SI A M ET LAOS OR] ENT \ I
de l'endroit a été abattue autour de la pagode et le feu même empêche l'assaut des assaillants qui, au jour, étaient en retraite.
« Six mois plus tard, l'insurrection de 1885 l'appelle au Cambodge où, marchant avec les troupes du lieutenant-colonel Kiipfel, il mérite une première proposition pour capitaine, quoique n'ayant que 18 mois de grade.
a L'année suivante, le lieutenant Cupet est en Annam, commandant le poste de Mitho (province de Quang-Binh). Les rebelles tiennent la montagne et rayonnent dans la plaine, rançonnant tous les villages au delà d'une portée de fusil des parapets. I ne reconnaissance heureuse lui fait découvrir la plus importante de leurs retraites. Lembach, contre laquelle une colonne est aussitôt dirigée. Avec lavant-garde il enlève un des ouvrages avancés, tourne la position de l'ennemi et le détermine à l'évacuer.
« Ces faits d'armes lui valent les félicitations du général, une citation à l'ordre du régiment et une deuxième proposition pour le grade supérieur.
ii En décembre 1886, le commandant de la brigade de l'Annam, colonel Callet, l'attache à son état-major où vient le trouver la nomination qui le ramène au Tonkin, capitaine à 28 ans. au .'!' zouaves (juillet 1887).
« C'est sur ces entrefaites que la commission franco-siamoise avant été décidée, dvnx officiers sont demandés au général en chef pour en faire partie. Le général Munier, qui vient de prendre le commandement, pensant que nul n'est mieux préparé à ce rôle par ses antécédents que Cupet. maintes fois désigné à l'attention de ses chefs et qu'il a particulièrement apprécié en Annam où il l'a eu sous ses ordres directs, fixe sur lui son premier choix.
« Lorsque la mission, au point de vue «le l'exploration, se trouva virtuellement terminée, les circonstances qui devaient me remettre en mai die un peu plus lard n'étant pas prévues, Cupet, qui lui avait consacré trois années du long stage dans le grade de capitaine, se dispos
à rentrer au service actif du régiment. .Mais, auparavant, sa connaissance si grande du pays me le fit choisir avec deux de nos plus distingués compagnons, les capitaines Friqucgnon et de Malglaive, pour la rédaction de la carte de llndo-Chine établie avec les documents recueillis par les membres de la mission. Celte carte, rapidement terminée, put paraître en 1893, précisément à ce moment on les événements la rendaient le plus utile.
Cupet avait rapporté de sa mission environ 9 000 kilomètres d'itinéraires, tant par terre que par eau.
<( Pendant tout le temps qu'il avait été au Laos, il avait dirigé ses actes ei fait converger ses efforts vers la réalisation de 1 idée pour laquelle nous marchions. S'il ne lui a pas été donné d'assister à l'émancipation des populations laotiennes pour lesquelles une ère nouvelle s'est ouverte, il a eu du moins la satisfaction d'avoir, dans les années passées à parcourir le pays, contribué à préparer le terrain à la domination française en y continuant les traditions d'honneur, d'humanité et de bonté préconisées par les explorateurs devanciers de notre mission. »
DE BANGKOK A PITCHA1
MM. Cupel el Nicolon, en quittant Bangkok le 19 novembre 1887, emmenaient l interprète annamite Ho, qui avait déjà accompagné le docteur Néïs au Laos en 1883, et qui, spécialement attaché au capitaine Cupel, devait par la suite lui être extrêmement utile.
Leur barque, remorquée avec plusieurs antres par une chaloupe à vapeur, faisait partie de la petite colonne siamoise (500 hommes), qui remontait à Luang-Prabang sous la conduite du Phya Surrissak, le chef de la précédente expédition devenu général.
Dans ce convoi se trouvaient également le vieux roi de Luang-Prabang, une parlie des chefs des cantons de la Rivière Noire et de l'est
SI A M ET LAOS ORIENTAL 253
de Luang-Prabang, les chefs des Pavillons Noirs dont j'ai parlé précédemment, et trois des quatre captifs de Laï, tous ramenés de Bangkok vers le Laos.
Par suite de la baisse des eaux, la remorque dut être abandonnée après une semaine : le voyage continua à la rame, et le vingtième jour de navigation. 10 décembre, les deux officiers arrivaient àPitchaï, où j'avais fait un si pénible séjour un peu auparavant.
DE PITCHA1 A PARLAI
300 kilomètres.
Le voyage de Pitchaï à Paklaï s'effectua en treize jours, mais il avait été précédé d'un arrêt d'un mois au premier de ces points pendant lequel les deux voyageurs commencèrent à penser que la lenteur de la marche était voulue. Ce ne fut que le 30 janvier qu'eut lieu leur arrivée sur les bords du Mékbong.
A partir de la deuxième étape, la route fut celle que j'avais parcourue de Paklaï à Fang en aoùl 1887. Des éléphants transportèrent le bagage et le personnel, sauf le capitaine Cupet qui, relevant l'itinéraire, marcha à pied, comme il le fera du reste au cours de toute la mission.
A Paklaï, le capitaine reçut de moi des lettres successives qui, en dernier lieu, lui annonçaient mon départ vers la colonne Pernol. Ses efforts pour obtenir des barques et tacher de me joindre furent, pendant près d'un mois, sans aucun résultat. Les instructions qu'avait le chef siamois ne lui prescrivaient évidemment pas de faciliter aux officiers le contact avec les troupes françaises et ce ne fut que le 25 février qu'ils purent s'embarquer sur le fleuve.
DE PARLAI s i.i \\<;-i'H \]s\\<;
Après douze jours de pénible el lente navigation, la capitale laotienne
était enfin atteinte. MM. Gupet et Nicolon y trouvèrent mes Cambodgiens restés sous la conduite de Soin. Ils s installèrent dans le petit
Fig. 112. — Logement des Cambodgiens dans la pagode île Vat-Maï
logement que le chef du temple de Vat-Maï avait mis à ma disposition. Après s'être mis au courant de la situation. Cupet avait confié à Nicolon la charge de notre petit poste et était parti à ma rencontre.
Fig. 113. — Luang-Prabang. Bibliothèque de la bonzerie de Val-Ma
MM. PAME i r CUPET ■Jt) mars au 13 mai 1888
Le voyage que je venais d'achever m'avail fall connaître la partie la plus importante de la région à étudier, j'étais mainlenanl désireux d'examiner une autre voie plus à l'esl el d'aller rejoindre la Rivière Noire au point d'où je l'avais remontée, afin d'en achever le levé en la descendant, cette lois, vers !«' delta tonkinois.
250 MISSION \>\\ li:
Par le vieux roi cl les savants du pays, par les chroniques et par mes premières marches, j'étais instruit autant qu'on pouvait l'être, non seulement surles territoires au nord et à l'est, que le Siam avait envahis et dont il semblait vouloir nous discuter la possession dans le but probable d'y localiser notre action et d'éloigner notre attention de Luang- Prabang, mais aussi sur les titres que ce gouvernement prétendait avoir sur la principauté laotienne. Ma présence pendant quelques jours à Hanoï pouvait, par suite, être très utilement employée pour renseigner les autorités françaises du Tonkin.
Nos troupes avaient parcouru toute cette région du nord, nommée Sip song ebau thaïs (douze cantons thaïs), partie intégrante du Tonkin. troublée depuis notre état de guerre avec la Chine et l'Annan) : des postes militaires y avaient été établis ; il devenait urgent de faire procéder le plus lot possible à sa réorganisation administrative.
Je m'étais trouvé en contact avec les bandes chinoises barrant littéralement les voies de communications entre le Laos et le Tonkin et isolant notre poste de Laï, qui n'avait de communication avec la colonie que par Lao-Kaï. Par ce que je savais de ceux qui les composaient, il me semblait possible d'entrer en relations avec elles et j'étais résolu à faire pour cela le nécessaire.
Mes compagnons m'avaient attendu anxieusement, ne songeant qu'à se mettre en marche des mon retour. La commission dont ils devaient faire partie ne pouvant fonctionner, par suite de l'absence des membres siamois, ils désiraient être maintenus auprès de moi, et collaborer à l'étude géographique du pays.
Comme je réfléchissais aux dispositions que j'allais avoir à prendre, un courrier du ministère des affaires étrangères m'apporta des félicitations pour la manière dont j'avais conduit ma mission depuis mon départ, particulièrement pendant les événements de Luang-Prabang, et m'annonça que les médailles d'honneur que j avais demandéespour mes Cambodgiens étaient accordées.
En même temps, une lettre du général Bégin, dont j'étais l'ami depuis notre rencontre au Cambodge, me faisait connaître qu il était
arrivé à Hanoï pour \ prendre le commandement en chef des troupes de F Indo-Chine, cl me disait qu'il ne perdait pas de vue ma mission appelée à fonctionner près, des territoires dont il avait l'administration. Elle me parlait en particulier des Pavillons Noirs et me demandait si une entente quelconque ne sorail pas possible avec eux : enfin elle m'apportail ses plus chaleureux encouragements et la promesse de son appui absolu.
Je communiquai ma correspondance à mes deux compagnons et à mes Cambodgiens : le langage qui y étail parlé affermit encore leur confiance en moi et leur résolution.
Le jour mémo j'établis le programme de nos premiers travaux : Nicolon. ayant Luang-Prabang comme centre d'études, rayonnerait dans la région pendant qu'avec Cupet, je reconnaîtrais une voie vers le Tonkin passant par les principaux centres occupés par les Pavillons Noirs et aboutissant à Tak-Khoa sur la Rivière Noire. De ce point, Cupet regagnerait Luang-Prabang par une autre direction et y fermerait le circuii de son itinéraire, tandis que je pousserais jusqu'à Hanoï pour le règlement des questions intéressantes que j avais à cœur de voir terminées.
Je dis au général siamois, très renseigné du reste, la marche de la colonne Pernol dans les territoires de Theng et de la Rivière Noire, le retour au Siam de ses compatriotes membres de la commission, la retraite que j'avais fait faire à la garnison envoyée à Theng, mon projet d'un \ oyage immédiat que je le priais de me faciliter: enfin je lui demandai de renvoyer dans leur pays, qui relevait de la France, les chefs de canton emmenés en otage à Bangkok et de mettre à ma disposi tion les quatre captifs de Laï.
Il me fil connaître qu'il a\ail rappelé la troupe de Theng, non encore arrivée, parce qu'elle n'aurait pu séjourner dans le liant pays pendant la saison des pluies qui allait commencer, et qu il allait aussi me donner satisfaction sur les autres points.
Le départ fui alors fixé au .'! avril.
Mais lorsqu'il s'agit pour le général de s'exécuter relativement aux captifs de Laï. il ne put se décider qu'à nie donner le- deux moins lr. S£RIKi i. 33
258 MISSION PWIE
importants d'entre eux au point de vue de la famille : Kam-Houil. fds d'une seconde femme de Déo-van-Seng et kam-Doï, chef du canton de Moun, son parent.
Dès que je pus les voir, je compris, aux regards expressifs de ces deux hommes , qu'ils avaient souffert, qu'ils savaient ce qu'ils me devaient et que je pouvais compter sur eux. Je leur témoignai de suite une entière confiance ; ils m'en montrèrent un contentement extrême et me servirent dès lors avec un dévouement sans bornes.
Avec eux se trouvait un petit chef Pavillon Noir que je comptais utiliser pour les relations avec les bandes chinoises.
DE LUANG-PRABANG A MUONG-NGOl
147 kilomètres fie levé nouveau.
Une escorte siamoise devait nous suivre à partir de Ngoï et accompagner le capitaine Gupet après notre séparation jusqu'à son retour à Luang-Prabang.
Elle avait un chef militaire, Louang Datzakorn et un chef civil, Louang Satra. Ce dernier était arrivé de Bangkok avec le capitaine Cupet, à qui il avait spécialement été attaché par son gouvernement.
Le capitaine se mit en route par terre le 3 avril afin de faire le levé du chemin des éléphants entre Luang-Prabang et Ngoï, point dont j'ai déjà parlé lors de mes précédents voyages, rendu important par sa situation sur le Nam-Hou, et situé à la jonction de plusieurs routes.
Pour diverses questions qui me restaient à régler, et à cause de mon état de fatigue, je ne partis que trois jours plus lard en barque; je rejoignis le capitaine le 10.
Le chemin qu'il avait visité gagne le Nam-Hou, passe sur sa rive droite, la suit d'abord, puis se déroule dans les bassins de ses affluents, gravissant des hauteurs qui atteignent 7.~>0 mètres, revient au Nam-Hou
le dernier jour, ei le repasse un peu avant d'arriver à Ngoï. Le terrain est accidenté, difficile à parcourir et quelques-unes de ses fractions sont impraticables dans la saison des pluies.
Muong-Ngoï avait été détruit lors de la retraite de Déo-van-tri : le fils du second roi, qui avait succédé à son père tué dans la prise de
Fig. 114. — Emplacement de l'ancien village de Muong-Ngoi.
Luang-Prabang et qui, depuis quelques mois, occupait ce poste, organisa notre convoi : nous avions des porteurs loués pour nos bagages et des chevaux pour nous.
Les étapes importantes allaient être : Muong-Son, Muong-Hett, Muong-AVal et Tak-Kboa.
DE MUONG-NGOI A Ml ONG Sun
] .'7 kilomètres de levé nouveau.
La marche, commencée le 12 avril en remontant la vallée du Nani- Ngoï, se continua après le passage du col du Pou Louang ( 1 250 m.),
dans le bassin du \am-Seng, principal affluent du Nam- Seuang, navigable jusqu'à Sop- Sang où on le traverse le quatrième jour. — Le septième jour, passage à Patang ( 1 700 in. ), de la ligne de partage des eaux du Mékhông et du JNam- \la. tributaire du golfe du ïonkin et, le dixième, deux jours de repos compris, arrivée à M uon g- Son.
Dans ce trajet, nous subîmes les averses torrentielles du commencement de la saison des pluies : le voyage devint par suite 1res difficile.
La région est habitée suites hauteurs par des Méos qui se livrent à l'élevage des trou- FiS. us. - Femmes Méos. peaux et à la recherche du
benjoin commun dans les forêts. Les villages des vallées sont formés par des Thaïs du nord.
Vluong-Son, au commencement de la vallée du \am-llett. le plus important affluent du Nam-Ma (Song-Ma des Annamites), est l'un des territoires de ce pays de Hua panh tang lia tang oc (mille sources et
cinq cl six) (caillons), donl le nom signifie qu'il occupe les deux versants de la ligne départage et que ses onze cantons sont divisés en deux fractions. \ 700 mètres au-dessus du niveau de la nier. Son, est le point central du pays; deux chemins venant de Luang-Prabang, un de Dienbien-phu, deux du ïonkinettroisdu Traninh etdel'Annam, \ aboutissent.
La plus intéressante des roules allant vers le Tonkin passe le Song- Ma à Sop-San, après avoir suivi le cours du Vun-llell dans son lit, sur ses berges ou sur les crêtes des hauteurs qui le bordent. C'était celle que nous allions visiter.
Nous rencontrâmes à Muong-Son les premiers Pavillons Noirs. C'était un groupe de quelques hommes envoyés par les chefs des bandes établies dans la région où nous allions entrer, vers le général siamois à Luang-Prabang, pour lui demander, contre les Français récemment établis à Sonia et Chobo, l'aide que leur qualité nouvelle d'agents du Siam dans ce pays leur paraissait comporter. Malgré nia tentative pour les taire revenir sur leurs pas. en raison de mes projets d'entente, et malgré leur propre désir, ils durent continuer leur voyage suivant la volonté du chef de l'escorte siamoise : mais je profilai de ce contact pour entamer les relations avec leur principal chef, le Ong-Ba, en qui je ne voulus voir ([ue l'aventurier de guerre au service de l'ancien gouvernement annamite, cl je leur dictai, pour lui. une lettre dans laquelle je lui disais mon intention de gagner le Tonkin. je lui demandais de m'y aider et je lui proposais de se soumettre à l'autorité française. Je le priais, d'autre pari, de faire, par les moyens qu'il pouvait avoir, parvenir au commandant du poste de Sonia, et au général à Hanoï, des lettres dans lesquelles je leur annonçais mon voyage et son but.
DE Ml ONG-SON \ I \K-Kllo\ 2U5 kilomètres de levé nouveau.
Dans ce pays où la population esl clairsemée, les chemins n'étaient I objel d aucun entretien, surtout depuis que les ( Ihinois étaient apparus :
aussi leur parcours, sous les pluies journalières, était-il forl lent, et il était rare que nous pussions faire des étapes de plus de vingt kilomètres.
Le départ de Son avait eu lieu le 23 avril : je m'aperçus le 27 que Kam-Houil et Kam-Doï étaient partis en avant avec le Pavillon Noir. Nous commencions à entrer dans la région dévastée par les Chinois, les villages jusqu'à Muong-Hetl, où nous arrivâmes le 30, étaient complètement abandonnés.
\ ce point, Kam-Houil et Kam-Doï nous attendaient devant deux grandes cases construites à la chinoise ; derrière eux étaient rangés, sans armes, les hommes d'une première bande dont ils nous présentèrent le lieutenant.
Sonia, le poste français le plus rapproché, était à quatre jours à l'ouest de Muong-Hett ; Phulé, l'autre ensuite, était à sept jours à l'est.
Ces Chinois étaient des Pavillons Jaunes ; j'avais vu leur chef dans la suite du général siamois à Luang-Prabang, et je savais qu'ils ne me causeraient aucun ennui.
Nous nous installâmes dans lune de leurs cases. Nous y trouvâmes les deux hommes qui avaient porté ma lettre au Ong-Ba. Ngin ayant demandé à ceux-ci si ce chef ne leur avait remis aucune réponse pour moi, ils lui répondirent : « Après avoir lu la lettre, Ong-Ba a dit à ses gens : « Préparez une installation pour les deux chefs fiançais ». Il nous a ensuite renvoyés. »
Au milieu de la nuit, Ngin nous prévient qu'à travers la cloison de paillottes, il vient d'entendre raconter que le commandant français de Sonia a capturé une bande de 30 Pavillons Noirs, dont il fait préparer la mort. Ce sont les femmes thaïes de quelques-uns d'entre eux qui ont apporté la nouvelle.
On nous laisse tranquillement achever la nuit, et, après le déjeuner du matin, le chef des (minois nous prie de faire le possible pour empêcher que malheur n'arrive aux prisonniers.
Bientôt un envoyé du Ong-Ba, allant à Luang-Prabang porter avis de ce fait au chef siamois et demander secours, m'est présenté par le louang Sa Ira.
(( Sur la foi de la proposition de soumission, que vous avez faite au Ong-Ba, on ne se gardait plus, » dit-il, « dans le campement chinois de de Maï-Son, qui relève do lui. Les Français de Sonia, sans doute pas au courant, sont venus subitement et ont pris tous les hommes. »
Je lui explique que ma lettre confiée au Ong-Ba a dû parvenir au commandant de Sonia depuis cette affaire, lui a dit mon voyage cl son but. et que je vais en écrire une nouvelle, dont je vais le charger, demandant la liberté des prisonniers.
Sitôt la missive faite, d l'emporta. Confiants en moi. les Chinois ne me demandèrent pas d'en attendre la réponse et nous reprîmes la route.
« Les chefs du pays que nous pouvions interroger au cours du voyage nous disaient unanimement : La vie n'est plus supportable depuis que les Chinois sont chez nous : faites que nous en soyons délivres, sinon nous quitterons nos champs pour d'autres lieux au loin ! »
Je les priais de patienter encore un peu, leur promettant que la sécurité serait bientôt, par les Français, rendue à leur pays.
Le 1er mai, à Sup-an. nous apprenons qu'une bande do 11)0 Chinois s'est retirée la veille vers Muong-Hang. Ce sont des Pavillons Rouges précédemment cantonnés dans le Traninh. J'envoie inviter leur chef à me faire rejoindre par un de ses sous-ordres à Muong-W al afin d'entendre mes propositions de soumission au Ong-Ba et pour m'accompagner au besoin au Tonkin.
Le Ong-Ba réside tantôt à Muong-Wat et tantôt à Tak-Khoa, les autres chefs reconnaissent sa suprématie au moins morale, kam-lfouil et Kam-Doï me disent que si l'entente se fait avec lui, -tous l'accepteront. Les principales bandes sont établies à Muong-Hang, Muong-Houng, Muong-Ifell. Muong-Wat, Tak-Khoa, Maï-Son. Tuan-Chau. Tuan-Giao cl en descendant la Rivière Noire, à A an- Yen.
Le 4 mai. nous quittons le bassin du Song-Ma pour entrer dans celui de la Rivière Noire. Le chemin, sur les hauteurs de la séparation des eaux, esl commode : au milieud'un plateau remarquable, nu par endroits,
MISSION PAVIK
boisé en d'autres, à une altitude de I 000 à 1 100 mètres, il laisse tantôt à droite, tantôt à gauche des villages méos et des défrichements pour les cultures.
C'est là que nous trouvons le premier pécher que j'aie rencontré en Indo-Chine, après les framboises, les fraises et les violettes sauvages, la vue de ce bel arbre chargé de gros fruits, à une journée de la Rivière Noire, nous rend tout rêveurs. Les gens interrogés disent : « Ici, il fait toujours frais la nuit, le son- et le malin. Le vent rend la chaleur du milieu du jour supportable. L'eau coule, abondante aux sources sur le plateau en toute saison. » La température, à cette époque la plus chaude de l'année, était de 18° le matin, 30° au milieu du jour.
Fig 110. — Le plnlea lire le Song-Ma el la Rivière Noir.-.
Le ."). après une heure démarche sous les chênes et les châtaigniers, descente dans la très jolie vallée du Nam-Wat, affluent de la Rivière Noire, remarquablement cultivée en rizières. Les Chinois avaient bien choisi leur centre !
Comme à Muong-Hett, Kam-Houil et Kam-Doï ont pris les devants. Au moment où j'arrive à Xieng-Sang, ils sortent du village, suivis d'un groupe de Chinois. Je leur serre la main à Ions deux el demande quels sont ceux qu'ils me présentent .
« Le Ong-Ba et ses lieutenants. »
I, vOS ORIENT VL ET T()\kl\ 265
Les Pavillons Noirs saluent : leur chef, vieillard grand, maigre, encore droit, a une ligure intelligente, le regard un peu inquiet.
Sur son indication, nous continuons la marche et il se joinl à nous avec sa suite. Dans la traversée du village, une soixantaine» de Chinois, par groupes, sans armes, garnissent les vides entre les cases el nous regardent curieusement .
Rapidement nous sommes à Muong Wat, où se trouve le principal poste chinois. ! ne installation . bien entendue, nous a été préparée. Le Ong-Ba vient nous \ rendre visite, suivi de ses lieutenants. Tout de suite il nous fait connaître la libération des trente hommes : il vient d'en apprendre la nouvelle à l'instant. Je suis soulagé d'un grand poids, car il m'eût été pénible à l'extrême de savoir cpie mes olTres de soumission avaient eu un malheur pour conséquence. Il semble comprendre mon sentiment à 1 expression que prend mon visage, et aux propositions que je lui renouvelle, répond :
a Merci ; je suis heureux de vous avoir vu venir jusqu'ici. Je ne savais pas que les Français fussent bons comme vous le dites et comme vous êtes. Je suis trop vieux pour vous suivre à Hanoï, ce serait pour moi un dérangement pénible, mais je vous conduirai jusqu'à la Rivière Noire et je vous donnerai des barques pour la descendre. Trois de mes lieutenants partiront avec vous, un de chacun des cantons où depuis bien longtemps je commande pour le gouvernement annamite. Les Français sont maintenant les maîtres du pa> s : Faites qu'ils me conservent le poste où je vieillis, je les servirai avec sincérité. »
Je lui demande alors d'engager les chefs des bandes ne relevant pas directement de lui. à l'imiter el à joindre leurs lieutenants à mon petit convoi.
Le 7. départ pour Tak-Khoa . Le Ong-Ba va en avant pour nous fane préparer un accueil par ceux de ses hommes qui occupent ce poste.
Quand nous arrivons au bord de la Rivière Noue, nous apercevons au loin descendant le courant, des barques sur lesquelles flottent des drapeaux tricolores. I n instant après nous serions la main au lieutenant Méhouas de l'infanterie de marine. A la réception de ma lettre, le com-
ire Skkik. — I. 11.
266 MISSION l'A VIE
mandant de Sonia l'avait envoyé à Vanbou et chargé d'y organiser un convoi tle barques pour aller au delta, en même temps (pie moi. et faire une première tentative de ravitaillement par la voie fluviale, Ion les les relations de son poste avec le Tonkin proprement dit ayant jusqu'ici eu lieu par le chemin très accidenté de Vanbou au Fleuve Rouge. A ingt-cinq tirailleurs annamites l'accompagnent .
Ainsi se terminait, vingt-six jours après le dépari de Ngoï, un voyage <|iii montrait la voie parcourue pins difficile encore que celle a ers l,aï. et qui laissait celle-ci, toutes réserves faites pour le trajet de la Rivière Noire non complètement connu, la pins pratique entre Luang-Prabang et le Tonkin.
J'avais déjà rencontré \I. Méhouas dans la colonne Pernot, mais Cupet trouvait en lui le premier Français du voyage. Quelle bonne soirée nous passâmes ensemble !
Le lendemain, 8 mai, sur six pirogues fournies par le Ong-Ba, je m'embarque avec Ngin, Kam-Houil. Kam-Do'ï cl huit délégués des Pavillons Noirs, Rouges et Jaunes.
Le capitaine, le même jour, va reprendre après mon départ le chemin des forets laotiennes, muni d'une lettre du Ong-Ba pour les chefs des bandes sur la nui le.
Pendant qu'au bord de l'eau j'embrasse mon compagnon et que je serre les mains des notables du pays et des deux chefs siamois venus avec nous, le Ong-Ba. liés ému. dil à ses lieutenants déjà dans les barques : « Vous accepterez les conditions <pu vous seronl faites par les chefs français : j'ai confiance entière dans M. Pavie ! » et à moi, les yeux humides : « Je ne demande pins que de pouvoir mourir ici où j'ai \ ieilli ! »
Je presse sa main amaigrie et je le prie d'accepter ma montre : « File a marqué l'heure de notre rencontre ! »
Les barques s'éloignent, emportées par le courant de la rivière encore inconnue. Tons les Chinois, à distance respectueuse en arrière du groupe que Cupet, les deux chefs siamois el les notables forment avec le vieux ehef, se courbent dans un salut silencieux, acceptant ainsi la pacifique
L VOS ORIENT \l. ET TONK IN 267
fin de leur domination. La petite escorte siamoise présente les armes. Les habitants garnissent les berges anxieux et clans l'attente de la suite des choses.
DE TAK-KHOA A CHOBO ET HANOI
145 kilomètres de levé nouveau.
M. Méhouas avait fait le levé de la rivière depuis Vanbou (55 kil.) : il ne me restait qu'à achever ce travail vers Ghobo ; le coins d'eau étant depuis quelque temps bien connu de ce point jusqu'à son confluent avec le Fleuve Rouge.
\ Van Yen, les Pavillons Noirs, à qui le Ong-Ba a écrit, envoient les chefs du village me saluer, mais ne viennent point aux barques. 11 semble qu'ils se délient en voyant les uniformes des tirailleurs de Méhouas. Quelques fusils brillent dans les broussailles. Les chefs qui me suivent vont alors, avec Ixain-IIouil et Kam-Doï, vers le chef; ils le pilent de joindre un délégué à leur groupe. Il leur répond : « Je n'ose pas. mais quand je saurai que bon accueil vous aura été fait, j'enverrai deux des miens vous rejoindre à Hanoï. »
Après arrêts à Suyut et à Ghobo, où le lieutenant Gollin et le capitaine Louvel, surpris de la rencontre, nous reçoivent très joyeux, et où le convoi de Méhouas s'arrête, j'arrive à Phuong-Lam. Le résident, M. de Goy, m'annonce qu'une chaloupe à vapeur, envoyée d'Hanoï m'attend au confluent de la rivière qu'elle ne peut dépasser à cause des bancs de sable.
Le 13 mai, grâce à ce bateau, j'étais de bonne heure à Hanoï. Le général Bégin, heureux d'avoir reçu ma dépêche remise aux Pavillons Non-, ('tonné qu'elle lui fût parvenue on ne savait comment, impatient de connaître les résultats de mon voyage et de mes négociations, me lit un cl ia Ici lieux accueil.
Fig llî. — Lu Ual-Mai ou s'est perdu lo « Leigue ». Vue prise en amont
TON Kl \ ET LAOS ORIENTAL
M M. PAN LE, PENNEQl l\ , MASSIE, MESSIER DE SAINT-JAMES, LERÈDE, NIGOLLE, VACLE ET GARANGER
13 mai 1888 an 2 janvier 1N8<>.
A Hanoï, le Résident général cl le général Bégin m écoutent avec le plus grand intérêt, ils acquièrent la certitude de voir grandir rapidement notre prestige et notre influence dans les régions d où j'arrive si une politique calme y conduit notre marche d'après les idées que je leur expose.
Le général en chef a l'autorité sur tous les territoires au delà du