‹ Mission Pavie, Indo-Chine, 1879-1895Chapitre 7 sur 125 · Voir dans le volume VI de I. ime série · texte numérisé non relu

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générale de la région, enfin ses campagnes avec Lu-Vinh-Phuoc, celle vers Luang-Prabang et sa conduite envers le régent d'Annam Thuyet, proscrit, pour l'infortune duquel il se dévoua, et qui, en sûreté grâce à lui, tenta de le faire massacrer de crainte qu'il ne dévoilât plus tard le secret de son asile.

Comme première preuve de Itou vouloir, il me remet un objet d'une

Pig 9. — Sceau délivré par la Cliine aux anciens rois de Luang-Psabang.

valeur historique considérable, rapporté par lui, du sac de Luang-Prabang en 1887. C'est le sceau délivré par la Chine à l'avènement de la dynastie tartare-mandchoue, aux souverains du Laos, en échange de celui qu'ils tenaient de celle des Mings1.

1. Ce sceau csl déposé à la bibliothèque du Ministère des Affaires étrangères. Le

TON K IN

Il constitue un document établissant la vassalité de ce pays à la Chine dont les droits sur lui sont devenus nôtres. Composé d'un alliage d'or et

Fig. io. — Empreinte du Sceau des Rois île Luang-Prabang ^1 :nsions exactes)

d'argent pesant 5l,K',goo il représente un chameau agenouillé pour recevoir sa charge, sur un piédestal dont la lace intérieure porte une empreinte

sceau identique délivré par la Chine aux rois d'Annam, a malheureusement été fondu lors de la signature du traité du 7 juin 1884 entre la France et l'Annam. Voir : Politique française de V 'Indo-Chine par J. Silvestre. (Annales de l'École des sciences politiques, 1895-1898.)

MISSION PA.VIE

carrée, de onze centimètres et demi de côté, contenant en caractères mandchous et en caractères chinois, une inscription se traduisant par : « Sceau du roi du Laos. »

Déo-van-tri nous lit aussi rendre une trentaine de femmes et d'enfants de Luang-Prabang, encore captifs, depuis la prise de cette ville, dans les pays voisins.

Pendant les jours qui suivirent, différentes questions furent réglées, entre autres celle des transports pour l'administration, par la Rivière Noire, dont Déo-van-tri prit la charge. Puis, notre départ ayant été fixé, je lis connaître à Déo-van-tri, qui allait venir avec moi jusqu'à Theng, et à ses frères Kam-Heu et Kam-Sam, qui devaient diriger le convoi de Pennequin, qu'avec le colonel et M. Lefèvre-Pontalis, je les accompagnerais à Nam-Youn pour y saluer leur vieux père Ivam-Seng et leur mère dont ils allaient prendre congé. Nous accomplîmes cette course les 1 1 et i •> avril. La famille et les gens du pays nous surent un gré infini de cette visite aux deux vieillards que la mort devait emporter peu après. Chez eux, le soir, Déo-van-tri nous dit une chose, grave pour les siens, dont il n'avait pis encore osé parler : Le cimetière où reposaient leurs pères, était profané par les Français qui en occupaient une partie et l'avaient fait traverser par un chemin. Ne pouvait-on pas détourner celui-ci et laisser le terrain à sa destination ancienne? Nous ignorions ce fait regrettable: je lui donnai l'assurance qu'il aurait satisfaction avant notre départ.

Devant l'autel des ancêtres, Déo-van-tri, entouré de sa famille, dit alors : « Nous serons fidèles aux Français comme nous l'avons été aux roisd'Annam : celui qui perd la mémoire des bienfaits devient, malheureux. Nos os se transformeront en poussière, mais ce qui ne périra jamais c'est le souvenir de cette visite que vous faites à notre père dans sa demeure. »

Le i.) avril, le colonel Pennequin se mit en route avec MM. Donnât et Dugast. Leur voyage avec celui de M. Cogniard fera l'objet du chap. V.

Le 17, MM. Lefebvre-Ponlalis etVacle quittèrent Laï avec moi.

Le même jour, nous eûmes le grand regret.de nous séparer de notre compagnon Félix Le Dantec, qu'un ordre du général en chef rappelait à Hanoï.

Chargement île-, bagages au-dessus du barrage de Chobo (Rivière iNoire).

TONKIN

FÉLIX LE DANTEG \- a\ rit au 9 juin 1890.

Dans son voyage de retour par la Rivière Noire, Félix Le Dantec compléta son étude des rives de cet intéressant cours d'eau, étude qu'il avait ébauchée en accompagnant la Mission.

Ce travail a été publié par Annales de Géographie en 1891. Il se compose de deux parties.

Dans la première partie, intitulée » La Rivière Noire » 1 auteur montre ((lie la vallée parcourue par ce cours d'eau esl en réalité formée de plusieurs vallons parallèles, géographiquement distincts, et réunis par des fractures de l'immense plateau calcaire qui compose l'ossature du haut, Tonkin. Il signale eu outre une assez grande quantité de formations

coralliennes et indique, en particulier, à Son-La, le premier Atoll découvert en 1 ndo-( îhine.

Dans la deuxième partie, intitulée « Les Peuples de la Rivière Noire », Félix Le Dantec résume quelques considérations sur les Mois et sur leur concentration progressive dans la région qui sépare les Annamites des Thaïs.

Notre compagnon accomplit son voyage de retour dans des conditions assez mauvaises ; la pirogue qui lui fut fournie à Ta-kian était peu stable et chavira deux fois dans les rapides, avant d'atteindre Van- Yen. Aussi arriva-t-il fort fatigué à Hanoï où il fut obligé d'entrer à l'hôpital, atteint d'une lièvre bilieuse qui mil ses jours en danger. Convalescent au bout d'un mois, il fut. bien malgré lui. renvoyé en France.

L'ordre qui avait rappelé Félix Le Dantec, lui avait causé un tel chagrin, et nous avait tous désapointés si fort, qu'il avait aussitôt été entendu qu'il ferait à son arrivée à Hanoï, tous ses efforts pour obtenir de venir nous retrouver à Luang-Prabang. Je n'avais prévu aucun empêchement à la réalisation de cette résolution, aussi, la nouvelle qui nous parvint tardivement, de sa maladie et de son départ pour la France, me lit éprouver une peine et un regret d'autant plus vifs que je m'étais pris d'une affection qui n'a fait que grandir pour ce garçon courageux, dune intelligence supérieure qui plein d'entrain, me suivait avec joie, sous l'empire d'une passion naissante pour la vie de voyages et de fructueuses études qui s'ouvrait devant lui, et dont la collaboration eut sûrement eu les meilleures conséquences pour l'avenir des pays qu'il nous aurait aidés à faire connaître.

La suite de sa carrière scientifique, jusqu'aujourd'hui, montre du reste combien mes espérances étaient fondées.

Félix Le Dantec était entré premier à 1 Ecole Normale supérieure à l'âge de 16 ans, avec une dispense d'âge qui lui avait été refusée pour l'Ecole Polytechnique. A sa sortie de la grande Ecole, il fut pris comme préparateur par M. Pasteur, mais la nouvelle loi militaire, votée avant qu'il eût 20 ans, le força d'interrompre un an ses études scientifiques. Néanmoins, comme celte loi avait pour lui un effet rétroactif, puisqu'en

TONKIN

réalité, il était déjà sorti d'une École du Gouvernement qui avait jusquelà donné une dispense totale du service militaire, il fut autorisé à faire son année de soldat dans l'infanterie de marine et à aller immédiatement au Tonkin où il devait trouver des sujets de recherches.

Je le rencontrai à Hanoï et il me demanda de m'accompagner ; je fus très heureux d'obtenir du général commandant en chef l'autorisation d'emmener ce collaborateur dont les connaissances en histoire naturelle pouvaient nous rire très utiles. Malheureusement, sa famille le rappela trop tut.

Rentré en France, notre compagnon retrouva sa situa lion à l'Institut Pasteur et passa bientôt son Doctoral ès-sciences naturelles ; il venait d'avoir vingt-deux ans.

L'année suivante, il fut nommé chargé de cours à la Faculté des sciences de Dijon, mais ne rejoignit pas ce poste, ayant reçu de M. Pasteur la mission d'aller au Brésil, dans la province de Sâo-Paulo, fonder et diriger un institut pour l'étude des maladies microbiennes et de la fièvre jaune en particulier.

A son retour en France, il fut nommé à la Faculté des sciences de Lyon et y resta jusqu'en 1896, époque à laquelle il demanda à revenir à Paris. Un cours d'Embryologie générale fut créé pour lui à la Sorbonne, comme il entrait dans sa trentième année.

Félix Le Danlcc a publié de nombreux ouvrages et mémoires d'histoire naturelle et de biologie ' .

Félix Le Dantec.

î. Les plus importants de ses livres sont les suivants : La matière vivante (Masson i8g5). Théorie nouvelle de la vie (Alcan 1896). Le déterminisme biologique e1 la personnalité consciente (Alcan i<s;)7)- L'indnidnalilé ( \lcan [89N). I/Evolulion individuelle cl l'Hérédité (Alcan 1898). La sc\ualilé (Carié et Naud 1900). Lamarckiens el Darwiniens (Alcan 1900). Le conflit (Colin 1901). L'Unitié dans l'être vivant (Alcan 1902).

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Fig, i3. — Déo-vaa-tri, Iv;un-Doï, serviteurs cl partisans.

MM. PAVIE, LEFÈVRE PONTALIS et VACLE

17 avril au 4 juillet 1890

DE MUONG-LAÏ OU LAÏ-CIIAU A MUONG - TIIENG OU DIEN • BIEN -PHI'

La présence de Déo-van-tri rendait 1res instructif le voyage de Laï à Thcng que je faisais cependant pour la troisième fois1. Il savait admirablement le pays et ses habitants d'origines si diverses, comme il con-

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