DE XIENG KONG CHEZ LES MOUCEUS ET A TANG HO
9 février au 10 mars.
Environ 200 kilomètres.
Laissant M. Ryder à Xieng-Kong, M. Seauve en repartit le 9 février pour venir retrouver le capitaine Rivière chez les Mouceus. Il le rencontra le 12, à Prabat, malade de la fièvre, affaibli, nerveux, et malgré cela
35o MISSION PAME
plus actif et plus énergique que jamais. Il venait de l'Est après avoir traversé la haute vallée du Nam-Nga, et suivi la ligne de partage des eaux de cette rivière et du Nam-Toui.
Ils s'enfoncèrent ensemble dans le pays des Mouceus habité par une race particulière, grande forte aux traits réguliers el énergiques.
Jadis à la suite de difficultés survenues cuire eux et leurs suzerains de Xieng Kong, les Mouceus s'étaient réfugiés à Yieng Toung. Ils commençaient alors à revenir depuis plusieurs années et le pays se repeuplait rapidement.
Le chemin parcouru par MM. Rivière el Seauve, suivait la ligne des crêtes, remarquablement debrousaillé, il serpentait à i ooo ou i 200 mètres d'altitude. Les deux compagnons ayant établi des stations géodésiques en différents points arrivèrent à Muong Mugne. Le village est dans une jolie plaine sur la rive droite du Nam-Mugne, de là on apercevait vers l'Est le sommet qui devait servir aux opérations des deux topographes. Son pied est à une heure de marche du village. Mais le capitaine souffre beaucoup de plaies à une jambe et maintenant il lui est difficile de se déplacer. Il ne pourrait faire l'ascension de la montagne à travers les fourrés épais qui en garnissent les pentes. Il donne ses instructions à M. Seauve qui part le lendemain. Pendant ce temps il se reposera. Lorsque le sommet était déjà préparé, le lieutenant reçut une lettre du capitaine qu'il avait quitté non sans appréhension, elle l'informait qu'il était plus malade et parlait pour Xieng Kong. M. Seauve aurait voulu aller à Xieng Kok atteindre le Mé-Khong au confluent du Nam-Ma, mais aucun sentier muletier n'existait lui permettant, par cette course, de rejoindre rapidement son compagnon à Tang Ho, il dut y renoncer, et revint à Prabat en faisant un long détour à l'Est, dans un pays encore inconnu, chaos de montagnes couvertes d'épaisses forêts et où l'on ne rencontre que de rares et pauvres villages. Dans les vallons coulent les affluents de la belle rivière Nam-kba qui sans profondeur, se jette dans le Nam-Pa non loin du confluent de ce cours d'eau avec le Mé-Khong. Le sentier à peine tracé, en beaucoup d'endroits était rempli d'obstacles qui rendaient la marche très lente. Près des villages, les défrichements fai-
COMMISSION FRANCO-ANGLAISE DU HAUT MÉ-KHONG 35i
saient de larges plaques rougeâtres dans la forêt sombre, les Mouceus, comme les Méos et les Yaos. déboisant le pays où ils se fixent pour y établir leurs cultures.
Le chemin suivi par M. Seauve contourne le massif du Doï-Nam-Vak, haute montagne dont les contreforts remplissent le coude du Nam-Toui. Dans les villages rencontrés au cours de cette marche, l'accueil des Mouceus était toujours parfait.
Arrivé à Prabat le 26 février, le lieutenant y reprit la route de Xieng Kong où il arriva le premier mars, devançant de deux heures le capitaine Rivière qui avait pris le Mé-khong à Tang Ho et qui à bout de forces, son état ayant empiré, dut s'installer définitivement dans la case qui nous avait élé préparée.
11 donna immédiatement de nouvelles instructions à M. Seauve pour que celui-ci se remit en roule le lendemain pour aller à Tang Ho préparer le passage à un groupe de la commission composé de plusieurs membres anglais et de M. Lefèvre-Pontalisqui y était attendu se dirigeant vers Xieng Kong.
M. Seauve partit le 2 mars, longeant la rive gauche du Mé-khong jusqu'au confluent du Nam-Youne. Le chemin le plus court à vol d'oiseau pour atteindre Tang Ho était de quitter le Mé-Khong près de son coude Nord, et de se diriger ensuite à travers les montagnes qui s élèvent sur la rive gauche, mais les renseignements montraient le sentier hérissé de difficultés qui en rendraient le trajet très long ; le lieutenant renvoya alors ses mules à Ban Houé-Saï et remonta le fleuve en bateau. Après trois jours il était à Tang Ho, précédant les envoyés indigènes qui, par la rive droite étaient partis pour annoncer son arrivée. A cette époque de l'année, le Mé-Khong, dit M. Seauve. se rétrécit tellement, en amont de Tang Ho, qu'il fait l'effet d'un torrent bouillonnant dont les eaux bondissent et tourbillonnent entre deux groupes de rochers qui se rapprochent au point que sa largeur n'atteint pas trente mètres! Son aspect est impressionnant et il es| impossible à mie embarcation d'affronter un courant aussi violent. Aux hautes eaux, au contraire, tout est recouvert, les larges bancs de sable, comme les noirs rochers
35a MISSION PAVIE
granitiques qui luisent au soleil. Le lit s'étale alors jusqu'au pied des montagnes.
Le chemin de Prabat ayant de suite été mis en bon état par les soins du village, M. Seauve sa mission terminée rentra à Xieng Kong où il était de retour le 10 mars.