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peine le petit chemin qui sépare du lleuve son immense plaine de rizières. Les maisons des négociants chinois de Bangkok et de Korat y étaient représentées par soixante-dix petits commerçants de la même nationalité. Le gouvernement siamois y entretenait une petite garnison et un commissaire de même rang que celui installé à Luang-Prabang.
MM. Cogniard, Dugast et Macey nous y attendaient pour se joindre à
Fia 2G. — La famille «lu Gouverneur de Kcmmarat.
notre convoi ainsi qu'il avait été convenu, heureux de nous retrouver le jour de la fête nationale. M. Macey avait vendu la majeure partie de ses marchandises.
En quittant Nong Kay après trois jours, changement de bateliers et d'embarcations. Ceux qui nous quittent, rompent leurs radeaux et isolent leurs pirogues afin qu'elles puissent remonter le courant chargées d'objets de toutes sortes et surtout de sel.
MISSION PA.VIE
Mors sur le fleuve dont la largeur augmente, nous dépassons rapidement les confluents des gros cours d'eau, Nam-Luong et Nam-Soungkam sur la rive droite, Nam-Ngoum. Nam-Mang, Mam-Nhiep, Nam-San el Nam-Kâding, sur la rive gauche, dont nos compagnons du groupe Capet, viennent de visiter les bassins.
Le 20, Outhen se montre devant le confluent du Nam-IIin-Boun. C'est un des passages les plus larges du grand fleuve, qui là. a près de 2 5oo mètres. C'est là que MM. Massie, Rivière et Molleur, qui ne se sépareront de nous qu'à Lakhône mi nous arriverons le lendemain, prendront la route de \ inh. la plus courte entre le Mé-khong et la côte annamite, que j'ai, ainsi que plusieurs de mes compagnons parcourue en neuf jours de marche effective.
Très peu au delà d'Outhen, halte à l'île de Dàn-Dône où nous rencontrons trois missionnaires, MM. Prud'homme, Guégo et Hiondel. C'est chez ce dernier que M. Counillon a passé un mois, et s'est remis de ses atteintes de fièvre. Ils n'ont pas moins de sept cents chrétiens dans celte Ue : un plus grand nombre encore est réparti dans différentes localités voisines.
A Lakhône. j'installe dans une belle case, MM. Cogniard, de Malglaive el Dugasl, après les avoir mis en rapport avec les chefs laotiens, très empressés auprès d'eux. Ils y attendront la fin des pluies, en se renseignant sur la région avant de reprendre les travaux topographiques.
MM. Massie, Rivière et Molleur gagnent alors Outhen pour se rendre à \ inh. les deux premiers par la route que j'ai relevée en 1(889, elM- Ri~ vière qui se sent assez fort pour faire un levé, par la roule de koui-IIop, parallèle à celle-ci, mais dont le parcours demande cinq jours de plus, et qui est également fréquentée par des marchands annamites.
C'est définitivement «pie M. Molleur quitte la mission. De longs séjours au Sénégal el au Congo, où il était acclimaté, lui avaient fait espérer un bon élal dr santé dans un genre de vie analogue avec nous en Indo-Chine : il n'en a pu être ainsi ; il a été le plus éprouvé de nos compagnons. En lui serrant les mains el en le confiant à M. Massie. j'ai du moins le contentement de constater que la deseente sur le fleuve, la suf-
LAOS ORIENTAL 7i
fisamment rétabli pour nous ôter toute inquiétude. Je dirai tout de suite, que le climat du Tonkin, où il devait reprendre son service, ne lui étant pas davantage favorable que celui du Laos, il dut reprendre la route de la France. Retourné ensuite dans nos colonies de l'afrique occidentale, où il avait fait ses débuts, il y conquit rapidement le grade d'administrateur de irL' classe qu'il a aujourd'bui.
Pour la mission ainsi réduite de moitié, la descente du fleuve recommence. Après avoir visité au petit centre de Panom, sur la rive droite, des ruines laotiennes et un mausolée unique en son genre, encore debout, but de pèlerinage pour les pays voisins, et qui date du xvc siècle, elle laisse en arrière, juste en face de Panom, le confluent du Sé-Bang-Faï, qui limitait alors nos reconnaissances sur la rive gaucbe, elle séjourne au marché cbinois de Ban-Moue en relations commerciales avec Korat et Bangkok et débarque le 3i juillet à Kemmarat ayant quelques heures avant dépassé l'antique ruine khmère de Run-ln (maison de pierre), dont pour en faire l'éloge, les indigènes disent : elle a été bâtie par des hommes tandis que Panom est l'œuvre des femmes. »
Kemmarat est situé devant l'embouchure du Sé-Bang-Hien, un des plus gros affluents du Mé-Khong et à l'entrée des gorges où pendant plus de 120 kilomètres le fleuve resserré offre de nombreux obstacles à la navigation. Nous n'allions pas parcourir cette partie du grand cours d'eau déjà visitée à la descente par notre compagnon, M. Gauthier en 1887. Notre but allait être maintenant, de reconnaître la route parallèle au fleuve unissant Kemmarat à Oubôn, importante ville commerçante sur le Nam-Moun, d'étudier ce centre et sa région et de rejoindre le fleuve par le Nam-Moun.
DE KEMMARAT A OUliONE
100 kilomètres de levé nouveau
La mission de Lagrée, en janvier 1867, pendant que M. Delaporte relevait le passage du Mé-Khong entre l'embouchure du Nam-Moun et
Kemmarat avait parcouru en 10 jours un chemin entre Oubône et ce dernier point, allant passer à l'Ouest, au village d'Amnat. Une voie directe menant à Oubône nous étant signalée, exigeant moitié moins de temps pour le trajet : nous le suivîmes, M. Donnât était chargé de lever l'itinéraire.
Le chemin court sur un sol généralement sablonneux, uniformément plat, tantôt en forêt-clairière, tantôt dans des rizières et même dans des salines, rencontrant pendant les cinq jours de marche une douzaine de villages.
Les moyens de transport, dans cette région lacile à parcourir, sont comme dans celle de Nong Kay, les charrettes à bœufs et à buffles poulies marchandises et les bagages, les éléphants et les chevaux pour les voyageurs.
M. Maccy nous avait précédés de deux jours à Oubône où deux cents commerçants chinois étaient établis, faisant leurs affaires avec Korat et Bangkok. Il y écoula presque complètement ce qui lui restait à vendre.
Oubône était la capitale d'un petit royaume laotien dont le Siam s'attachait patiemment à diviser les chefs et à morceler le territoire. J'avais depuis bien des années un désir extrême de voir ce pays. En janvier 1867, la mission de Lagrée avait assisté au couronnement de son dernier roi: seize ans après, j'avais rencontré, sur la roule de Bangkok, ce souverain abaissé, qui y allait mourir. Ses dernières paroles étaient présentes à mon esprit : « J'ai la conviction que les populations des rives du Mé-Khong seront satisfaites un jour, grâce à cette pensée je quitterai sans regret la vie. » Il était de la race des anciens rois de Vieng-Chang, un dernier représentant de cette famille, illustre au Laos, restait encore dans le pays aimé des habitants qui le désiraient pour chef; il ne nous fut pas possible de le voir à Oubône, le commissaire siamois l'en avait éloigné quelques jours avant l'arrivée de la mission : le hasard, quand nous descendîmes le Nam-Moun vers le Mé-Khong, devait, un peu plus lard, nous le faire rencontrer.
II se faisait un commerce très important de bœufs et de Imllles à Oubône avec le Cambodge et le Siam. Les obstacles de douane, mis, en
dernier lieu, à la frontière cambodgienne à ce trafic, étaient tels que les troupeaux devaient forcément être tous dirigés sur Bangkok.
Fig. 27. — Le dernier Prince d'Oubône et sa suite.
Les missionnaires français qu'en cours de route nous avions rencon- >au Laos, avaient 1 importante chrétienté.
très au Laos, avaient alors à Oubône leur centre d'organisation et une
DE OUBONE A KHONE
Par le Nam-Moun, plus fort affluent de droite du Mé-Kliong, navigable depuis Korat, qu'avaient fait connaître la mission de Lagrée et M. Harmand, la mission gagna le grand fleuve sans aucune difficulté, alors qu'aux basses eaux, de très nombreux rapides rendent ce trajet extrêmement pénible à accomplir.
A Pimoun, le village principal sur ses rives, étant arrêtés par un i'e Série. — IL 10
repas nous apprîmes la présence du prince Laotien que nous avions tant désiré trouver à Oubône, et fîmes la connaissance de celle personnalité rendue sympathique au possible par son aspect plein de douceur et son accueil empreint de profonde tristesse. C'était un homme dans la force de l'âge, très fort et dépassant de la tête les autres laotiens. J'ai su ensuite, (pie peu après notre passage, la mort, sans que rien l'eût fait prévoir, l'avait tout à coup emporté.
Entre 1 embouchure du Nam-Moun, et le centre commercial de Bassac, un nombre considérable de villages garnit les deux rives.
hiampassac ou plus simplement Bassac, de moitié moins important qu'Oubône, est aussi la capitale d un petit état laotien. Son chef y avait reçu la mission de Lagrée, et depuis elle, M. Harmand et d'autres voyageurs français: il était encore le souverain, mais un commissaire siamois diminuait singulièrement son autorité.
MM. Lefèvre-Pontalis et Maccy, firent une visite aux ruines remarquables bien connues dans le voisinage de Bassac.
C'est entre cette ville et Kong que les rives du Mé-khong paraissent le plus peuplées. Les villages s'y succèdent sans interruption.
Ivong est le chef-lieu de la petite province de Si-pahn-dân (4 ooo fies), dont le nom veut seulement dire qu'elle se compose d'un grand nombre d fies, et qui est un canton riche, très habité, dont la population ^\\ de ses rizières et doit aussi son aisance au transit commercial auquel le barrage du fleuve oblige la batellerie.
C'est en effet dans l'une de ces îles, à Jvhone, que se termine le bief facilement navigable, étendu depuis le Moun et comptant en développemeiil environ i(io kilomètres. Le Mé-khong y sort du plateau laotien par un barrage d'îles de i \ kilomètres de largeur, ayant une différence de niveau de 25 mètres entre ses extrémités accessibles aux bateaux, réunies, pour le transport des marchandises, par un chemin à travers l'île de Sdam sur les deux côtés de laquelle des voies torrentueuses permettent toute Tannée, sauf aux très basses eaux, le passage aux pirogues vides, à laide de câbles, mais non sans danger et des difficultés considérables.
Souvent les barques remontant avec des marchandises étaient vendues au Cambodge après avoir fait leur déchargement à Pla-Sdam extrémité sud de l'île, mais bon nombre, en y mettant le temps, remontaient les passes.
Les pirogues de la mission descendirent de Khone dans ces conditions par la passe de gauche en même temps que trois barques, plus grandes, appartenant à des Chinois et mesurant 25 mètres de long avec i'",5o de tirant d'eau.
Cette expérience, et les renseignements recueillis, nous permirent d'espérer qu'après des travaux d'élagages sur les rives et un certain déblaiement des roches de la meilleure passe, une chaloupe à vapeur pourrait, aux hautes eaux, être transportée dans le bief par cette voie.
De Luang-Prabang à Kemmarat, et de Pak-Moun à Khone, les embarcations de la mission avaient mis i53 heures de marche effective à la rame, soit, pour plus de i3oo kilomètres, une allure moyenne de 8 k. i/a à l'heure, dont les trois quarts pouvant être attribués au courant.
Dans ce trajet quatre cents villages avaient été notés en plus des centres principaux dont les chiffres de population avaient été fournis par les autorités locales :
Luang-Prabang, a3oooh., Paklay, i 5oo h., Xieng-Khan, 3oooh., Yieng-Chang, 2000 h., Nongkay, 11 5oo h., Pônepissay, 1 3oo h., Saniaboury, 2 000 h., Ilouten, 3 000 h., Lakhone, 5 000 h., Panom, 1 000 h., Muong-Mouc, 4 600, Kemmarat, 1 5oo, Oubône, 21 000 h., Bassac, 10 000 h. Mulopanoc, 2 3oo, Kong, 1 5oo h.
Les bords des cours d'eau, et du fleuve en particulier étant bien plus habités que le reste du pays en général, ces chiffres indiquaient donc une densité faible de population comme du reste les itinéraires terrestres l'avaient montré. L'observation avait en même temps montré que la plupart des endroits avaient des cases, des plantations ou leurs champs sur les deux rives, indication en contradiction avec la croyance répandue, que le fleuve était une limite territoriale.
DE KHONE A SAIGON
Le 19 août, au moment de quitter Pla-Sdam, nous sommes joints par M. de Coulgeans, membre de la mission, venu au-devant de nous de
Fig. 28. — Barque remontant le fleuve entre le Cambodge et Kong.
Stung-Treng à l'embouchure d'un grand cours d'eau sur la rive gauche du fleuve où depuis le mois de mars il était installé.
En route ensemble le lendemain, nous ne tardons pas à atteindre Stung-Treng, village cambodgien important que les Siamois occupent, où ils ont un commissaire, et qui va devenir un centre de ravitaillement pour nos opérations prochaines. M. de Coulgeans y a déjà recueilli des
renseignements de toute sorte et exécuté plusieurs reconnaissances topographiques dans les environs.
Descendant vers le Cambodge, nous rencontrons à Kratié une chaloupe à vapeur envoyée pour nous prendre. Grâce à elle nous sommes le 2 4 à Pnompenh où la mission se disloque. M. Macey y reste pour ses affaires. MM. Pennequin, Lefèvre, Friquegnon et Donnât profitant du passage du vapeur des Messageries faisant le service du Grand Lac, partent pour visiter les ruines d'Angkor, ils me rejoindront à Saigon, où je dois rencontrer le Gouverneur Général, M. Piquet, attendu du Tonkin.