PRÉPARATION DINE NOUVELLE MISSION
Lors de mon séjour à Laï-Chau, les chefs du pays m'avaient convaincu de l'intérêt qu'il y aurait à installer un comptoir commercial à Poufang, le poinl de la frontière ouest où passent les caravanes de mules allant du Yunnan vers la Birmanie, afin de lâcher (rentrer en relations avec elles et de relier le Tonkin à ce courant d'échanges. Mou premier soin en arrivanl à Hanoï fut de donner suite au projet que j'avais alors formé, et je réglai le départ pour Laï-Chau et la frontière, de mon compagnon \ acle qui ayant nom'' les meilleurs rapports avec les chefs du pays, s'était proposé pour aller étudier cette question sur place.
Après avoir assuré, avec les autorités de la colonie à Hanoï, la bonne marche de la fraction de la mission laissée en Indo-Chine, et t'ait achever l'impression de la carte des itinéraires que nous avions relevés, je m'embarquai pour Saigon avec le capitaine Cupel flans l'intention de me rendre à Bangkok.
\ la barre de la rivière de Hué. je me rencontrai avec le Résident supérieur en \nnam avec qui j'avais à nf entendre au sujet du règlement des difficultés soulevées par le Siam sur la rive gauche du Mékhong.
A Saïgon, je reçus l'avis du Ministre des affaires (''Iran gère s que le gouvernement siamois préférait ne commencer les négociations qu'après mon retour de France, et que j'étais attendu à Paris. Modifiant alors mon voyage, j'arrivai à Paris le 13 juin 1889.
Des résultats géographiques, historiques, commerciaux et politiques importants avaient été obtenus au cours de la campagne de trois ans et demi qui venait de s achever. Ils étaient incontestablement dus à l'esprit de suite avec lequel la mission avait pu être conduite par le même agent d'après des instructions a la fois très générales et toujours conçues dans le même esprit, à laide sans réserve qu'il avait reçue des autorités de l'Indo-Ghine, et au bon accord qui n'avait cessé de régner entre ces diverses autorités et lui: ces résultats peuvent être énumérés comme il suit :
Les principautés de Xieng-Maï, Nan, Luang-Prabang, les régions des Sipsong-dhau Thaïs, des Houa-Punh. du Traninh et du Kammon, avaient été visitées, explorées : des cours d'eau comme la Rivière Noire, le Nam-Ngoua, le Song-ka. le Nam-Hin-Boun, avaient été reconnus, étudiés ; considérés auparavant comme des obstacles entre le Laos et le Tonkin et l'Annam, ils étaient devenus des voies de communications plus rapides et plus sûres que les voies terrestres ordinairement parcourues. Une carte nouvelle de toutes ces régions avait été établie.
Des documents précieux, chroniques, annales, codes, nous apprenant le passé politique du pays, ses usages, son organisation, etc. avaient été découverts et traduits.
Les ressources et les besoins des principales parties du Laos avaient été étudiés, des routes, différentes de celle de la Rivière Noire, avaient été ouvertes et parcourues entre Luang-Prabang et le Tonkin par Muong-Son et Muong-Hett, d'autres entre Luang-Prabang et l'Annain l'avaient également été par le Traninh ou par le Mékhong et le Kammon.
Servie par l'état du pays, qui était abandonné aux pillards de telle sorte que la sécurité n'y était revenue en grande partie que grâce à nous. notre influence s'était partout développée dans des conditions singulièrement favorables.
Grâce à l'action combinée et toujours pacifique de la mission et de nos autorités militaires au Tonkin. le vaste territoire des Sipsong-Chau- Thaïs, occupé depuis deux ans par les soldats de Bangkok nousavaitété remis ainsi que la partie orientale du kammon : le trouble que la présence de quinze cents Pavillons Noirs taisait régner sur nos confins avait cessé, les bandes s'étaient soumises sans qu'un coup de fusil eût été tiré : enfin le pays de Laï-Chau, sur la Haute Rivière Noire, en armes contre nous depuis longtemps, s était rallié à nous et ses chefs étaient devenus nos meilleurs auxiliaires, etc..
Les résultats qui viennent d'être indiqués étaient loin d'être complets: d'immenses régions restaient à explorer dans les bassins du Mékhong et du Fleuve Rouge: et si les empiétements siamois avaient été arrêtés sur tel ou tel point, il n'avait même pas été possible de songer à exercer notre action sur d'autres parties. La mission, quoique renforcée dans les derniers temps, n était pas assez nombreuse pour suffire à cette double tâche el embrasser un programme aussi étendu.
Pour éviter toute chance de eonllil pendant mon absence, j'étais convenu avec les chefs siamois, au Laos, de l'observation du statu (yuojusqu à décision des gouvernements touchant les questions territoriales. Dans le même temps, le gouvernement français avait proposé au gouvernement de Bangkok de désigner un commissaire pour le règlement des frontières pendant que j'étais encore en Indo-Chine; et celui-ci avait demandé
d'attendre mon retour de France pour entamer la discussion. C'étail le parti auquel on s'étail arrêté.
Le Siam avait alors une raison pour en finir au plus lui. dans ce fait que nous étions encore. enAnnam et au ïonkin, dans la période d'installation et que nous n'étions pas bien préparés à assurer l'exercice de nos droits sur des territoires \asles et en grande partie inexplorés. Cependant il semblait vouloir, avant les négociations, achever une sorte de prise de possession des régions contestées, et faisait d'énergiques et intelligents efforts pour retarder notre marche ; partout où nous u avions point encore fait acte d'autorité, il introduisait des agents, des soldats, et quand il ne pouvait faire mieux, niellait par des avis, des ordres, des menaces, bien conçus pour agir sur l'esprit des populations auxquelles il s'adressait, les chefs et les habitants en garde contre nous.
Nous avions à plusieurs reprises l'ail connaître notre intention d'exercer nos droits dans la vallée du Mékhong, il avait protesté autant qu'il avait cru pouvoir le faire sans rendre la situation difficile, mais il redoutait évidemment que tôt ou tard nous ne lui imposions la retraite. Et comme pour faire échec à la demande que nous lui faisions de se retirer derrière le Mékhong, il prétendait pousser les conquêtes sur la rive gauche du fleuve non seulement jusqu'aux limites du Laos proprement dit, ou même jusqu'à la ligne de partage des eaux, mais fort au delà de cette dernière qu'il avait fait, de beaucoup, dépasser par ses soldats sur plusieurs points.
En présence de celle altitude et en raison de l'écart considérable qui existait entre les prétentions siamoises et nos droits, il parut au gouvernement français, plutôt possible dan iver à une entente à la suite d'accords successifs et provisoires sur le terrain, suivant les concessions que le gouvernement siamois sciait amené à faire au fur et à mesure que se poursuivraient les enquêtes et les négociations locales, qu'en réclamant à la fois tout ce que nous revendiquions.
(les accords provisoires pourraient d'abord porter sur la limite cpii sépare l'Annam du Laos, on commencerait par obtenir la reconnaissance