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apens que tous devraient venger. L'officier siamois, Louang Datzakorn, leur avait écrit en termes amicaux pour leur proposer une entrevue: ils s'étaient rassemblés sans armes pour le rendez-vous, alors il avail déployé sa troupe, démasqué deux pièces d'artillerie et ouvert un feu rapide sous lequel quarante étaient tombés! A leur récit, la résolution avait été unanime. Tinh-Xen, chef de la bande de Moc-Chau, la mieux armée, homme d'action, très énergique, avait été chargé de l'expédition avec i 200 hommes.
En voyant le commandant arrivé parmi eux, les chefs lui exposèrent leur plan. Leurs renseignements sur la situation des Siamois étaient précis. Quatre cents Chinois étaient allés occuper le détachement siamois de Muong-Ilang afin de l'y maintenir. ïinh Xen, allait, avec les huit cents autres, se porter sur Muong-Hett où il n'y avait (pie cinquante Siamois pas fortifiés et éloignés déplus de 200 kilomètres de toutsecours; il enlèverait leur poste, détruirait tout sur leur ligne de retraite vers le Laos s'ils échappaient, et irait attaquer Muong-Ilang de concert avec les quatre cents Chinois déjà sur les lieux. Les Siamois qui pourraient fuir seraient forcés de se retirer en territoire français.
Pennequin leur dit alors, que le chef de Muong-Ilang étant soumis aux Français n'aurait pas dû avoir de relations avec les Siamois, que d'ailleurs il avait manqué de prudence. Il avait ajouté que les Siamois étant en bons rapports avec les Français il ne pouvait permettre aux Pavillons Noirs d'aller les attaquer, et que s'ils sortaient des Sip-songchau-thaïs pour partir en guerre, il se verrait forcé de leur interdire le retour, en leur barrant les issues avec ses milices.
« Mais alors, que devons-nous faire ? » demandèrent les chefs.
« Ecoutez-moi. Vous aviez autrefois suivi Lu-Vinh-Phuoc cl le < mu Ba pour nous faire la guerre; vous vous èles ensuite soumis à nous el avez promis d'observer nos lois. Mais. \<uis autres chefs seuls, observez la promesse. Vos soldats ont perdu l'habitude du travail, aucun ne se livre à la culture! Les plaintes m arrivent de tous cotés! \011s ries impuissants à maintenir la discipline dans vos compagnies ! les populations sont lasses de les nourrir et d'être pillées ! leurs chefs eux-mêmes
demandent à vous faire la guerre! Vous qui êtes instruits, quels plaisirs goûtez-vous dans ces pays éloignés de la terre natale? Vous n'y pouvez plus acquérir de profit ! Retournez en Chine ? ceux qui voudront y continuer la \ie de soldat s'y engageront, dans les troupes régulières! Je vous offre de vous y faire conduire en vous fournissant les vivres et les porteurs ? »
Fig. 7. — Chefs de Pavillons Noirs.
Les chefs un peu interloqués, voulurent huit jours pour réfléchir. Le commandant partit pour Tuan-Giao où, à l'instigation du Quan phuong, qui ne s'habituait pas à l'idée de n'avoir plus action sur le pays, un de ses anciens agents, créait des difficultés.
Le 1 1 mars 1889, les Pavillons Noirs informèrent Pennequin qu'ils acceptaient sa proposition, demandant qu il les accompagnât lui-même en Chine.
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L'exode commencé le 17 mars, se fit en trois colonnes marchant à un jour d'intervalle. Ceux qui se livraient aux commerce ou à l'agriculture et qui avaient obtenu des chefs de cantons qu'ils répondissent d'eux, étaient restés dans le pays. L'effectif des partants, 1200 hommes était augmenté d'un nombre égal de femmes, d'enfants ou de vieillards. Chaque colonne était escortée par vingt tirailleurs annamites. Elles étaient dirigées par les lieutenants Gràndjean et 1 lutin, la dernière par le commandant Pennequin.
Les Pavillons Noirs avaient emporté, pour l'ensevelir sur le sol où il était né, le corps du Ong-Ba, leur chef.
Une députation choisie parmi les principaux, avait, à l'avance, été envoyée à Laokaï, afin de s'assurer d'un bon accueil du mandarin chinois de la frontière.
Le 10 avril, les bandes avaient passé le Fleuve Rouge.
Toute cette histoire que Pennequin m'avait dite, on nous la répétait de village en village, avec des détails qui nous montraient jusqu'à quel point, partout, notre compagnon était maître des cœurs.
Le 3i mars, à la halte du déjeuner, une pirogue nous amène M. Massie, venu au-devant de la mission, apporter de bonnes nouvelles de Luang-Prabang. 11 nous apprend que les autorités Siamoises lui ont remis les chefs des cantons thaïs et leurs familles dont j'avais réclamé la liberté et qu'il les a rapatriés (86 personnes), et il nous annonce la prochaine arrivée à M. Theng des barques qui emmèneront MM. Molleur et Macey, et les bagages à Luang-Prabang.
Au moment où nous nous remettons en marche, lvam-IIeun. kam- La et Kam-Doï, en barque accostent la beige. «Quand vous êtes, pour lu première fois, venu dans h- pays, » me disent-ils, « les habitants étaient dans les forêts, maintenant ils ont leurs maisons dans la vallée cl cultivenl leurs champs en paix. Au nom de tous, nous les chefs, nous venons vous saluer les premiers et vous remercier encore ! »
Une heure après, nous étions à Laï-Chau où nous trouvions le colonel Pennequin arrivé de la veille avec le lieutenant Donnât. 1" Série. — II. 3
Le surlendemain, 2 avril. M. Massie, dans le bul de faciliter le voyage de MM. Molleur el Macey, reprenait la route de Theng el du
Lan-.
J'avais eu la pensée de faire arriver mes autres compagnons à Luang- Prabang parle Mé-Khong, en parcourant d'abord avec eux le pays entre
la Rivière Noire el ce fleuve jusqu'à Xieng-Houng, capitale des Sip-song panh nas. contrée thaïe dépendanl du \ unnan, qu'il me semblail rationnel el peut-être possible de rattacher au Laos lors du règlement de la frontière avec la Chine, et dont la visite était dans mon programme. La préparation, assez longue, d'une pareille exploration, et le peu de temps dont nous disposions avant les pluies.
m'obligèrent à remettre ce voyage à la belle saison prochaine. J'adoptai pour MM. Co-
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gniard, Donnai et Dugast, dirigés par le colonel Pennequin, la voie plus rapprochée du Nam-Hou, et, en raison de relards que je prévoyais devoir subir, je suivrais avec le reste de la mission la route de Muong- Theng, plus courte encore.
M. Cogniard quitta Laï. le 3 avril, il allait faire le levé de la Rivière Noire jusqu'à la frontière chinoise. 11 gagnerait ensuite, par terre, Pou- Kang, ce point, jonction de roules commerciales dont j'ai déjà parlé comme devant être examiné par M. Vacle ' ; il y trouverait MM. Penne-
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quin, Donnai et Dugast, qui ayant jusque-là suivi le chemin des caravanes de mules, se dirigerai eut avec lui sur Luang-Prabang par le Nam- Hou.
Le 7, je recevais une lettre de M. Cogniard que j'avais chargé d'aller voir à Nam-Youn, sur sa route, Deo-van-Seng, le vieux chef de Muong-Laï, qui. affaibli par l'âge et la maladie, y habitait avec sa famille. J'en extrais ce passage :
« ... Après quelques compliments je fais connaître à Déo-van-Seng que vous m'avez confié pour lui votre photographie. A ce moment, un de ceux qui étaient présents, se leva, vint aussitôt à moi, et me dit d'une voix émue qu'il était Déo-van-tri. 11 regarda voire portrait, me serra plusieurs fois les mains en répétant votre nom. puis il me dit être forcé de partir, voulant vous offrir de sa chasse, ce qui était vrai, car quelques heures après, je l'ai aperçu avec ses gens et ses chiens, poursuivant un cerf sur la montagne. . . »
Tandis que je lisais la missive à mes compagnons, Ngin nous annonça que Déo-van-tri était là.
Ce chef, réputé depuis la Chine jusqu'au Laos, qui avait compté parmi nos plus énergiques adversaires, et qui depuis deux ans avait renoncé à la lutte en présence du bien fait par nous à ses frères et à son pays, étaitâgé d'environ quarante ans : l'intelligence et la résolution étaient marquées sur son visage très mâle, son regard nous disait combien franchement il était rallié à nous ; son attitude et son langage, simples et dignes, montraient qu'il avait compris notre but, et son désir ardent de témoigner par des services immédiats sa reconnaissance et son attachement à la France.
Je n'entrerai pas, ici. dans le détail dont la place est ailleurs1, des longs entretiens avec cet homme qui allait devenir un collaborateur précieux pour la mission, et dans lesquels il exposa le passé de sa famille, le sien, celui de son pa\s. ce qu'il voyait de bien à faire pour la prospérité