ARRIVÉE A SAIGON. ÉCHEC DE L' « ARGUS
Dans ces conditions, après avoir assuré, au cours des deux mois qui suivirent, la sécurité de son embarcation, étayée dans le chenal à sec, il avait licencié son équipage et confié la chaloupe aux soins de l'interprète Tye, assisté d'un mécanicien indigène et d'un coolie, sous la surveillance de notre agent de Stunsr-Trene, M. de Goulgeans. M. Guissez était alors
Fig. 64. — Le cambodgien Auch portant une amarre de 1' « Argus » sur un tronc d'arbr
dans la passe de Kong,
rentré en France pour y refaire sa santé ébranlée en attendant le moment de reprendre la tentative. M. Tostivint également fatigué, était allé au Tonkin où il avait définitivement repris son service dans la milice.
L/ « Argus », au moment de mon retour à Saigon, se trouvait donc dans une situation dont il fallait le sortir à la crue de 1892, soit par une marche heureuse en avant lui permettant de franchir les 900 mètres restant à parcourir, soit par la retraite dans le bassin inférieur si le succès était reconnu impossible.
Anticipant sur les événements, je dirai ici que M. Guissez, revenu peu après (juin 1892), fut mis en mesure de reprendre son opération par M. de Lanessan, et s'y prépara dans les meilleures conditions. En marche, dès la crue d'octobre, remarquablement secondé par M. de Coulgeans et
ses collaborateurs cambodgiens, il dut, après de périlleux efforts, re-
noncer à gagner le biefs
M. Tostivint, second de 1' « Argus ».
i6u6..v. .v „.«« supérieur, exécuta alors non sans danger, sa retraite vers le Cambodge. L' « Argus » fut rendu au Résident supérieur de Pnompenh, et Guissez quitta l'Indo-Ghine pour rentrer définitivement en France.
Cet échec montra qu'il fallait se résoudre à l'installation dans l'île de Rhône du petit chemin de fer, pour les transbordements, préconisé par M. Gauthier dans son rapport de 1888 ': et M. de Lanessan décida dès lors d'en poursuivre l'exécution.
A l'heure où j'écris ces pages, mon ancien collaborateur Guissez n'est plus. Commandant depuis 1899 du sous-marin le « Narval » à Cherbourg, il a succombé, le 27 avril 1901 , aux fatigues éprouvées dans l'accomplissement de la tâche délicate à laquelle il s'était donné tout entier. De l'avis de ses chefs, « il était certainement l'homme le mieux désigné pour mener ;'i bonne fin le grand problème de la navigation des submersibles; il avait été le meilleur et le plus précieux des collaborateurs de l'autorité supérieure maritime, dans la solution de cette importante question et par son énergie et par son travail2 ».