DE PRABAT A X1ENG KONG
Du 8 au 20 mars.
Quoiqu'il commençât ainsi que ses compagnons à ressentir la fatigue du voyage, M. Scott manifesta le désir de voir rapidement le territoire
COMMISSION FRANCO-ANGLAISE DU HAUT MÊ-R110NG 36i
Monceu que je venais de parcourir; il fui alors entendu que sa course devant être de très peu de jours, M. Lefèvre-Pontalis l'attendrait à Prabat en excursionnant dans les environs.
Les membres anglais se mirent donc en roule le 8 mars vers le village du Phya Line peu éloigné de Tang-Ho sur le Mé-Khong ; mais bientôt la maladie s'étant ajoutée à la fatigue, une lettre de M. Scott, en date du i3, prévint M. Lefèvre-Pontalis qu'il allait s'embarquer sur le fleuve avec ses compagnons pour aller à Xieng Kong. Celui-ci qui se rendait à Muong Mugne, revint sur ses pas, puis poussa jusqu'au village du Phya Sine, où passait à ce moment le Dr Lloyd, amenant l'escorte Gourka et le convoi de mules à Xieng Kong, il se joignit à lui, et lous deux arrivèrent au lieu de la réunion générale, le 23 mars.
DE BAN LEK A XIENG LAP ET A XIENG KOK
Du 5 au i5 février.
ilio kilomètres de levé nouveau.
Le 5 février, le D' Lcfèvre resté seul sur la rive du Mé-Khong à Ban Lek, s'occupa de la construction du radeau sur lequel il allait relever le cours du fleuve jusqu'à Xieng La]).
Ces sortes d'embarcations en usage sur celle portion du Mé-Khong, sont formées de quatre gros faisceaux de bambous longs de sept mètres environ, solidement liés les uns aux autres; sur le tout est posée une plate-forme en clayonnage supportant une petite maisonnette en paille >l le. Trois avirons de chaque côté sur l'avant, et, à l'avant et à l'arrière du radeau, un autre aviron plus grand servant de gouvernail, exigent un équipage de huit hommes.
Il m'avait paru nécessaire d'être, aussi exactement que possible, fixé sur le cours du fleuve dans la partie soumise à l'examen de la commission, et que les indigènes pratiquaient très hardiment pour la montée en pirogue et à la descente en radeaux. Nos compagnons anglais s en étaient i'« Série. —II. 46
désintéressés, j'avais proposé au Dr Lefèvre de se charger de ce travail en lui en montrant les difficultés et le côté dangereux, il avait accepté avec empressement et je lui en restai très reconnaissant, ne voyant pas la possibilité de trouver le moment de le faire moi-même, et n'ayant pas d'autre collaborateur disponible.
Pendant que s'exécute cette construction, M. Lefèvre remonte en pirogue au confluent du Nam-Nga. Aucun obstacle ne s'oppose à la
marche vers ce point au delà duquel
se trouverait un bief étendu jusqu'à Muong Ham et non navigable, et d'où part, sur la rive droite, un chemin pour piétons allant à ce
dernier village peu éloigné de
D' Lefèvre>
Xieng-Houng.
Revenu à Ban Lek le lendemain, le docteur s'y embarque le 8 sur son esquif. Dans le trajet de i55 kilomètres qu'il parcourt, il reconnaît 1 7 villages Lues espacés presque régulièrement, et généralement situés au confluent des nombreux affluents qui grossissent le fleuve et dont les plus importants sont le Nam-La, dont l'embouchure allait marquer notre frontière avec la Chine, le Nam-Lœui que je venais de parcourir en partie et le Nam-Yong. Ces petits villages, en communication par de mauvais chemins avec l'intérieur, ont souvent des cases sur les deux berges.
La course dure jusqu'au i5, car avant chaque passage difficile il faut faire étape pour changer de rameurs, tantôt il y a lieu d'augmenter les dimensions du radeau et tantôt de les diminuer. Le fleuve passe tumultueusement entre des berges rocheuses où la largeur est parfois réduite à trente mètres, c'est à peine si on a le temps de voir des écueils près des-
mission PAvrr.
E.Gifïault del.
MISSION PAYIE
quels ou passe à les toucher. Sur celle onde furieuse les bateliers sont merveilleux d'habileté et de sang-froid; avec de grands cris ils s'excitent el s'entraînent lorsqu'il faut forcer la vitesse. Les rapides sont nombreux, causés par des écroulements des berges, ou les amas de galets aux divers confluents. Les principaux sont le Keng ïène cl le Keng Salam. A ce dernier (( un étranglement du ûeuve qui a à peine une cinquantaine de mètres de large est suivi d'une forte dénivellation. L'eau se précipite
Fia 1^2. — Mé-Khong. Le radeau du I)' Lefèvre entrant dans le Keng Salam.
(luis celle espèce d'entonnoir, va butter contre la muraille de rochers à pic qui forme la rive droite et est rejetée en bouillonnant sur les énormes galets de la rive gauche ». Pour le franchir les bateliers conseillent au docteur de débarquer, et de longer la berge à pied.
\u sortir de ce rapide une source chaude sulfureuse, dont la température est à 86°, suri au niveau du sol à trois ccnls mètres de la berge droite. Elle déverse ses eaux dans le lloué-Poung. affluent direct du Mé-Khong.
A partir de là, la vallée s'élargit, le fleuve devient comme un lac, et
un peu après, le docteur débarque sur un vaste banc de sable devant Xieng Lap.
En une heure et demie il gagne Xieng Kok, tête de ligne sur la rive gauche, de la voie qui continuant celle, rive droite, arrêtée à Xieng Lap, mène à Muong Sing et aux Sip-song Pahn-na.
DE XIENG KOK A MUONG SING ET A XIENG KONG
Du 18 février au 10 mars.
Environ i'jb kilomètres dont zo de levé nouveau.
M. Lefèvre ayant retrouvé son convoi de mules à Xieng Kok, atteignit Muong Sing en trois jours, du 18 au 20 février, par cette route maintenant connue, dont il avait déjà parcouru la dernière fraction avec le groupe de M. Lefèvre-Pontalis, au commencement de janvier.
C'est là que je le rencontrai le 22, alors que revenant de Muong Poung j'allais me rendre à Xieng Lap après avoir mis MM. Mailluchet et Oum en route pour le Tonkin '.
Il ne lui restait plus qu'à se rendre au rendez-vous à Xieng Kong. Afin qu'il visitât un chemin nouveau qui restait à connaître entre Muong Sing et Muong Poukha, et qui passant par les crêtes de la ligne d'eau entre le Nam-Ta à l'Est et le Nam-Pa à l'Ouest, abrégerait en môme temps le voyage, je le chargeai de parcourir cette première direction, puis de suivre la grande voie de Muong Poukha à Xieng Kong.
En route le 2/1, il trouve, au bout de quatre jours, le chemin impraticable, et se voit forcé de se rabattre sur celui qu'a suivi quelques jours auparavant M. Lefèvre-Pontalis, lorsqu'il est allé joindre le groupe anglais à Muong Luong.
Pendant cette première partie de son itinéraire, il atteint, en s'élevanl sur un terrain difficile à suivre, un village Méo, le premier qu'il ren-