SEJOUR DE LA COMMISSION FRANCO-ANGLAISE A XIENG KONG
23 mars au 3 avril.
Le 23 mars les membres des deux missions avaient tous atteint Xieng
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Kong. La réunion finale pour la clôture des travaux allait donc pouvoir être bientôt tenue, la séparation générale s'effectuerait aussitôt après.
Avant de quitter Muong Sing, en janvier, pour l'étude du pays, la Commission avait, dans trois réunions, établi la marche des travaux en vue de la création d'une zone intermédiaire entre les territoires des deux pays. Mais, d'après les résultats de l'élude accomplie, il ne semblait pas que cette solution pût être recommandée à l'un ou l'autre des Gouvernements par leurs Commissaires. Cependant, comme nous n'avions pas à la discuter, ni à nous faire connaître quels arguments nous apporterions à nos Gouvernements pour le cas où ceux-ci voudraient la maintenir, M. Scott et moi nous convînmes, que la dernière réunion n'aurait pour objet que l'adoption d'une carte identique des travaux géographiques et la clôture des études.
Cette réunion eut lieu le 2 avril. Le procès-verbal porta: qu'étant donnée l'impossibilité de rédiger un rapport commun, les Commissaires adresseraient des cartes identiques, indiquant leurs idées réciproques en ce qui concernait le tracé des frontières, et des rapports séparés à leurs Gouvernements à la décision de qui restait le règlement de toutes les questions relatives à la formation d'une zone neutre.
Le lendemain la Commission se séparait.
La mission anglaise se dirigeant vers Xieng Lap, prenait la route de terre, à l'exception de M. et de M,ne Scott, qui suivirent la voie du Mé-Khong.
Pendant trois mois, vivant côte à côte, de la même existence, tantôt réunis, tantôt dispersés par petits groupes comportant des membres des deux missions, nous avions, quelles que fussent nos vues différentes sur le motif de notre présence, entretenu des relations d'une simplicité cordiale qui s'harmonisait singulièrement avec le cadre naturel dans lequel nous étions transportés. Chaque séparation et chaque réunion étaient l'occasion de repas que tous s'attacliaient à rendre agréables à leurs hôtes par la recherche d'attentions aimables qui suppléaient au confortable absent. Des scènes de danses indoues, que le colonel Woodthorpe excellait à organiser avec ses indigènes, abrégèrent quelques-unes des soirées
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MISSION l'VVIE
passées autour des grands feux, qui devant les campements nous réchauffaient, quand, le soleil disparu, la température s'abaissait subitement.
Le colonel avail un remarquable talent depeintre, récompensé dans maintes expositions. Il profitait des heures de repos pour embellir sa collection d'aquarelles, des paysages les plus saisissants de ces régions pittoresques, et aussi pour y ajouter les portraits de quelques-uns de nous, et je conserve précieusement celui pour lequel je posai un instant.
11 était amateur émérite de sport : journellement il se faisait un jeu de traverser le fleuve en des endroits dangereux, seul sur une petite barque de toile qu'il transportait avec ses bagages. Nous avions élé très attirés l'un vers l'autre, et j'eus à le revoir, l'année suivante à Paris, un contentement extrême. Il venait d'être nommé général et retournait dans l'Inde, Par un grand malheur, pour son pays ^m et ses amis, la mort devait l'y frapper
brusquement quelques mois plus tard.
M. Scott, avail autrefois suivi notre Corps expéditionnaire du Tonkin en qualité de correspondant militaire d'un grand journal anglais. Dans le contact de nos soldats et de leurs chefsil s'était pris pour les Français d'unegiande sympathie qui se montra dans de nombreux articles. Sa très aimable et charmante compagne partageait ses sentiments puni' nous, nous les leur rendions de tout cœur. Aussi, quand après l'accomplissement de notre mission, la nouvelle nous parvint que M'" Scott, à son retour en Birmanie, avait succombé à l'action du climat cl aux fatigues de L'existence rude qu'elle avait vécue, nous éprouvâmes tous le plus vif chagrin.
■le me fais un pieux devoir de renouveler, ici, à M. Scott et à nos anciens compagnons, I expression de nos regrets sincères pour ces deux disparitions prématurées.
Le Colonel Woodtliorpi
COMMISSION FRANCO-ANGLAISE DU HAUT-MÉKHONG 37i
DE XIENG KOPiG A Mt'ONG TIIENG PAR LA VALLEE VU NAM-BENG
h avril au 3 mai i8g5.
Environ /|3o kilomètres dont 23o de levé nouveau.
Après nous être séparés de la mission anglaise, je confiai à MM. Seauvi
Fig. i44. — Femmes Khas Khos revenant d'acheter des briquettes de sel.
et Caillât le soin de ramener au Tonkin l'escorte et le convoi des mules. Pendant que je descendrais le Mé-Khong avec le reste de notre mission
MISSION PAV1E
jusqu'à Luang-Praban g, mes deux collaborateurs gagneraient, parterre, Muong Theng où nous comptions nous retrouver.
Tous dcu\ quittèrent Xieng Kong le !\ avril ; ils emmenaient une centaine d'hommes : miliciens, muletiers, domestiques et coolies, et autant de chevaux ou mules.
Jusqu'au Nam-Ta, ils voyagèrent chez les Khas Mouck et chez les Khas Lemet dont les villages s'éparpillent sur les contreforts du Doï Lom. chaîne qui forme la séparation du Nam-Ngao et du Nam-Ta. Ils
rencontrèrent aussi des Méos sur les cimes. Après de nombreuses montées et descentes qui se font par bonds de 3ooà^oo mètres, le chemin parvient sur la crête formant la limite de la Principauté de Luang-Prabang et il La suit.
Ils atteignirent le Nam-Ta, au village laotien de Ban Hat Nan. Le lit de la rivière est semé de rochers, de nombreux rapides augmentent encore les difficultés de la navigation pour les pirogues qui y circulent aux basses eaux et remontent jusqu'à Sop-Ngim.
De Ban Hat Nam à Ban Keun, le chemin longe, à peu de distance, la rive droite de la rivière dans une région très accidentée. Les montagnes calcaires affectent des formes déchiquetées et tourmentées aux arêtes \ ives. De hauts sommets en pain de sucre dominent la vallée ; l'aspect du pays est vraiment séduisant. Partout où les deux voyageurs s'arrêtent ils trouvent des abris confortables construits par les Khas Lemet prévenus du passage du convoi. Comme les Méos. les Lemet sont des dévastateurs des forêts, et les rouges espaces dénudés, vestiges d'anciens défrichements, abondent sur les flancs des montagnes.
Ban Keun, sur la rive gauche du Nam-Ta, est un important village
M. Caillât.
laotien où réside un fonctionnaire de Luang-Prabang de qui dépendent plusieurs chefs Lemet et Khas Mouck commandant eux-mêmes à de nombreux villages.
Comme j'avais laissé mes compagnons libres de choisir la route la plus convenable pour effectuer leur retour, ils décidèrent de passer par la vallée du Nam-Beng que personne n'avait encore reconnue ; le 16 avril, ils quittèrent, à Ban Senouk, la vallée du Nam-Ta et la route de Sop Ngim pour en prendre la direction.
Après avoir franchi le Pou Pek à l'altitude de i 200 mètres, le chemin tombe dans le bassin du Nam-Beng et arrive dans une vallée cultivée en rizières où Muong Oum, gros village laotien, se trouve au croisement de chemins allant à Pak Beng, à Ban Kok Hè et à Ban Fenene.
Toute la région est fertile et peuplée ; quatorze villages laotiens dépendent de ce centre ; les villages Lemet y sont rares et les villages Khas Mouck nombreux. Une épidémie de choléra avait décimé, l'année précédente Muong Beng, et lui avait enlevé plus de 200 personnes ; ce désastre avait eu pour conséquence, la venue dans le pays, des réfugiés Lues qui y ont fondé une petite agglomération.
Le chemin traverse le Nam-Beng tout près de Muong Oum, et remonte la rive gauche. La rivière coule dans une plaine déboisée, assez large, et bordée de collines peu élevées, derniers contreforts de hautes chaînes dont on aperçoit les crêtes dans le lointain. On rencontre encore le village de Ban ïoung, peuplé par des Thaïs, anciens habitants du canton de Laï Chau (Tonkin), qui ont émigré il y a quelques années.
Après trois jours de marche le long du Nam-Beng, MM. Seauve et Caillât arrivèrent à Muong Beng, village Lue, résidence d'un fonctionnaire de Luang-Prabang.
C'est surtout là que le choléra avait fait des ravages : beaucoup d'habitants avaient fui le pays abandonnant cases et champs. Avant cette épidémie, une inondation subite avait détruit tous les villages de la vaste plaine et noyé plus de cent personnes. Treize villages de Lues et de Laotiens et sept de KJias .Mouck dépendent de Muong Beng. Il n'y a dans le canton ni Lemet, ni Méos, ni Yaos. On va en trois jours à Sop
;;-', MISSIC^ PVYIE
Ngim, en trois ou quatre à Muong Nga et en deux ou trois à Muong Saï, principaux centres du voisinage.
Le chemin qui conduit à Muong Saï et que suivirent mes compagnons, passe auprès d'un assez grand nombre de villages Lues et Khas Mouck ; dans un seul, à Ban Na-pa. existe une pagode en Iniques. En amont, le Nam-Beng n'est plus qu'un ruisseau que le chemin coupe sans cesse.
Cet affluent du Mé-lvhong roule des paillettes d'or que j'ai déjà signalées à son embouchure, à Pak Beng. Au-dessus de Muong Beng la rivière a un cours torrentueux : au-dessous, le cours d'eau se régularise et forme un canal de largeur constante coulant entre des berges fixes.
Le chemin franchit la crête de partage entre les bassins du Nam-Beng el du Nam-Pak, tout près de la source de la première de ces rivières, à une altitude d'environ 900 mètres que l'on atteint par des pentes très douces. Il passe aux villages lues de Ban Na houang et Ban Tiéo, et suit la région mamelonnée des rives du Nam-Niao, affluent du Nam-Ko, pour déboucher dans l'immense plaine de Muong Saï.
( le centre, habile par des Lues, est très important, il commande a de nombreuses roules dont la principale conduit directement de Luang- Prabang aux Sip-song Palm na. Le chef est Lue, près de luise trouvait un fonctionnaire du roi de Luang-Prahang, délégué comme commissaire depuis un an. Celui-ci, pour assurer la tranquillité dans la contrée, alors troublée, avail amené avec lui quinze miliciensdont la présence avait rendu le calme au pays. De Muong Saï, dépendent Muong Oum, Muong Beng, Muong Nga, Muong La. Muong Haï et MuongNgine, cantons qui comptent chacun un bon nombre d'agglomérations. En outre, neuf villages Lues, (pialre villages Méos. eleinq groupes Ivhas Mouck en relèvent directement, accompagnés par le chef de la région, MM. Seauve et Caillât quittèrent Muong Saï le 22 avril et parvinrent le même jour à Muong La. Le chemin suit pendant quelque temps le cours du Nam-Ko, puis il l'abandonne pour déboucher sur le Nam-Pak. La réunion de deux villages situés sur la rive droite, et d'un autre sur la rive gauche, forme Muong La, point rendu important par ses sources chaudes d'eau salée. On y vient, de très loin, chercher du sel. Il n'est pas rare d'y voir des
bandes de Ivhas, de la région de Mouong Sing, et aussi des pirogues venues de Muong Theng (Dien-bicn-phu), et ayant par conséquent descendu le Nam-Youm et le Nam-Ngoua et remonté le Nam-Hou et le Nam-Pak.
Le sel fait la fortune du pays. On raconte que les sources furent découvertes par des chasseurs Khas Mouck, qui ayant tué là un éléphant, puis campé auprès de la bête morte, s'aperçurent, lorsqu'ils voulurent boire de
dr K: n-S -.■,). Haul N
l'eau des sources autour d'eux, qu'elle était salée. Ils fondèrent alors un village en cet endroit.
Les sources sont disséminées sur les deux rives du Nam-Pak : elles ne sont exploitées que dans la saison sèche, car pendant les pluies, les terrains des bords du Nam-Pak sont inondés par la rivière. Toute celte région est d'ailleurs riche en sel, et des salines importantes sont encore exploitées à Muong Boun, à Muong Yo. cl dans le pays de Paal'at Saï. ainsi qu'à Muong Haï (i à Muong Ngin.
Le soir, dos milliers do cigales s'abattirent sur les sources el 1rs habitants en firent aux flambeaux une (liasse fructueuse. Gomme dans toul le Laos ils sont friands de ces insectes qu'ils mangent grillés.
Le canton fournissait chaque année, mille paniers de sel de première qualité, au roi de Luang-Prabang. Celui qui est destiné au commerce était vendu cinquante centimes le panier.
La grande majorité des habitants est laotienne; on compte quelques petits villages Méos et khas Mouck.
Pendant trois jours, les voyageurs suivirent le chemin formé par la corde de la grande boucle que décrit le Nam-Pak à l'Est. Ce chemin très accidenté suit d'abord une chaîne de montagnes élevées,
puis il descend pour longer les cours du Nam-Ma et du Nam-Noï. On retrouve, le troisième jour, le Nam-Pak considérablement grossi, et devenu une large et belle rivière dont le cours se compose de biefs successifs, séparés par des petits rapides aisément franchissables pour les pirogues légères.
La vallée est étroite, resserrée entre deux chaînons déboisés par les Khas Mouck pour leurs cultures. On y rencontre des villages de Thaïs noirs, qui ont émigré de Muong Theng en 1887. C'est là que Vf M. Seauve et Caillât laissèrent la voie de terre, pour suivre la voie fluviale.
Ils passèrent en pirogues à Sop kaï, important village laotien, sur la rive droite, et arrivèrent le 27 avril à Muong Koua. village placé sur un éperon, au confluent du Nam-Pak et du Nam-Hou.
De Muong koua ils gagnèrent Muong Theng en suivant le chemin nouveau, tracé par la ligne télégraphique qui venait à peine d'être terminée. Ils trouvèrent, le 3 mai, dans ce poste, MM. Lefèvre-Pontalis et Macey avec lesquels ils partirent le 7 pour me rejoindre à Laï Chau.
Fig. ii7.
Le Prince de Muong Sing et ses deux (ils sur leurs éléphants.
in. 1^8. — Le second Roi, avec de
llllllili'lls ir un
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►raianises. nous
attendait à l'ak Ta.
ACHEVEMENT DE LA MISSION
HETOUR ET SEJOUR A LU ANG-PRAHANG
3 au tû avril.
A peine la Commission franco-anglaise avait-elle été réunie à Xieng- Ivong, que la nouvelle mêlait parvenue de l'arrivée prochaine du Commissaire siamois de Muong Nan, qui venait organiser à Xieng Kong, la substitution de l'administration siamoise à celle des autorités laotiennes locales dans la zone de 2.5 kilomètres. A mon énergique protestation, basée sur l'article IV du Traité, il répondit par lettre, qu il ne tiendrait pas compte de mon interdiction de pénétrer dans cette zone, mais en même temps, il m'en envoya demander verbalement la permission par les chefs du pays, et cela, en des termes si persuai" Série. — II. 48
sifs, que sûr du succès, il continua sa route sans attendre ma réponse. Toute la population sut cette démarche et le refus à la suite duquel, arrivé à 2 heures à Xieng Kong, il l'avait aussitôt quitté pour aller s'éta-
blir à Pou Ken, à 22 kilomètres du fleuve d'où il se retira définitivement le 3 avril. Il m'avait paru, dans cette circonstance, avoir eu pour but, de faire coïncider sa présence avec celle de la Commission franco-anglaise, et de faire remarquer aux habitants, ses rapports amicaux avec les membres de la Mission anglaise.
Sur ces entrefaites. M. Hardouin , consul à Nan, arriva à Xieng Kong venant me
Lu Prince de Luang-Prabang, sa mère et sa femme.
faire connaître, qu'ayant pris possession de son poste, il n'avait pu procédera son installation définitive; ce même Commissaire siamois auteur de la manifestation de Xieng Kong, le même avec l'assistance de qui je m'étais entendu, au mois de mai, avec les autorités laotiennes de Nan pour la concession d'un terrain, y avait mis obstacle.
ACHEVEMENT DE LA MISSION
Ayant constaté cette infraction à l'ait. VIII du Traité, je profilai de la présence de M. Hardouin pour lui faire connaître les Chefs de Luang-Prabans avec qui il serait en fréquents rapports, en raison de la présence dans la partie du bassin du Mé-nam relevant de lui. de milliers de bûcherons Khas Moucks, nos sujets, venus de la rive gauche du Mé-Ivhong pour travailler dans les exploitations de bois de teck, et je l'invitai à v e n i r à Lu an g- Praban g d'où il rejoindrait Nan, avec mes instructions.
Il devait avant de quitter \ieng Kong, allendre le retour de M. Dupuv, le Commissaire, successeur de M. M ace y, qui allait partir le 4 avril pour se faire connaître des chefs des bords du Fleuve jusqu'à Xieng Sen et Tang Ho.
Le 3, je m'embarquai en radeau, pour Luang-Prabang avec M. Lefèvre-Pontalis. Nous y arrivâmes le 8.
Fig. i5o. — Le second Roi de Luang-Prabang.
lis. MISSION PAVIE
En route, à l'embouchure de la belle rivière Nam-Ta que mon compagnon avait remontée en septembre, nous avions rencontré le Second- Roi, venu nous attendre, au dernier village limite de la principauté, avec des miliciens nouvellement organisés.
Le 16, M. Hardouin nous rejoignit, puis ce furent, MM. Tournier et Lugan revenant de la délimitation entre le Fleuve Rouge et la Rivière Noire, et le lieutenant Jacob, qui récemment attaché à la mission, n'avait pu arriver à temps pour prendre part au travail de la délimitation.
Le moment était venu d'effectuer le retour de la mission vers le cheflieu de la colonie. Je fixai le départ au 19. Le Laos français était organisé. Dans le nord, M. Vacle en assurerait la direction avec les qualités naturelles qui le recommandaient, et qui le faisaient chérir des chefs et des habitants. Partout, dans le sud, des commissariats étaient installés. Le télégraphe, récemment établi, fonctionnait dans les deux régions. 11 me restait, avant de me mettre en route, à procéder à la répartition, dans la principauté, de la part de l'indemnité siamoise attribuée à titre de réparation à ceux qui avaient souffert de l'occupation du pays par le Siam. et à examiner les plaintes contre le Siam pour atteintes au Traité, portées non seulement par les autorités de Luang-Prabang, mais aussi par nos commissaires établis sur le Fleuve jusqu'au Cambodge. Ce fut l'affaire des dix jours dont je disposais.
L'altitude des agents siamois, ne laissait aucun doute sur la volonté de leur (iouvernement de tenter de faire obstacle à l'exécution du Traité dans la zone de 25 kilomètres et d'y établir des fonctionnaires siamois accompagnés de soldats. Ces agents provoquaient aussi les habitants à des actes de révolte contre leurs chefs laotiens, dans le but d'amener des représailles, de les compromettre, et par suite, de les conduire à demander l'établissement définitif du régime siamois.
J'avais bâte de gagner la capitale siamoise pour mettre fin à un pareil état de choses. En attendant, je ne pouvais que recommander à nos agents et aux autorités indigènes, la modération et la douceur à l'égard des populations victimes de ces procédés, en même temps qu'une
ACHÈVEMENT DE LA MISSION
calme fermeté en face des fonctionnaires siamois qui seraient bientôt rappelés dans leurs provinces d'origine, grâce aux observations que je ferais à leur Gouvernement, plutôt désireux, j'en étais convaincu, de nous voir évacuer Chantaboun, que de continuer au Laos une stérile opposition à nos droits acquis par le Traité.
Il n'était pas utile j'aille constater par mo même ce qui se passai t dans le moyen Mé-Khong, l'ayant vu en juillet et août précédents, et ayant fait les observations voulues à Bangkok; je tins néanmoins à ce qu'une nouvelle visite fût faite le long du Fleuve. Je chargeai de cette mission le Commandant Tournier, assisté de M.
Lugan. En même temps, ils répartiraient dans la basse vallée du Mé-Khong, la
Fis
Le Roi de Luans-Prabang.
38a MISSION PAME
part de l'indemnité siamoise qui était attribuée à ses populations.
Dans leurs protestations, adressées en cours de route aux Commissaires généraux du Siam. établis à Ban Dua Makeng et à Oubône, ils feraient en particulier ressortir, les nombreuses violations du territoire de la rive gaucbe, où avaient eu lieu des assassinats, des actes de pillage et d'incendie, des arrestations, et où même, dans certains points les autorités siamoises avaient continué à percevoir l'impôt.
Leur départ, ainsi que celui de M. Hardouin fut fixé au 24-
Les Princes de Luang-Prabang m'avaient témoigné atlacber une importance extrême, à recevoir solennellement, de moi. l'investiture de notre Gouvernement. J avais fait établir à Hanoï, sur parchemin, les titres que je leur remettrais. De son côté, le Roi avait confié aux plus habiles orfèvres du pays, le soin de confectionner des tubes d'argent dans lesquels seraient conservés les diplômes destinés à son père, à son frère, au Second-Roi et à lui. Lorscpi'enrichies de fines ornementations, ces boîtes furent terminées, je procédai à la cérémonie. Tous ceux ayant part à la direction des affaires, y assistèrent ; le peuple entier y fut convié. Au nom du Gouvernement de la République, et par délégation du Gouverneur Général de lTndo-Cliine. je confirmai les Princes dans leurs situations dans le Laos, devenu possession française. Pieusement, ils reçurent de celui qui aimait tant leur pays, la charge de continuer sous l'autorité de la France à le conduire avec sagesse et boni»'.
La santé du capitaine Rivière, quoique en amélioralion. ne permettait pas de penser à le ramener au Tonkin par terre ; dès mon arrivée j'avais pris les dispositions nécessaires pour qu'il put descendre le Fleuve vers Saigon dans de bonnes conditions. Le 19 au matin, nous le conduisîmes aux radeaux sur lesquels montèrent, en même temps que lui, le D' Lefèvre, et M. Jacob. Malgré notre inquiétude en lui disant nos vœux pour le voyage, nous espérions que sa vigueur naturelle, sa grande énergie morale, et les bons soins de ses compagnons, auraient raison du mal, et que nous le retrouverions suffisamment rétabli pour rentrer en France. Il n'allait malheureusement pas en être ainsi; un mois plus tard, la triste nouvelle de sa mort devait nous consterner.
ACHEVEMENT DE LA MISSION
Le soir du même jour, avec MM. Lefèvre-Pontalis et Macey, je quittai Luang-Prabang pour gagner Hanoï par la voie du Nam-Hou et de la Rivière Noire.
M.TIiomassin nous précédait de quelques jours.
Je laissais au Laos mon vaillant compagnon Ngin :
il allait remplir à \icng Sen , les fonctions d'Agent commercial. Le pays pour l'avenir duquel il avait si courageusement travaillé, était devenu sien, il s y était créé une famille. Pendant dix ans il m'avait donné une admirable collaboration, ne faisant nul cas de sa vie, uniquement soucieux de servir bien et son cbef et la France. Aussi l'émotion me serrait-elle le cœur en me séparant pour toujours de ce Cambodgien fidèle, de cet ami, sur la poitrine de qui 1 étoile de la Légion d'Honneur avait été si justement placée. Le laissant au milieu d'une population que nous aimions profondément tous deux, je parlais, sûr que son rôle et ses services n'y seraient jamais oubliés '.
Fig. ibj.
PJg I -;i famille.
i. Géog. et Voy., vol. 1, page :îoo.
SEJOUR A HANOI.