TONKIN ET I. VUS OUI KM \ L
Son espoir ne devait pas se réaliser. Quinze jours après son retour à Hanoï. M. Lerède était envoyé à Mnh, sur la côte d'Annam, pour y remettre à la mer un navire jeté dans l'intérieur des terres par un typhon. Uteint d'un accès pernicieux au coins du travail, la morl l'enleva presque subitement.
La disparition de cet homme actif et plein d'initiative lui une perte pour la colonie cpii le regretta unanimement et elle me causa la peine la plus vive. Nous avions fraternellement vécu deux mois sur le petit bateau dont la destruction est devenue un argument contre toute nouvelle tentative de navigation à vapeur sur la lii\ ière Noire, et a causé un relard considérable dans le développement d'une région poinl assez connue.
Apre
;s avoir pris
les i
ar-
Fig. 11'.). — Tombe du capitaine Lerède à Vinh
rangements nécessaires avec
les Pavillons Noirs cl les chefs
du pays pour que, à la baisse
des eaux, ce qui resterait de la
chaloupe ne lut pas perdu,
je me rendis en barque à Ta-
Kian pour le règlement avec
les bandes, sans laisser voir à ceux que je quittais, toute la peine que je
ressentais d'un événement qui les consternait.
.1 \ trouvai Pennequin ef Ions |e> membres de la mission en bonne santé, sauf M. de Saint-James, atteint dune fièvre violente depuis plusieurs jours.
278 MISSION l'.W II;
Le 3 octobre, les chefs chinois arrivent par toutes les directions. Quelques-uns ne sont maîtres que de bandes de 20 à 30 hommes : les lieutenants du Ong-Ba commandent à 1 H)0 hommes répartis dans les cantons de Van Yen, Muong-Moc, Muong-Wat et Maison. Lne bande indépendante à Muong-Hang, sur le Song-Ma, compte '200 hommes. (Une troupe commandée par lluyen-khao, stationnée sur la haute Rivière Noire au delà de Laï-Chau, 500 hommes, allait rester insoumise, les chefs du pays étant encore en armes contre nous.)
Les chefs des cantons, convoqués par nous, sont aussi présents : depuis des années ils supportent les pillards, et ils ne nous voient pas sans inquiétude entrer en arrangement avec leurs oppresseurs. Cependant nous ne pouvons leur dire dès à présent les résultats auxquels, avec un peu de temps et de patience, nous comptons arriver. Pour le moment, il est important de montrer que nous savons aborder un système d'entente avec ceux qui sont devant nous.
Les asiatiques intelligents, et ces chefs chinois l'étaient pour la plupari, apportent rarement de l'entêtement à discuter les questions dont le règlement peut leur être imposé par la force : ils ne mettent pas leur amour-propre à résister quand même lorsqu'on leur offre un moyen honorable de sortir d'embarras. Ils n hésitent pas à se défendre, quelquefois héroïquement, si on les met dans l'obligation de le faire, mais sont reconnaissants et se souviennent si on leur évite cette extrémité.
Tous, en nous voyant les attendre sans soldats, s'excusaient d'être venus armés ou escortés.
D'abord on leur demanda leur avis sur le successeur du Ong-Ba, qui devait servir d'intermédiaire entre le commandant et les divers chefs : comme ils ne pouvaient se mettre d'accord et étaient séduits par l'intérêt qu'ils voyaient prendre à Pennequin pour le règlement de leur affaire, ils demandèrent à relever uniquement de son autorité, même pour les démêlés qu'ils auraient entre eux. promettant de ne pas lui causer d'ennuis.
Les conditions qui leur fuient proposées les faisaient rentrer clans le droit commun ; elles laissaient leurs armes aux cultivateurs et aux marchands et mettaient sous la garde des chefs celles des nécessiteux qui, une