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Ce ne fut pas sans hésitation que le chef de la haute Rivière Noire consentit à entreprendre ce voyage pour Hanoï qu'il n'avait pas revu depuis l'époque où les Pavillons noirs étaient maîtres du Tonkin ; mais il était convaincu de nous y retrouver, il avait en M. Vacle une ahsolue confiance: ayant pris congé de ses parents il partit avec lui, ils arrivèrent le 21 décembre. M. Lefèvre-Pontalis et moi nous les attendions sur la berge.
Fia 38 — Le Mé-Khong devant Kieng-Houns
TONKIN ET SIP-SONG PAHN-NAS
MM PAME. LEFEYKE -PUNTAL1S et VA CLE
•2.1 novembre 1890 au 3i mars 189 1.
SEJOUR A HANOI
Arrivé avec M. Lefèvre-Pontalis au Tonkin le 22 novembre, je me rendis aussitôt à Cliobo, pour assister au départ vers Luang-Prabang. par la voie de la Rivière noire et de Muong-Tbeng, de MM. Massie et Macey. Je leur donnai rendez-vous à la fin de mars dans le pays des Sipsong Pabn-nas, à Xieng-Houng, qu'ils devaient atteindre par terre en suivant la route des caravanes.
De retour à Hanoï je ne tardai pas a être au courant des résultats des reconnaissances exécutées, depuis notre séparation sur le Mé-kbong, par le groupe Cupel. \l. de Malglaive, et M. de (loulgeans, et il me fut possible, avant mon départ, ainsi qu'on l'a vu. de les munir des instructions et des renseignements, pour la suite de leur mission, que la situation comportait.
Le séjour qu il avait fait au Tonkin avait remis M. Rivière en état de reprendre ses travaux sur le terrain. Je le cbargeai donc de retourner dans la vallée du Mé-Khong. Il allait avoir pour mission d'installer à Ou-
TONKÏN, STP-SONG PAHNNA i,3
thène l'agence, analogue à celles de Stung-Streng et de Bassac, prévue par mon accord avec le gouvernement siamois, et de faire, sur le plateau de Ivammon et les abords du Mé-Khpng et de la cote annamite, des reconnaissances permettant L'établissement d'un canevas général assurant la liaison et l'exactitude des travaux précédents de M. Harmand et de la mission dans cette partie du Laos. 11 devait être de retour au Tonkin à la fin de mars.
Un de mes premiers soins fut aussi d'obtenir du gouverneur général qu'une étude sur le terrain lut faite, au point de vue télégraphique, entre Sonia et Luang-Prabang comme M. de Coulgeans en avait exécuté une entre Sainbor et Stung-Treng. Le gouvernement siamois n'avait pas accepté ma proposition de relier nos lignes dans ces directions, cependant il y poussait rapidement l'achèvement de son propre réseau. M. Millot, commis de télégraphes, fut chargé de ce travail qui, terminé avant les pluies, pourrait permettre la pose d'un fil aérien dès que les circonstances cesseraient de s'y opposer.
Cependant, de Bangkok, le chancelier intérimaire du Consulat général, que j'avais chargé de connaître la suite que le gouvernement siamois donnerait suivant qu'il avait été entendu, à ma demande concernant l'observation du statu quo au Laos, m'informait qu'aucune décision n'avait été prise et qu'il n'y avait pas lieu d'en espérer une conforme à nos désirs. En même temps des plaintes arrivaient de tous côtés au gou- \erneur général signalant des violations nouvelles de territoire dans le pays de Maïson-Chau, à ioo kilomètres d'Hanoï, dans celui de Kammon à 70 kilomètres de Vinh, dans celui d'Aï-Lao, à 80 kilomètres de Mué. C'étaient des arrestations de fonctionnaires ou de notables indigènes qui refusaient de reconnaître l'autorité siamoise sur des points d'où en barque on pouvait rapidement parcourir ces distances. Il n'y avait plus à conserver le moindre doute; non seulement le Siam n'admettait pas le statu quo proposé au Sud de Luang-Prabang, mais il activait la marche de ses avant-postes dans la direction de la mer de Chine. M. Piquet, avec des ordres de protestation, donna partout des instructions pour qu'en évitanl toul conflit, on fit le possible pour arrêter cette invasion.
ilc Série. — II. i5
ii', MISSION PAVIE
Le 21 décembre M. \ acle et Déo van tri arrivèrent à Hanoï. Le gouverneur général et les autorités françaises s'attachèrent à donner à celui qui allait être un des plus actifs collaborateurs de la mission, la meilleure impression de nos sentiments, lui montrant qu'il n'était pas dans le tempérammenl des français d'avoir une idée défavorable de leurs anciens adversaires à cause de leur [tassé de guerre, qu'au contraire, ils les considéraient comme des soldats énergiques qu on me savait un gré extrême davoir ralliés à la France. Déo van tri fut très sensible à cet accueil; rejoint quelques jouis après parKam-Doï, il abandonna toute idée inquiète et n'eut plus que le souci de nous rendre satisfaits de ce qu'il jugeait être notre générosité.
D HANOI A LAl-CHAU
Le 2 janvier 1891, MM. Lefèvre-Pontalis, Vacle et moi, nous nous mettons en route avec Déo van tri pour Laï où nous allons organiser notre convoi vers les Sip-song Palinnas.
Le gouverneur général désireux de montrer l'intérêt qu'il prend à notre exploration nous accompagne jusqu'à Chobo, terminus de la navigation à vapeur sur la Rivière Noire.
Il avait aussi sur mon conseil, en vue de se rendre compte de la situation dans laquelle se trouvait le résident de Chobo vis à vis des chefs et de la population montagnarde de ce pays, et de l'urgence qu'il pouvait y avoir à remplacer le régime administratif qui y fonctionnait par l'organisation, qu'avec Pennequin, j'avais proposée et (pie le colonel devait y diriger. Devant un danger \1s1hle, M. Piquet donna des înslruclions pour y remédier, malbeurcuscment leur exécution ne fui pas immédiate, et vingt jours après noire passage le résident Bougcry attaqué de nuit dans sa maison, fut massacré.
Nous remontâmes rapidement la Rivière Noire, c'était l'époque la plus favorable. Quinze jours devaient nous mener à Laï.
En passant à \ anbou. je fus, télégraphiquement, consulté par le gêné-
Fig, 3g. — Déo van tri.
n6 MISSION PAVIE
rai en chef sur le transfert à cet endroit, du chef-lieu de la région établi à Sonia. Le but était de rendre les ravitaillements plus faciles et moins coûteux. Sonia, à deux jours de la ri\ière. dans les montagnes, avait été choisi trois ans auparavant, au début de l'occupation française, lors du passage de la colonne Pcrnot ; le cours de la Rivière Noire sur laquelle Vanbou est situe et que je relevai quelques mois plus tard, était alors inconnu, hien de définitif n'avait été construit à Sonia: je donnai un avis favorable au déplacement qui fut ordonné.
A l'arrivée à Laï, nous apprîmes que 70 partisans chinois, débris d'anciennes bandes, traqués par nos postes et par les troupes du Yunnan, s étaient cantonnés à petite distance, menaçants pour les villages, et inquiétants pour la sécurité de notre exploration. Quand Déo van tri servait sous Lu-\inh-Phuoc. il avait eu leur chef sous ses ordres, il entra en relations avec lui, obtint sa soumission, nous reçûmes cinquante fusils à tir rapide. Ces hommes de la bande dissoute se fixèrent, partie en Chine, partie dans le pays.
Depuis l'occupation de Muong-Laï par nos troupes, la population, à la suite de la destruction du village, habitait en grande partie les environs. Déo van tri. affirmant ainsi combien son pays est gagné à notre cause, décide son vieux père et toute sa famille à s \ réinstaller. Avec le capitaine du poste, je détermine le terrain que la garnison conservera, et quelques jours après la population entière vient rebâtir ses cases.
Dans ce même temps, MM. Lefèvre-Pontalis et Vacle, accompagnés du D' Pelletier, médecin du Poste, font une excursion sur le plateau de Taline à 1 4oo mètres d'altitude, à deux jours de Laï. et en dépendant. el dont la réputation de salubrité s'établissait. Ils y trouvent des montagnards travailleurs, tranquilles et commerçants, et un commencement de prospérité que l'avenir développera. Quand ils reviennent, tout est prêt pour le départ.
Déo van tri voyant l'importance que j'attache au succès du voyage, s'est chargé et acquitté de l'organisation du convoi avec un véritable dévouement. Lui-même dirigera ce convoi pour lequel, trente hommes sûrs sont engagés, choisis pour la plupart dans les familles des chefs et