SEJOUR A BASSAC
A Bassac, le commissaire siamois déclarant n'avoir pas d'instructions précises de son gouvernement, le capitaine se heurta à une disposition, de sa part, opposée à toute exploration au delà des limites très rapprochées du pa>s sur lequel les autorités laotiennes avaient action. Il perdit même une quinzaine de jouis en pourparlers avec lui avant d'être en mesure de marcher avec ses compagnons sur ce terrain peu étendu. Enfin il fut convenu qu'en même temps qu'un topographe siamois qu'on lui présenta comme devant lui montrer la frontière, il se rendrai! par un chemin différent à Nong-Té sur lainière Srépock d'où ils tâcheraient d'entrer ensemble dans la région à explorer. Le capitaine en acceptant
cet accord comptait, si, par suite, une résistance qu'il devinait s'affirmait, descendre le Srépok jusqu'à Slung-Treng et gagner Saigon pour s'organiser dans d'autres conditions. Mes instructions lui prescrivaient, en effet, <|ii au cas où il ne pourrait, par les voies laotiennes, entrer chez les peuplades de I intérieur, d devrait tenter la pénétration par les chemins
Fi," 3G - Berge <lu Mé-Khong à Bassac.
de noire colonie. Il ne devait pas tardera se rendre compte que le l>ut de l'officier siamois était de l'amener à renoncer au voyage afin de le faire lui-même à la tête dune troupe de 3oo soldats en formation à Bassac après l'échec d'une première tentative par la vallée du Sé-bang.
Tous les renseignements fournis sur le pays au capitaine par l'autorité siamoise, avaient tendu à le lui montrer comme très dangereux à parcourir et à lui donner la conviction qu'il ne pouvait s'y risquer que sous une très forte escorte. Cependant un habitant malade qu'il avait
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soigné, très au courant de la question par ses propres pérégrinations, lui avait dit son avis : que seul un voyageur isolé avait chance d'être accueilli par les populations presque sauvages qui, devant une troupe nombreuse et armée, seraient prises de crainte pour leur indépendance, feraient le vide devant elle, et la forceraient à s'arrêter faute de ressources en porteurs et en vivres.
Devant la situation qui lui était faite, M. Cupet eut en vue d'atteindre les extrémités de la sphère d'action laotienne, et de relever le cours navigable des rivières Sé-Sane et Srépok dont les vallées étaient des voies d'accès vers l'intérieur.
Le 26 novembre il quitte Bassac pour aller prendre à Ban-Khôn-noï, sur la rive gauche du Mé-Khong, la route de Siempang sur la rivière Sé- Kong. MM. Dugast et Lugan partiront pour le même centre le 28 en suivant des itinéraires ditTérents. M. Cogniard se mettra en route le 29 : avant de passer sur la rive gauche, il reliera les levés de la mission sur la rive droite à ceux de la mission de Lagrée et de M. Harmand.
DE BASSAC A NONG-TE PAR SIEMPANG ET BAN-LAIA RECONNAISSANCE DE PARTIE DU SREPOK
/i45 kilomètres de levé nouveau.
M. Cupet traversa d'abord la grande île de Don-Deng large de •>. à 3 kilomètres, etaprès avoir franchi plusieurs petits allluents du Mé-Khong, s'engagea dans la vallée du Sé-Khong sur un terrain assez difficile quoique peu accidenté. A partir du premier tiers du chemin, la voie longe à distance et successivement les rivières Nam-Kam-Po, Sé-Bien, et Sé-Khong, dans ce dernier trajet la région était alors infestée de brigands qui en fuyant, garnissaient, derrière eux la roule de lancettes empoisonnées pour ralentir les poursuites. Les villages y étaient rares, le sol, peu cultivé, est riche en minerais de fer, de plomb argentifère et d'antimoine, dont le capitaine reeueillil des échantillons. Siempang à 125 kilomètres
io4 MISSION IH\ IF.
de Bassacesl habité par des Laotiens et des Cambodgiens. Le Sé-Kong y a 3oo mètres de large.
MM. Lugan et Dugast joignirent le capitaine dans ce centre. Tous trois en partirent le lendemain pour Ban-Laïa. MM. Cupet et Lugan ensemble par Takalan, M. Dugast par Palassu.
Takalan à 55 kilomètres de Siempang est le dernier village laotien dans l'Est. Son cbemin est praticable aux ebars et assez fréquenté : il passe dans une foret clairière, épaissie à mesure qu'on approebe du Sé- Sane, principal affluent du Srépok, au bord duquel Takalan était installé depuis trois ans. En le quittant pour Ban-Laïa, à 90 kilomètres au Sud-Est. on entre en pays plus accidenté, l'altitude moyenne est de 35o à /joo mètres. C'est le commencement du territoire habité par les populations dites « sauvages ». Ce sont d'abord les Braos, puis les Temponnes, les Djaraïs : le sol est fertile, sillonné de ruisseaux ; forêts, prairies, champs de riz se succèdent; les villages étaient tous fortifiés, car la sécurité n'existait pas, les gens se faisaient encore la guerre de village à village pour faire des captifs qu'ils vendaient ensuite.
Ban-Laïa est un village Djaraï située entre le Sé-Sane et le Srépok. En 1881 , deux officiers, en exploration, MM. Septans et Gauroy l'avaient atteint venant du Cambodge. N'ayant pu le dépasser faute de porteurs et devant une attitude menaçante, ils s'étaient retirés après avoir brûlé leurs bagages pour ne pas les laisser aux mains de ceux qui leur refusaient le passage.
Jusqu'à Ban-Laïa, le voyage s'accomplit sans autres incidents que les difficultés pour trouver des guides et les entraves à la marche dues à l'état de guérie permanent.
M. Dugast y rencontra ses compagnons le 12 décembre et continua seul son itinéraire, pendant que MM. Cupet et Lugan se dirigeaient sur Nong-Té où ils arrivèrent le i5, non sans des ennuis nombreux, après avoir parcouru un pays de même nature que le précédent mais où l'altitude allait en s'abaissanl jusqu'à 200 mètres.
Nong-Té est le lieu de rendez-vous avec l'officier siamois qui arrive en même temps. Alors commencent, vis à vis du capitaine, des procédés
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qui le mettent dans l'impossibilité de continuer son exploration, et le confirment dans l'idée, que les autorités chargées d'organiser sa marche n'ont eu d'autre but que de la faire avorter, 11 se décide à gagner le Cambodge.
Avec M. Lugan, il s'embarque le lendemain sur le Srépok, à Lom- Pat, ancien village cambodgien abandonné par suite de l'insécurité, situé à i5 kilomètres de Nong-Té et jusqu où les barques peuvent remonter en toute saison. Après cinq jours de lente navigation à cause des barrages sans nombre qui retardent la marche, ils atteignent Stung-Treng en relevant la partie non connue de la rivière qui leur laisse l'impression que les chaloupes à vapeur pourraient, aux hautes eaux, arriver à Lom- Pat, car les bancs de roches qui obstruent le lit du cours d'eau ne dépassent guère que d'un mètre le niveau de la sécheresse.
DE KONG A SIEMPANG 70 kilomètres de levé nouveau.
M. Lugan en quittant Bassac le 28 novembre s'était dirigé sur Kong afin d'y voir M. Guissez, de là il avait gagné Siempang, rencontrant les deux villages Say-Sabou et Ban-Ké sur un terrain presque désert que parcourt une route pour les charrettes. A Siempang il joignit M. Cupet avec qui il devait désormais voyager -jusqu'à Stung-Treng, et M. Dngast qui avait suivi un itinéraire parallèle au sien.
DE BASSAC A STUNG-TRENG PAR PALASSU, BAN-LAIA ET LA RIVIERE