DE HUE A AI-LAO, AU SE-KONG ET DU SE-KONG A HUE
bôli kilomètres de levé nouveau
A Hué, M. de Malglaive organise une nouvelle exploration, cette fois
dans des conditions plus sûres de succès, il sera accompagne par M. Odend'hal, inspecteur de milice qui aura la charge du convoi et de l'escorte de vingt miliciens, jugée nécessaire pour la sécurité.
En route le 22 décembre, les Aroyageurs franchissent, le 24, le pic qui les sépare de la vallée du Mé-Khong et du village d'Atria où M. de Malglaive retrouve ses bagages (pie les gens de Doul inquiets des conséquences de leur mauvaise attitude n'ont pas voulu garder chez eux. Le 27, du plateau laotien où ils n'ont lait pour ainsi dire que mettre le pied, ils tombent à 36o mètres d'altitude, dans la vallée du fleuve de Quang- Tri. Puis, le 1" janvier 1891, après quatre jours d'une marche dès pénible, ils entrent par Lang-Ilo dans le bassin de la rivière ïchépone, gros affluent du Sé-Bang-IIien, avec cette particularité tout à fait intéressante que le col de séparation des eaux n'est qu'à une altitude de 33o mètres et qu'il est très facilement accessible.
Passant chez les sauvages Toïs et Khas-Lcung, où il avait eu mauvais accueil et qui voient avec surprise qu'il ne leur fait aucun mal, et que son escorte se conduit bien, contrairement à l'idée que nos adversaires s'étaient efforcés de leur donner, M. de Malglaive se sépare, le 3, de M. Odend' liai. Celui-ci va relever la rivière jusqu'à Aï-Lao, où tous deux se retrouveront, il longe le Tchépone sur les bords duquel les villages se multiplient et où les Laotiens espérant qu'il fera rebrousser chemin aux Siamois qui s'avancent vers leur pays, lui font le meilleur accueil.
A 10 kilomètres d'Aïlao, M. de Malglaive relie son itinéraire à celui de M. Harmand, le chemin de Maï-Lanh à Cam-Lo, plus direct entre le Tchépone et la rivière de Quang-Tri, mais plus difficile, par contre, que celui de Lang-Ho.
A Dinh-Aï-Lao, M. de Malglaive visite un ancien poste français, abandonné comme inutile et que les Siamois ne devaient pas tarder à venir audacieusement occuper.
Le 7 janvier, suivant la roule d'Aïlao vers Ulopeu, les voyageurs entrent dans le bassin du Sé-Nong, autre allluenl du Sé-Bang-Hien, par un col de /|5o mètres et le i5, après avoir parcouru les vallées supérieures
18a MISSION PAVIE
du Sé-Nong et du Sé-Kong, qui s'enchevêtrent, en se tenant à une altitude de 700 à 900 mètres; ils quittent cette route et gravissent par 1 i5o mètres un chaînon d'où ils dominent la brèche par où le Sé-Kong débouche du massif central à l'Est. Tout naturellement leur pensée se reporte sur leurs devanciers, à leurs pieds court la route suivie par de Lagrée; au faîte du plateau des Bolovens, monte celle levée par llarmand. Devant eux, à l'Est enfin, ils contemplent le domaine sauvage à travers lequel il va leur falloir trouver un passage vers Hué.
Le lendemain, au bord du Sé-Kong, ce cours d'eau puissant qui va joindre le Mé-Khong à Stung-Treng, ils étaient à Ban-Siou, petit village de forgerons, dépendant de Saravane. C'est de là qu'ils vont prendre la roule de 1 Annani.
Sur la rive gauche du Sé-Kong, ils escaladenl un premier chaînon au faîte duquel M. •!«' Malglaive trouve la roule, très battue, qui, passant par A-lloe et longeanl la rivière, le conduira au pied du massif de l'Alouat. Les Siamois n'avaient pas encore paru dans la région et l'annonce de leur entrée en scène n'y était même que vaguement parvenue. A-I\oc, chef-lieu des peuplades Kôn-ton qui avaient la réputation d être un peu féroces, se trouve à la bifurcation des roules de Saravane à Hué, et du Tehépone à Quang-Nam, et à proximité des mines de plomb de Tompong, sur le Sé-Kong.
Le 22, entrée dans le territoire des peu accueillants Khas-Toïs, dont M. de Malglaive avait fait la connaissance à Dout, endroit, du reste, peu éloigné. C'est alors qu'a lieu la marche la plus pénible du voyage. Ces sauvages se gardent bien de faire suivre aux voyageurs la véritable route, passant par Kawal, y bifurquant vers Pi-Ey et Hué d'une pari, vers le haut Tehépone de l'autre; ils les conduisent au pied même de l'Atouat, dans une impasse dont on ne peut sortir qu'en escaladant un contrefort de 1 700 mètres sur lequel on se hisse le long de pentes glissantes, en s'accrochant aux anfractuosilés de la muraille rocheuse. Parvenus au sommet, ils aperçoivent le Sé-Kong mugissant à 1 100 mètres en bas, vers le Sud, dans une brisure de la montagne. Enfin, les guides les ramènent dans la bonne voie, et le 20, au village de Pi-Ey ils trouvent des provi-
LAOS ORIENTAL, ANNAM ET REGION SAUVAGE i83
sions envoyées à leur rencontre et qui depuis longtemps leur faisaient grand besoin.
Ne voulant pas rentrer à Hué par le même chemin qu'à l'aller, M. de Malglaive en choisit un qui, par Tra-Vé, les amène à Ben-Yong, au bord de la rivière, et d'où en barques, ils atteignent la capitale annamite le 3i janvier.
Dans cette course très dure, M. de Malglaive avait trouvé dans les Annamites de son escorte et de son convoi une patience et un dévouement rares. M. Odend' liai, qui revenait malade, l'avait secondé jusqu'au bout de ses forces, assumant la charge du convoi, lourde quand elle s'ajoute au travail de l'exploration proprement dite.
DK QUANC-TUI \ SONGKONE. SARAVANE ET KAM-TONG
200 kilomètres de levé nouveau.
Ayant achevé les préparatifs d'une dernière marche vers le Mé-Khong, M. de Malglaive alla prendre, à Ouang-Tri, la route d'Aïlao le i5 février.
Il avait pris pour but de relever la partie inconnue du Sé-Pang-lIien, de reconnaître le terrain en aval de Kemmarat en vue de rétablissement possible d'une route parallèle au Mé-Khong, de relier ses itinéraires à ceux de ses compagnons voyageant au Sud et de rentrer par le Cambodge après avoir visité le plateau des Bolovens.
Remontant la rivière de Ouang-Tri jusqu'à Maï-Lane. il part de ce point en éléphant, suivant d'abord l'itinéraire d'Harmand. Ayant passé la ligne de séparation des eaux par un col de /iio mètres, il arrive le 25 à Aï-Lao, et trouve Houé-San occupé par les Siamois.
Par la rivière, il poursuit sa roule sur Tchépone, dans un pays peuplé en majorité de Pou-Thaïs cl dont il dit: «Le pays des Pou- Thaïs est beau cl bon, leur caractère s'en ressent)).
La rivière de Tchépone a déjà été relevée par M. Harmand, elle se présente connue un véritable canal facile à parcourir jusqu'à Tchépone. Sans séjourner à ce petit chef-lieu 011 il est arrivé en passant par de
nombreux villages Rhas-Leungs, M. de Malglaive continue sa navigation jusqu'au point, sur le Sé-Bang-Hien, où M. Harmand avait abouti. Il lève la partie inconnue de ce gros affluent du Mé-Khong, y trouvant une série de rapides qui cesseront d'être des obstacles, dès que les eaux se seront élevées de deux mètres.
A Keng-Koum où la route de Muong-Phin à Muong-Nong traverse la rivière, un petit poste siamois est établi depuis deux ans; ici le pays est 1res habité. Pins loin, la population n'est plus composée que de Khas, les Thaïs ayant été transportés dans une autre région. Si les Khas s'y trouvent encore en assez grand nombre, c'est qu'ils fuient dans la forêt avec leurs familles à la moindre alerte: ils n'ont pas seulement, en effet, à se garder contre les enlèvements de population des envahisseurs, mais aussi contre les incursions des Ta-hoïs, leurs voisins, qui cherchent les occasions de pillage. Ainsi, l'insécurité et la défiance pèsent sur le pays, y interdisent les relations cl en rendent le développement impossible.
Il y avait quelques années. Nong-IIong était le chef-lieu, sous le régime annamite. Les Siamois avaient détruit le village, emmené en captivité les deux cents familles qui l'habitaient et installé Song-Kone comme centre administratif.
C'est à ce point que M. de Malglaive prend la voie de terre pour continuer son voyage vers Saravane et Kamtong. Toute cette partie du pays est bien arrosée et les affluents du Sé-bang-hien sont navigables, mais à <■<• moment de la sécheresse, le fond du lit de la grande rivière contient à peine om,0o d'eau à l'endroit où le voyageur le traverse à gué.
Se dirigeant sur le Sé-Don, qu'il atteindra à Wa-pi, il passe par Lakhone-Peng, pays d'élevage donl Ions les hommes sont à ce moment occupés à construire un forl siamois entre Saravane et Muong-Nong. Le 8 mars. Il joint la grande route de kemmarat à Saravane, sur laquelle il rencontre plusieurs caravanes de bœufs porteurs dont une est conduite par des Birmans, et le 9, arrive à Wa-pi d'où il remonte le Sé-Don, autrefois relevé par la mission de Lagréc. Après avoir reconnu le lieu de rencontre de la roule d'Attopeu il poursuit sa marche et atteint, le i3 mars, Saravane, chef-lieu d'une région importante, où depuis peu était installé
LAOS ORIENTAL. ANNAM ET REGION SAUVAGE i85
un commissaire siamois avec qui il se remet en route le i5 pour aller fermer son itinéraire, de Hué au Mé-Khong. à La-Tiong. Revenant alors à Wa-pi M. de Malglaive se dirige sur le Mé-Khong, longeant la rivière sur sa rive droite jusqu'à Kam-Tong, sur la rive gauche ensuite.
kam-Tong est après Saravanc le principal centre des rives du Sé-Don, son territoire est riche, mais les populations Khas, du plateau des Bolovens, voisin, que M. de Malglaive allait visiter, vivaient dans un tel état d'inquiétude que le contact avec elles était presque impossihle ; faute de pouvoir compter sur elles, M. de Malglaive dut organiser à Kam-Tong son voyage vers Attopeu, de manière à n'avoir besoin en rien de recourir aux indigènes sur la route.