AU
De Hanoï au barrage de Chobo sur la Rivière Noire, le voyage s'effectua en vapeur; à partir de là, des bateaux plats, construits par les pontonniers militaires, mode de transport très lent abandonne depuis, nous conduisirent à Suyut puis à Van- Yen, d'où nous continuâmes le voyage sur des pirogues du pays.
A Ta-kian, MM. Molleur et Macey prirent la voie de terre avec les bagages vers Muong-Theng où nous devions nous retrouver pour gagner Luang-Prabang par les rivières Nam-Ngoua et Nam-Hou.
La Rivière Noire m'était alors bien connue, si je la parcourais de nouveau, c'est que son cours était la voie la plus pratique pour atteindre rapidement les hautes régions laotiennes. Muong-Laï sur ses bords, était du reste un de mes objectifs ; Déo van tri, dont la famille s'était précédemment soumise à notre autorité, était de retour du Yunnan où il avait conduit et mis en sûreté le fameux oncle de l'empereur d'Annam, notre adversaire irréconciliable Thuyet. Nous ne nous connaissions pas encore, il attendait mon arrivée pour se présenter à l'autorité française, mettant son amour-propre à s'offrir à celui même qui avait ramené le calme dans son pays.
Mais si les superbes rives du grand cours d'eau ne me causaient plus de surprises, avec quelle joie je constatais tous les jours les heureux changements survenus chez les populations. Le rôle de Pennequin était là, marqué à chaque pas: au calme établi par la soumission des Pavillons Noirs, avait succédé une sécurité absolue, définitivement assurée par l'exode de toutes leurs bandes accompli vers la Chine dans des conditions peu ordinaires.
Dès après que je l'avais eu quitté, il y avait un an passé, le commandant s'était trouvé en présence de deux problèmes à résoudre: une organisation à donner au pays, et l'expulsion des bandes chinoises rapidement devenue nécessaire.
Deshabitués de tout travail, les Pavillons Noirs étaient pour la plupart des parasites pour le pays. S ils respectaient leur territoire de stationnement, ils allaient piller dans les cantons voisins. Joueurs, fumeurs d'opium, ils se livraient, pour satisfaire leurs vices, isolément au brigandage. Les plaintes contre eux étaient nombreuses.
Avant de songer à leur imposer I éloignemenl, il avait fallu organiser cette contrée immense afin de s'appuyer sur les habitants. Nos effectifs militaires, presques nuls, très dispersés, ne permettaient pas la lutte si elle devenait indispensable. Il fallait créer des forces dans le pays.
Grâce à la confiance qu'il savait inspirera tous, Pennequin avait atteint ce résultat en quelques mois, et s'était trouvé maître de diriger les choses suivant ses vues.
TONKIN
J'ai parlé ' d'une bande de 5oo hommes commandée par Huyen- Kliao, restée hors la loi lors de la soumission générale à Ta-Kian. Lorsqu'un peu plus lard, le pays de Laï où elle était cantonnée, s'était rallié à nous, IIuyen-Khao était passé en territoire chinois; de là, il avait envoyé un de ses lieutenants, Hoanh-Dinh-Qui, porter des armes
Fig (ï. — La porte militaire <\r Snvut sur la Rivière Noire.
envoyées par Thuyet, aux rebelles annamites du Thanh-Hoa, et y diriger une bande chinoise dissendente qui n'avait pas tardé à venir piller des villages des Sip-song-chau-thaïs.
Pennequin partit à sa rencontre avec a5 soldats de la Légion étrangère, la milice du pays qu'il avait organisée, et un contingent de
ï. Vol, I, page 278.
3oo Pavillons Noirs levés, suivanl mis conventions, dans les différentes bandes. Puis, il lui écrivit que s'il rentrail en Chine paisiblement, il le laisserai! passer sans l'attaquer.
Lorsque quatre jours après le commandant arriva au\ bords du \am-\la. Hoanh-Dinh-Qui était en retraite avec ses hommes, laissant à chaque gîte une lettre lui faisant connaître qu'il se conduisait bien vis-àvis de la population et lui demandant de ne lui point faire de mal. Pennequin disloqua alors sa colonne qu'il jugea inutile et suivit la bande avec quelques miliciens seulement. Les éclopés elles malades tombaient journellement dans ses mains: il les faisait soigner et les remettait en route vers les leurs. Hoanh-Dinh-Qui parvint ainsi au delà de Laï sans incidents.
Celle retraite exécutée dans les conditions que le commandant avait indiquées, servit sa réputation de loyauté dans le pays et chez les bandes. Si la population désirait être débarrassée des Chinois, leur départ suffisait à la satisfaire car presque tous ces hommes étaient mariés à des femmes de la région qui les suivaient avec leurs enfants.
Dans ce même temps, l'officier siamois qui, après l'évacuation des Sip-so ng-chau- thaïs ', s'était retiré dans le pays des Hua-Panh, voyant que les bandes, précédemment en bon accord avec les Siamois, s'étaient soumises aux Français, avait écrit au commandant en lui demandant son aide pour éviter le pillage, par elles, des territoires qu'il occupait. Pennequin venu aussitôt le voir à Muong-IIett, l'avait trouvé arrivant de Muong-IIang où il avait massacré [\o Chinois soumis, et au moment où il recevait la nouvelle que 200 Siamois, qu'il avait laissés à cet endroit, étaient cernés par les Chinois revenus en nombre. Prié par l'officier siamois de le sortir de cette situation, le commandant s'était alors rendu à Muong-VVatt, le centre où résidaient nos chefs Pavillons Noirs.
L'agitation y était extrême. Les Chinois échappés au massacre de Muong-llang étaient venus prévenir qu'ils avaient été victimes d'un guet-