SEJOUR A BANGKOK. EVENEMENTS DE
nitivement les questions pendantes clans les différentes parties de l'Indo- Chine. Il reprit des pourparlers avec le Cabinet anglais dans le but de limiter nos sphères respectives d'influence dans le haut Mé-Khong, il autorisa notre Agent à Pékin à aborder avec la Chine la question du prolongement de notre frontière jusqu'au Mé-Khong1, et s'attacha à arrê-
Fig. 78. — Agence commerciale française d'IIoutène. M. Esquilat. — M. Champenois et son personnel.
ter les voies et moyens à employer pour mettre fin aux empiétements du Siam.
La Cour de Bangkok ayant été mise au courant des ouvertures faites à Londres au sujet du partage d'influence dans le haut Mé-Khong s'en émut ; son Ministre des Affaires étrangères [auprès de qui je renouvelais
1. J'en avais fait la proposition on lévrier 1891 . Page 1 17. Je l'avais renouvelée au commencement de 1892.
mes démarches relatives à l'observation du « statu quo » constamment violé sur la rive gauche du Mé-Khong, demanda à entrer en négociations pour le règlement des frontières et annonça de prochaines propositions.
Rien n était venu confirmer les bonnes intentions formulées, lorsqu arriva la nouvelle qu'un autre incident avait surgi sur le Mé-Khong.
Le 20 septembre, les autorités siamoises avaient, à Houtène, enlevé deux Français de leur maison, et sans explications, les obligeant à abandonner, effets personnels et marchandises, les avaient transportés jusqu'à proximité de notre premier poste de l'Annam. Cependant leur situation était on ne peut plus régulière : Le premier, M. Champenois, Agent du Syndicat français du Haut Laos, remplissait de plus à Houtène, les fonctions d'Agent commercial de l'Indo-Chine française prévues par l'entente de novembre 1800'. Sur l'ordre du Gouvernement de Bangkok, il avait reçu à Houtène la concession d'un terrain sur lequel étaient bâtis sa maison et ses magasins. Le second, M. Esquilat, jeune voyageur, muni d'un passeport siamois, habitait, malade, la maison de M. Champenois; les conditions dans lesquelles se fit son expulsion aggravèrent beaucoup le mal qui l'emporta un peu plus tard.
Dans le même temps, mes compagnons de mission Massie et Counillon, se conformant aux instructions qu'ils avaient reçues2, quittaient Luang-Prabang après y avoir installé comme Agent commercial, notre camarade Lugan. Descendant par le Fleuve, ils allaient atteindre Stung- Treng où de Coulgeans les attendait, quand le 3o novembre, Massie, malade, désespéré de n'avoir pu, devant les difficultés de toute sorte suscitées par les Agents siamois, améliorer notre situation au Laos, vint, en se donnant la mort, contribuer à forcer, dans notre pays, l'attention sur les régions du Mé-Khong. Sa fin tragique consterna ses amis et émut profondément l'opinion de la mère-patrie.
Pieusement enseveli par de Coulgeans et Counillon, son corps repose depuis à la pointe d'une des îles de l'archipel de Kong.