé le colonel Pernot, l'officier siamois vint se présenter avec ses soldats. Tout de suite je le remerciai d'être venu au-devant de moi pour m'escorter versLuang- Prabangct lui dis d'être prêt pour le lendemain, que nous partirions au jour. Il me fit connaître qu'il n'était pas là pour ce motif, qu'il avait l'ordre de rester dans le pays et que d'ailleurs les bateaux qui l'avaient amené avaient redescendu la rivière. Je lui répondis que faute de barques nous partirions à pied. Finalement, devant ma résolution, il se décida à la retraite.
DE MUONG-THE>"G A LUANG-PRABAN'G
50 kilomètres de levé nouveau.
Le 17 mars, ayant pris congé de la petite troupe française et de son chef, je partis avec les Siamois.
Après la sortie du plateau de Theng, le chemin s'engage dans les montagnes sur la rive droite du Nam-Ngoua, puis, à un gué, passe sur sa rive gauche.
Quelles dures étapes pour descendre et remonter, des uns dans les autres, les ravins où coulent les torrents qui grossissent la rivière! Les trois quarts des soldats restaient en arrière, rejoignant dans la nuit.
Le 19, au matin, les sons d'un clairon nous arrêtent; c est un nouveau détachement siamois qui, avec deux officiers, marche pour aller grossir la garnison de Theng ! J obtiens de ceux-ci qu'ils reviennent sur leurs pas et se joignent à ma troupe.
Le 20, épuisé de fatigue, je laisse les Siamois achever le voyage et je m'embarque, avec mes Cambodgiens, sur une pirogue rencontrée par hasard à Sup-Nao à un jour du Nam-Hou.
Le 23, sur ce dernier cours d'eau, je suis joint par le capitaine Cupet
qui, arrivé le 7 mars à Luang-Prabang, est venu au-devant de moi. J'entre dans sa barque meilleure que la mienne et, pendant qu'il me met au courant de ce qu'il sait de nouveau, nous hâtons le retour vers Luang- Prabang où, le 56, je trouve le lieutenant Nicolon.
Fig. 111. — Luang-Prabang. Le figuier de la bon/erie de Vat-Maï,
SIAM ET LAOS ORIENTAL
MM. CUPET et NICOLOÎN 19 novembre 1887 au II mars ISHS
Le troisième volume do celte série est consacré à la relation, par le capitaine Cupet, des voyages qu'il a accomplis au cours delà mission. Voici les passages dans lescpaels j'y présente mon compagnon dans l'intro-
STAM ET LAOS ORIENT VL 249
(ludion donl j'ai fait précéder mon travail, d où j'ai l'ait le récit de notre rencontre sur le Nam-Hou et dit la brillante collaboration qui scia résumée dans le présent exposé :
« Le capitaine Cupet est celui de mes compagnons qui a fourni à la mission la somme de travaux topographiques et géographiques la plus considérable.
« J'éprouve un sentiment de satisfaction extrême à présenter aujourd'hui ce vaillant collaborateur et son œuvre.
(( Ce sentiment ne résulte pas seulement de la reconnaissance vive et inaltérable vouée à ceux grâce au concours desquels j'ai pu accomplir un travail important, il est aussi dû à la pensée que je contribue à mettre eu lumière un officier actif et résolu ayant la pratique de l'initiative et delà décision, dont les précieuses qualités ont mûri dans notre commune vie d'explorateurs, cl (pie le pays a intérêt à voir marcher vers un avenir brillant dans sa carrière.
« Lorsque Cupet1 me joignit au Laos, il était capitaine au 3e régiment de zouaves,
« Choisi avec le lieutenant Nicolon dans le corps expéditionnaire du Tonkin. pour faire partie d'une commission franco-siamoise placée sous ma présidence, il avait quitté, ainsi que son compagnon, Hanoï pour Bangkok le 10 octobre 1887.
« Après un court séjour dans la capitale siamoise, le temps de la connaître, tous doux avaient gagné Luang-Prabang : le lieutenant Nicolon s'\ était installé pour le service de la mission, le capitaine Cupet était parti à ma rencontre.
« Fils de gendarme, voué dès l'enfance au métier des armes. Cupet fait ses études au lvcée de Bar-le-Duc et entre à Saint-Cyr à 18 ans
I. Le capitaine Cupet a été nommé chef de bataillon en mars 1 897 .
ire Série. — I. 32
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avec le n° 30. Il en sorl en IH7(.) nommé sous-lieu tenanl au 2° zouaves sur sa demande, et part pour l'Algérie, commençant justement s;i carrière de soldat quand commence ma mission.
« Aucun théâtre d'action ne pouvait lui fournil1 plus d'occasions de se faire ressortir et de mieux mettre en relief ses qualités d'activité, d'énergie et d'initiative.
a 11 passe cinq ans en Afrique, eouranl la brousse en Ions sens. tantôt mêlé aux expéditions contre Bou-Amama, tantôt détaché à la télégraphie optique à la suite des colonnes, tantôt charge de missions par le colonel de Négrier et le général Thomassin : tour à tour suidai topographe, télégraphiste, puisatier, devenu presque légendaire dans le sud de la province d'Oran dont il escalade loules les montagnes à la recherche de communications optiques cl visite Ions les points d'eau pour le choix des étapes.
« Les Arabes au milieu desquels il passe l'année 1883 cl les premiers mois de 1884, cl dont il a frappé l'imagination, ne le connaissent que sous le pseudonyme suggestif de « Bou el Aroui » (le père du moufflon ). tant ils l'ont vu parcourir leurs montagnes.
Passé lieutenant au 9e de ligne en avril 1884, il obtient bientôt de revenir au "2e zouaves et. en janvier 188."), s'embarque pour le Tonkin avec son bataillon.
« Là. il prend pari aux dernières opérations qui suivenl la retraite de Langson, et pénètre l'un des premiers dans celle fameuse région du Baï-Saï où la piraterie fui le plus difficile à réduire, où tant de sang fut répandu, où tant de ruines résultèrent de la lutte. I njour, avec M. de Grasse, un officier d'infanterie de marine donl le nom reviendra au cours de cel ouvrage, ils repoussent les attaques constamment renouvelées d'une troupe bien année, dix fois supérieure en nombre à leur petit détachement. Le soir venu, l'ennemi est éloigné : les soldats exténués sont installés dans nue pagode au centre d un village. Au milieu de la nuit, « Uerte ». les pirates reviennent ; ils niellent le l'eu aux quatre eiiins du village, espérant faire périr ceux qui l'occupent dans l'incendie. Mais le cas a été prévu, une large zone de baraques constituant le marché